SODS LA PRESSION NORMALE
DANS l'air COMPRIMÉ
En une minute. . .
En une heure. . . .
En 24 heures. . . .
Si nous comparons les chiffres obtenus pour l'air normal avec ceux qu'ont donnés les auteurs les plus dignes de confiance, nous trouvons (jue la quantité
d'acide carbonique exhalée dans luic Iieure par des individus de 20 à 28 an été estimée par Ândral et Gavarret en moyenne à 44,55 grammes, et au maxini à 51,7, et par Yalentin, en moyenne à 39,146. Réduits en carbone, ces chif correspondent pour Andral et Gavarret à une quantité moyenne par heure 14,1 grammes, pour Yalentin, h 10,065 grammes. Dumas indique 10 graroi comme devant être la moyenne probable de la consommation de carbone heure et 15 grammes pour des hommes d'une force exceptionnelle.
Nous voyons par là que les chiffres obtenus par moi pour la pression nornude bien que ma constitution ne soit pas très-robuste, correspondent aux ckif^ les plus élevés obtenus par les auteurs, mais que les résultats obtenus dans l f comprimé dépassent encore considérablement ces mêmes quantités. Le calcul fait p
un séjour de vingt-quatre heures dans Talr comprimé ne donne qu'un résu idéal, puisque le séjour n'a duré en réalité que deux heures par jour, et q
«faudrait donc, pour ce cas, ne prendre que les résultats de l'air comprimé < pour deux heures et y ajouter ceux de l'air normal pour les 22 heures restant En faisant le calcul de cette manière, nous trouvons comme quantité vérité d'acide carbonique exhalé en 24 heures, après une séance journalière de d( heures dans l'air comprimé, 1312,7539 grammes, et comme quantité corresp dante de carbone consommé pendant ce même temps 358,0234 grammes. £ il suit que même après cette réduction la production d'acide carbonique tn vée par moi dépasse encore notablement celle que d'autres observateurs ont tr vée dans des conditions normales.
L'explication des chiffres considérables obtenus par moi-même sous la prest normale réside dans ce fait que les analyses de l'air expiré n'ont pu être fai dés les premières séances, faute d'appareils et de réactifs convenables, et ne !'( été que lorsque j'avais déjà fait plus d'une centaine de séances dans l'air co primé. D'où il suit que dans les chiffres obtenus chez moi sous la pression norm figure déjà V effet d'un usage prolongé de Vair comprimé, c'est-à-dire une ai mentation de la quantité d'acide carbonique ; et des analyses faites avant le c<m
Imencement de ma série de séances d'air comprimé auraient certainement don une production d'acide carbonique correspondant parfaitement à celle des auteu c'est-à-dire moindre.
Le résultat établit donc indubitablement comme un fait que l'influence directe la compression de Voir aussi bien que l'effet consécutif d'une séance journalière deux heures dans Vair comprimé, répétée pendant un certain temps, produit i exhalation plus considérable d'acide carbonique, et par suiée aussi une augmentali dans la quantiCé de Voxygèné absorbé.
De cette augmentation dans la quantité d'oxygène absorbée, qi Vivenot considère comme démontrée, il lire des conséquences géii raies de la plus haute importance :
Deux faits, qui concordent parfaitement avec le précédent, sont: 1*Le besoin plus considérable d'alimentation qui se fait sentir comme effet Tair comprimé, par une augmentation remarquable de V appétit, ce que j*ai co staté chez moi-même et chez d'autres, et ce qu'on observe tout particulièreme et sans exception chez les ouvriers qui travaillent dans l'air comprimé ; 2* tas mentation très-iwlable de la sécrétion urinaire, constatée de nouveau cliei no pendant celte série d'expériences et chez plusieurs autres personnes, et corre pondant particulièrement aux premières séances dans l'air comprimé.
AIR GOMPIUNÉ : TUËORIES ET EXPÉRIENCES. 403
// se prodmi donc dam V économie un échange plus considérable de matériaux, et cela sert aussi à expliquer des résultats en apparence contradictoires, signalés par différents auteurs.
il s'agit de V augmentation du poids du corps, indiquée comme conséquence du séjour dans Tair comprimé par quelques auteurs : témoin J. Lange (d*Utersen), qui dit avoir observé une augmentation de poids de 5 kilogrammes en trentehuit jours (de 58 à 63 kilogrammes) chez une pei*sonne, et de 5 kilogrammes en 21 jours chez une autre. Je ne puis que confirmer cette observation par ce que j'ai remarqué sur moi-même ; car mon poids avait augmenté en quatre mois (du 30 atril au 1" septembre) de 3 livres 1/2 (de 127,5 à 130 livres), ce qui est d'autant plus concluant que c'était au milieu de la saison chaude où, comme on le sait, le poids du corps' diminue habituellement.
Mais, d'un autre côté, il y a un fait qui ne peut pas non plus être contesté, c*eêt r amaigrissement considérable des ouvriers travaillant sous une pression de trois à quatre atmosphères (dans des mines de houille «ou à la construction des ponts). Sandahl a constaté le même fait comme conséquence de l'emploi thérapeutique de l'air comprimé, d'où il suit que ce traitement a déjà été conseillé assez souvent, comme moyen à opposer à Vobésité,
La contradiction apparente de'ces résultats, conséquences de l'augmentation de la pression de l'air, s'explique par la considération du rapport entre le besoin, rapport de matériaux et la combustion. Le besoin d'une alimentation plus considérable se fait sentir. Si donc l'augmentation de l'appétit et la possibilité de prendre plus d'aliments peuvent non-seulement compenser, mais dépasser la combustion plus considérable des matériaux du sang (ce qui sera le cas sous une augmentation de pression peu considérable et avec des séances journalières relativement courtes), une augmentation du poids du corps devra nécessairement se produire* Biais, si la combustion du carbone étant aussi considérable que celle qui se produit chez des ouvriers travaillant six à huit heures par jour sous une pression de trois à quatre atmosphères, le remplacement des matériaux brûlés ne peut pas se faire complètement, la combustion devra nécessairement se faire aux dépens de Yorganisme, ce qui produira V amaigrissement.
Nous avons reproduit plus haut (p. 442 et suiv.), dans ses parlies les plus intéressantes, la longue élude qu'a faite Vivenot des modifications que Tair comprinné apporte dans la circulation et spécialement dans les caractères du pouls.
11 s'est demandé si ces changements dans la forme du pouls peuvent être expliqués par Faction directe, locale, de la pression sur le système artériel. Pour répondre à cette question, il institua Texpcrience suivante, dans laquelle il élimine, dit-il, tous les éléments complexes du problème, pour ne se trouver qu'en présence de « la contractililé des vaisseaux et la pression du sang » :
On prend un ballon de caoutchouc avec un tube d'environ 50 centimètres de long ; on les remplit d'eau, sans les mettre sous tension, et on ferme l'extrémité avec un fil. Le cœur est représenté par le ballon, les artères par le tube, le sang par l'eau.
Un spliygmograplie est placé sur 1q tube. Un poids tombe régulièrement et tou-
494 HISTOIUQUË
jours de la même hauteur sur le ballon, représentant ainsi Fimpulsion du cu?ur. On obtient de la sorte un tracé sphygmographique.
A la pression normale, ce tracé présente l('s apparences caractéristiques du pouls normal dans ces conditions : ascension rapide, verticale, sommet aigu, descente en forme de vagues, tous les signes d'une tension faible dans les vaisseaux.
Si on place Tappareil dans l'air comprimé, rien autre n'étant changé, la courbe du sphygmographe est beaucoup moditlée. Elle ressemble alors, d'une manière tout à fait remarquable, à celle que donne le pouls lui-même sous I9 compression. La ligne d'ascension est devenue oblique, le sommet s'est changé en un plateau, la hauteur de l'impulsion est moitié moindre, le polycrotisme de la ligne descendante a disparu complètement.
En faisant tomber de plus haut le poids, de manière à avoir une pressiou plus forte sur le cœur artificiel, la ligne d^ascension deviendra plus droite', Tamplitude de l'oscillation augmentera, mais il n'y aura pas de polycrotisme. Si l^appareii reste longtemps dans l'air comprimé, on voit sortir aux environs de la ligature quelques gouttes de liquide, ce qui n'arrive jamais à la pression normale, k ce moment, le sphygmographe donne un tracé qui se rapproche beaucoup de celui qu'on obtenait avec l'impulsion première.
Au retour dans l'air normal, on retrouve la courbe primitive, seulement avec une ascension plus raide encore et un polycrotisme plus accentué. (Zur Kennirnisê, etc., p. 375-374.)
Il conclut de celle expérience et de la similitude des tracés obtenus lant avec les artères qu'avec son appareil, dans Tair comprimé, que :
Les changements présentés par les courbes dans les deux cas ont les mêmes causes et dépendent d'une pure influence mécanique exercée par l'augmentatioo de la pression sur des tuyaux élastiques et rcmphs de liquide.
L'obliquité de la ligne ascendante, devenue plus accentuée dans l'air comprimé, indique une résistance plus grande des parois artérielles à l'impulsion du cœur.
L'amplitude amoindrie de l'oscillation a deux causes :
La diminution de l'excursion des vaisseaux artériels, dont la diastole est moindre à cause de la résistance augmentée des parois, et la systole moindre parce que, grâce à la pression, les artères sont plus pleines de sang, relativement à leur calibre, et ne peuvent se contracter autant;
Lu diminution du volume des artères qui, dans Tair comprimé, deviennent plus petites et contiennent d'une manière absolue moins de sang ; c'est ce que démodtre nettement la sortie du liquide hors de notre appareil après un long séjour dans l'air comprimé
Maintenant, il y a des gaz comprimés dans le sang, qui sont mis en libertépar la diminution de la pression de l'air, et qui par conséquent y sont retenus par une pression atmosphérique élevée : de là une raison pour que la masse du sang restant constante arrive, sous un excès de pression de l'air, à être réduite au plus petit volume possible. . .
11 résulte de ces faits que l'action de l'air comprimé s'exercera au glus haut point sur les vaisseaux périphériques. (Ibid., p. 575.)
Nous verrons, au chapitre suivant, ce que vaut cette étrange
AIR COMPIUMIi: : TUEORICS ET ËXPÊRIEMCES. 495
expérience, la seule qu'ail faite Vivenoi dans le cours de ses recherches, et quelle imporlance peuvent avoir lès conséquences qu'il en lire.
Les idées de G. Lange* sont, comme on devait s'y attendre, en concordance parfaite avec celles de son collaborateur Vivenot. Il y ajoute cependant quelques explications originales : celle-ci, par exemple, qui a trait à la diminution du nombre des mouvements respiratoires :
Le besoin de respirer ne résulte pas de l'influence qu*exerce sur la moelle allongée un sang devenu moins riche en oxygène ; mais c'est Tacide carbonique du sang qui fait naître ce besoin, dont l'intensité croit proportionnellement à la quantité de cet acide que le sang contient. C'est pourquoi toule augmentation de la quantité d'acide carbonique exhalé fera diminuer le besoin de respirer, et par suite le nombre des inspirations, à moins qu'une combustion plus active du sang n'y ramène un excès d'acide carbonique égal ou supérieur à la quantité exhalée en plus.
On expliquerait ainsi la diminution de fréquence des mouvements respiratoires par une plus grande exhalation d'acide carbonique dans l'air comprimé, au moins pendant le séjour sous la cloche, et le temps qui suit immédiatement ce séjour. (P. 23.)
Mais G. Lange sait très-bien que celte hypothèse, alors en rapport avec la théorie de Brown-Séquard, ne peut rendre compte du ralentissement permanent des mouvements respiratoires. Aussi a-t-il alors recours à un autre ordre d'explication :
Je ne puis, dit-il, expliquer ce fait que par l'incontesLible augmentation de force des muscles respirateurs, laquelle peut seule aussi rendre compte de l'augmentation de la capacité vitale des poumons appréciable dès la première séance.
Il s'appuie ici sur les conclusions d'un mémoiie de J. Lange*, que je n'ai pu me procurer :
Le docteur J. L., dans son travail sur les effets physiologiques et thérapeutiques de l'air comprimé, a conclu d'une série d'expériences, dont je peux attester l'exactitude, que l'on y voyait augmenter notablement la pression négative dans l'inspiration et la pression positive dans l'expiration. Si donc les muscles respirateurs augmentent de vigueur, on est autorisé à supposer que tout le reste de l'appareil musculaire participe à cette augmentation de force. C'est ce que le docteur J. L. a prouvé par une série d'expériences, et il établit comme un fait que, si des malades se sont soumis à l'action de l'air comprimé pour une maladie
* Mittheilungen ûber die physiologischen Wirkungen und thcrapeutische Bedeulung der contprtmirten Ijtfï. — Wiesbaden, 1865. — Trad. de l'allemand par le D' Thierry- Mîi?g — Paris, 1867.
' icbcr comprimirten Luft, ihre physiologUclun Wirkungen und ihre therapeulische Bedeutung. — Gôttiiigea, 18644
406 niSTOniQUE.
quelconque des poumons, ils sentent augmenter leurs lorces après quelq bains, et Texercice musculaire leur devient de jour en jour plus facile et me fatigant.
Le même auteur dit encore : 11 est difficile, sinon impossible, de trouvei mesure de cette augmentation des forces. Les expériences ne fournissent paj résultats d*une valeur absolue. Elles nous montrent cependant qu'une aligna tation de vigueur de tout le système musculaire se produit, et qu'elle est d*! certaine importance
On peut regarder Taugmenlation de la force musculaire dans l'air compri comme une preuve de Tabsorption d'une quantité plus considérable d*oxygè Cette absorption se fait surtout par les poumons, et aussi en partie par la pe Sandahl fait remarquer avec raison que la peau a un pouvoir respiratoire et q sous rinduence d'une forte pression, laquelle favorise Fendosmose, elle'c absorber i»lus d'oxygène. (P. 27.)
G. Lange arrive ensuite au ralentissement de la circulation, el reproduit l'explication de Vivenot :
Ne pourrait-on pas, dit-il, expliquer en quelque manière le ralentissement < pulsations par ce fait que la pression exercée sur une si grande partie du systé capillaire et des petites artères y rend le passage du sang plus difficile?
La présence de gaz libres dans le sang rend une compression possible, et vaisseaux, surtout ceux qui sont situés à la superficie, se contractent au pc que Ton voit même quelquefois de légères hyperémies disparaître rapidement
Les observations relatives à Tinfluence de Tair comprimé sur 1 fonctions du système nerveux sont intéressantes à rapporter da leur entier; on retrouve dans leur explication l'idée déjà émise f divers auteurs, et notamment par M. Junod (p. 432), que les oi) nés contenus dans la cavité crânienne échappent plus ou moi complètement à l'influence de la compression qui s'exerce sur reste du corps :
Si Ton observe, sous la pression atmosphérique augmentée, plus d'activité de clarté dans l'esprit, on peut rapporter ce phénomène à une autre cause qi l'élévation du baromètre d'un pouce ou d'un pouce et demi, et il n'est pen d'en tirer aucune conclusion en faveur de raugmentalion de pression. Qua Junod prétend que sous une certaine pression le cercle des idées s'étend, et q l'on devient capable de faire des vers, sa prétention me semble bizarre. Mes ob» vations sont, en outre, contradictoires de celles du docteur J. Lange. Il dit q sous l'influence de l'air comprimé le système nerveux central est stimulé d'u manière particulière, que, notamment, les fonctions dévolues aux hémisphèi cérébraux se font plus activement, que chez beaucoup d'individus on observe à degré plus ou moins grand une élasticité et une fraîcheur d'esprit qui n'existaic pas auparavant. Le sujet soumis au bain éprouverait un biennèlre intellectuel, son esprit serait plus clair et plus libre. J'ajoute qu'il croit pouvoir donner ( phénomènes comme des effets constants de l'air comprimé.
Dans mes nombreuses observations, je u'ai rien remarqué de semblable. J
observé au contraire, sur moi-même et sur d^aulres, un sentiment de calme auquel succédait généralement une tendance au sommeil.
L'air comprimé ne peut agir directement sur les organes contenus dans la boite crânienne, tandis que toutes les autres parties du corps en subissent les effets : aussi pourrait-on supposer que Taugmentation, même faible, de la pression atmosphérique, porte plus de sang au cerveau. La tendance au sommeil ferait aussi conclure dans ce sens. Le docteur Vivenot eut Tidée de constater cette augmentation de pression au moyen de la dilatation de la pupille.
Il plaça dans une monture de lunettes un fil divisé en ipillimélres, et mesura au moyen d'un miroir concave la largeur de la pupille avant et pendant la séance, se servant dans les deux cas de bougies, afin d'avoir un éclairage bien égal. Chose remarquable, il observa le plus souvent un resserrement de Torifice pupillaire, ce qui doit être attribué à une excitation qui, je Tai déjà dit, ne se manifestait chez moi par aucun autre signé. (P. 29.)
Citons encore une discussion curieuse sur les modifications dans la circulation lymphalique :
On observe habituellement chez les personnes qui ont fait usage, pendant quelque temps, de bains d'air comprimé, une augmentation d'appétit. Quelquesunes maigrissent un peu au début, mais bientôt leur aspect devient meilleur et elles augmentent de poids. Le docteur J. Lange fournit de ce fait l'explication suivante : Le sang contenu dans la veine sous-claviére subissant une aspiration, la lymphe qui vient du canal thoracique y coulerait avec plus d'abondance, et en outre, le canal thoracique lui-même, qui est hermétiquement inclus dans la poitrine, serait aussi soumis à la pression négative, et par suite, la lymphe qui y est contenue subirait une aspiration d'où résulteraient un courant plus fort et l'existence dans le canal d'une quantité de lymphe plus considérable. Quoi qu'il en soit de cette explication, je pense que l'affaiblissement et l'amaigrissement, causés par une maladie des organes respiratoires, doivent diminuer à mesure que la guérison s'opère, et que, la respiration se faisant mieux, l'appétit se trouve augmenté. L'amaigrissement du début tient probablement à l'absorption plus grande d'oxygène, et les effets de ce gaz ne sont plus déprimants quand l'appétit augmente. (P. 31.)
Les opinions d'EIsàsser^ ne sont évidemment qu'un reflet de celles de Vivenot :
L'action de l'air comprimé dépend de deux facteurs principaux : 1* la pression mécanique augmentée a sur la surface extérieure du corps; b sur les cavités respiratoires; t* la plus grande quantité d'oxygène et d'azote respirée dans un volume donné.
Le premier facteur manifeste son intervention d'abord sur les gaz contenus dans le corps, puis sur les capillaires sanguins de la peau et des muqueuses, dont les parois s'aplatissent. Le second agira sur les échanges et sur les mouvements respiratoires. (P. 9.)
Et plus loin, développant ces principes : La pression d'une atmosphère et demie a pour conséquence une condensation
• Ij)c. cit. — L'ntcrtuchungcn, etc.; 1808.
des tissus, une contraction du calibre des vaisseaux sanguins; le sang est diminué dans la peau; les conjonctivites légères se guérissent, les surfaces vésiquées, les oreilles des lapins blancs pâlissent
De semblables modilications se remarquent sur les muqueuses respiratoires ; elles deviennent plus denses, plus minces, moins riches en liquides et en sang. De là viennent les guérisons des inflammations des poumons, etc
Quelle est la conséquence de ce refoulement du sang? N*amène-t-il pas Je congestions intérieures? L'expérience montre que le cœur n'en est pas troublé,
mais travaille avec plus de tranquillité; il n*y a pas de congestion cérébrale ;
mais FaugmentatioU de Tappétit, de la sécrétion urinaire, de la force, semble en rapport avec une plus grande quantité de sang
Le second facteur, la quantité plus grande d'oxygène, a été jusqu'ici trop négligé... Si, à la pression normale, un homme sain respire 16 fois à la minute, et absorbe à chaque fois 50 pouces cubiques d'air, il aura consommé 480 p. c. «i une minute. Mais sous la pression de 1 i/2 atmosphère, ces 480 p. c. dont il a besoin deviennent 320; s'il respire encore 16 fois, chaque inspiration ne sera que de 20 p. c; avec 12 respirations, elle montera à 26 p. c. 6; avec 8, à 40 p. c... Si donc la proportion ainsi calculée n'est pas observée, il y aura plus d'oxygène introduit dans un temps donné dans les poumons, ce qui explique les assertions des auteurs sur l'absorption d'oxygène plus forte, Thématose aagmentée, la combustion organique activée, etc. (P. 15-17.)
PanumS dans le travail que nous avons déjà cité (p. 432), critique, non sans raison, la méthode employée par Yivenot pour mcsuier la quantité d'acide carbonique produit dans un temps donné :
La quantité énorme d'acide carbonique trouvée par Vivenot, dit-il, tient à ce que ses expirations étaient trop fortes ; on arrive, en effet, en prenant ses chi^ fres, à trouver pour la ventilation pulmonaire de 24 h., à la pression normale, 21111,2 litres, et dans l'air comprimé 19745,5 (Panum trouve pour lui, daos une expérience, li52 litres à la pression normale). Par une reapiration aussi énormément forcée il arrive à trouver une production d'acide carbonique de 1300 grammes à Fair normal et de 1449 gr., 5 dans l'air comprimé (Panum a sur lui-même 810 gr., 2).
Quanta lui, il faisait ses analyses sur 60 ou même 120 litres d'air expirés dans un spiromètre, à divers moments de Texpérience. Il ne donne pas, du reste, d'indications très-claires sur la manière dont il conduisait celle-ci; je vois seulement que la compression était de 24 centimètres :
Je n'ai trouvé aucune trace, dans mes expériences, de cette augmentation de .
la production d'acide carbonique après les bains d'air, dont parle Yivenot ^
considère comme une erreur l'opinion de Yivenot, parce que sa méthode nanit pas de base solide et ne pouvait servir à estimer la quantité d'air qui traverse régulièrement le poumon dans un temps donné, avec une respuration naturelle et tranquille ; son rhythme respiratoire étant forcé, non naturel •
« Loc. cit. — Zur Théorie, etc.; 1866.
Si Ton compare dans mes tableaux les cas dans lesquels ont été respires des volumes égaux d'air comprimé et d'air normal, on trouve que la quantité d*acide carbonique exhalé a augmenté absolument et refatiyement dans Tair comprimé. Mais si Ton compare les cas ou il y a eu un même volume d*air, rapporté à la même pression, respiré à Tair libre ou dans la cloche, on voit qu*il y a eu dans Fair comprimé un peu moins diacide carbonique produit qu'à la pression normale. En d'autres termes, la quantité d'acide carbonique exhalé augmente pendant la respiration dans l'air comprimé par l'augmentation de la masse d'air qui traverse les poumons, en vertu de la pression, mais dans une proportion un peu moindre que celle-ci. (P. 145-146.)
Or, c'est là précisément le résultat auquel était arrivé Vivenot, malgré la méthode défectueuse qu'il avait employée. Panum s'étonne de cette concordance :
Les expériences de Regnault et Reiset, dans lesquelles la respiration d'un air plus riche en oxygène n'avait pas amené une plus forte excrétion d'acide carbonique, semblaient à priori prouver qu'on n'aurait rien non plus par l'air comprimé. Cependant j'ai obtenu ce qu'avait vu Yivenot, et malgré mon attente, ce qui est d'autant plus convaincant.
D'où peut dépendre une telle différence entre la respiration dans un air riche en oxygène à la pression normale, ou dans un air normal sous une pression plus élevée?
On peut se demander si c'est l'oxygène lié chimiquement aux corpuscules du sang, ou celui qui est simplement absorbé, qui dans un cas oxyde plus énergiquement que dans l'autre? Si l'on respire de l'air très-oxygéné à la pression normale, alors la pression partielle augmentée augmente aussi la proportion d'oxygène simplement dissoute dans le sang, tandis que celle qui s'y trouve à l'état de combinaison chimique ne varie très-probablement pas. Ceci montre que ce n'est pas l'oxygène simplement dissous, mais l'oxygène combiné qui produit l'acide carbonique, puisque, dans les expériences de Regnault, cette production n'augmentait pas.
On peut voir de même que l'augmentation d'oxydation et d'acide carbonique produit que nous avons constatée dans l'air comprimé dépend de l'oxygène combiné du sang. (P. 147.)
Passant à un autre ordre de phénomènes, le physiologiste danois étudie les modifications du rhylhme respiratoire. Nous avons reproduit au chapitre précédent les faits qu'il a observés. Pour expliquer l'augmentation de la capacité pulmonaire, il fait l'expérience suivante :
J'immerge sous l'eau, dans un flacon, une vessie à moitié pleine d'air; une seconde vessie pourvue d'un tube est placée sur elle ; le tube passe au travers d'un bouchon qui ferme hermétiquement le flacon, qui est ainsi plein d'eau, sauf l'espace occupé par les vessies. Là vessie inférieure représente le tube intestinal et ses gaz, la supérieure le poumon avec la trachée, le flacon et Feau ligurant la cavité Uioracique fermée. Si l'on porte cet appareil très*simple dans Tair comprimé, ou voit que la vesâie inférieure diminue, la supérieure augmentant de volume.
500 UISTORIQUE.
Ce résiillat ne change pas absolumenl, si Ton emploie un flacon dont le fond soit remplacé par une membrane élastique. La vessie fermée se comporte de même ; mais une partie seulement de l'espace qu'elle laisse libre est rempli par la vessie supérieure ; la membrane du fond se relève.
Ceci montre que c'est la compression de l'air renfermé dans l'intestin qxii est la cause de l'augmentation de capacité du poumon et de l'abaissement plus considérable du diaphragme.
Les changements dans le rhylhme respiratoire ne pourraient, dit Panum, s'expliquer par Tauj^mentalion de Toxygènc du sang, puisque celle aiigmentalion conduit à Tapnée : or, dans Tapnée, non-seulement le nombre, mais Tamplilude des mouvements respiratoires, diminuent. Il repousse également Thypothèse acceptée par Vivenot et G. Lange d'une augmentation dans la force des muscles inspiratoires; il trouve, avec raison, que ces auteurs n'ont donné aucune preuve de leur assertion. Selon lui, c'est Taugmentation de la capacité moyenne du poumon, sous l'influence directe et mécanique de Tair comprimé, qui amène les inspirations plus profondes.
Relativement aux changements du pouls, à Taugmcntation de la pression artérielle, Panum trouve tout à fait contraire aux lois de la physique « ganz unphysikalisch » Texplication de Vivenot, G. Lange, Sandahl et Elsâsser, invoquant une prétendue diminution du volume du sang, par suile du volume diminué sous rinfluence de la pression des gaz qui y sont contenus.
Enfin, pour ce qui est des accidents de la décompression, notre auteur, sans avoir cependant fait d'expériences sur cet ordre de faits, en arrive à cette opinion que :
Los phénomènes morbides dépendent en grande partie de ce que l'air devenu soudain libre dans les vaisseaux sanguins est entraîné par le courant circulatoire, et vient former des obstructions emboliques dans diverses régions rascDlaires. (P. 149.)
Le but principal de G. von Lichig^ élait d'examiner si la quantité d'acide carbonique formé est la même à l'air libre et dans Pair comprimé. 11 décrit minutieusement les appareils compliqués qu'il employait; je dirai seulement que l'analyse de Pair était laite d'après la quanlité expirée en 15 minutes, à Paide d'une solution de baryte doséf par l'acide oxalique. 11 va de soi que tous les
* Ij)c. cil. — Ut'bcr das AUimen, etc.; 1869.
chiffres sont accompagnés de décimales multiples; mais, en revanche, l'auteur se garde de dire si les personnes mises en expérience étaient astreintes à un régime régulier, au douhie point de vue de la nourriture et de l'exercice, ce qui est cependant de bien autre conséquence que des critiques sur le temps pendant lequel il faut agiter les vases pour avoir une absorption complète de Tacide carbonique.
L'acide carbonique, dont le dosage a été fait dans huit expériences dont Kramer était le sujet, semble bien avoir diminué par le fait de la compression. A la pression normale, d'abord, le patient a produit en 15 minutes, le premier jour 8'%442 de C0% le second 7*',955; dans l'appareil, successivement 7'',614, 7^%784, 7«',747, 7'^M56; enfin, de retour à l'air libre, 7«%791 et 7«%287, eest-à-dire en moyenne : avant la compression, 8'',i98; pendant, 7*%570 ; après, 7*%539. La différence en moins a donc été, pendant la compression, pour 15 minutes, de 0*',628, soit en 24 heures, en admettant qu'elle serait restée la même, 60*',5.
G. Liebig, qui mêle dans une moyenne commune les expériences à l'air libre, avant et après la compression, n'arrive qu'à une diflércnce de 28 grammes, qu'il déclare être de l'ordre des différences physiologiques. Je le concède volontiers, et cela même pour les 60 grammes, pour cette raison qu'il ne fournit sur le régime de son patient aucun des renseignements indispensables. Mais alors il faut avouer que, de ses multiples analyses, malgré leur escorte de critiques physiques sur l'influence de la vapeur d'eau, de l'acide carbonique contenu en proportion un peu plus forte dans l'air comprimé que dans l'air libre (0,197 pour 100 au lieu de 0,147, par exemple), il ne reste rien qui puisse nous servir sur le terrain physiologique.
G. Liebig s'occupe aussi à expliquer les modifications dans les phénomènes rhythmiqucs de la respiration.
Pour l'augmentation du volume pulmonaire, il s'exprime ainsi :
La pression barométrique agit à la fois sur la surface du corps et sur celle des poumons. En s'élevant, elle combat plus énergiquement l'élasticité du tissu pulmonaire ; celle-ci, qui équivaut à 5o"" de mercure, correspond à 1/24 de la pression 720"" (pression moyenne de Reichenhall), mais n*est plus que i/54de 1050"" (pression de Tappareil) ; il en résulle que dans Tair comprimé la contraction des muscles inspiratoires a moins de résistance à vaincre. Le diaphragme est aussi aidé dans son action par la diminution du volume des gaz intestinaux. L'inspiration est donc plus facile et plus forte ; par les mêmes motifs Texpiralion est un
peu retardée, d'où il suit qu*on ne peut pas respirer aussi vite dans Ta ir comprimé qu*à la pression ordinaire. Le poumon revient également moins sur lui-même, en sorte que son volume augmente à Tétat de repos. (P. 16.)
Quant à Tamplilude de la poitrine, qui persiste après la cure, il y voit, comme G. Lange, le résultat de la gymnastique favorable qu'ont subie les muscles inspiratoires par la disposition nouvelle de la cage thoracique dans Tair comprimé.
Les auteurs dont il nous reste à parler ont été surtout frappés par les accidents de la décompression.
M. GavarretS dans l'article que nous avons déjà cité (p, 29i), s*occupe aussi des accidents qui atteignent les ouvriers :
L^ retour à l'air libre produit souvent des hémorrhagies buccales et nasales, qui généralementne sont accompagnées d'aucune douleur. Poumons, ces écoulements sanguins sont le résultat de déchirures des capillaires déterminées par la tension du gaz, dont le sang est sursaturé.
Les modifications déterminées dans la circulation cutanée au moment de la décompression nous paraissent suffisantes pour expliquer ces accidents. Le sang, sursaturé de gaz libres à forte tension, afflue dans les capillaires, les distend, tiraille les innombrables filets nerveux qui les enlacent, et détermine, suivant It rapidité et Tintensité de la congestion vasculaire, tantôt un simple sentiment de chaleur, tantôt de véritables douleurs. (P. 156.)
M. Leroy de Méricourt', après avoir décrit les paralysies dont sont atteints les plongeurs qui se servent du scaphandre, les explique en disant :
Nous croyons qu^il est possible d'admettre que dans ces cas il se produit une lésion de la moelle, et que cette lésion a du être une hémorrhagie. Suivant le siège et l'intensité de cette hémorrhagie, la mort est survenue trés-promptement, comme cela a lieu pour trois sujets, ou n'est survenue qu'après un temps variable, comme chez les sept autres.
Puis, cette hypothèse admise, il se demande quelle peut être la cause de Thémorrhagie médullaire :
Après mûre réflexion, répond-il, nous sommes porté à croire qu'elle est le résultat de la tension exagérée des gaz libres, en dissolution dans le sang, par suite de la pression considérable à laquelle les plongeurs peuvent être soumis. Dans le scaphandre, comme on le sait, l'homme est complètement isolé de l'eau à l'aide d'un habit en forte toile imperméable et d'un casque métallique fixé sur la collerette de l'habit. L*air lui est envoyé dans cette enveloppe, à l'aide d*une pofnpe qui communique avec elle par un tuyau flexible aboutissant à Tarrière du casque. Rien ne règle ni le débit , ni la pression de l'air injecté dans l'enveloppe. 11 en
* Loc. cit. — Art. Atmosphère; 1867.
* Loc. cit, -^ Cotuidératiotis, etc.; 1»09.
résulte que PouTrier reçoit souvent ou trop ou trop peu d*air; il est obligé pour remédier, en partie, à la gène de respiration qu*il éprouve, d*ètre constamment en rapport avec les pompeurs, au moyen de signaux consistant en un certain nombre de coups donnés à une corde d'appel. Néanmoins , grâce à cette atmosphère que Thomme conserve autour de lui, il peut entretenir sa respiration et séjourner des heures entières au fond de Teau. Biais plus la profondeur est considérable» plus la durée du séjour se prolonge, plus le sang doit se charger d*un excès de gaz libres à Tétat de solution. L'absence de régulateur de la pression doit même souvent faire que l'atmosphère de Tenveloppe soit à une pression plus grande qu*il n'est nécessaire. L'homme est réellement, au point de vue physique, dans la situation d*une bouteille d'eau que Ton charge de gaz acide carbonique pour obtenir de Teau de seltz artificielle.
Lorsqu'il remonte à la surface, si la décompression est trop peu graduée, les gaz dont le sang est sursaturé tendent à se dégager avec effervescence. Or les expérimentateurs qui font des injections dans le système veineux des chevaux, par exemple , savent que si on laisse à dessein pénétrer, avec le liquide injecté, une fine bulle d*air, au moment où cette bulle d'air pénètre dans la circulation cérébrale, l'animal en expérience tombe comme sidéré. Cette sidération, dans ce cas, n'est que momentanée, mais si la quantité de bulles d'air introduites est considérable, la mort survient d'une manière très-rapide.
Nous avons tenu à reproduire en entier ce remarquable passage, qui rappelle ce qu'avait déjà dit M. Bucquoy (voy. p. 477), et qui contient, sous forme d'hypothèse, une véritable description de ce qui se passe en effet, comme nous le démontrerons dans la seconde partie du présent livre. Mais, par une inconséquence singulière, et qui montre à quel point les anciennes idées sur Tinfluence mécanique de la dépression avaient pris autorité sur les meilleurs esprits, M. Leroy de Méricourt, au lieu de s'attacher à Tidée des oblitérations gazeuses intra-vasculaires, demeure imbu de Thypo* thèse des hémorrhagies, suites de refoulements sanguins. H se demande alors pourquoi a elles se produisent plutôt dans le centre nerveux spécial que dans la masse cérébrale », et il répond :
La boite crânienne et la colonne vertébrale forment deux enveloppes égah^ment incompressibles ; par conséquent, le sang refoulé de la surface entière du corps et des cavités splanchniques compressibles doit tendre à congestionnei Taxe cérébro-spinal. Le système circulatoire de la moelle , comparé à celui du cerveau, est infiniment plus riche , comme le démontrent les injections; enfin, chez le pécheur d'épongés, ce sont les jambes qui fatiguent le plus, attendu quç pendant le séjour sous l'eau il a constamment à marcher, à monter et à descendre le long des roches. Telles sont peut-être les causes qui rendent compte du siège de prédilection des accidents du côté de la moelle. Nous donnons cette explication , bien entendu, avec la plus grande réserve.
M. BouchardS dans spn étude sur la Pathogénic des hémorrha-
* De la PaUwgénie des Hémorrhaçiei, — Paris, 1869,
5C4 IIISTORIQIE.
gies, donne place aux accidents de la connprcssion et de la décompression, qu'il considère comme dus à des congestions et des hémoiTliagies abdominales,'médulldires et cérébrales. La manière dont il conçoit leur mode de production est des plus intéressantes ; elle est empruntée, dit-il, à M. Marey :
L'air comprimé pénétrant dans les poumons, le vide n'a plus aucune tendance à se faire dans la poitrine, comme chez les pécheurs à nu ; les congestions pulmonaires ne sont plus à craindre. Toutefois Tabdomen est normalement distenda par des gaz ; Fair extérieur ne pénétrant pas dans Tinlestin, ces gaz se compriment et occupent un volume qui est en raison inverse de l'intensité de la compression. Le volume de l'abdomen deviendra quatre fois moindre, si la pression est de quatre atmosphères. Alors la paroi est de toute part refoulée contre h colonne vertébrale et forme ainsi une concavité antérieure. Mais cette paroi n*est pas inerte ; elle tend à se redresser grâce à sa tonicité et même à sa contractilité et, par suite, à diminuer dans l'abdomen la pression qui avait été équilibrée par ce refoulement de la paroi ; elle agit à la façon d'une ventouse monstre, qai chercherait à accumuler dans l'abdomen le sang des autres organes. Et en effet, l'anémie générale se produit.
Cette réplétion des organes abdominaux par le sang n'est cependant pas Foccasion d'hémorrhagies, excepté peut-être dans la rate.
Voilà pour l'explication des congestions viscérales pendant la compression. Mais, lors de la décompression, un phénomène inverse se produirait :
C'est au moment de la décompression qu*arrivent les hémorrhagies, au moment où les gaz intestinaux reprenant leur volume, et distendant la paroi abdominale en sens inverse, vont faire subir aux organes du ventre une pression positive qui expulsera le sang emmagasiné dans leur intérieur, et le lancera subitement vers les autres organes, dont les vaisseaux, qui ont perdu leurs tonus,.... ne s'accommodent pas subitement à cette irruption soudaine. C'est alors que se produisent les épistaxis, les hémoptysies, quelquefois des apoplexies passagères ou mortelles , accompagnées, dans certains cas, d'hémiplégies momentanées ou durables, et enfin ces paraplégies fugaces ou persistantes, qoe II. Barella signale chez les ouvriers qui travaillent dans les puits tubulaires,- et qui, d'après H. Leroy de Méricourt, seraient l'une des causes de mort les plus fréquentes chez les pécheurs d'épongés.
Cette explication ne suffit pas, du reste, à M. Bouchard, qui reproduit alors les idées de MM. Rameaux et Bucquoy sur les gaz du sang :
Mais cette congestion subite, et comme par contre-coup, au moment où le sang reflue de l'abdomen vers les autres organes, n'est peut-être pas la seule, ni la véritable cause de ces hémorrhagies, ou du moins d'un certain nombre d'entre elles : de celles, par exemple, qui se font dans les cavités incompressibles, le crine et le rachis. Une autre interprétation a été donnée, qui ne manque pas de vraisemblance. Les gaz se dissolvent dans les liquides proportionnellement à leur tension ; le sang d'un homme qui est resté pendant plusieurs heures sous une
AIK COMPRIMÉ : TlIÉOniES ET EXPÉRIENCES. 505
pression de quatre atmosphères doit donc renfermer une proportion diacide carbonique beaucoup plus forte qu*à ]*état normal ; et cet acide carbonique dissous reviendra à l*état gazeux, dès que la pression extérieure diminuera. Si la décompression se fait lentement, le sang, en passant par les poumons , pourra exhaler le trop-plein d'acide carbonique, et aucun accident ne se manifestera ; mais si la décompression est brusque, l'acide carbonique tendra à faire irruption sous forme gazeuse , même dans les vaisseaux, et par sa brusque expansion, ou par l'oblitération de petits vaisseaux dans lesquels il ne peut pas circuler, amènera des ruptures et des extravasations. (P. 99.)
M. Bouchard applique cette idée à la formation des tumeurs musculaires douloureuses, dont ont parlé les auteurs que nous avons précédemment cités :
Ces tumeurs ne sont pas inflammatoires, ce ne sont point des exsudats , ni des extravasations. Elles disparaissent immédiatement par le seul fait de la rentrée dans l'air comprimé, tt ne sont jamais suivies de taches ecchymotiques. Au moment où la tumeur existe, elle ne s'accompagne ni de battements, ni de rougeur, ce qui ne permet guère de l'attribuer à une dilatation artérielle exagérée, comme l'a fait M. Foley. S'il est vrai que le travail musculaire est une source importante d'acide carbonique, ne pourrait-on pas supposer que les muscles qui ont le plus fontionné sont chargés d'acide carbonique dissous dans le tissu même, et que, au moment de la décompression, cet acide devient libre à l'état gazeux, pour se redissoudre par une compression nouvelle? (P. 101.)
Il nous reste enfin à parler d'un auteur qui a écrit postérieurement à nos premières recherches personnelles; mais nous le plaçons ici, parce qu'il ne parait pas avoir tenu grand compte des expériences que nous avions déjà publiées.
Après l'exposé des faits qu'il a observés, et dont nous avons donné le résumé dans le chapitre premier (p. 413 et suiv.), M. GaP arrive aux explications théoriques, ou, comme il dit, à la pathogénie des maladies causées par le travail dans l'air comprimé.
Il distingue avec sagacité la cause des maladies à début insidieux de celle des accidents brusquement survenus. Pour les premières, il accepte, dit-il, Texplication de M. Foley; mais, du moins, il a Tincontestable mérite de l'exposer sous une forme compréhensible :
Nous avons vu que le sang du tubiste et du plongeur est richement hématose, et il semble difficile que l'anémie puisse survenir dans ces conditions. Mais d'un autre côté, nous avons vu que les sensations perçues par les organes des sens sont beaucoup moins nettes dans l'air comprimé ; il suit de là que la moelle et l'encéphale recevant moins d'incitations, produiront moins de force nerveuse, et l'influence du grand sympathique sur la nutrition des tissus sera plus faible qu'à l'état normal:
Tant que l'ouvrier n'aura pas épuisé sa réserve d'influx nerveux, il ne souffrira
« Ia)c. cit. — Dm dangeri, de; 1872.
pas ; Taugmentation de son appétit fournira au sang les matériaux dont il a besoin pour brûler son oxygène ; mais le jour où il aura épuisé sa réserTe, la production restant en dessous de la dépense, les fonctions du grand sympathique ne se feront plus que d'une façon imparfaite, et le sujet languira fatalement. Cest alors qu'il sera le plus exposé aux autres maladies à début brusque et d*une gravité immédiate.
Quant aux autres maladies, elles sont toutes a dues à la congestion ». Là-dessus, dit M. Gai, tout le monde est d'accord ; mais il en est autrement quand il s*agit d'expliquer leur mode de production.
Sur ce point, il se montre fort éclectique. Il considère comme c< possible », après mes expériences, l'opinion qui attribue des accidents à un dégagement gazeux dans le sang. Mais il penche davantage pour l'explication de M. Foley sur
La réaction trop vive , occasionnée, soit par une décompression trop bmsqoe, soit par un manque de réaction dans les points où elle se fait d ordinaire, et où elle est inofTensive, la peau surtout. (P. 60.)
On avouera que cela n'est rien moins que net. Un peu plus loin, il ajoute :
Pour les plongeurs morts subitement , l'opinion de M. Bucquoy et de II. Le Roy de Méricourt (c'est Teffervescence gazeuse dont il s'agit) a de grandes chances d'être vraie.
Quant aux autres plongeurs, morts plus ou moins longtemps après Taccident, ils avaient tous des paraplégies. Chez tous la lésion de la moelle était survenue brusquement, ce qu'on ne peut rattacher qu'à une congestion, une hémorrhagie dans la substance de la moelle ou une compression par hémorrhagie dans le canal vertébral.
Les cas de guérison rapide observés et la constance de la paraplégie double me font pencher pour la congestion dans la majorité des cas ; mais rien ne prouve que la tension gazeuse n'ait pas amené quelquefois des hémorrhagies.
Enfm, dans le cas que nous avons observé, où la paralysie a débuté plus de 24 heures après la dernière descente, nous ne pouvons voir qu'un fait assez anormal chez les plongeurs, une congestion passive dans laquelle l'influence des gai du sang ne saurait être admise.
Nous avons insisté sur les congestions graves-; tout ce que nous en avons dit peut, avec des degrés de gravité différents, s'appliquer à toutes les maladies des plongeurs. L'afllux du sang et peut-être l'influence des gaz qu'il contient se fait en des points différents, et la gravité de l'affection dépend dp l'importance de Torgane. Les puces, les douleurs musculaires, arthritiques, les hémoptysîes ou les hâMirrhagies nasales, les otites, les congestions viscérales sont toujours le résultat d'une même cause: réaction sanguine trop violente ou mal dirigée, soit que cette réaction soit due, comme le veut Foley, à l'influence nerveuse qui renaît pendant la décompression, soit qu'il faille faire intervenir l'action des gaz dissous dans le sang. (P. 60.)
Au point de vue pratique et prophylactique, M. Gai tire, a?ec
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tous les auteurs qui l'ont précédé (sauf M. Foley), cette conclusion qu'il faut décomprimer lentement; il recommande aussi de rester d'autant moins longtemps sous Teau qu'on a atteint de plus grandes profondeurs. Voici, du reste, comment les choses se passaient sous sa direction :
Jusqu'à 25 mètres, même par des fonds unirormes, la durée du (ravail sous l'eau était d*une heure et demie. De 25 à 50 mètres, la durée était réduite à une heure. De 30 à 35 mètres, une demi-heure seulement. Au dessus de 35 mètres et au-dessous de 40, les plongeurs ne restaient'plus qu'un quart d'heure au fond.
Nos pécheurs n'ont pas dépassé 35 mètres. Les Grecs , plus audacieux , sont allés, en 1867, jusqu'à 54 mélres.
En même temps que la durée du travail diminuait , le temps employé à la décompression augmentait. On avait d'abord posé comme règle une demi-minute par mètre ; mais jamais les pécheurs n'ont voulu s'y soumettre. Ils montaient environ 4 mètres par minute. (P. 72.)