‹ La prévosté de Paris et l'Isle-de-FranceChapitre 11 sur 90 · Pont-Sainte-Maxence · texte numérisé non relu

Pont-Sainte-Maxence

PREVOSTE DE PARIS. 15

me sera possible. Premièrement le terroir d'autour de Paris est extrêmement plaisant et fertile, et ne manque ny de bleds, ny de vins, ni de laictages, foins, fruicts, et herbages, ny d'eaux qu'on y void de tous costez, et c'est ce qui rend Paris si accommodé, mesme iusqu'à la merueille. On y void entre autres le ruisseau de Gentilly1, qui est aussi nommé la riuière des Gobelins, plus propre que toutes les autres riuières de France à teindre l'escarlate. Vous avez aussi à Montmartre, près de Paris et autres lieux voisins, grande quantité de piastre2, duquel à Paris on se sert pour toutes sortes de bastiments, et c'est ce qui facilite le moyen de bastir en ceste grande ville. Le terroir d'autour de Chartres abonde en toutes sortes de bleds, en vins, et en fruicts; est arrousé d'vne petite riuière nommée Dœuure, qui passe dans la ville.

La Beauce est vne des plus fertiles contrées de l'Europe en froments, de sorte que ny la Sicile, ny l'Angleterre n'esgalent aucunement la fertilité de ce pays, qui est vn des principaux greniers et nourriciers de Paris. Il n'y a en toute ceste contrée vn seul fleuue qui y puisse auoir son cours en bas, estant tout vny, sans que vous y voyez vn lieu guière plus haut que l'autre : et toute la Beauce estant sans eaux, il

i. La Biôvre.

2. Plâtre. Les nombreuses rues de Paris du moyen âge qui portaient ce nom prouvent l'importance de ce commerce, et l'usage que l'on en faisait.

faut que les habitants du païs tirent leur eau des lacs ou mares, et des puits qui seichent en esté.

La Soloigne est vn pays sablonneux, et où il croist force seigle. Le terroir d'autour de Blois abonde en bleds, vins, fruicts et autres commoditez qui seruent à la vie humaine, et a force bois taillis, et de haute fustaye, force riuières, ruisseaux, estangs et fontaines d'eau viue, en quoy il surpasse la Beauce. Il se trouve entre Orcheze et Blois de la terre sigillée.

Le pays d'alentour Orléans est aussi fertil qu'aucuns des autres, en tout ce qu'ils ont de plus singuliers et de plus rare. Il y a du plaisir, soit qu'on s'amuse à pescher, soit à voiler1, ou à la chasse, veu que le poisson, les oiseaux et le gibier y foisonnent : mais surtout le terroir d'Orléans esc renommé pour les excellens vins, tant blancs que clairets qui y croissent et qu'on vient quérir non seulement de Paris, mais bien souuent mesme d'Angleterre.

Le pays de Gastinois est peu fertil, sablonneux en beaucoup d'endroicts et de peu d'apports, néantmoins assez agréable pour ses forests et ses riuières.

Le terroir de Sens est si plantureux qu'il n'y a chose qui puisse seruir à la vie humaine, dont il n'abonde. Il y a grande quantité de bleds er vins, qui sont délicats au possible. La chair y est à vil prix. Les laictages, laines et autres commoditez à souhait.

i. Chasse au vol avec le faucon, l'épervier et autres oiseaux de vol.

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Il y a du poisson en abondance et l'huyle de noix autant ou plus qu'en aucun autre pays de France, veu que tout le pays est couvert de noyers, principalement la Champagne, qui est entre les riuières d'Yonne et de Seine, depuis Montereau où faut Yuonne iusques à Sens : et deçà la riuière d'Yuonne, vers le Gastinois, on voit de beaux costeaux tous couuerts de vignes.

Le pays d'alentour d'Auxerre n'est pas moins reuenant pour son vignoble, où il vient du vin en telle abondance, qu'il en fournit à Paris la plus grande partie de l'année.

La Champagne est vn pays plat, fertile et propre au labourage, toutes fois, en quelques endroits la terre y est fort légère, et rapporte peu à ses maistres.

Quand à laBrie, quoiqu'elle soit pleine de bois, c'est vn assez bon pays, ayant le Ciel serain, l'air doux et tempéré, et de bonnes et grandes riuières, bref, il n'y manque aucune chose de celles qui sont nécessaires à la vie humaine ; veu qu'il y a du vin, du bled, du bestail, des fruicts, des bois, du gibier, de la chasse et du poisson en abondance.

Le pays d'autour de Prouins est renommé pour la conserue de roses i qui s'y faict et qui est enuoyée par toute la France. Il va quérir du vin chez ses voisins, mais il abonde en bleds, en pasturages et en eau.

1. Conserve de roses. Les roses ditv.s de Provins sont employées en médecine; on recherchait autrefois ses conserves de violettes.

La Picardie qui est arrosée des riuières de Seine, Oyse, Ainau, Lescau, Scarpe et autres, y est vn des principaux greniers de Paris, et est telle qu'il n'y a rien qui lui manque que le vin : ce qui vient plutôt de ce que les habitans ne se soucient de remplir ce pays de vignes, et le cultiuer^ que du deffaut de la terre, qui pourroit bien rapporter des raisins, de mesme que les raisins y pourroient bien meurir aussi bien qu'en beaucoup d'autres endroicts qui ne sont pas plus propres pour cette plante.

6. Clément Alexandrin 1 escrit de même que Strabon 2, que les Gaulois auoient accoutumé de nourrir de longs cheveux; et Agathie3 dit que c'étoit la coustume des Roys de France de ne se faire iamais tondre et de diuiser leurs cheveux en deux sur le haut du front. Et Diodore4 dit qu'ils se lauoient la teste fort souuent auec de la chaux pour rendre leurs cheveux blonds. Strabon dit aussi que les nobles rasoient le poil des iouës, et laissoient croistre celuy du menton, et qu'ils taschoient par tous les moyens de ne deuenir pas gras et de n'auoir pas de gros ventre, et que sy quelque ieune homme estoit plus gros qu'une ceinture de certaine mesure, il estoit repris.

i. Saint Clément d'Alexandrie, docteur de l'Eglise, vivait au icr siècle.

2. Strabon, géographe grec, né l'an 50 avant Jésus-Christ, mort sous le règne de Tibère.

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