C. — Expériences faites sur des animaux à sang froid
Je n’ai fait que peu d’expériences sur les animaux à sang froid. Les grenouilles, si utiles pour d’autres ordres de recherches, présentent souvent, quand on les laisse périr en vases clos, même à la pression normale, des inégalités singulières au point de vue de la durée de la vie, de la composition de l’air mortel, etc. Voici cependant une série d’expériences simultanées dans lesquelles, en prenant de minutieu-^ ses précautions et en choisissant soigneusement mes sujets, j’ai pu obtenir un résultat intéressant :
Expéuiences LXXXIII-LXXXYII, simultanées. — 15 juin, à 5'* ; 6 = 22°.
LXXXin. — Pression noi’male, vase de 275‘=‘=; meurt le 17 juin à 5*^ du soir.
Ah’ mortel : O 2^7.
LXXXIY. — Pression de 20*=; vase de 1*,550, représentant 355'=® à la pression normale ; meurt le 16 à 2**.
Air mortel: O 8,4. Tension d’O =2,2.
LXXXV. — .Pression de 14= ; vase de ls9, représentant 550== à la pression normale, meurt le 16 à 2*^50“.
Airmortel : Q 15,3. Tension d’O =2,8.
LXXXYI. — Pression de 10= ; vase de 2‘,2, représentant à la pression normale 290== ; a vécu 4*^.
Air mortel : O 18,5. Tension d’O = 2,4.
LXXXYII. — Pression de 5=,5 ; vase de 2S8, représentant 200==; a vécu, 2 heures.
Air mortel : O 18,6.. Tension d’O = 1,3.
Je rapporte enfin les résultats d’une expérience faite sur un insecte, la chrysomèle du peuplier :
Expérience LXXXYIII. — 3 août, 4*^ du soir ; 6= 24". Je mets 10 grammes de chrysomèles :
A. Dans une cloche de 60== à la pression normale.
B. Dans une cloche de 800== à 9= de pression.
G. Dans une cloche de 1*, 5, à 4= de pression.
Le 4, à midi, les insectes sont immobiles et semblent moris; l’air dos cloches ne contient plus trace d’oxvgéne; il y a de 18 à 20 pour l'OO de CO*
Les animaux reviennent à la vie après une heure environ.
§ 3. — Conclusions.
; Les résultats auxquels nous ont conduit les faits énumérés dans le présent sous-chapitre peuvent être résumés dans la conclusion suivante :
En vase clos, aux 'pressions inférieures à une atmosphère, la mort survient lorsque la tension OxP de l’oxygène de l’air est réduite à une certaine valeur qui est constante pour chaque espèce, ou qui du moins oscille dans de faibles limites autour d’une moyenne (4,4 pour les chats adultes; 3,6 pour les moineaux; 2,3 pour les cochons d’Inde; 2,2 pour les chats nouveau-nés).
Cette moyenne reste la même, quelle que soit la composition initiale de l’air employé ; mais, pour l’air suro.xygéné, il faut absorber l’acide carbonique au fur et à mesure de sa production. *7
EXPÉRIENCES
SOÜS-GHAPITRE II
PRESSIONS SÜPÉRIEÜRES A CELLE d’dNE ATMOSPHÈRE.
§ — Dispositif expérimental.
Après avoir étudié la composition de Fair confiné devenu irrespirable sous des pressions inférieures à une atmosphère, il était tout naturel de chercher ce qu’il adviendrait en employant des pressions supérieures. Nous avons vu que, plus la pression est faible, plus grande est la proportion d’oxygène qui reste dans l’air mortel, ou, en d’autres termes, moins celui-ci est épuisé. Cette loi se confirmerait-elle aux pressions supérieures ? Arriverait-il un moment où un moineau épuiserait, sous pression, l’oxygène de l’air, comme l’ont fait aux plus faibles pressions les chrysomèles dont "j’ai plus haut raconté l’histoire? En poursuivant la loi et en prenant comme moyenne de l’épuisement en oxygène à la pression normale le chiffre 5,6, on ne devrait, à trouver que 1 pour 100 d’oxygène dans l’air devenu mortel par le confinement, que 0,5 à et ainsi de suite. Nous allons voir combien cette
hypothèse s’est trouvée être éloignée de la vérité.
Dans les expériences dont je vais donner le récit, j’ai employé à peu près exclusivement les moineaux. Leur petite taille m’a permis de me servir d’appareils en verre dont les avantages sont évidents, mais dont les dangers, lorsqu’il s’agit d’air fortement comprimé, ne sont pas moins évidents non plus. Le verre présente, en effet, ce grave inconvénient, qu’on n’est jamais sûr qu'un appareil qui a supporté à un certain moment une certaine pression, pourra la supporter de nouveau. De plus, sous l’influence des changements atmosphériques, les pièces métalliques dans lesquelles il faut nécessairement le fixer se dilatent ou se rétractent, dans les expériences de longue durée, suivant une loi différente de celle du verre luimême, lequel se trouve ainsi soumis à des tiraillements en sens inverses qui compromettent sa solidité et peuvent même.
ces verres étant fort épais, le faire fendre sans l’emploi d’aucune pression. Quoi qu’il en soit, grâce aux précautions employées, les accidents qui sont arrivés n’ont jamais eu de conséquences fâcheuses.
L’un des appareils dont je me suis le plus souvent servi, et qui me permet de comprimer l’air jusqu’à 25 atmosphères, consiste en un cylindre de verre, d’une capacité de 650“ et d’une épaisseur de 18 millimètres, protégé par une chemise grillée. Ce réservoir est coiffé d’une pièce mobile de bronze qui s’adapte exactement à son orifice, ou plutôt à une autre plaque de bronze fixe et reliée au socle sur lequel repose le réservoir par quatre colonnes d’acier, qui traversent à la fois la pièce fixe et la pièce mobile. Ces deux pièces sont solidement assujetties par quatre écrous mobiles qui se vissent sur les colonnes d’acier. Tout ceci se voit, du reste, très-nettement sur la figure 20.
Un manomètre Bourdon, qui indique la pression de l’air du réservoir, est fixé sur la plaque immobile. Un robinet à vis et à fente très -mince qui apparaît à droite du cylindre permet de prendre, quand on le veut, une petite quantité de cet air. A cet effet, on ajuste à ce robinet un tube de caoutchouc qu’on fait ensuite plonger dans une cuve à mercure au-dessous d’un tube gradué ; il suffit alors d’ouvrir avec prudence ledit robinet pour voir l’air comprimé s’échapper de l’appareil et entrer dans le tube gradué : j’avais toujours soin, bien entendu, d’en rejeter au dehors une certaine quantité avant de prendre celui que je destinais à l’analyse.
L’air est comprimé dans le réservoir au moyen d’une petite pompe foulante; j’ai fait entourer] cette pompe d’une enveloppe métallique que traverse un courant d’eau continu; de cette façon, la manœuvre en est beaucoup moins pénible, et, ce qui est plus important, on n’envoie pas de l’air chaud à l’animal. Je puis ainsi arriver en 20 minutes environ, à la pression de 25 atmosphères. Enfin, un gros robinet fixé sur la pièce mobile qui coiffe le cylindre sert à ouvrir ou à fermer hermétiquement l’appareil. Il établit ou interrompt la communication avec la pompe, et, lorsque le tube qui le surmonte
est enlevé, permet de décomprimer brusquement, si on en a besoin, l’air du réservoir.
Dans les expériences où je comprimais simplement de l’air, le sac représenté sur la figure n’existait pas, bien entendu, et l’appel de la pompe se faisait directement au dehors.
J’ai fait usage plus souvent encore d’un appareil construit d’une manière analogue, mais dont le réservoir était un simple récipient de générateur d’eau de Seltz. Je ne pouvais ainsi pousser que jusqu’à 10 atmosphères; mais la forme arrondie de l’appareil laissait aux animaux plus de liberté.
Enfin, je me suis servi d’une bouteille à mercure, montée comme le cylindre en verre. La solidité extrême de cet instrument m’aurait permis de pousser sans encombre jusqu’à 40 atmosphères. Sa capacité, qui est de 3 litres, présente aussi de grands avantages; le seul inconvénient est de ne pouvoir voir ce qui se passe au dedans.
§ 2. — Expériences.
A. — Compression avec de l’air ordinaire.
J’arrive maintenant aux expériences. Je les énumérerai, comme j’ai fait jusqu’ici, dans l’ordre même où elles ont été exécutées. Ce que j’ai dit au début de ce sous-chapitre indique suffisamment pourquoi j’ai commencé par la pression de 3“‘“',75. L’appareil qui m’a servi dans cette première série est un récipient à eau de Seltz, d’une capacité totale de 1060“.
Expériejsce LXXXIX. — 18 juillet; tempér. 26°. Moineau franc, jeune. En 10 minutes, on amène le moineau à 3,75 atmosphères ; il ne paraît nullement gêné; mais un accident faisant tomber subitement la pression, il se héri-sse et se cache la tête sous l’aile. L’augmentation de la pression an niveau primitif lui redonne 1< s apparences de ia santé.
Robinets fermés à 2**. A 2*^ 20“, malade; à 5*^ 10“, très-malade ; à 5^ 20“, paraît mourant ; à de même. A 10** du soir, le croyant mort, je
relire de l’air en soi te que la pression tombe à 2 atmosphères; il respire alors, et je le laisse jusqu’à 10**30“. Retiré alors, est encore vivant, avec une température rectale de 28° (c’est celle du récipient lui-mème) ; il meurt dans la nuit.
EXPÉRIENCES
L’air que j’avais pris à lO*», et qui vraisemblablement n’aurait été que peu altéré consécutivement, contenait GO- 7,2; O 11,1.
Expérience XC. — 19 juillet ; tempér. 25°. Moineau franc, jeune. En 10 minute':, porté à 7 atmosphères; fermé le robinet à 2*‘10‘“. A 4** 45™ fort malade, yeux fermés. A 10** du soir, trouvé mort.
Je décomprime rapidement et en examinant la veine jugulaire, j’y vois le sang rouge et spumeux semblable à de la mousse.
L’air mortel contient CO* 5,7 ; O 16,2.
Expérience XCI. — 20 juillet ; tempér. 21°, 5. Moineau franc, jeune. Poussé rapidement à 2 1/2 atmosphères. Fermé robinets à 5** 50™. Malade à 5*^55™; paraît mort à 9** 45™. Je retire de l’air, et j’ouvre l’appareil.
En prenant l’oiseau dans la main, je vois qu’il respire encore un peu, et est encore un peu sensible. La température rectale est 25°, 5, probablement égale à celle du récipient. Je lui coupe la tête: il a de très-énergiques mouvements réflexes. L’animal a ainsi vécu 4*^ 1/2 environ, dans une quantité d’air correspondant à 2^,650 à la pression normale.
Le sang est très-rouge dans le cœur gauche ; moins noir que dans l’état ordinaire àla jugulaire droite : pas de gaz libres dans le sang.
Air mortel : CO* 11,2 ; O 8,5.
Expérience XCII. — 21 juillet ; moineau franc, jeune. Mis à 5 atmosphères à 10** du matin : trouvé mort à 1*“.
Expérience XClII. — 24 juillet ; tempér. 21°. Moineau franc. Mis ù 11/2 atmosphère à 5** 10™. Meurt à 8** 45™. Température rectale 25°, 5 ; sang veineux assez rouge ; pas de gaz libres. A vécu o** 35™ dans 1*,580 d’air, à la pression normale.
Air mortel: CO* 15,2; O 2,6.
Expérience XGIV. — 25 juillet; tempér. 25°. Moineau franc assez vieux. A 4** 55“ poussé à 2 atmosphères. Trouvé mort à 7‘* 45™.
Air mortel : CO* 13,7 ; O 5,0.
Expérience XCV. — 26 juillet ; tempér. 23°. Moineau franc. A l’*23™, poussé à 5 atmosphères.
Meurt à 4** 15™. Tempér. rectale 25°; sang et tissus rouges: le cœur battait encore à l’air. A vécu 2** 50“ dans la valeur de 5*, 500 d’air.
Air mortel: CO* 5,1 ; O 15,4.
Expérience XGVl. — 4 août. Moineau franc. A 4** 55“ poussé à 6 atmosphères. A 5** 50“, très-malade ; trouvé mort à 9** 30™. Sang veineux rouge ; gaz dans le cœur droit et les jugulaires, mais non dans le cœur gauche.
Air mortel : GO* 4,2; Ô 16,0.
Expérience XCVII. — 11 août. Moineau franc. A 2** 35™, mis à 1 atmosphère 1/2. Très-malade à 5** 1/2. Trouvé mort à 9**; sang veineux, noir.
Air mortel : CO® 15,4 ; O 2,5.
Expérie.nce XCYIII. — 17 août. Bruant {Emberiza citrinella. Lin.). A 4** 45“, à 1 atmosphère 3/4. Malade à trouvé mort à 8*^; sang \’eineu.\ noir, pas de gaz.
Air mortel: GO® 12,9 ; O 4,9.
Expérience XCIX. — 19 août; 22°. Linot (Fringilla cannabina, Lin.).
Poussé à 8,8 atmosphères. Fermé le robinet à 2^50“ ; à 3‘'45, gêné, fait des efforts de vomissement. A 4*^45“, se renverse sur le côté, les respirations se ralentissent et s’affaiblissent ; pas de convulsions. A 6*^ un frémissement dans une patte, puis extension: c’est le dernier mouvement.
La température rectale est 25“, 5. Le sang veineux est très-rouge, sans gaz; le cœur bat encore, oreillettesœt ventricules. A vécu a'* 10“ dans 9L350 d’air à la pression normale.
Air mortel : CO® 2,8 ; O 17,4.
Expérience C. — 19 août ; tempér. 22°. Linot.
A 6’i20“, est poussé à 95 centimètres de pression; à 9''55“, trouvé mort. Sang veineux noir, sans gaz.
Air mortel : CO® 13,3 ; O 3,7.
Expérience CI. — 20 août ; moineau friquet.
Mis à 1 atmosphère 1/4.
Air mortel: CO® 14,3 ; O 3,4.
Les résultats de ces expérieaces sont groupés, suivant l’ordre croissant des pressions, dans le tableau suivant :
ÏABLE.4Ü V.
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