‹ La prévosté de Paris et l'Isle-de-FranceChapitre 67 sur 90 · ROCOLES · texte numérisé non relu

ROCOLES

auoit entrepris, et a le premier rendu cette maison de ses prédécesseurs vrayment royale.

Elle est en vne région belle et spacieuse, sereine, tempérée, rare en beauté, gracieuse en séjour, riche en biens, et abondante en toute sorte de délices : d'vn costé, le bois pour le plaisir de la chasse, vraye image de la guerre, et le noble mestier des princes et grands seigneurs : de l'autre, les ruisseaux, estangs, fontaines, qui donnent vn agréable contentement aux yeux.

51. Le Palais Royal y est magnifiquement basty, les grandes sales, antichambres, cabinets, y sont tous lieux excellens en beauté, les toits et les lambris dorez, et en diuers endroits les combats, hazards, victoires et lauriers du feu roy Henry le Grand, le César François et la merueille des roys, représentez pour vne honneste récréation et vne singulière remarque. En l'vn on voit comme conduit de la main de Dieu, qui se vouloit vn iour seruir de luy, et assisté de la noblesse catholique, il marcha à la conqueste de son royaume perdu. En l'autre, comme en vne iournée heureusement périlleuse, il courut risque de son royaume et de sa vie, et que néantmoins prenant courage du désespoir, soldat et capitaine sans peur, il arresta l'armée victorieuse auec vne poignée de gens, et rompit les barricades de la fortune. Là les villes et les batailles gagnées. Icy son entrée douce, quoy que martiale dans sa bonne ville de Paris, plus ioyeuse alors de se voir prise qu'auparauant assiégée. En l'vn il est afferé à la Fère et la prend, en l'autre

comme il presse l'eniiemy assiégé dans Amiens sa conqueste, ville qu'il reprend, imprenable à tout autre qu'à luy, et après il marie Foliue de la paix auec le laurier de la victoire.

52. Les galleries n'ont point leurs pareilles pour leurs singularitez. En l'vne se trouue une variété infinie de toutes sortes d'oyseaux viuans ensemble en l'accord d'une aimable paix, qui font retemir l'air de mille sortes de ramage , et qui sans partir de là , ont les arbres pour faire leurs nids, et les fontaines pour les rafraischir ; en vne autre se monstre vn nombre de tableaux faits de la main de quelque gentil ouurier, qui rapporte si naïsuement au naturel les belles maisons royales et les plus gracieux séjours des roys par tout le royaume, que l'architecture mesme se tromperoit, si elle osoit présomptueusement entreprendre de faire mieux.

53. Le jardin de plaisance est vn grand domaine merueilleux en toutes choses rares. Les Tuilleries de Paris, l'Escurial d'Espagne, et le Pratolin de Florence, encores qu'ils soient magnifiques, ne sont rien toutefois au prix de celuy-là. Les parterres, les allées, les fontaines, les compartimens, les ruisseaux pauez de truites qui passent au milieu, les arbres, les fleurs, les fruicts, et toutes les pièces d'vn diuin verger, y sont rares et du tout admirables. L'allée aux Ormes qui est sur l'estang, les cours pauées d'vn paué luisant : et Tescallier, le donjon, le portail superbement enrichy : les statues du roy et autres représentées par

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diuerses sortes de marbres et de porphyres, et autant bien proportionnées qu'il se peut, sont des éclairs aux yeux, et des merueilles aux âmes de ceux qui les contemplent.

54. Aussi estoit-ce l'vne des demeures plus ordinaires et l'vn des séjours plus délicieux du roy : c'est-là qu'il donnoit le plus souuent audience aux ambassadeurs des princes estrangers : c'est-là que la Reyne de France Marie de Médicis a fait ses couches : c'est-là qu'ont esté nourris les fruicts de la fleur royale : c'est-là que se trouuent les pompes et les magnificences françoises : et c'est-là tout ce qu'il y a de plus beau en la cour du premier et du plus grand roy du monde. Le roy Louis XIII, d'heureuse mémoire , Ta enrichy d'vne chappelle qui n'a point sa semblable en l'architecture, en la dorure et en nombre de soliueaux de relief dorez, pilliers et colonnes de marbre et de porphyre. C'est-là où il fit la cérémonie des cheualiers du Sainct Esprit l'an 1633, où se voyent les tableaux de tous les cheualiers que Sa Maiesté a faits depuis son aduenement à la couronne.

55. Le pais de Senonois a du costé de l'orient la Champagne, au septentrion la Brie, au midy l'Auxerrois, à l'occident le Gastinois. Ce païs est d'autant plus notable qu'il est le nombril de la Gaule celtique, ou des Celtes de Sens, peuples si nombreux et si belliqueux, que par leur valeur, et le bonheur de leurs armes, ils ont fait trembler l'Italie, et arborisé leurs bannières iusques dans la Grèce. Le Senonois com-

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prend plusieurs villes, comme Sens qui en est la capitale, Yilleneufue-le-Roy, Sainct-Iulien du Sault, Sainct- Florentin , Brinon l'Archeuesque , Pont-sur-Yonne, Yilleneufuc le Guvart, et autres.

56. La ville de Sens est vne des plus anciennes de France, et estoit plusieurs années deuant la fondation de Rome : c'estoit la capitale de la Gaule celtique, qui comprend en sa prouince : Paris, Melun, Neuers, Auxerre, Prouins, et autres, et chef d'vn royaume puissant en hommes, en forces et en conquestes. Entre ses roys, le plus vaillant et glorieux fut Brennus de la maison de Brenne en Champagne1. Ce fut luy qui aucc les Gaulois de Sens entreprit son effroyable expédition en Italie enuiron Tan du monde 3450. ou selon le calcul d'Eusèbe Tan 4810. Il auoit en sa compagnie le prince ou capitaine des peuples de Melun appelle Dumnorix, selon le vieil mémorial de Saint Père dudit lieu : et après le dégast de tout le pays, siège et saccagement horrible, il prit la ville de Rome le 17. iuillet audit an, et la tint iusqu'au 13, feurier de l'année suiuante, que les siens ennuyez de demeurer-là, et glorieux de leur rançon capitoline, ils passèrent en Grèce et autres pays lointains, qui estant par eux subiuguez ont tousiours depuis retenu vn nom composé de leur originaire, et de celuy de Celtes de Senonois. Ce grand désastre arriua aux Romains lorsque tout leur secours dépendoit du banny Camille : et Tite-

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