‹ La prière des naufragésChapitre 18 sur 41 · GEORGES, HORACE · texte numérisé non relu

GEORGES, HORACE

Georges. — En homme poalitif que je suis, mon cher Horace, j'attribuais votre préoccupation à une autre cause.

Horace. — Laquelle ?

Georges. — Je cro3'ais que vous aviez eu quelque dispute avec le marquis d'Antas.

Horace (après un silence) . — En effet ! . . . Je vous dirai que je suis las d'être traité avec tant de hauteur et de dédain par cette espèce de marquis.

Georges. — Entre nous, mon ami, je vous conseille de patienter un peu avec lui. Tenez commençons par baisser la voix.

Horace. — Pourquoi donc ?

Georges. — Xe le voyez-vous pas qui dort là, près de nous ?

Horace. — Que m'importe !

Georges. — Vous oubliez que le navire lui appartient, et qu'il m'a payé pour en prendre le commandement.

Horace. — Mais qu'est-ce que c'est donc que

ce marquis d'Antas ? Je connais toute la noblesse mexicaine et je n'ai jamais entendu prononcer ce nom-là.

Georges. — C'e\st celui d'une famille qui a toujours habité les frontières du nord et s'y est, dit-on, acquis une fortune énorme. Le marquis d'Antas est un homme étrange qui sème l'or à pleines mains, qui, à défaut d'amis sincères . . . dont il se défierait, achète des consciences et se fait avec son or des alliés forcés.

Horace. — Comment ?

Georges (bas). — Un gentilhomme un Français. . . dans un moment de faiblesse et de délire, avait commis une de ces fautes qui détruisent l'honneur et le repos d'une famille ... Le marquis d'Antas a acheté les preuves de cette faute, pour tenir le coupable à sa merci et s'en faire un esclave !

Horace. — Georges ! . . . ah ! c'est infâme ! mais rien ne m'étonne de lui, car malgré son luxe et son titre de marquis, il a comme des allures de bandit. Oh ! je l'ai observé longrtemps avec persistance, et je ne crois pas me tromper sur son compte. Eegardez-le bien quand il s'éveillera : la main est dû vautour, l'œil est du serpent, et la lèvre est de la hyène.

D'Antas (rêvant). — Doublé... triplé... un million ! une province ! un royaume !... (Ouvrant les yeux.) Vertudieu ! on peut appeler cela un vilain réveil ! . . . J'étais à la cour de France, je jouais un jeu d'enfer contre son altesse le régent, et je me retrouve ici, couché sur la dure et bloqué par des sauvages . . . Dites-moi, monsieur

de Laval, en avez-vous au moins fini avec ces démons-là, 2^*?iidant que je dormais ?

Georges. — A peu près, monsieur le marquis.

D'Antas. — C'est heureux ! vous y avez mis le temps, capitaine.

Horace. — Le temps qu'il fallait, monsieur.

D'AxTAS {avec ironie). — Ali ! c'est monsieur Horace de Brionne ? Pardon, je ne vous avais pas vu . . . Bonjour, Monsieur Horace. Au fait, j'avais tort de maudire mon réveil, car je vais être le premier à vous saluer.

Horace. — Il ne me plaît pas, monsieur, de recevoir vos saluts.

D'AxTAS. — Ah ! vraiment ? . . . Vous n'êtes guère poli, monsieur Horace.

Horace. — Pas plus qu'il ne faut. (A Georges.) Si vous êtes mon ami, laissez-nous seuls.

D'AxTAS {à Georges). — Allez, capitaine, allez,

Georges. — Monsieur le marquis, ménas^ez-le {Jl sort)

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