‹ La pression barométriqueChapitre 88 sur 191 · DE L*AIR MORTEL · texte numérisé non relu

DE L*AIR MORTEL

CO®xp

OxP

EXPÉRIEXCES

l’oxygèke

co*

atm

cxxxin. . .

EXPÉRIENCES

observer que les analyses de gaz qui précèdent ont été faites avec un soin minutieux, soin dont la nécessité toute spéciale est ici facile à démontrer. On voit, en effet, que la moindre erreur dans l’évaluation de la proportion de l’acide carbonique donnerait sur le produit GO^xP une erreur énorme pour les pressions élevées. La concordance des résultats énoncés et sur lesquels je vais insister maintenant n’en est que plus remarquable.

Un coup d’œil jeté sur la colonne 8 du tableau, colonne qui contient les nombres exprimant la tension de l’acide carbonique dans l’air devenu irrespirable, confirme complètement les soupçons que nous avait fait concevoir l’examen du tableau de la page 585 pour ce qui a rapport aux hautes pressions.

En effet, le nombre CO®X P, n’est à vrai dire, et en y regardant de très-près, jamais constant. On le voit diminuer dès 3 atmosphères, et cette diminution est extrêmement rapide à partir de 8 atmosphères.

La quantité de plus en plus faible de l’acide carbonique, eu égard à la loi ci-dessus énoncée, se montre d’une manière très-nette sur les graphiques de la figure 21, où la quantité d’acide carbonique se mesure sur l’axe vertical, tandis que les atmosphères sont comptées sur celui des x. La ligne pleine B exprime les chiffres de la colonne 6, et, d’autre part, la ligne pointillée A rejoint des points qui sont calculés en partant de l’équation CO®xP = 26, chiffre moyen tiré du tableau YI,

d’où C0^=-^. Cette ligne est, de meme que celle des proportions mortelles de l’oxygène dans les basses pressions, une branche d’hyperbole équilatère, ayant pour asymptotes les coordonnées.

Cet abaissement constant du tracé au-dessous delà courbe qu’indiquait la théorie, devait me donner à penser à l’intervention d’un agent autre que l’acide carbonique. Déjà des expériences de tâtonnement m’avaient montré que l’oxygène, . sous une certaine pression, est une cause d’accidents et de mort. Son rôle funeste me paraissait manifeste ici.

Avant de chercher à mettre en évidence ce fait dominateur, je veux encore appeler l’attention sur un point secondaire, qui n’est cependant pas sans intérêt.

Les colonnes 5 des tableaux de la page 585 et delà page 597 montrent que, sauf quelques exceptions difficiles à expliquer, la durée de la vie, de 1 à 9 atmosphères, n’a nullement augmenté avec la pression, ou en d’autres termes, avec la quantité d’air que les oiseaux avaient à leur disposition. Et cela

Fig. 2

21. — Air confiné devenu mortel sous pression ; richesse en acide carbonique: A, proportions calculées; B, proportions trouvées expérimentalement ; C, air suroxygéné.

se comprend aisément, puisqu’ils ne mourraient point pour avoir épuisé cet air, mais simplement lorsqu’ils avaient formé une certaine quantité d’acide carbonique, toujours le même ou à peu près. L’intervention fâcheuse de l’oxygène que je viens de signaler, a même pour effet de diminuer la

EXPÉRIENCES

durée de la vie, comme on le voit nettement à partir de 10 atmosphères; la mort devient très-rapide aux pressions fort élevées.

Cela est bien autrement manifeste lorsque l’on compare la durée de la vie non plus au volume, mais à la quantité réelle d’air contenue dans le récipient, ou, ce qui revient au même, à un litre d’air rapporté à la pression normale ; elle s’exprime alors par des chiffres qui vont en décroissant avec une rapidité vraiment extraordinaire. C’est ce que montrent les colonnes 4 des tableaux Y et VII; on voit que, déjà à 4 atmosphères, la durée de la vie est réduite de moitié environ, et, qu’à 20 atmosphères, elle n’est plus que de 2 minutes par litre, au lieu de 76 minutes, comme nous l’avions trouvé à la pression normale (Voir tableau I, p. 548, col. 7). On ne peut accuser de cette différence énorme l’acide carbonique, dont la tension diminue également; un autre agent intervient évidemment ici, et cet agent redoutable n’est autre que l’oxygène.

D. — Compression avec de f air pauvre en oxygène.

Examinons maintenant cette hypothèse d’une action funeste de l’oxygène comprimé ayant pour effet de faire mourir l’oiseau avant qu’il ait formé la proportion centésimale d’acide carbonique exigé par la formule CO®xP = 26 établie à la page 587. Reportons-nous au tableau de la page 597. Si l’explication que je viens de donner de la faiblesse des nombres de la colonne 8 (CO^xP), mesurant la tension de l’acide carbonique est exact, c’est-à-dire si cette faiblesse est due à la valeur élevée des nombres de la colonne 5 (O x P), mesurant la tension de l’oxygène, les premiers devront augmenter si je fais diminuer les seconds, en diminuant le facteur O, sans rien changer au facteur P.

Il suffisait donc de répéter les expériences en injectant dans l’appareil à compression non plus de l’air ordinaire, mais de Pair pauvre en oxygène. C’est ce qui a été fait dans les expériences suivantes :

Expérience CXXXIV. — 20 avril.

Verdier. {Loxia chloris. Lin.) Mis dans l’appareil pendant 5 minutes, puis poussé à 6 atmosphères d’air; robinet' fermé à 2^* 50“. A 5*“, on commence à injecter de l’air très-épuisé d’oxygène, et à 3*» 11“, on arrive à 22 atmosphères.

L’instant de la mort ne peut être déterminé nettement, mais l’oiseau n’a eu de mouvements convulsifs à aucun moment.

Suffusions crâniennes considérables.

Air mortel : CO® 1,1 ; O 9.

Tension initiale de l’oxygène : 226.

Tension finale de CO® 24,2.

Expérience CXXXV. — 27 juin.

On place un moineau dans l’appareil, et on injecte avec la pompe de l’air où du phosphore a brûlé et qui est devenu très-pauvre en oxygène ; on arrive ainsi à 5 atmosphères.

Le robinet étant fermé à 3*^ 55“, l’oiseau meurt à 5*» 50“. Il a ainsi vécu 1 35“ ; suffusions sanguines peu étendues ; quelques bulles de gaz dans le cœur droit.

Composition de l’air mortel CO® 4,5 ; 0 5.

Tension initiale de l’oxygène 50.

Tension finale de l’air carbonique 22,5.

Expérience CXXXVI. — 29 juin.

Moineau à 12 atmosphères, dont 1 d’air et 11 d’air où du phosphore a brûlé.

Mis à 2*^ 43“ ; mort à 3*» 1 5“ ; a vécu 30 minutes : suffusions crâniennes ; gaz dans le cœur droit.

Air mortel CO®, 2, 1 ; 0 4, 8.

Tension initiale de l’oxygène : 84.

Tension finale de CO® : 25,2.

Ces résultats justifient tout à fait notre explication, et montrent bien que c’est à l’intervention de l’oxygène jouant un rôle funeste que doit être attribuée la décroissance du produit CO^XP, quand la pression augmente.

On voit du reste que les points a et p, qui représentent, sur la figure 21, les nombres fournis par les expériences CXXXIV et CXXXVI, se plaçant, comme on le voit, très-exactement sur la ligne A, tracée d’après la théorie.

E. — Compression avec de V air suroxygéné.

Cette influence funeste de l’oxygène, sous une pression suffisamment élevée, constituait un phénomène trop remar-

EXPÉRIENCES

quable pour que je ne m’efforçasse point d’épuiser tous les moyens de la mettre dans une évidence indiscutable.

Or, une nouvelle méthode se présentait à moi, inverse de celle qui vient d’être employée. Je n’avais qu’à faire la compression avec de l’air suroxygéné, toujours en vases clos. L’influence de l’oxygène, si elle est aussi fâcheuse que je le supposais, devrait avoir pour conséquence d’amener la mort des animaux à un moment où ils seraient loin d’avoir fourni la même proportion centésimale d’acide carbonique qu’aux pressions correspondantes, dans le cas de l’air ordinaire. C’est, en effet, ce qui est arrivé dans les expériences suivantes :

Expérience CXXXVII. — 16 janvier.

Moineau à 5 atm. dont 4 d’oxygène.

Mis à 5*^25“; à 3*^40*“, se renverse avec convulsions violentes ; à 5** 48“, sur le dos : le crâne, dénudé préalablement, montre d’abondantes suffusions sanguines. A 4** 35“, respire encore lentement ; les convulsions ont duré 15 minutes environ.

A 4** 50“ est mort. La température rectale est 18°, celle de l’air du laboratoire étant de 9°. Sang veineux rouge; pas de gaz; le cœur bat à l’air.

Le mélange primitif contenait O : 83.

La tension de cet oxvgène = 83x5.= 415, correspondant à celle de

ÔQ-g = 19,7 atmosphères.

•Air mortel : COM ,4; O 80,5.

Tension de CO^ = 1,4x5 = 7,0.

Expérience CXXXVIll. — 17 janvier.

A 3^ 30“ porté à 3 atmosphères, dont 2 d’oxygène.

A 3*^ 50“ respire très-difficilement ; agitation. A 4^ 45“, moj t.

Air mortel : CO^ 5, 6 ; O 78,9.

Tension de CO® == 5,6 X 3 = 16,8.

La tension de l’oxygène primitif devait être d’environ 86 x 3 = 258, correspondant à 12,1 atmosphères.

Expérience CXXXIX. — 19 janvier.

Le moineau étant dans l’appareil, on retire un peu d'air avec la machine pneumatique, et on le remplace par de l’oxygène qu’on pousse jusqu’à 2 atmosphères. En prenant de l’air pour l’analyse, la pression tombe à 13/4 atmosphères.

Fermé robinets à 2** 40“ ; mourant à 4** 45“ ; trouvé mort à 5** 30“ .

Mélange primitif contient 83, 6 ,p. 100 d’oxygène.

MORT EN YASES CLOS : PRESSION AUG3iENTÉE.

Tension de cet oxygène = 85, 6x1,75=^146, 5, ce qui correspond à 7,5 atmosphères.

Tension de CO* = 1 1 ,9 X 1 ,75 = 20,8.

Expérience CXL. — 22 janvier.

Mis à 2 atm. dont 1 d’oxygène.

Mis à 5® ; à 5'‘ 50“ respire encore ; trouvé mort à 6^» 30“.

Le mélange primitif contient O 58,8.

La tension de l’O était 117,6, correspondant à 5,6 atmosphères.

Air mortel : CO* 13,4 ; O 44, 4.

Tension de CO*= 15, 4x2 = 26,8.

Expérience CXLI. — 1®' février.

Mis à 4 atm. dont 5 d’oxygène. Après environ une demi-heure, convulsions assez faibles ; meurt en 1 heure environ.

Suffîisions crâniennes et sang veineux très-rouge: pas de gaz dans le sang.

Mélange primitif O 75,6.

Tension de cet 0= 75,6x4 = 302,4 correspondant à 14, 4 atmosphères.

Air mortel : CO* 2,1 ; O 71,1 .

Tension de C0* = 2,l x4= 8,4.

Expérience CXLII. — 17 février.

Mis à 5 atmosphères d’air, auxquelles on ajoute 3 1/2 atmosphères d’oxygène. Après 5 minutes surviennent les convulsions; l’oiseau meurt en 20 minutes.

Sang rouge partout, même dans le foie; pas de gaz (on n’examine pas le crâne).

Air mortel : CO*; 0, 8 ; O 47,8.

Tension de C0*=0, 8x8, 5 = 6, 8.

La tension de l’O dans le mélange primitif a dû être environ de 51x8,5 = 433,5 correspondant à 20,7 atmosphères.

Expérience CXLIII. — 19 février. Appareil à eau de Seltz.

Mis dans l’air et chargé d’un 1/4 d'atmosphère d’oxygène; fermé à 4** 25“ ; mort vers 6**.

Pas de suffusions sanguines au crâne ; sang veineux noir.

Air mortel : CO* 22,1 ; O 3,5,

Tension de CO* =22,1 x 1,25 = 27,6,

Tension d’0 = 5,5x1,25 =4,3.

La tension primitive de l’oxygène devait être environ 26 X 1 , 25 = 52,5, ce qui correspond à 1 ,5 atmosphère.

Expérience CXLIV. — 20 février.

1 atmosphère d’air, plus une demie d’oxygène.

Quand on retire l’oiseau, le croyant mort, il présente encore quelques

604 EXPÉRIENCES

petits mouvements respiratoires. Sang rouge dans la jugulaire. Pointillé rouge dans le diploë crânien.

Air mortel CO® 16,7 ; O 28,6.

Tension de C0®= 16,7x1,5 =25,1.

La tension primitive de l’oxygène devait être environ 46x1,5=69, correspondant à 3,3 atm.

Expériesce CXLV. — 20 février.

A 0 1/2 atmosphères, dont 4 d’oxygène.

Après 3“, tremblote, la tête oscille. Après 10“, grandes convulsions, les pattes sont repliées sous le ventre ; les convulsions durent 5 à 10“, puis les pattes s’étendent à plusieurs reprises. L’oiseau reste affaissé; après 20“, est mort.

Suffusion énorme du crâne. Température rectale 26°, 3.

Air mortel : CO® 1 ; O 82,5

Tension de GO® =5, 5.

La tension de l'O, dans le mélange primitif devait être à peu près 83x5,5=467,5, correspondant à 22,3 atmosphères.

Expérience GXLYI. — 22 février.

Mis à 2 1|2 atm. dont 1/2 d’oxygène.

Fermé à 12*» 55“ ; mort à 3** 55“. Suffusions sanguines dans l’épaisseur du diploë crânien; sang rougè dans la veine jugulaire, devient rapidement noir.

Air mortel CO® 1 1 , 1 ; O 33,3.

Tension de CO®= 11,1x2,5=27,7.

La tension primitive de l’oxygène devait être d’environ 46 X 2,5 = 115,5, ce qui correspond à 5,5 atmosphères.

Les résultats de ces expériences sont groupés dans le tableau Ylfl, suivant l’ordre croissant des tensions de l’oxigène.

Si nous envisageons la colonne 9, nous voyons que l’acide carbonique obéit à la loi posée, jusqu’à une pression correspondant à 5 ou 6 atmosphères d’air; mais, à partir de là, le produit CO^xP va en diminuant rapidement. En comparant d’une part les colonnes 7 et 9 avec les colonnes 6 et 8 du tableau VU (page 597), on rencontre des nombres tout à fait analogues, qui indiquent une semblable intervention de l’action funeste de l’oxygène. Elle devient très-évidente, quand la tension de ce gaz peut être représentée par 150, c’est-àdire correspondre à une atmosphère et demie d’oxygène pur, ou à 7 atmosphères d’air.

Dans la figure 21 (p. 599) la ligne inférieure G exprime les

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