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CHAPITRE III

Si les expériences et les théories que nous avons analysées en parlant de l’influence de la diminution de pression étaient nombreuses, variées, contradictoires, parfois bizarres et peu compréhensibles, du moins elles avaient pour but de répondre à une question unique: quelle est la cause des accidents de la décompression? 11 en est autrement pour celles que nous allons résumer dans le présent chapitre, et leur exposition se ressentira nécessairement de la confusion dans laquelle sont tombés ceux qui les ont émises.

Les faits que nous avons rapportés jusqu’ici montrent qu’en effet les phénomènes présentés par les personnes soumises à l’action de l’air comprimé sont extrêmement divers et se présentent dans des conditions peu comparables, peut-être même absolument différentes. Il faut en effet, du moins lorsque la compression s’est élevée à un certain degré, tenir compte non-seulement de la phase de compression, mais de celle de dépression, dont les observations faites par les ouvriers eux-mêmes ont bientôt montré les influences périlleuses. Ce sont même ces dernières qui ont d’abord frappé l’esprit par leur étrangeté et leur gravité. Les modifications que l’air comprimé lui-même apporte dans les diverses fonctions physiologiques sont, dans les limites où l’on a observé jusqu’ici, fort peu considérables, et il a fallu même pour les constater une observation attentive, soutenue, aidée des ressources instrumentales qu’emploient de nos jours la physiologie et la pathologie. Quelques méde-

AIR COMPRIMÉ : THÉORIES ET EXPÉRIE^*CES. cins ont bien distingué les deux ordres de phénomènes, et tenté de les expliquer par des raisons différentes ; mais d’autres les ont confondus dans des théories communes, si bien qu’il ne serait pas possible de sous-diviser ce chapitré, comme, pour notre part, nous voudrions pouvoir le faire.

Ajoutons que les expériences de laboratoire, sur les animaux, ont été beaucoup plus rares que pour la diminution de pression. La raison s’en trouve aisément ; d’une part, en effet, le problème semblait beaucoup moins intéressant, puisqu’il ne touchait pas à des questions d’habitat transitoire ou permanent pour l’homme ; d’autre part, l’appareil instrumental nécessaire est plus compliqué, plus coûteux, et les expériences ne sont pas sans présenter quelques dangers.

Le premier auteur dans lequel j’aie trouvé quelques indications théoriques sur la manière dont doit agir l’air comprimé sur les êtres vivants, est l’iatro-mathématicien Borelli, qui, dans son traité célèbre de Motu Animalium * , inscrit la proposition suivante :

Prop. CXIV. — Causes vraisemblables de la suffocation qui se produit de différentes manières dans Fair épais et trop condensé.

Borelli confond ici, suivant les connaissances de son temps, l’action de l’air comprimé avec celui de l’air chargé de « particules éthérées, terrestres, aqueuses, huileuses, ignées, salines, etc. comme il

arrive par la vapeur de charbon . et dans la caverne du lac

Agnanus Puteolis . » Cependant, il consacre un paragraphe spé¬

cial à Faction de l’air « pur ramené au plus haut degré de compression, ut in folle lusoHo sit » :

Je ne nierai pas, dit-il, qu’il ne puisse être dangereux à respirer, parce que les extrémités près des bronches et les délicates vésicules de Malpighi pourraient être distendues et déchirées par la trop grande élasticité, d’où résulteraient des troubles redoutables. De plus , le passage et la circulation du sang en seraient empêchés, parce que l’expiration ne pourrait plus que difficilement s’exercer à cause de la trop grande résistance de Fair ambiant. (P. 246.)

Borelli n’a pas fait d’expériences.

C’est dans les notes que van Musschenbroeck a ajoutées à la traduction des Mémoires de l’Académie del Cimento^ que nous trouvons la première indication d’expériences faites sur des animaux soumis à Faction de Fair comprimé :

Pars altéra. — Rome, 1681 .

loc. cit. — Collect. acad., partie étrang., t. I, p. 46-61 ; 1753.

HISTORIQUE

Je rapporterai, dit d’abord le physicien hollandais, ce qui est arrivé d’animaux mis dans un air beaucoup plus dense que celui qui est vers la surface de la mer. M. Stairs enferma un rat dans un air deux fois plus dense ; il y vécut pendant l’espace de cinq heures ; cependant, après cinq autres heures, il mourut. Mais lorsqu’il eût mis un autre rat dans un air beaucoup plus dense, il observa qu’il était mort tout-à-coup. U rapporte qu’une mouche , dans un air condensé qui faisait monter le mercure à soixante pouces au delà de son élévation ordinaire, se portait bien le troisième jour, et même s’envola ; que cependant ses autres compagnes moururent.

M. Derham mit un moineau dans un récipient, où il condensait l’air ; parce qu’il ne retint point l’air exactement, il répéta les condensations de temps en temps ; le moineau vécut bien l’espace de trois heures ; ensuite, étant mis en liberté, il paraissait n’avoir rien souffert. Ensuite il renferma une mésange et un moineau , il rendit l’air deux fois plus dense ; après une heure ces oiseaux se portèrent de même que lorsqu’on les avait enfermés ; ensuite ils commencèrent à languir, en deux heures de plus ils devinrent malades, et trois heures après ils expirèrent.

J’enfermai aussi un canard dans un récipient, où je rendis l’air trois fois plus dense que celui de l’atmosphère ; il demeura cependant gai l’espace d’un heure, et il parut n’avoir souffert aucune incommodité.

Ensuite j’enfermai trois perches et une truite avec une grande quantité d’eau et en même temps avec quelques vers de terre vivants ; je rendis l’air trois fois plus dense dans le récipient; prolongeant l’expérience pendant six heures, j’observai les choses suivantes : la première heure tous les petits poissons nageaient très-bien , prenaient souvent un nouvel air sur la surface de l’eau, et ne mangeaient cependant aucun ver; après une heure, la truite paraissait moins vive, et se tenait plus en repos ; une demi-heure après elle secouait ses nageoires, elle était cependant le dos tourné en haut comme dans l’état naturel ; les perches pendant ce tempslà, nageaient gaiement; cinq heures après, la truite ayant encore le dos tourné en haut, et étant couchée librement dans l’eau, était expirée; une perche devint plus tranquille ; après la sixième heure, elle était aussi proche de la mort, mais elle était couchée sur le fond le dos tourné en haut ; ensuite ayant ouvert le vaisseau et laissé sortir l’air, les deux perches étaient en vie et très-gaies : mais les deux poissons morts surnageaient couchés sur le dos ; les vers pendant tout ce temps avaient vécu sous l’eau, et, en étant tirés, ils n’étaient pas peu languissans. Cette expérience a été faite le 10 novembre 1750.

J’appelle l’attention sur les curieuses conséquences queMusschenbroeck tire des expériences qu’il vient de rapporter:

Il suit de ces expériences que les animaux peuvent vivre plus longtemps dans un air condensé que dans l’air naturel , sans être renouvelé ; car quoique les animaux enfermés consument un peu d’air, on diminue une portion de son élasticité; néanmoins dans un air condensé il reste assez d’air, et l’élasticité est assez grande : en sorte que dans l’inspiration , les vésicules des poumons s’étendent bien et facilement, et le sang circule très-librement dans les artères et les veines du poumon. Cependant les animaux meurent enfin dans cet air condensé ; mais quelle en est la cause? Ce n’est point le défaut de l’air, ce n’est point la perte de son élasticité ; car le mercure fait voir à l’index qu’il en reste encore assez. Mais ou ils meurent, parce que les exhalations du corps de l’animal sont nuisibles à

ses poumons, ou à sa vie, ou parce qu’il y a dans l’air quelque chose de consumé qui est nécessaire à l’entretien de la vie, et qui doit être continuellement mêlé dans le sang. Cette dernière considération peut cependant à peine avoir lieu , puisque le célèbre M. Boerhave a prouvé par des arguments invincibles, qu’aucun air inspiré dans les poumons ne peut passer des vésçicules dans les vaisseaux sanguins : c’est pourquoi il nous reste à conclure que les particules que nous transpirons nous sont nuisibles , et que celles qui sortent des autres animaux leur sont aussi nuisibles et agissent comme un poison ; et de là nous comprenons pourquoi les plongeurs enfermés dans une cloche, un tonneau ou autre vaisseau, doivent toujours être rafraîchis d’un nouvel air, afin qu’ils respirent commodément ; ensuite pourquoi les mineurs, qui travaillent dans des mines profondes, sont pressés d’inquiétude, si on n’envoye continuellement un nouvel air dans les mines, par les moyens des soufflets ou quelques autres ventilateurs. (P. 58.)

Haller^ a donné place dans sa physiologie aux faits expérimentaux et à ceux qu’avait déjà révélés l’observation des cloches à plongeur; il les explique de la façon suivante :

. Si l’air est rendu plus dense . le sang qui coule dans les vaisseaux plus com¬

primés et plus denses eux-mêmes, y éprouve plus de frottement ; cet air gonflera mieux les poumons, et apportera au cœur gauche le stimulus qui le fera mieux contracter .

Un air dense est utile et augmente les forces du corps.... Des animaux ont pu vivre sans inconvénient dans de l’air réduit au quart et au huitième de son volume. Sous la cloche à plongeur, dans un air plus dense, on vit, et une respiration plus rare suffit. Un rat a vécu plus longtemps dans un air comprimé que dans l’air ordinaire . .

Il y a pourtant des limites , au delà desquelles l’air comprimé nuit. C’est ce qui arrive dans la cloche à plongeurs ; dans laquelle, quand la profondeur augmente, l’eau entre et comprime l’air à nouveau. Alors la respiration est empêchée, le ventre est comprimé, l’air entre non sans douleur dans le méat auditif, les bras sont liés comme avec une corde, la membrane du tympan est parfois brisée et le sang sort par l’oreille et les narines ; enfin, le cœur éprouve de telles résistances, que le cours du sang en est presque supprimé, et on en a vu qui ont ainsi péri. Un rat mourut dans l’air réduit au vingtième de son volume.

Des expériences analogues à celles de Stairs, de Derham et de Musschenhroeck furent refaites au commencement de ce siècle par Achard®, qui les rapporte dans les termes suivants :

J’ai fait quelques expériences sur la germination des graines dans l’air comprimé. Le résultat en est que les graines germent d’autant plus vite, que ce fluide est plus comprimé ; la différence est considérable. J’ai fait en même temps des expériences sur la durée de la vie des animaux dans de l’air condensé à différents degrés, et j’ai trouvé que dans l’air trois fois plus dense que l’atmosphère, un

1 Elementa physiologiœ corporis humani, — 3® vol.. 1761.

- Extrait d'une lettre de M. A. au citoyen Van Mons. — Ann. de Chimie, t. XXXVII;

HISTORIQUE

animal vit, sous circonstances d’ailleurs égales, et dans des volumes égaux d’air, cinq fois plus longtemps que dans l’air atmosphérique. Il est remarquable que lorsqu’on comprime subitement l’air jusqu’à une densité environ triple, l’animal tombe dans un état d’inaction et de sommeil léthargique, ce qui apparemment est une suite de la pression exercée sur le cerveau. Après que cet état a duré plus ou moins longtemps, l’animal reprend son activité naturelle, après quoi il tombe dans un état d’anxiété ordinaire qui augmente graduellement jusqu’à la mort. Il est encore remarquable que l’économie animale ne souffre pas de cet état de compression ; j’ai tenu dans l’air réduit au quart de son volume, des oiseaux pendant une heure , et les ai remis ensuite à l’air libre ; ils se sont très-bien trouvés, n’ont donné aucune marque d’incommodité. (P. 223.)

Brizé-Fradin, après avoir fait, comme nous l’avons vu, l’histoire des appareils à plongeurs, et rapporté les sensations qu’on y éprouve, cherche à s’expliquer ces phénomènes, et à se faire une idée nette de la situation dans laquelle se trouve, aux points de vue physique et physiologique, l’homme qui respire dans l’air comprimé. Le passage ci-dessous est véritablement très-curieux :

Le plongeur est placé dans un milieu qui comprime tout le système.

Comment se met-il en équilibre avec ces puissances combinées? Comment parvient-il à les surmonter?

La solution raisonnée se trouve dans les caractères et les propriétés de la force vitale. U est nécessaire de considérer dans l’homme ce qui forme l’essence de la vie, c’est-à-dire cette force qui, souvent, modifie les lois de la nature, et les réduisent à ce qu’elles doivent être pour constituer la vie ; elle est la loi primordiale de l’action, de la conservation et de l’harmonie des êtres organisés.

L’analyse ne permet pas de résoudre en ses éléments la nature de celte force vitale attribuée à un esprit substil, invisible ; mais il suffit que son existence soit prouvée par ses propriétés, ses rapports constants. (P. 176.)

Il faut rendre à Brizé-Fradin cette justice qu’il ne se satisfait pas de cette vague déclaration, et que, non content de la métaphysique, il cherche à préciser les effets de cette force vitale sur le plongeur :

L’air plus dense, renfermé dans la cloche, applique aux poumons une quantité plus grande de gaz oxygène; il s’y produit immédiatement une somme de chaleur plus considérable : cet air, doué de la force du ressort, se précipite dans les poumons; l’organe respiratoire, dont les parois touchent de toutes pai’ts à la plèvre, acquiert une capacité plus grande ; le fluide ouvre les angles que les vais^ seaux y forment et rend le passage du sang à travers leur substance plus libre et plus facile; il accélère la rapidité de la circulation, multiplie dans les fibres des muscles ces frottements intimes, causes puissantes de chaleur. Les releveurs, les intercostaux se contractent vivement ; les côtes s’élèvent ; le diaphragme s’abaisse ; non-seulement l’équüibre est détruit, mais la puissance élastique de l’air est repoussée par cette énergie intime qui élève la contractilité musculaire ' au plus haut degré, et qui suit les effets de la caloricité.

On sait que la pression de l’air sur une surface esl égale à une colonne d’eau de trente et un pieds ; on a calculé que l’effet de la pression, par rapport à un homme de moyenne taille, équivaut à un poids de 36,000; mais cette pesanteur est contrebalancée, par la force vitale, par la réaction des fluides élastiques qui font partie de notre organisation. Comme les variations de l’atmosphère sont successives, elles nous affectent d’une manière peu sensible; mais s’il arrive un changement subit, la rupture d’équilibre influe d’une manière très-marquée sur l'économie animale ; si l’homme s’élève à de grandes hauteurs il éprouve la gêne, la fatigue, l’assoupissement : ainsi, quand on voudra se rendre compte de la différence entre les effets du poids de l’eau et ceux de la force élastique de l’air condensé à une profondeur de soixante pieds, il faudra recourir encore à cette force inconnue quant à son principe, mais qui change, modifie les lois générales, et met dans la classe des vérités démontrées ce qui au premier aspect paraissait difficile à expliquer. (P. 177.)

On voit que sa tentative physiologique a été infructueuse, et qu’il lui faut revenir, pour expliquer, non les accidents, mais la résistance du plongeur, à « cette force inconnue quant à son principe, mais qui change les lois générales. » 11 était vraiment inutile alors de se donner tant de mal pour essayer d’appliquer celles-ci.

Plus loin, signalant les deux inconvénients principaux de la cloche à plongeur, les douleurs d’oreilles et le confinement de Pair, Brizé-Fradin propose pour y remédier :

1° De mettre du coton dans le conduit auditif, pour imiter « le créateur, toujours sage dans ses œuvres, qui a distribué dans l’organe de Fouie ce cérumen qui... favorise l’harmonie des ondulations sonores » (p. 181) ;

2° D’introduire dans la cloche de l’oxygène à Faide d’une pompe foulante « lorsque la mer a été mise à sec avec ces barillets à air » ; mais il recommande « de n’en introduire que des quantités exactes

et qui n’excèdent jamais le dixième de la masse d’air vital . car

l’excès produirait une sensibilité vicieuse et du désordre » (p. 183).

Je n’indique que pour mémoire le passage dans lequel Hallé et Nysten^ parlent de Faction de l’air comprimé ; ils se contentent en effet de dire :

Dans les mines profondes, les effets qui dépendent de la compression de l’air seraient plus salutaires que nuisibles, à raison de l’augmentation de la quantité d’air sous le même volume, fis rendraient la respiration moins fréquente, parce que chaque inspiration s’exercerait sur une plus grande masse de ce fluide.

La pesanteur atmosphérique augmentée semble devoir produire des effets moins sensibles que sa diminution et la pression qui tend à condenser toutes ses parties semble moins préjudiciable à notre organisation que leur expansion excessive.

* Art. Âir, du Dict. des Sc. méd. — t. 1, p. 248, 1812.

C’est au même titre que je rapporte l’opinion de JœgerS qui ne paraît la baser sur aucune observation directe :

L’air condensé à un très-haut degré peut causer une mort subite, parce qu’il produit l’apoplexie sanguine avec hémorrhagie et empêche le retour du sang dans les parties supérieures et le cœur. (P. 97.)

Les expériences de Poiseuille* ont une tout autre valeur.

Au cours de ses recherches, si remarquables par l’esprit scientifique et la précision qu’il y apporte, cet auteur se demande si les variations dans la pression ont de l’influence sur la circulation du sang. Pour résoudre cette importante question, il fait usage d’un porte-objet pneumatique composé d’une boîte résistante, garnie de plaques de verre, et dans laquelle on peut augmenter ou diminuer la pression :

L’animal préparé de manière à voir la circulation capillaire est placé dans l’instrument, et l’appareil lui-même sous l’objectif du microscope ; on peut alors observer les modifications que peut introduire dans la circulation capillaire une pression ambiante plus ou moins considérable. Chez les salamandres, les grenouilles, leurs têtards, les très-jeunes rats et les jeunes souris, les circulations artérielle, capillaire et veineuse n’ont offert aucun changement en portant la pression, même brusquement, à.2, 3, 4, 6 et 8 atmosphères, et réciproquement. En outre, la circulation a continué à se faire avec le même rhythme sous une pression de quelques centimètres de mercure chez les salamandres, les grenouilles et leurs têtards. En plaçant dans l’appareil de très-jeunes rats, de très-jeunes souris (on sait que les mammifères, pendant les premiers jours de leur naissance, peuvent rester quelques heures sans respirer), on a pu voir par l’intégrité parfaite de circulation chez ces, animaux alors placés dans le vide, combien était illusoire l’opinion des physiologistes qui pensent que, sans pression atmosphérique, il n’y a point de circulation possible; mais la pression atmosphérique, concurremment avec les mouvements respiratoires, sont des causes accessoires du cours du sang, ainsi que M. Poiseuille l’a démontré dans l’un de ses précédents mémoires.

Poiseuille, on le voit, s’occupe à la fois de l’inflence de l’augmentation et de celle de la diminution de pression sur la rapidité de la circulation; il affirme quelles sont nulles.

Les explications de M. Maissiat® tendent aussi à viser simultanément les deux questions. Nous avons vu, dans le titre P" (p. 245), qu’il fait jouer le principal rôle aux gaz intestinaux, dont le volume

^ Tractafus physico-medicm de atmospherâ et acre atmospherico. — Cologne, 1816.

- Recherches sur les causes du mouvement du sang dans les vaisseaux capillaires. — C. R. Acad, des Se., t. I, p 554-560, 1855. — Ces diverses expériences sont exposées, avec détails, dans le mémoire du même auteur, inséré dans tome VII des Mémoires des savants étrangers.

5 Études de physique animale. — Paris, 1843.

doit changer avec la pression aérienne. Après avoir considéré leur dilatation comme accélérant circulation et respiration, comme chassant le sang à la peau, il ajoute :

Il y aura lieu à effets inverses et retour du sang vers les vaisseaux des milieux profonds, si, au contraire, la pression extérieure à l’animal croît ; l’effet sera médicalement sédatif, calmant de tout, de la respiration et de la circulation. (P. 254.)

Quelques années plus tard, Hervier etSt-Lager^ firent, à l’instigation de Pravaz, les premières expériences tentées dans le but de rechercher si les combustions organiques sont activées pendant le séjour dans l’air comprimé.

Les auteurs arrivent au résultat curieux formulé dans la conclusion suivante, résultat à l’appui duquel ils n’apportent du reste aucun chiffre; la méthode par laquelle il est obtenu et qui donne non la quantité d’acide carbonique exhalé, mais seulement sa proportion dans l’air expiré, est, je suis obligé de le déclarer, des plus défectueuses^ :

Les quantités d’acide carbonique exhalé dans le bain d’air comprimé s’élèvent au-dessus des proportions de l’état normal jusqu’à la pression de 773 millièmes ; au-dessus de ce chiffre, le poumon exhale moins d’acide carbonique qu’avant le bain.

Et voici l’explication peu claire qu’ils donnent de celte contradiction :

A une faible pression, l’effet chimique dominant l’influence mécanique, l’endosmose trouve dans les conditions de pression une circonstance favorable au développement des fonctions respiratoires sans que l’exosmose soit entravée par une pression trop forte . d’où il suit une augmentation croissante dans l’exha¬

lation de l’acide carbonique. A une pression plus forte l’effet mécanique neutralise et anéantit l'influence chimique, au point d’empêcher l’exosmose gazeuse dans le bain d’air, sans toutefois s’opposer à l’absorption des gaz.

C’est cet emmagasinera eut d’acide carbonique par le sang, sous l’influence de l’air comprimé, qui expliquerait, selon nos auteurs, comment :

Les bains d’air comprimé ont pour effet d'augmenter l'exhalation de l’acide carbonique au dehors du bain ; cet effet, qui se prolonge plusieurs heures après leur administration, est plus sensible deux ou trois heures après qu’immédiatement après le bain.

* Hôte sur la carbonométrie pulmonaire dans Pair comprimé. — Gaz. méd. de Lyon, 1849, p. 168.

- Cette méthode est exposée dans un travail antérieur des mêmes auteurs, intitulé : Recherches sur les quantilés d’acide carbonique exhalé par le poumon à l’état de santé et de maladie. — Ibid., p. 59-50.

HISTOBIQL’E.

Cela tiendrait à ce que ;

La dilatation anormale des vésicules pulmonaires, par l’effet d’une pression suffisamment forte dans l’air comprimé, diminue le ressort et l’élasticité des organes respiratoires . tandis que, lorsqu’au sortir du bain l’influence méca¬

nique suspend son action, le ressort du poumon revient bientôt à son état normal, et par le fait de l’exosmose gazeuse qui n’est plus entravée, rejette au dehors, sous forme d’acide carbonique, tout l’oxygène qu’il avait absorbé dans le bain sous l’influence de l’endosmose.

PravazS dont nous avons déjà cité le livre (p. 433) après avoir énuméré les modifications favorables que le séjour dans l’air comprimé apporte à l’exercice de plusieurs grandes fonctions physiologiques, trouve à ces avantages notables trois causes d’ordre différent:

A. — L’amplitude des inspirations est augmentée pour deux raisons :

1“ S’il est certain que, dans les conditions ordinaires de la vie, l’inspiration est loin d’avoir l’étendue que comporterait la disposition anatomique des parois thoraciques, on ne peut douter que chez un grand nombre de sujets, et particulièrement chez ceux qui, menant une vie sédentaire, n’ont besoin pour l’hématose que d’un conflit médiocre avec l’atmosphère, la rétractilité de tissu n’ait réduit notablement le maximum de capacité que peuvent acquérir les poumons sous la pression ordinaire, et par suite l'ampliation habituelle de la cavité pectorale; dès lors, n’est-il pas manifeste qu’en augmentant cette pression et élevant ainsi à une plus haute puissance la force qui lutte contre la réaction du poumon, on doit étendre la limite supérieure de son développement propre, et consécutivement celle de l’expansion de la cage thoracique sous l’effort des muscles inspirateurs, effort qui devient promptement impuissant lorsque la tendance au vide, qui a lieu entre les deux plèvres pendant l’inspiration, dépasse une certaine mesure.

2° L’accroissement de la pression atmosphérique ayant pour effet de comprimer l’abdomen, d’augmenter l’élasticité des gaz intestinaux, et par suite leur réaction contre l’effort du diaphragme, ce muscle rencontre un point d’appui plus solide et change le mode de respiration le plus ordinaire, en obligeant les côtes et le sternum à prendre une plus grande part au mécanisme de cette fonction. A la vérité, la dilatation de la cavité thoracique, dans le sens vertical, se trouve ainsi diminuée ; mais cette réduction est plus que compensée par l’expansion de la poitrine, suivant ses diamètres antéro-postérieur et latéral, et, loin d’être moindre, le volume d’air introduit par chaque inspiration se trouve augmenté. En effet, dans le mode de respiration qui a lieu principalement par l’abaissement du diaphragme, la capacité de la poitrine ne s’accroît que suivant le rapport simple des diamètres verticaux successifs, mesurés latéralement, car la partie moyenne du diaphragme reste à peu près fixe; tandis que dans la respiration costo-sternale, l’agrandissement de cette cavité a lieu dans le rapport composé

*■ Loc. du — Essai, etc.; 1850;

du produit des diamètres horizontaux primitifs au produit des mêmes diamètres dilatés. (P. H-12.)

B. — L’hématose est activée *

Est-ce, comme on le croit généralement, parce que l’air comprimé contient, sous un volume donné, une plus grande quantité absolue d’oxygène qu’il active et perfectionne la sanguification? (P. 21.)

Pravaz oppose alors aux anciennes assertions d’Allen et Peppys les expériences récentes de MM. Régnault et Reiset, et il ajoute :

Si, entre ces assertions contradictoires, on inclinait pour la dernière, comme produite sous la garantie d’expérimentateurs réputés plus exacts, on ne serait pas embarrassé toutefois d’expliquer comment l’air condensé peut donner d’autres résultats que l’oxygène pur, ou présenté seulement en plus grande quantité à l’absorption pulmonaire.

En effet, c’est à la pression ordinaire que Lavoisier, MM. Régnault et Reiset ont recueilli leurs observations ; or, on sait, d’après M. Biot, que la quantité, en poids, des gaz dissous dans un liquide croît proportionnellement à la pression que ces gaz supportent.

Il y a donc dans l’action de l’air condensé sur l’organisme un autre élément que la multiplication des molécules d’oxygène sous un volume donné ; cet élément est une force mécanique supérieure à celle qui agit sur les gaz expérimentés à la pression ordinaire de 0“’,76 ; cette différence entre les conditions d’absorption fait pressentir une différence correspondante entre les résultats fournis par l’inspiration de l’oxygène pur et celle de l’atmosphère simplement comprimé. (P. 23.)

L’expérience, selon lui, confirme cet aperçu de la théorie. Celte expérience est celle d’Hervier et St-Lager(p. 464) dont Pravaz accepte les conclusions, et dont il explique comme il suit les contradictions apparentes :

L’endosmose de l’oxygène, qui est l’office principal de la respiration, est favorisée par toutes les circonstances qui augmentent la solubilité de ce gaz dans le sang; or, l’accroissement de la pression atmosphérique est évidemment au nombre de ces^ circonstances, d’après l'expérience déjà citée de M. Biot; ainsi, dans l’air comprimé, il doit y avoir sursaturation du sang veineux par l’oxygène, mais ce phénomène ne peut se manifester immédiatement par une exhalation plus considérable d’acide carbonique, car l’exosmose de ce gaz est enrayée par la même force mécanique qui augmente l’absorption de l’oxygène.

Lorsque la respiration vient à se faire de nouveau dans l’atmosphère normale, la suroxydation des globules sanguins qui s’était produite pendant la durée du bain d’air comprimé ne peut manquer de donner lieu à des symptômes d’exaltation vitale, et à l’élimination en plus grande quantité du produit gazeux de la combusMon du carbone, devenue plus active, puisque ce gaz cesse d’être soumis à la pression supérieure qui coerçait son expansibilité . .

468 HISTORIQUE

L’analogie conduit à penser qu’il en est de l’azote comme de l’oxygène. Son absorption plus considérable est-elle de quelque utilité pour la nutrition ? Je suis disposé à le croire, d’après les observations de Régnault et Reise sur l’absorption de l’azote de l’air par les animaux à l’état d’inanition . en sorte que ce

gaz..... semblerait destiné . à suppléer, dans une certaine mesure, à l’alimen¬

tation par les organes digestifs. Si l’on admettait cette hypothèse très-plausible, on aurait une nouvelle donnée pour l’explication des bons effets obtenus par l’usage du bain d’air comprimé dans les cas où il y a langueur des fonctions digestives par atonie. (P. 28.)

C. — L’air comprimé facilite le retour du sang veineux au cœur.

Pravaz déclare d’abord que la compression diminue le nombre de pulsations artérielles : il l’a vu même réduit des 2/5, « surtout lorsqu’il existait un état fébrile antérieur. » Puis il insiste sur ce fait que Paspiration « exercée par l’oreiPette droite et la cavité thoracique » est une des causes les plus actives de la circulation veineuse, et il ajoute :

Le système capillaire, par suite de l’accroissment de la pression barométrique, devra se vider plus facilement dans les veines, car non-seulement l’action périphérique de la force qui comprime ce réseau, ainsi que les veines où il se décharge, est devenue plus énergique, mais encore la tendance au vide produite dans le péricarde et te médiastin pendant l’inspiration, et destinée à concourir avec l’effort concentrique d’impulsion vers le cœur, doit être plus prononcée. (P. 52.)

Le livre de Pravaz se termine par l’étude de l’influence favorable de l’air comprimé dans le traitement de la phthisie, du rachitisme, de la chlorose, de l’anémie, de la surdité, des congestions chroniques des centres nerveux, de différentes névroses.

Dans l’explication.des succès nombreux qu’il enregistre à ce propos, Pravaz fait surtout intervenir la raison chimique tirée de la suroxygénation du sang, et de l’activité plus grande imprimée ainsi aux phénomènes de la nutrition. Mais il invoque également l’action mécanique, la pression de l’air condensé. Ainsi, en parlant de la guérison de la coxalgiepar le bain d’air comprimé, il dit, dans un ouvrage antérieur à celui que nous venons de citer ^ :

Dans l’air comprimé, on peut remplir l’indication de comprimer la tumeur de la hanche de la manière la plus uniforme et la plus inoffensive, puisque ce n’est plus seulement la tête arliculaira qui est repoussée de dehors en dedans, mais

Mémoire sur l’emploi de la compression au moyen de l’air condense dans les h darthroses. — Lyon, 1845.

encore la capsule, faisant une saillie anormale au delà de ses inserlions. Cette compression, dont l’effort sur l’aire correspondante à la cavité cotyloïde peut être évaluée’ à vingt kilogrammes par atmosphère, doit déterminer la résorption au moins partielle des liquides épanchés, comme on le voit dans les cas d’ascite et d'hydrocéphale lorsqu'on embrasse l’abdomen ou le crâne par un bandage plus ou moins serré. (P. 8.)

Plus loin, citant le fait d’une jeune fille guérie, par l’air comprimé, d’un torticolis « dû à une hyperhémie encéphalique», il déclare que c’est à la pression mécanique qu’est dû le dégagement du cerveau :

Le vide qui se fait sentir pendant l’inspiration dans les veines jugulaires, et qui y appelle le sang de la tête et du rachis, tend à se remplir d’autant plus rapidement que la pression extérieure est plus forte ; et d’un autre côté, l’accroissement de cette pression doit opposer un plus grand obstacle au mouvement de reflux que l’expiration détermine dans les vaisseaux afférents ; dès lors , on ne saurait s’étonner que le système capillaire de l’encéphale et de la moelle épinière, en communication avec les veines soumises à une sorte de succion devenue plus énergique que dans l’état normal, puisse se débarrasser de l’excès de fluide sanguin qui l’engorgeait. (P. 13.)

Pol et Watelle^ sont les premiers auteurs qui aient tenté d’expliquer les accidents de la décompression, dont ils avaient aussi les premiers nettement déterminé le moment. Ce sont eux qui nous ont rapporté ce mot si caractéristique des ouvriers : « on ne paye qu’en sortant. »

Notons, en passant, comme une sorte de curiosité, l’idée émise par cesauleurs que «la densité insolite de l’air comprimé embarrasserait la progression », et que la difficulté à parler dans les cylindres, observée par eux, dépendrait également de « cette résistance inattendue à des contractions musculaires instinctivement mesurées par l’habitude ». (p. 250).

Arrivons maintenant à l’explication des accidents produits paria décompression. Les médecins de Douchy cherchent, selon leur expression, « à établir la signification des symptômes observés, à déterminer, en les interprétant, l’individualité nosologique qu’ils caractérisent ». Or, disent-ils:

Cette tâche est facile à remplir, ou plutôt elle est toute remplie.

En effet, si l’on excepte les douleurs musculaires, dans les cas du moins où, isolées, ne coexistant avec nul indice d’une souffrance des centres nerveux, elles étaient probablement produites par l’impression sur les capillaires de ce système, d’un sang trop richement oxygéné;

‘ Loc. cit. — Voir ci-dessus, p. 578.

HKTOîlïQüE.

Si l’on excepte aussi les accidents gastriques, qui tantôt ont semblé purement sympathiques, et tantôt, c’est notre sentiment, ont eu pour cause l’ingestion très-copieuse des produits de la combustion; il apparaît très-clairement que toujours ils ont été par-dessus tout l’expression d’un état congestionnel du cerveau et des poumons.

Nous ne nous évertuerons pas à démontrer, phénomènes en main, cette proposition à l’égard de laquelle l’autopsie de Héraut ne permet d’ailleurs aucun doute, et qui puisera une surabondante évidence dans les résultats d’un second examen cadavérique.

La congestion pulmonaire et cérébrale est donc la principale conséquence de la compression de l’âir ; c’est son aboutissant morbide le plus important, la source d’où découlent les indications thérapeutiques fondamentales.

Nous passons à dessein sous silence les congestions du foie, de la rate et des reins, constatées dans l’autopsie relatée plus haut, et qui se reproduiront dans la suivante; si ce n’est celle des reins qui ont donné lieu à une supersécrétion, eUes ne se sont pas traduites symptomatiquement. (P. 259.)

Ainsi, les accidents graves éprouvés par les ouvriers sont la suite de congestions viscérales. Mais quelle peut être la cause de ces congestions mêmes? La compression, répondent-ils, en tant qu’agent d’ordre mécanique ; c’est du moins ce qui ressort clairement du passage suivant :

Puisque, quand la pression atmosphérique diminue beaucoup, le sang se porte à l’extérieur et s’échappe des capillaires, il devrait s’ensuivre de la condensation de l’air des congestions viscérales, des hypérémies profondes. Â. influences contraires, effets opposés : contraria contrariis.

D’où cette conséquence, toute théorique encore, que si une pression de plus en plus considérable s’exerçait, on verrait à un degré actuellement indéterminable, au lieu des hémorrhagies périphériques provoquées par la rareté de l’air, survenir des épanchements intra-organiques, des apoplexies. (P. 272.)

Mais si c’est la compression même qui produit les congestions, comment se fâit-il donc qu’elles ne manifestent leur redoutable effet qu’au moment de la décompression ? Voici la curieuse réponse que font les deux médecins à cette objection qui pourrait paraître péremptoire :

Rasori pensait que les congestions sont constamment veineuses , et cela est hors de doute quand c’est un obstacle au retour du sang qui les occasionne. Mais en est-il de même lorsqu’elles sont sous la dépendance d’un afflux artériel ; alors aussi .l’arrêt circulatoire qui les constitue résiderait-il exclusivement dans les capillaires veineux ; le sang noir , en un mot , comme le veut le médecin italien, serait-il en toute circonstance l’agent des congestions ?

Les observations de M. Andral ne contredisent point cette opinion ; elles l’autorisent, au contraire, puisqu’il en résulte que les tissus hypérémiés rouges au premier degré qui, selon M. Dubois d’Amiens , n’est autre chose qu’un mouvement fluxionnaire précurseur de la congestion, sont bruns au deuxième degré et noirs au troisième.

Or que, par hypothèse, on veuille bien admettre que c’est plutôt à l’action stupéfiante du sang noir cpi’elles doivent d’être pernicieuses qu’à la compression provenant d’un abord exagéré, et il s’ensuivra que si l’inspiration d’un excès d’oxygène artériahsait le sang veineux , les congestions, selon le quantum, devraient perdre tout ou partie de leur nocuité.

Eh bien, c'est précisément ce qui est arrivé chez nos mineurs; d’une part, congestion sans accidents aucun; d’autre part, sang veineux rutilant.

Et comme contre-épreuve, quand l’agent de la rutilance était soustrait et son action éteinte ou amoindrie dans une certaine mesime, ce qui prenait un temps variable, accidents graves pouvant s’élever jusqu’au foudroiement.

Ainsi, les congestions qui résultent de la compression de l’air ne révèlent pas leur existence, tant que cette compression s’exerce.

La compression par conséquent porte en soi son correctif.

La décompression démasque, en quelque sorte les congestions ; elle leur laisse sortir leur plein et entier effet ; on pourrait dire que de latentes , de virtuelles, elle le rend effectives.

Partant de là, on conçoit qu’elle doit se montrer d’autant plus redoutable qu’elle est plus rapide, et qu’il suffirait probablement pour qu’elle devînt inoffensive de la pratiquer avec une grande lenteur, beaucoup plus lentement qu’il n’a été fait, à Louches, la plupart du temps. (P. 260.)

Ainsi, les médecins de bouchy font jouer à la suroxygénation du sang un rôle singulier à coup sûr, mais fort important. 11 est curieux de voir, cependant, combien peu ils se faisaient une idée nette des conditions qui, dans l’air comprimé, déterminent cette sur oxygénation. Parlant, en effet, des inspirations d’oxygéne qui avaient été autrefois tentées, ils protestent contre toute assimilation entre l’emploi de ce gaz, et celui de l’air comprimé ;

C’est autre chose, assurément, de respirer de l’oxygène pur, même de l’air oxygéné, ou de respirer de l’air simplement condensé, sans modification quantitative de ses éléments, de l’air où l’oxygène ne cesse pas d’être étendu d’azote dans les proportions naturelles. (P. 269.)

La note étendue dont A. Guérard ^ fit suivre, dans les Annales d'hygiène, l’important mémoire de Pol et Watelle, n’est qu’un travail de compilation. Elle ne contient rien de nouveau, ni au point de vue des phénomènes observés, ni au point de vue des explications physiologiques. Seulement son auteur insiste, plus qu’on n’avait fait jusque-là, sur les changements énormes que l’augmentation de pression ferait subir au poids supporté par notre, corps. Il en a dressé un tableau détaillé, duquel, à titre de curiosité, nous extrayons les chiffres suivants :

* Note sur les effets physiologiques et pathologiques de l'air comprimé, — Ann. d’hyg. publ. et de méd. lég., 1854, 2' série, I, p. 279-504.

HISTORIQUE

1 atmosphère le poids supporté varie de 15 500

à 20 600 Kil.

Et il en conclut à des surcharges effroyables, puisque à 6 atmosphères elles varieraient de 77,500 kil. à 100,000 kil.!

Guérard admet en outre que, sous l’influence de la pression, l’oxygène et l’azote se dissolvent en plus grande quantité dans le sang, et que de là résulte un accroissement des combustions interstitielles, d’où l’amaigrissement.

Quant aux douleurs musculaires, il les considère comme étant de nature rhumatismale, et dues au refroidissement qui accompagne la décompression.

Puis, admettant comme générale la plus grande facilité des mouvements que Pol et Mathieu avaient cru remarquer chez quelques ouvriers pendant le travail dans Pair comprimé, il dit :

Il se pourrait que l’influence exercée sur la marche par la pression atmosphérique reçût un nouveau degré de puissance de l’augmentation de cette pression.

Pour le reste, il accepte les conclusions de Pol et Watelle et celles de Pravaz.

Nous revenons, avec le D' Milliet% aux observations d’ordre purement médical. Pour ce médecin, l’action de l’air comprimé est exclusivement physique ; il proteste contre l’idée d’une modification chimique dans les actes respiratoires ; mais, hormis cette protestation, il n’émet aucune idée nette :

En plongeant, pour ainsi dire, les organes de la respiration dans une atmosphère plus condensée, le poumon trouvera sous un même volume une quantité plus considérable d’air atmosphérique : dès lors il sera en contact, à chaque inspiration, avec une masse plus grande d’air atmosphérique... Que résultera-t-il de cet apport? Ce seul effet, une facilité plus grande dans la fonction. (P. 15.)

Cette réduction du rhythme dans les actes des mouvements respiratoires est purement physique, et malgré les idées générales reçues, ii est certain qu’aucune fnodifîcation chimique ni en plus ni en moins n’est apportée dans le fait de l’oxidation du sang. L’air n’a point été modifié dans sa constitution chimique, et les lois qui régissent notre organisme n’ont point cessé leur action naturelle.

Ainsi, que l’air atmosphérique soit raréfié ou condensé, il n’a modifié en rien l'action chimique de la respiration; il n’a eu qu’une influence physique sur le jeu

Loc. eit. — De l’air compiumé, etc. Lyon, 1854.

de cette fonction. Mais les choses se passent bien différemment si vous changez les proportions chimiques des gaz de l’air.

Un des elTeîs de l’usage de l’air comprimé est l’augmentation des sécrétions et de l’absorption. L’activité nerveuse dans les organes excréteurs et absorbants m’a paru dériver de la circulation veineuse, qui est toujours plus large et plus complète pendant que notre corps est soumis à une pression plus élevée. (P. 16.)

En 1855 parut la première édition du livre que Eugène BertinS qui employait les appareils installés à Montpellier par Tabarié, consacre à l’étude l’emploi tliérapeutique de l’air comprimé. Ce travail, comme son titre l’indique, doit intéresser surtout les médecins. Du reste, l’auteur déclare, dès le début de son livre, « qu’il n’abordera pas les considérations physiologiques. » Aussi ne nous y arrêterons-nous pas longtemps.

11 résume cependant ses opinions dans les termes suivants :

L’air comprimé , quel que soit le degré auquel on l’élève, peut être supporté sans danger, à cause de l’équilibre de pression qui s’établit sur toutes les parties du corps, absolument comme cela a lieu dans l’atmosphère ordinaire.

L’expérience démontre qu’à une pression poussée bien au delà du degré qu’il suffit d’atteindre pour déterminer tous les effets thérapeutiques, il ne survient dans les phénomènes de la vie aucunes modifications qui puissent nuire à leur régularité . . .

Il est rationnel d’admettre que la diminution de pression atmosphérique suffisant pour ralentir le retour du sang veineux vers le cœur, et pour favoriser ainsi des stases dans le système capillaire , une augmentation de pression doive , au contrairt, faciliter ce retour et dissiper ces congestions .

La respiration opérée dans un air comprimé, en mettant le sang en contact avec une plus grande abondance des deux principes constituants de l’air sous un même volume, doit nécessairement décarboniser une quantité de sang plus considérable que dans l'état ordinaire. Par la même raison, le rôle que l’azote peut jouer dans l’économie doit aussi se trouver plus amplement rempli. Chaque inspiration doit donc avoir un effet plus étendu sous l’air comprimé que sous l’atmosphère ordinaire : de là la nécessité d’inspirations moins répétées, pour suffire aux besoins de chaque moment ; de là une diminution , souvent très-grande, dans le jeu des organes pulmonaires, et la source d’un repos si utile et pourtant si difficile à procurer par tout autre moyen à des organes dont l’action doit être incessante.

Sous l’influence des relations qui unissent la respiration avec les battements du cœur, le relentissement de la première doit amener une modification semblable dans la circulation ; bien des faits permettent, en outre, d’attribuer à l’air comprimé une action sédative directe sur le système circulatoire ; sous cette double action, la lenteur du pouls devient un état permanent, non-seulement pendant l’emploi soutenu des bains d’air comprimé, mais même longtemps après leur interruption .

Eu même temps, l’appétit s’augmente, les fonctions digestives s’accomplissent

‘ Étude clinique de tentpioi et des effets du bain d'air comprime dans le traitement des diverses maladies. — Paris, 1855.

HISTORIQUE

avec régularité, et par là se trouve assurée une bonne nutrition, source indubitable d’un accroissement des forces générales . .

Les sécrétions offrent peu de traces de l’action de l’air comprimé. J’ai signalé une augmentation sensible de la salive pendant la durée du bain. (P. 60.)

Dans sa 2® édit., publiée en 1868, Eug. Bertin reproduit purement et simplement (p. 97), le résumé que nous* venons de citer. Du reste, si l’on fait abstraction des observations médicales, beaucoup plus nombreuses que dans la première édition, on ne trouve que peu de modifications apportées au texte primitif.

L’addition la plus importante est la critique de l’opinion de Vivenot sur le ralentissement des pulsations artérielles. Bertin fait d’abord remarquer qu’il a rarement constaté cette diminution sous l’appareil ; au contraire, il l’a notée à la fin du bain, presque toujours quelques heures après, ou même le lendemain avant le lever du malade. Souvent elle n’existe jamais. Enfin, elle n’est pas proportionnée à la pression, dit-il, car elle devrait être énorme chez les ouvriers des tubes.

Nous avons vu plus haut (p. 258) que HoppeS dans un remarquable travail sur les causes de la mort des animaux tués soudain par l’air raréfié, avait trouvé dans leurs vaisseaux sanguins des bulles d’air libre, auxquelles, selon lui, la mort était due. 11 ne manqua pas d’appliquer aux accidents delà décompression brusque l’observation qu’il avait faite :

Si, après qu’un animal est resté quelque temps dans l’air comprimé, on diminue soudain la pression, les poumons n’auront pas le temps de laisser échapper les gaz devenus libres dans les grosses veines. C’est ainsi qu’on a vu, dans les mines de houille de France, survenir des morts subites, sans lésions anatomiques. (P. 72.)

Il convient de faire remarquer que Hoppe n’a jamais fait d’expériences directes sur ce point, et qu’il raisonne seulement par analogie.

Quant à l’influence de la compression elle-même, il dit simplement :

L’augmentation de la pression de l’air doit augmenter la force d’absorption du sang pour les gaz ; le sang contiendra alors plus d’oxygène, d’où devra résulter une production plus grande de chaleur et une diminution de la quantité d’air respiré dans un temps donné. L’observation de Pravaz d’une moindre quantité d’acide carbonique excrété dans l’air comprimé s’explique par le faible volume d’air sur lequel il expérimentait. (P. 71.)

Loc. cit — Ueber dei' Einfluss, etc. — Mûller’sArcli., 1857.

Le D'' François*, après la relation que nous avons reproduite des accidents survenus aux ouvriers du pont de Kehl, en cherche la cause. 11 repousse d’abord l’opinion de Guérard sur le rhumatisme, et l’une des raisons qu’il donne est que « les douleurs musculaires disparaissent spontanément si les ouvriers se replongent dans l’air comprimé ». Rien de plus curieux que l’explication qu’il donne de ces douleurs :

Elles sont , dit-il, le résultat flagrant de l’insinuation dans les tissus de l’air comprimé, envoyé par les machines soufflantes, air qui s’amalgame avec le tissu cellulaire dans ses parties les plus intimes, comme, par exemple , le mercure s’amalgame avec l’axonge après une trituration minutieuse, de .façon qu’aucune molécule de métal n’est plus perceptible à l’œil nu.

Cet air, ainsi amassé outre mesure dans nos tissus, doit nécessairement chercher à s’équilibrer avec l’atmosphère ambiante, lors de la sortie du milieu comprimé, et plus cette sortie de la chambre à air aura été effectuée avec précipitation, moins elle aura été graduée et l’élimination prolongée, plus les effets pathologiques devront être prononcés, par la raison que nous avons citée plus haut.

Il repousse explicitement, comme l’avaient fait Pol et WateUe, toute comparaison entre l’air suroxygéné et l’air comprimé :

Nous ne pouvons admettre que ces douleurs soient produites par la présence d’un air plus richement oxygéné, comme l’opinion en avait été émise; en effet, chaque atmosphère de l’air comprimé ne contient, avec tous ses autres éléments, que la même proportion d’oxygène qu’il renferme à l’extérieur : ce n’est pas un excès d’oxygène que l’on envoie dans les caissons, mais bien un excès d’air atmosphérique.

Pour nous donc, nous sommes disposé à admettre que les douleurs musculaires sont le résultat d’une action constante, exercée dans les tissus par un excès d’air atmosphérique , irritation poussée quelquefois jusqu’à la douleur la plus aiguë, lorsque cet air cherche à se mettre trop brusquement en équilibre avec un milieu moins dense. (P. 309.)

Voilà pour les douleurs musculaires. Quant aux accidents du côté de la respiration, ce sont, dit M. François, des congestions pulmonaires :

Leur mode de production est facile à établir ; en effet, nous savons que l’ampliation delà capacité pulmonaire est très-forte sous l’influence de l’air condensé; que les cellules des organes respiratoires sont considérablement distendues ; or, lors de la sortie et surtout à la suite d’un éclusement rapide et trop peu gradué, le vide se fait trop promptement dans la cavité thoracique, et ce vide doit nécessairement être remplacé par un afflux subit du sang et des autres liquides ; de là ces congestions ; de là aussi ces hémoptysies, suite de rupture des vaisseaux dans le parenchyme pulmonaire.

Loc. cit. — Des effets de V air comprimé, etc.; 1860.

HISTORIQUE

D’après ceci, l’on doit concevoir que des personnes sanguines, plétlioriqiies, sont plus sujettes à ces affections que des individus à tempérament lymphatique ou nerveux.

Les accidents cérébraux dont nous avons cité les exemples, sont également à ses yeux le résultat de phénomènes congestifs. Et ici, M. François cherche à expliquer comment ils se manifestent précisément au moment de la décompression :

11 est incontestable que ces congestions cérébrales, de même que celles du tissu pulmonaire , ne procèdent pas des mêmes causes que les congestions frappant des individus dans le cours de la vie ordinaire, où elles sont produites, la plupart du temps, par une stase sanguine veineuse occasionnée par un obstacle au retour du sang ; d’autres fois, mais dans des circonstances moins fréquentes, ces congestions sont le résultat d’une grande impulsion artérielle ; mais il arrive alors constamment une stase consécutive, stase qui peut devenir pernicieuse, lorsque la congestion, de rouge qu’elle était, devient noire et stupéfiante, c’est-à dire que le sang se montre de moins en moins oxygéné.

En est-il de même dans les congestions produites par l'air condensé ? Évidemment non, car ici point de congestion tant que dure la pression atmosphérique exagérée; puis l’ouvrier, soustrait à la pression exagérée, l’excès de l’air contenu dans son organisme cherche à s’équilibrer avec l’air extérieur ; cette tendance se fait sans mesure , comme on doit le penser ; de là, refoulemeut du sang, mais d’un sang rutilant, vers le centre nerveux, refoulement se manifestant quelquefois d’une manière foudroyante, surtout si l’éclusement n'a pas été fait progressivement et avec prudence, mais n’ayant jusqu’à présent produit aucun cas mortel.

Dans tous les cas, lorsqu’on pratiquait la saignée, le sang sortait rutilant de la veine ; aucune saignée noirâtre n’a été constatée. (P. 515.)

Enfin les paraplégies, les rétentions d’urine, etc., seraient dues à des congestions médullaires produites par une cause semblable.

C’est également, comme nous l’avons dit, sur les ouvriers employés au pont de Kehl, que M. Bucquoy ^ fit ses observations. Son travail est extrêmement remarquable, au point de vue surtout des explications physiologiques.

Il s’occupe tout d’abord de l’augmentation dans la quantité d’oxygène que contient le sang. Mais l’hypothèse qui pouvait paraître trèssimple à Pravaz se complique singulièrement depuis le travail de M. Fernet (Voy. p. 260). Aussi, dit M. Bucquoy, qui insiste longuement sur la différence établie par ce physicien entre l’oxygène combiné chimiquement aux globules et l’oxygène dissous dans le sérum :

C’est à l’oxygène simplement dissous que sont dues les modifications dfi l’hématose observées dans l’air comprimé :

* Loc. cit. — De Vair comprimé; 1801.

En effet, les globules sanguins n’absorbent pas dans l’air comprimé une pro portion d’oxygène plus grande qu’à l’air libre, puisque cette proportion est démontrée indépendante de la pression.

D’un autre côté, la dépense d’oxygène que le sang doit faire au profit des combustions respiratoires est aussi grande dans l’air comprimé qu’à l’air libre , puisque ces combustions n’y sont pas moins actives que sous la pression atmosphérique ordinaire.

Si donc, dans l’air comprimé, les globules du sang fournissaient seuls et sans compensation tout l’oxygène nécessaire aux combustions, ils perdraient , comme à la pression ordinaire, une quantité d’oxygène suffisante pour que leur couleur artérielle disparût, et à leur sortie des capillaires généraux, on les trouverait avec la teinte du sang veineux. Or, il n’en est pas ainsi : les globules du sang veineux sont rutilants chez l’homme soumis à l’air comprimé.

Ce fait, considérable au point de vue physiologique , ne peut s’expliquer que de deux façons :

Ou les globules sanguins ne fournissent aux combustions respiratoires , sous l'air comprimé, qu’une portion d’oxygène trop petite pour que leur couleur rouge en soit sensiblement altérée; dans ce cas, le complément d’oxygène nécessaire aux combustions est pris directement à la portion de ce gaz qui est simplement dissous dans le sérum, mais dont la quantité augmente avec la pression.

Ou bien les globules fournissent aux combustions tout l’oxygène nécessaire ; dans ce deuxième cas, on est obligé d’admettre qu’ils en reprennent au sérum à mesure qu'ils en perdent, puisque leur couleur est à peine modifiée ; cette hypothèse est la plus vraisemblable.

Quoi qu’il en soit, la partie d’oxygène dissoute dans le sérum joue directement ou indirectement un rôle important dans les phénomènes d’hématose qui se passent sous des pressions supérieures à l’atmosphère. C’est cette portion d’oxygène qui peut seule expliquer la rutilance du sang veineux, toujours rencontrée par MM. Pnl et Yatelle, et toujours aussi par M. François. C’est donc à tort qu’on néglige maintenant cette portion d’oxygène absorbé et qu’on regarde les variations de pression comme indifférentes eu égard à l’hématose. (P. 50.)

J’ai le regret de rencontrer, après cette page remarquable, l’adoption, timide, il est vrai et pleine de restrictions, de la théorie si erronnée de la compression physique des tissus extérieurs, et du refoulement consécutif du sang dans les parties profondes. Voici de quelle façon, fort originale, je l’avoue, la formule M. Bucquoy :

L’accroissement de pression du milieu ambiant produit son maximum d’effet sur les tissus de la périphérie. Ces tissus se condensent, mais ils résistent dans une certaine mesure à la pression extérieure, et en neutralisent une fraction. La pression subsistante condense les couches placées au-dessous des premières, mais elle éprouve de leur part une nouvelle résistance qui diminue encore son intensité, et ainsi de suite. De sorte qu'à mesure qu’on s’avance de la surface vers les parties centrales, les tissus sont de moins en moins condensés , et les pressions de plus en plus affaiblies. Mais le sang contenu dans les tissus superficiels transmet à toute la masse sanguine, dans tous les sens, à toutes les profondeurs et presque également, la pression extérieure. Par conséquent, dans tous les points de l’économie le liquide sanguin exerce contre les parois de ses vaisseaux de

dedans en dehors, et tendant à les dilater, une pression presqu’égale à la pression qu'il supporte extérieurement.

Pour résister à cette dilatation de vaisseaux , chaque tissu a sa résistance propre , et la fraction de pression extérieure qui a pu se propager jusqu’à lui à travers les couches plus superficielles. Il en résulte que les différents tissus résistent très-inégalement à cette dilatation des vaisseaux, et que celle-ci est d’autant plus grande que les tissus sont plus profonds, puisque la pression extérieure transmise aux tissus par les tissus diminue avec la profondeur. Par conséquent: dilatation des vaisseaux dans les tissus profonds, où la pression venant de l'extérieur est faible ; diminution du calibre des vaisseaux dans les couches superficielles où la pression extérieure est forte ; tout cela dans une mesure convenable, jusqu’à ce que l’équilibre soit partout rétabli. A chaque nouvel accroissement de pression, il se produit un effet analogue ; fine nouvelle distribution du sang et un nouvel équilibre s’établissent. L’effet total est une plus grande masse de sang, dans les tissus et les organes profonds; on a, en un mot, les congestions viscérales et les hypérémies, dont parlent tous les auteurs. (P. 52.)

Mais M. Bucquoy retrouve un terrain solide lorsqu’il parle des effets fâcheux de la décompression. 11 n’a pas grand’peine à venir à bout des théories de Pol et Watelle sur les effets tardifs de suroxygénation du sang, et de Guérard sur la nature rhumatismale des douleurs. Envisageant la question en physicien, il dit :

Si l’on pénètre dans l’air comprimé, l’oxygène, l’acide carbonique et l’azote, tenus en simple dissolution dans le sang, doivent augmenter avec la pression; et si la compression a duré suffisamment longtemps, la loi de Dalton veut que la quantité de chacun de ces gaz absorbée par le sang soit proportionnelle à sa pression dans l’air condensé où l’on respire. Dans l’état ordinaire, l’acide carbonique et l’azote du sang ne sont pas puisés dans l’air inspiré ; ils sont engendrés par les phénomènes physiques de la vie. Par suite de leur origine, ces deux gaz ne suivent sans doute pas rigoureusement la'loi de Dalton, mais leur quantité pondérale dans le sang varie nécessairement dans le sens indiqué par cette loi.

Cela posé, que doit-il advenir lorsqu’on sort des appareils à l’air comprimé?

Pendant et après la décompression, tous les gaz dissous en excès dans le sang, par suite de la condensation de l’air, tendront à s’échapper de ce liquide avec un effort d’autant plus grand, à séjour égal dans l’air comprimé, que la pression qu’on aura subie était plus considérable. C’est là une conséquence forcée des lois physiques sur la dissolution des gaz dans les liquides, et l’on en a un exemple commun et fréquent dans la rapidité et dans la force avec lesquelles l’acide carbonique s’échappe d’une eau gazeuse, quand on enlève le bouchon de la bouteille qui la contient. (P. 58.) .

Les particules de gaz qui ont repris l’état aériforme dans toute l’étendue du système sanguin, restent mécaniquement mêlées aux molécules liquides, qui auparavant les dissolvaient; il s’ensuit que le sang devient un mélange expansible qui fait sans cesse effort pour distendre ces vaisseaux et pour augmenter de volume. Le résultat définitif est une turgescence générale plus ou moins considérable des vaisseaux sanguins et une imminence hémorrhagique plus ou moins menaçante. Et comme les gaz dissous en excès se séparent des humeurs comme du sang, il en résultera une tendance générale à l’emphysème.

Attribuons maintenant à la force expansive des gaz devenus libres une inten-

sité suffisante, et il n’est pas nécessaire qu’elle soit considérable, si elle est favorisée par des dispositions individuelles, alors l’inuninence hémorrhagique et la tendance à l’emphysème se traduiront en faits. Nous aurons tous les cas d’hémorrhagie et d’emphysème observés, soit dans les ascensions sur les hautes montagnes, soit dans les voyages aérostatiques, soit dans les ateliers à air comprimé. (P. 59.)

Appuyé sur cette base excellente de raisonnement, M. Bucquoy explique facilement les emphysèmes observés à Douchy, les hémorrhagies, les douleurs musculaires et articulaires, à propos desquelles il cite la très-intéressante observation suivante :

Un jour que j’observais un ouvrier qui souffrait cruellement à un genou, j’ai vu les ventouses sèches placées autour de l’articulation tomber les unes après les autres, quoique bien appliquées par l’infirmier, homme très-adroit. Elles furent replacées plusieurs fois et ne tinrent qu’au bout d’un certain temps ; le malade alors se trouva notablement soulagé. L’élimination des gaz libres explique à la fois et la chute des premières ventouses et la prompte disparition du mal par leur application répétée. (P. 62.)

M. Bucquoy termine en conseillant avec grande raison aux ingénieurs de prendre toutes les précautions nécessaires pour obtenir une décompression suffisamment lente.

Nous avons rapporté plus haut (p. 596) l’histoire du malade de M. HermelS qui fut frappé de paralysie en sortant des piles du pont du Scorff, près Lorient. L’auteur, s’est efforcé, en résumant les observations antérieures, d’expliquer les accidents constatés; nous verrons qu’il n’est pas heureux dans ses tentatives.

Il insiste d’abord beaucoup sur le confinement auquel sont soumis les ouvriers qui travaillent dans les caissons. L’acide carbonique qui s’y produit doit, selon lui, jouer un grand rôle, et, rappelant les fourmillements et les ardeurs cutanées qu’a décrits Herpin (de Metz) il pense :

Que ce phénomène pourrait bien être la cause du prurit ardent dont se plaignent les ouvriers et que MM. l’ol, Mathieu et François ont signalé, ce que les ouvriers appellent leurs puces.

De même, les effets du bain d’acide carbonique qui accélère la circulation peuvent nous donner la raison de la divergence d’opinions que nous avons présentée entre MM. PqI, Mathieu et Blavier, d’une part (les premiers ayant constaté dans l’air comprimé le ralenlissement de la circulation, le troisième n’ayant remar^ qué aucune différence sur trois personnes) et d’autre part, M. François, qui a noté l’accélération de la circulation comme constante. (T. XVI, p. 445.)

Quant à la rougeur du sang veineux, observé par Pol et Watelle,

* Loc. cit. — Des accidents, etc.; 1862. 1863;

HISTORIQUE

il se refuse à admeUre leur sagace explication. 11 répète avec François que « ce n’est pas un excès d’oxygène qu’on envoie dans les caissons, mais bien un excès d’air atmosphérique ». Il va même plus loin :

D'après ce que nous avons établi, l’oxygène des caissons était considérablement diminué par l'absorption respiratoire et la combustion ; l’acide carbonique nuisant à l’hématose, comment le sang veineux serait-il oxygéné? Il faut chercher ailleurs la raison de la rutilance du sang. Les conditions de milieu dont nous nous occupons donnent lieu d’admettre la formation de gaz oxyde de carbone, qui expliquerait ce phénomène. (P. 447.)

Cet oxyde de carbone serait produit, selon notre homœopathe, par la respiration dans un air pauvre en oxygène.

Telle est la cause des accidents qui atteignent les ouvriers:

Les auteurs n’ayant vu ces accidents paraître qu’après la décompression, ils ont tout attribué à cette transition.

Il arrive alors à l’étude de la décompression ; et il compare ce qui se passe chez les ouvriers aux effets de l’ascension dans les hautes régions de l’atmosphère. Il y a cependant, dit-il, une grande différence, c’est que :

Comme c’est la pression normale de l'air qui retient les fluides dans les vaisseaux, on voit rarement se produire à la sortie des caissons les hémorrhagies qui sont fréquentes dans les ascensions. (T. XVII, p. 57.)

En outre, les effets sont plus graves que ceux de l’ascension parce que la compression est plus considérable, que la décompression est plus rapide, qu’elle agit sur des hommes dans un état morbide manifeste, et que cette sorte de raréfaction s’opère dans un air confiné et mêlé de gaz nuisibles.

Relativement aux douleurs musculaires, il repousse l’interprétation de Pol et Watelle :

Parce que nous n’avons pas trouvé que le sang ait absorbé une plus grande proportion d’oxygène que normalement. (P. 112.)

Mais nous admettons avec François que ta compression de l’air fasse pénétrer une certaine quantité d’air dans les tissus. Ce fait est démontré par les cas d’emphysème sous-cutané. (P. 114.)

Quant aux accidents graves, ce sont, pour M. Hermel, des congestions pulmonaires, médullaires, cérébrales, qu’il explique par des chocs en retour ; du reste :

L’opération de la décompression, dit-il, ne produit pas à elle seule tous les

AIR COMPRIMÉ : TÜÉORIES ET EXPÉRIE:vCES. 48 i

accidents observés ; la compression de l’air dans les caissons et leur milieu délétère y contribuent pour une grande part. (P. 205.)

Le travail de M. Foleÿ^ est certes le plus original au point de vue théorique, entre tous ceux que nous avons renconlrés et résumés déjà. La lecture en est des plus piquantes, sinon des plus faciles; on y trouve, en effet, non-seulement l’histoire et l’explication des accidents qui frappent les ouvriers des tubes, mais la théorie de la respiration des oiseaux dans les hautes régions de l’air, du fonctionnement de la vessie natatoire chez les poissons, etc. En laissant là ces questions, qui ne nous toucher * qu’indirectement, nous voyons M. Foleÿ s’efforcer d’éclairer la cause intime des accidents qu’il a constatés, par une élude peu facile à comprendre sur la nutrition, F « aimatose » et la physiologie des trois systèmes nerveux à l’aide desquels « l’homme (plante, animal et âme) gouverne son être multiple. »

Un exemple indiquera la nature de ces considérations, et de leurs conséquences. L’auteur fait la remarque que les ingénieurs sont longtemps avant de souffrir de l’air comprimé :

Cela tient, dit-il, à ce que, d’iiabitude, les premiers alimentent leur moelle épinière et, par suite, incitent tout leur être avec des souvenirs, des sensations conservées, et que dès lors, écraser leurs sens, c’est favoriser (pour ainsi dire) leur mode vital ordinaire.

Au lieu que les ■ seconds, obligés de vivre et travailler au jour le jour, de fabriquer et dépenser de l’incitation à l’heure l’heure (parce qu’ils n’ont jamais eu le temps d’habituer la source première de notre activité organique à des impressions gardées), ne peuvent alimenter leurs rachis qu’avec des matériaux de contacts atmosphériques toujours réels, toujours positifs, toujours immédiats : matériaux que précisément l’excès de pression les empêche de recueillir. (P. 24.)

J’avoue que je crois devoir renoncer à la tâche de résumer eh une formule nette et intelligible les doctrines de M. Foleÿ. Voici quelques citations que j’essaye de coordonner de manière à jeter un peu de lumière sur ces obscurités de pensée et de style :

Dès que les ouvriers sont dans l’air comprimé, leur sang s’hyperartérialise et leur circulation s’achemine, vers son minimum. En même temps, leur réserve nerveuse déjà si basse... tombe encore.

Ils travaillent cependant, autrement dit leurs muscles, leurs divers organes mécaniques, tout en mangeant du liquide cruorique, demandent à la moelle épinière de l’incitation et à leurs ganglions directeurs de la force plastique; de ce triple composé de pulpes encéphalique, épinière et sympathique; de ce triple mélange de substances cordinatiâce, végétative et incitatrice, que le grand

1 Loc. cit. — Du travail, etc.; 1865.

HISTORIQUE

sympathique fait pour décider le cours du sang d’abord, le régulariser ensuite, et finalement le transformer én chair humaine.

Comment répondent à leurs administrés les directeurs mécaniques el nutritifs interrogés?

3Iais la moelle épinière qui ne fabrique plus assez d’incitation en refuse, peutêtre même en redemande aux ganglions ou plexus du grand sympathique ! A leur tour donc, ceux-ci en refusent à leurs administrés, qui malgré cela continuent leurs travaux, se vident de sang, puis se détériorent, et puis finissent par ne plus pouvoir servir. (P. 27.)

Voilà pour les phénomènes causés par la compression ; arrivons maintenant à la décompression :

Nous aurons l'inverse de ce que la compression a causé. (P. 44.) .

Peu à peu, les sens affaissés du tubiste se relèvent; peu à peu ils dirigent vers la moelle épinière des sensations plus complètes; peu à peu ce dernier appareil récupère sa puissance. Peu à peu, il rend aux portions du grand sympathique si énergiquement interrogées ce qu’il leur faut d’incitation pour se refaire ellesmêmes ; et peu à peu, mais en dernier ressort, ces régisseurs nerveux composent l’ordre qui dirigera, sur les muscles ou autres organes épuisés, l’afflux réparateur.

Enfin ce commandement est fait. Il part comme la foudre. Mais trop conforme en général au principe (la réaction doit égaler l’action), il détermine presque toujours une cengestion artérielle, d’autant plus abondante et d’autant plus subite qu’elle a été plus tardive. (P. 28.) .

En résumé, nous n’avons à craindre, pour le tubiste rentré dans l’air libre, qu’une réaction nervoso-sanguine trop forte, un choc circulatoire en ce tour trop violent. (P. 45.)

C’est là ce que M. Foleÿ désigne sous le nom de « congestion postéro-tubaire. »

« Ainsi, toujours selon M. Foleÿ, nous avons toutes les clefs nécessaires à l’intelligence des divers phénomènes morbides qui peuvent naître quand on a quitté l’air comprimé. (P. 29.) »

Voici, par exemple, la clef du suintement sanguin qui se produit assez fréquemment par le nez ou la bouche :

La muqueuse, quasi-exsangue tant qu’agit l’air comprimé, se remplit dés que la tension cesse, se déchire si elle est trop mince . puis, momentanément sur¬

prise, elle recouvre son épaisseur normale après quelques oscillations pénibles . (P. 50.)

Voici maintenant pour les sensations de chaleur à la peau, el pour le « prurit pénible, brûlant, intolérable, qui oblige à se gratter à deux mains avec impatience, anxiété, fureur ou délire, que les ouvriers nomment puces » :

Dès qu’on entre dans les tubes, on est aplati; les artères diminuent de calibre, et l’on sue facilement. Par tous ces effets notre peau sc vide et se flétrit.

AIR COÏÏJPRIÏÉ : THÉORIES ET EXPERIEA'CES. 485

Aussitôt qu’on en sort, au contraire, par la seule force mécanique de ses fibres élastiques, cette enveloppe -s’épanouit. Malheureusement la rétractüité de leur tunique jaune conserve, à nos vaisseaux nourriciers, leur diamètre minimum. 11 en résulte qu’une sorte de vide se forme autour d’eux.

Les choses étant ainsi disposées, quand la réaction commence, autrement dit, quand les ondées sanguines redeviennent vigoureuses , nos artères préalablement isolées cèdent facilement, reprennent leur diamètre antérieur, et même l’exagèrent. En même temps, nos innombrables papilles cutanées sont tuméfiées outre mesure par un sang suroxygéné. Alors dans l’épaisseur de la peau les filets nerveux qui enlacent nos vaisseaux nourriciers, tiraillés brusquement et outre mesure, accusent des douleurs cruelles et dilacérantes, tandis qu’à sa surface tous les contacts deviennent à la fois piquants et brûlants. Ce sont toutes ces douleurs simultanées qui déterminent les puces. (P. 53.)

Enfin les accidents qui frappent « les muscles, puis leurs auxiliaires synoviaux, aponévro tiques ou articulaires », s’expliquent de même; ce sont; comme on Fa vu (p. 394), des tuméfactions :

Ces gonflements sont-ils de nature gazeuse, hémorrhagique ou rhumatismale, comme on l’a dit ? Non !

La recompression qui toujours les efface immédiatement, l’absence de crépitation,. de craquement, de coloration quelconque sous l’épiderme, et de pérégrination, enfin l’excessive richesse du sang, qui exclut toute idée de fibrine en excès, autrement dit de maladie inflammatoire, ne permettent pas d’en douter. Ce sont tout bonnement des congestions artérielles sans extravasation. (P. 55.)

M. Foleÿ n’hésite pas à prédire à la médication par l’air comprimé le plus bel avenir ;

Faites, dit-il, une chaise à porteurs fermant bien hermétiquement . .\dap-

tez-y mie soupape de sûreté, une pompe foulante et un manomètre ; en un mot, disposez tout pour qu’en cette petite chambre la pression de l’air puisse atteindre 2,5 atm. au plus.

Et certainement vous posséderez un meuble qui vous pei'mettra d’aller soulager bien des vieillards asthmatiques ; d’aller sauver beaucoup d’enfants atteints du croup, et d’aller aussi guérir quantité d’adultes frappés de maladies congestionnelles, toxico-hémiques. (P. 135.)

Sans discuter la valeur de ces espérances, il est nécessaire de faire observer aux « réalisateurs », comme les appelle M. Foleÿ, que la construction des appareils est notablement plus compliquée et plus coûteuse qu’il ne semble le croire.

M. Gaffe ^ fut chargé par la Société médicale d’émulation d’examiner le travail de M. Foleÿ. Il en profita pour étudier à son tour Faction de l’air comprimé.

Rapport sur le travail de M. Foteiji lu à la Soc. méd. d'émulation de Paris, séance du août 1803.

4Si HISTORIQUE.

Il commence par accepter les idées du D' François sur Faction mécanique de l’air comprimé et sur « l’amalgame » de Fair et des tissus ; il les résume dans les termes suivants :

M. François rapporte les douleurs musculaires et arthritiques à la pénétration dans les tissus de l’air comprimé qui devient une cause d’irritation, désignée sous le nom de souffrance des caissons; des abcès leur succèdent quelquefois. Une expérience senfole confirmer l’opinion de M. François ; lors du forage des caissons, quand on a retiré de leur intérieur les sommiers en chêne, soumis à la compression de l’air, ces poutres plongées dans l’eau dégageaient de notables quantités de bulles d’air.

Le danger des congestions cérébrales se traduit également à la sortie de l’éclusement; le sang, soustrait à la pression par l’air condensé, tend à s’équilibrer avec l’air extérieur ; il est donc refoulé vers les centres nerveux, cerveau, moelle épinière; la vessie urinaire perd elle-même de sa contractilité. (P. 2.)

Puis, après avoir exposé les observations et les doctrines de M. Foleÿ, il se déclare un partisan des plus ardents de sa « chaise à porteurs », et s’écrie avec enthousiasme :

Nous serons ainsi en possession d’un ingénieux instrument qui deviendra une précieuse ressource thérapeutique pour le soulagement et la longévité de beaucoup de vieillards catarrheux et asthmatiques, et pour conjurer les douleurs si pénibles à supporter et à voir des adultes affectés d’angines de poitrine, qui bleuissent et s’asphyxient en cherchant l’air qui les fuit.

Sans aucun effort d’imagination, mais en procédant avec la logique des faits et du raisonnement, on peut concevoir l’espérance de sauver d’une mort imminente les'victimes de la dernière période du croup. L’air comprimé déprimera, aplatira les fausses membranes, et rétablira la liberté et le passage de l’air dans les voies respiratoires. Les congestions cérébrales, les prédispositions apoplectiformes seront conjurées tant que l’influx nerveux présidera à la circulation ; peut-être encore est-il permis d’espérer que le typhus, la morve et toutes les maladies de nature toxico-hémique seront guéris, ou du moins singulièrement abrégés dans leur durée, et annihilés dans leur gravité par la respiration dans un air comprimé, qui artérialise et hématose le sang sans aucun effort; l’expérience est facile à tenter sur les animaux.

Le venin de la vipère, le virus de la rage, de la variole, etc., peut-être seront-ils un jour neutralisés localement, ne rencontrant plus, sous l’air comprimé, qu’un sang très-riche essentiellement vital et qui se refusera, par conséquent, à servir de véhicule au poison, comme anéanti sur place; quel est le médecin qui ignore que les maladies contagieuses ou transmissibles ne le deviennent que lorsqu’elles rencontrent des individus prédisposés, soit sur un terrain propice à leur évolution? (P. 7.)

Les auteurs anglais, Babinglon et Cuthbert % qui ont été témoins des accidents du pont de Londonderry, ont cherché, comme tous leurs prédécesseurs, à les expliquer. Eux aussi sont frappés de

Loc. cit. — Parahjsis caused, etc.; 4865.

voir qu’ils surviennent exclusivement dans la phase de la décompression :

L’idée d’un élément dangereux dans l’air comprimé doit êire abandonnée, parce que les ouvriers ne souffraient pas pendant leur séjour, de 3 ou 4 heures, dans le cylindre. Tous les cas de malaise sérieux arrivaient quand on enlevait, plus ou moins rapidement, un excès de pression. 11 semble raisonnable, dans l’absence de toul-e autre cause, de supposer que la transition soudaine d’un air condensé à l’air libre occasionne tous ces symptômes graves.

Mais pourquoi ce changement frappe-t-il le système nerveux? Le cerveau et la moelle, enfermés qu’ils sont dans leurs cavités osseuses, et ayant leurs vaisseaux protégés de même, ne peuvent pas céder à la pression atmosphérique aussi facilement que les parties plus élastiques. Ainsi le cerveau, quand l’ouvrier est sous une pression excessive, ne peut, si cette pression est enlevée de la surface, s’accommoder à cette modification aussi rapidement que les autres organes ; l’excès de pression sur le cerveau et la moelle doit s’en aller par les passages étroits par où le sang sort de ces organes. Les canaux osseux dans lesquels Tes vaisseaux sanguins sont creusés rend cette issue plus pénible, et l’excès de pression se porte sur les délicates parties nerveuses, brisant les petits vaisseaux, et produisant la série des redoutables accidents que nous avons rapportés. (P. 518.)

Le D” Sandahl ^ est très-net dans ses explications. Pour lui, les modifications physiologiques observées sont principalement la conséquence d’une augmentation dans la quantité d’oxygène contenue dans le sang. L’action mécanique de la compression ne s’exerce que par l’intermédiaire, pour ainsi dire, des gaz dissous :

La richesse plus grande en oxygène de l’air comprimé agit naturellement plus énergiquement sur les poumons malades que sur les poumons sains. Supposons qu’un homme sain fasse par minute 20 inspirations absorbant chacune 50 d’air ; si ses poumons deviennent malades, et n’inspirent plus que.20‘’% il devra faire 50 respirations à la minute pour amener dans son organisme la même quantité d’oxygène. Si alors on lui fait respirer de l’air ayant une demi-atmosphère de compression, les poumons ne feront plus que 20 respirations, puisque 20®' de cet air comprimé en vaudront 30 d’air ordinaire.

Si la masse totale du sang chez un homme sain passe en 4 minutes à travers les poumons pour y absorber une certaine quantité d’oxygène, elle devra, dans le cas où les poumons seront rétrécis par la maladie, passer plus vite, pour absorber la même quantité d’oxygène, d’où accélération nécessaire des battements du cœur. Si la compression a rendu l’air plus riche en oxygène sous le même volume, le sang y pourra prendre plus d’oxygène, et la circulation n’aura pas besoin d’être aussi rapide .

Une action essentielle de l’air comprimé est son influence sur les gaz libres contenus dans le sang. La présence de ces gaz permet à la masse, du sang d’être comprimée par l’air, en telle sorte que les vaisseaux se contractent. Cet effet doit se produire surtout d’abord dans les vaisseaux de la superficie du corps. Les capillaires de la peau et du poumons se conti acteront donc .

^ Loc. cit. — TJebei' die Wirkitngen, etc.; I8G2.

HISTORIQUE

L’augmentation de la production d’acide carbonique dans l’air comprimé a besoin d’être démontrée par des recherches nouvelles .

La compression introduisant plus d’oxygène dans le sang, on pdiu-rait s’attendre à voir augmenter la température du corps. Mais cela n’a pas eu lieu dans des observations faites avec le plus grand soin.... Du reste , le ralentissement de la respiration et de la circulation doivent compenser la plus grande quantité d’oxygène contenus dans le sang.

Suivent des considérations sur la sueur, Turine, la nutrition, desquelles rien de clair ne se dégage.

Tutschek^ formule d’une manière plus condensée des opinions analogues. Selon lui, l’action de l’air comprimé a deux facteurs :

La pression mécanique augmentée, ce qui modifie le cours du sang; l’augmentation de, l’oxygéné du sang, qui exerce une grande influence sur les échanges de matières.

Nous arrivons maintenant aux travaux de Rudolph von Yivenot®. La partie descriptive des changements du rhythme respiratoire par le séjour dans l’air comprimé a été reproduite dans le chapitre précédent (Voy. p. 438). Quant à l’explication de l’augmentation dans la capacité pulmonaire, Vivenot la trouve dans la considération suivante :

Bien que l’augmentation de pression s’exerce également sur tous les points de la surface du corps, l’effet produit par cette pression n’est nullement égal partout, à cause des différences de texture , de consistance et de position des différents organes.

Le tissu pulmonaire, qui est délicat, élastique, et cède facilement, résistera moins à l’augmentation de pression du côté de la base des poumons, où il ne repose que sur les intestins, très-compressibles, que du côté des parois thoraciques, qui sont formées par des tissus plus durs, plus compactes. C’est ce qui explique l’augmentation du diamètre vertical des poumons et leur déplacement vers le bas.

Les modifications que Faction de l’air comprimé peut apporter dans les échanges chimiques de la respiration ont été étudiées par Vivenot avec un grand luxe de détails ; l’importance capitale de ce côté de la question nous force à reproduire ici une grande partie de son mémoire de 1865 :

D fallait, comme base des observations, déterminer la quantité d’acide carbonique exhalé par la ^•espiration, afin de voir si la quantité d’oxygène absorbé et la quantité d’oxygène consommé sont, par l’effet de l’air comprimé, dans des conditions différentes.

* Loc. cit. — Die comprimirte Luft, etc.; 1865.

* Loc. cit. — Voir la liste des travaux de Vivenot, p. 437,

iS7

A priori, on pouvait s’attendre à une augmentation dans les quantités absolue et relative d’oxygène absorbé ; dans la quantité absolue, à ciiuse de l’augmentation de la pression exercée sur les poumons, comme aussi à cause de l’augmentation précitée de la capacité pulmonaire; dans la quantité relative, puisque le nombre des respirations est diminué, et que c’est un fait que l’acide carbonique exhalé, quelquefois aussi l’oxygène absorbé, sont en raison inverse de la fréquence de la respiration. (Vierordt.)

Vivenot décrit alors le spiromètre dont il s’est servi, et dans lequel « on exhalait l’air provenant d’une expiration aussi forte que possible, faite sans grand effort » :

Si l’on veut en quelque façon pouvoir compter sur- le résultat, il faut, comme des essais antérieur s nous l’ont prouvé, faire en sorte que l’expiration soit toujours faite dans des circonstances à peu près identiques. C’est pourquoi les précautions les plus minutieuses ont été prises, et Von faisait les expériences sur des inspirations aussi profondes que possible, faites à des intervalles d'une heure et dans des conditions tout à fait semblables.

Le volume d’air était chez moi en moyenne de 3 700“. La durée de la respiration de quinze à dix-huit secondes. Le premier essai était fait une heure avant l’entrée dans l’air comprimé, c’est-à-dii e à huit heures du matin ; les chiffres obtenus à ce moment n’ont pas d’importance, ne devant servir que de point, de départ à l’expérience. Le second essai se faisait à neuf heures, aussitôt avant l’entrée dans l’appareil pneumatique ; le troisième à dix heures, sous l’influence de l’air comprimé, après une heure de durée de la compression; le quatrième à onze heures, sous la pression normale, aussitôt après la sortie de l’appareil ; le cinquième et le sixième à midi et une heure, aussi sous une pression ordinaire.

Les observations faites de cette manière, journellement, du 26 août au 13 septembre inclusivement, ont donné les chiffres suivants, comme quantités d'acide carbonique exprimées en grammes, contenues dans chaque expiration, et quantité correspondantes de carbone exhalé.

OBSERVATEUR, VIVENOT

Sheüees

9 HEÜKES

10 HEÜRES

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