‹ La prière des naufragés [microforme]Chapitre 11 sur 43 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

BABILAS, RAOUL.

Raouz (à part.—Rien, mon Dieu, rien!

aujourd’hui comme hier, le sileñce de l’abime, l'immensité du néant .… pas une route à suivre, pas un secours à espérer, pas un rayon sous ces brumes éternelles !.. toujours ce sépulcre de glace sous un liuseul de neige !... Je suis un homme, un père, et je ne peux rien pour sauver mon enfant, rien pour diminuer ses souffrances! ni dévouement utile, ni sacrifice possible 1. il ne m'est mème pas permis de mourir pour lui, de racheter ses jours au prix de tout le sang qui coule dans mes veines, avec toutes les tortures qui broieraient mes membres. non! non! Dieu la prendra, ma vie, mais avec la sienne! nous sommes jugés tous les deux, condamnés tous les deux ! La seule grâce que je puisse demander au maître inflexible, c'est de mourir le dernier, de voir expirer mon enfant sous mes yeux, d’avoir au moins à supporter la plus longue et la plus horrible agonie !

BagiLas (grelottant).—Sapristi, que ce pays-là ressemble donc peu à Nanterre ! O joli village, dont je suis né natif, comme je mordrais bien dans un de tes produits !

Raouz.—Matelotl (Babilas ne répond pas.) } Mon ami...

BagiLas.—Capitaine.

| Raouz.—Tu es resté une heure absent.

Lors p’as-tu rien découvert de ce côté ?

» BaBiLas.—Pas une once de bois, pas un brin d'herbe, pas un pain de quatre livres ; alors, je me suis couché là, et je ne veux plus | bouger.

RaouL.—Voyons, ne perds pas courage. | BaBiLas.—Il n'y a pas de danger, capitaine !

en! on ne perd que ce qu'on a. C'est égal, sauf bime, votre respect, vous avez eu une mauvaise | ulvre, idée de me recueillir dans la chaloupe, quand É | sous je suis tombé à l'eau, après avoir poivré le EE pulcre . gredin. | e suis RaouL.—Fallaitil donc te laisser mourir ? | DOUR LT 7 BaniLas.—Je buvais déjà ferme, et j'aurais L er ses tant bu que je n’aurais plus eu faim. 1 crifice Raouz.—Cest mal, ce que tu dis là. LE nis de BagiLas.— Vous croyez, capitaine. je trouve u Prix moi que vous êtes assez de monde pour man- Nveines, ger les vivres et que vous n'avez pas besoin (| it mes d’un gourmand comme Babilas. { endra, Raou.—Pauvre garçon, tu jeûnes plus que | )mmes nous. | deux ! BapiLas—Par exemple! mais je suis un | jer au goinfre, un véritable goinfre ! \l ermier, Raouz—Tu fais semblant de dévorer ta

yeux, , à + chétive ration de chaque jour et tu la donnes | igue et à Robert en cachette. D

F BamiLas.—Oh ! pour cela non, capitaine. f

pays-là RaouL.—Je le sais. ÿ rillage, BagiLas.—Mais, capitaine... j'en jure... “à is bien RaouL.—dJe l'ai vu.

BaBiLas.—Ah ! alors... mais c’est égal, je ne suis bon à rien...

Raouz.—Que dis-tu ? seul, je ne pourrais pas m'éloigner une seconde pour aller à la découverte, pour explorer ce désert! tu es une Providence pour nous.

BagiLas.—Moi ! une Providence !

Raour.—$Sans toi, Robert ne vivrait plus, peut-être !... si nous le voyons encore sourire, c'est grâce à toi! Le jeu, pour les énfants, c’est la moitié de la vie! ces chers petits êtres jouent au bord d'un abiîme, dans le délire de la fièvre, sur leur lit de mort! Aussi, tu es plus utile à Robert que moi-même! labattement et la tristesse de son père lauraient tué déjà, si tu n'étais pas près de lui pour le distraire par ta bonne gaieté franche, si tu ne trouvais pas pour l’égayer un peu la force d'oublier les souffrances et les dangers !

BagiLas.—Vous me dites de ces choses-là, capitaine ! et j’ai été assez lâche pour geindre tout-à-lheure! Oh! c’est fini, je n’ai plus froid! donnez-moi vite un ordre que je l’'exécute 1... j'ai bon pied et bon œil, allez!

RaouL.—Tiens, mon ami, il y a un rêve que je fais parfois, malgré les angoisses du présent et les terreurs de l'avenir :—Nous sommes au Mexique, le soir, sur la pelouse de ma petite villa, le ciel est bleu, la brise est fraîche, les oiseaux chantent, les abeilles bourdonnent... tu te roules dans l'herbe avec les enfants, Robert et mon petit Lucien !—Cest qu'il t'aimcra bien aussi, mon pauvre Lucien!

et si Dieu nous sauve, au lieu d’un fils... tu en auras deux !

ERP + Mr cat visé.

| BapiLas.—Ah ! sapristi! j'ai bien une oreille , je ne | pour chacun, mais en fait de nez je n’en ai | qu'un et s'ils veulent le tirer en même temps... Jurrais | enfin nous arrangerons ça pour le mieux. \ la dé- | Raouz.—Regarde… voilà mon premier soues une | rire depuis que ces misérables nous ont «bandonnés. c'est bon signe !

| Bagras.—Un ordre, capitaine, un ordre, el t plus, s'il y à un danger à courir, tant mieux, je suis curire, | si content, voyez-vous, que je Suis prèt à avoir nfants, | du courage.

s êtres | Raou.—C’est äu froid surtout, que Robert lire de souffre, et nous n'avons plus de bois; il , Lu es | faudrait en trouver d'autre.

abatte- BagiLas.—d’en trouverai ! nt tué | RaouL.—Va dofc….

le dis- | BagiLas—Au galop !

tu ne Î Raouz—Ah! prends mon fusil. « force \ à BagiLas.—Pourquoi faire ?

! à Raouz.—Tu peux rencontrer quelque gibier. oses-là, BapiLas.—Je suis si maladroit !.… Pourtant eindre quand je ferme les yeux et que je ne vise pas, \i plus | je tire assez juste. (4 part, en s'éloignant.) À | que Je | bientôt, cher petit Robert... je vous envoie un | lez ! ! gros baiser. et puis encore... et puis toujours. ve QUE { ({l sort.) present | RaouL (seul)—Le salut! je leur parle de mes au À salut! et quand mon fils est là, je m'efforce | petite d'espérer avec lui; mais seul, je sens bien | ‘he, les qu'il n'y a pas de salut! Autour de nous une ment... "+7 - mer immense, inconnue ; sur nos têtes des 1] nfants, __ ‘ avalanches toujours près de s'écrouler; sous | b qu'il nos pieds un abime sans fond qui nous en sien |. gloutira le jour où les vagues soulevées brise: É Is... tu ront cette glace qui nous porte! partout le M

désespoir ! partout la mort!

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