‹ La prière des naufragés [microforme]Chapitre 8 sur 43 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

CARLOS, RAQUL,

RaoUL.— Vous avez désiré me parler, mon.

sieur ?

CaRLos.—Oui, monsieur,

RaouL.—Je me rends à vos ordres.

CarLos.—Mille grâces !

RAOUL.— Auriez-vous à vous plaindre de quelqu'un ?

CarLos.—Votre navire est trop bien commandé pour que la moindre plainte soit possible. (Raoul s'incline.) Ce n'est pas de cela qu'il s’agit, c'est de Moi, d'abord, que je veux vous entretenir,

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RaouL.—De vous ?

CanLos.—Depuis notre départ de France, j'ai tâché de ne pas être pour vous un passager trop importun, el vous me rendrez cette Justice que je me suis dissimulé le plus possible pour ne gêner personne ; mais il est temps enfin que VOUS Connaissiez l'hôte étrange que vous avez à votre bord,

RaouL.—Monsieur…

CaRLOs.—Je suis né au Mexique, d'une famille assez vulgaire : mes parents étaient de pauvres paysans qui croyaient sérieusement au diable, passaient une vie souffreteuse entre la prière et le travail, entre une lande aride et un cimetière de village, persuadés de bonne foi que la misère mène tout droit au ciel — Comment se fait-il que celte existence monotone et servile ne m'ait inspiré tout jeune que du dégoût? Comment se fait-il que j'aie, au plus vite, pour respirer l’air libre, déchiré de mes Ceux mains d'enfant la chrysalide grossière dans laquelle J'étouffais? Voilà ce que j'ignore, monsieur, et ce que je ne prendrai jamais la peine d'approfondir !... Je marche devant moi, sans peur, et je m'inquiète peu de savoir si le souffle qui me pousse en avant me vient du ciel ou de l'enfer.—Avouez-le, M. de Lascours, vous ne vous doutiez guère d’avoir pour voisin de Cabine un fataliste aussi Coriace que moi,

RaouL.—Où voulez-vous en venir, monsieur ?

CarLos.—J’ai donc senti de bonne heure des appétits effrénés, j'ai eu toutes les ambitions à la fois ; celles du luxe, du pouvoir, des pilaisirs !.., Plus tard, ce qui était un instinct devint

un calcul, et le jeune homme se mit en devoir de donner une forme palpable aux fugitives chimères de l'enfant. Alors, je pris en pitié mes compatriotes dont l'intelligence est épuisée et stérilisée comme leur sol; je vendis mon petit patrimoine el je m'embarquai pour Ja France! Une fois arrivé dans ce Deal pays, je me livrai aux études les plus spéciales, aux recherches les plus persévérantes, el bientôt je concentrai sur un seul point toutes les forces de mon intelligence et de mon éducation, toutes les ressources de ruse et d'énergie qui sont en moi; je ne me proposai

lus dans la vie qu'un but: avoir de l'or,et jen aurai.

Raouz (à part)—Oh !.…. j'aurai la force de me contenir. je verrai quels sont ses projets, et jusqu'où il pousser l'audace.

Carcos.—Je vous intéresse malgré vous, monsieur de Lascours ; et pour vous, officier loyal, vertueux chef de famille, homme de devoir et d'abnégation, c'est chose assez curieuse, n'est-ce pas, que ce portrait d'un audacieux aventurier qui est sans doule le descendant des Cortez ou des Pizarre ?

RaouL.—Je ne vous accuse pas encore, j vous plains!

Carzos—Vous êtes trop bon, mais je Continue :—Vous êtes marin, monsieur, et vous savez qu'une des préoccupations constantes de Pierre-le-Grand est d'atteindre les terres de l'Amérique par la mer de Kamtschatka ?

Après plusieurs voyages infructueux et des découvertes insignitiantes, un capitaine russe

aborda enfin sur la rive septentrionale de la

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RE OR SRE PE En

ms 19 oir +, M nu { Aanr È n ves Californie et y débarqua six hommes: que tié devin: ent-ils ?

ui- Racui.—Les malheureux re reparurent dis plus, l'eau douce manqua, le scorbut décima ur r l'équipage, et on fut obligé de repartir sans au Pr. eux.

les, Carzos.—Que devinrent-ils ?

et | Raouz.—Mais... on l’ignore.

ites Carcos.—Je le sais, moi, et je vais vous le non 4 dire.

et Raouz.—Vous !

sai Carzos.—Pleins d'audace et de curiosité, r, et j ils pénétrèrent à travers mille dangers dans l'intérieur du pays: là ils découvrirent des de mines, des placers, des fleuves d'or ! et aucun jets, moyen d'exploiter ces richesses fabuleuses... Oh! je comprends leurs tortures !..… c'était à ous, x en perdre la raison, à blasphémer Dieu, à S6icier | craser la tête de désespoir contre ces lingots 3 de inutiles !.… Cinq moururent à la peine, un \ssez seul parvint à gagner la France, comme par d'un miracle !.. Eh bien ! le croiriez-vous ? quand e le cet homme raconta ce qu’il avait vu, montra les plans qu'il avait rapportés, les petits se re, je mirent à rire et haussèrent les épaules, les grands le traitèrent de fou et de visionnaire ; con- enfin au milieu de toute cette foule inepte, il vous n’éveilla qu'une sympathie... la mienne.— antes Puis, un matin, le pauvre diable fut trouvé erres mort dans une rue déserte...

tka ? 2 0 Raouz.—Mort ?..

t des CarLos.—Mon Dieu, oui.

russe Raouz.—Et de quelle manière ?.…

de la | CarLos.—On ne l’a jamais su.

: Raouc.-—Assassiné, peut-être !.…

CARLO On l'a dit.

Raouz—Monsieur |

Canzos.— Toujours est-il que j'héritai des précieux plans,

Raouz.—Vous !

Canros. — Et qu'aujourd'hui j'ai entre les mains sur l'existence de ces trésors des preuves irrécusables.…. J'avais tort de me donner pour ancètres Pizarre et Fernand Cortez, car je serais honteux d’avoir de leur sang dans mes veines ! [ls avaient la Californie, et ils l'ont dédaignée pour s’abatire sur le Pérou comme des vautours stupides !... Oh ! regardez-moi, MOonsieur, je n'ai pas perdu la tète, je vous répele que j'ai les preuves, que je les ai complètes, el que j'irais les yeux fermés vers Ces moncealiX d'or !

Raout.—Assez ! assez !

Canzos.—J'ai bien rencontré quelques adeptes sur le pavé de Paris, et converti à ina croyance. quelques vagabonds comme moi ; mais pas d'argent pour enrôler ces Argonattes, pas de vaisseau pour faire ces deux mille lieues !.… Cest alors que j'ai eu la chance de rencontrer sur ma route le capitaine Raoul et la corvette l'Uranie.

RaouL.—Que voulez-vous dire ?

CanLos.—Tenez, capitaine, vous êtes exilé de France et vous ne devez plus rien à cet ingrat pays. Votre profession pénible vous à à peine donné quelque aisance... acceplez mon offre et je vous rends quatre fois millionnaire.

Raouz.—Vous me proposez ?.……

CaRLos.—Je vous propose purement et simplement d’'escamoter à notre profit la corvelle

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simvelte

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de l'armateur dunkerquois, et de v'.;ue" en semble vers la terre promise,

R:ouLz.—Ah ! c'est trop d’audace !

Canzos.—Mais songez-y donc, quand on à l'or, on a tout !.. l/or, c'est le feu céleste dérobé par Prométhée !,.. C'est plus que le soleil et le génie ! c'est la passion, la voluplé, la vie réelle... Devant l'or les fronts superbes sa baissent, les obstacles tombent, les consciences se brisent, Et puis quel orgueil, quel triomphe !.… On était parti pauvre, méconnu, ampant, et on revient assez riche pour éblouir les insolents de la veille et les éclabousser ave de l'or.

Raouz.—Retirez-vous, malheureux, et tâchez de mériter que je vous épargne.

CarLos.—Ainsi vous refusez d'accepter mon offre ?

Raouz.—Je vous ordonne de vous retirer

Canzos.—Un dernier mot ?

XAOUL.—Non.

CarLos.—Je vous en prie.

RaouL.—Non !

CärLos.—Je le veux !

Raouz.—Vous le voulez... Prenez garde que je ne venille, moi, vous faire jeter à fond de cale, les fers aux pieds et aux mains.

CanLos.—Et par qui, s’il vous plait ?

RaouL.—Par mes matelots.

CanLos.—Vos matelots !.…. Tenez, M.de Lascours, à Dunkerque, le jour où l’époque de votre départ a été fixée, un homme s’est présenté chez vous, et cornme vous aviez besoin de compléter votre équipage, vous l’avez engagé. C'était un gaillard aux larges épaules, à

la peau rousse, aux cheveux crépus sur un front bas, et qui s'appelait, je crois, Pierre Pacôme. (4ppelant.) Pierre Pacôme... (Celui-ci parait.) Raouz (au matelot)Qui l'a permis de venir ?.. Eloigne-toi !

Carzos—Reste ! (Jl reste.) Raouz {à part)—Oh les frayeurs de Robert !

Carcos—Le lendemain, vous vous promeniez sur le port, ei vons avez rencontré deux autres loups de mer. * Vous cherchez des matelots.” vous dirent-ils, “ vous n’en trouverez pas de meilleurs que nous” Et vous les avez pris. C'étaient les nommés Castuille et Bufflard.….. (Appelant) Castuille et Bufflard ! (ls paraissent.) RaouL.—Par le ciel! retirez-vous| Canzos.— Restez! (Ils restent) Enfin, il vous en est venu de la sorte, quaire, six, dix autres, que vous eurôliez pour votre compte, ou plutôt pour le mien, car, invisible et tendant mes pièges dans l'ombre, j'étais derrière tout, j'étais au fond de tout, et maintenant il n’y a plus à bord d'autre maître que moi!

Raou.—Tu mens!

CarLos—Si vous ne cédez pas, vous êtes perdu !

Raouz.—Non! non!…. Une telle infâmie ne s’accomplira pas! Tout le monde sur le pont! (Entrée générale des malelots.) Il n'y a pas ici que des bandits et des révoltés! À moi, tout ce qui porte un nom français, tout ce qui a le sentiment de l'honneur et le respect du pavillon ! à moi, mes fidèles !.….

Cancos.—A moi, tous ceux qui veulent de

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l'or! (La plus grande pari

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r un toure Carlos. Quelques matelots seulement se ranjerre gent derrière le capitaine. Comptez vos forces, elui-ci monsieur de Lascours | RaouL.—Qu'importe le nombre !.. En avant!

le ve- FA CarLos.—$Soit !

pe RaouL (tirant son épée) —Malheur à toi d'a-

bord !

)bert ! Carzos.—C'est ce que nous allons voir! (/ rome- saisit un poignard et s'élance d'un bond sur > deux Raoul. Combat des six matelots avec les révolmate- tés. Babilas défend Robert. on l'arrache de ses ‘eZ pas bras et on jette Babilas par dessus le bord. Le z pris. combat est à l'avantage des rebelles. Raoul et lard... Carlos luttent encore à l’avant-scène.) ls pa- Raouz.—L'arme de l'assassin contre l’épée

du gentilhomme? allons, tu es perdu.

CarLos.— Pas encore !

fin, il WE 1 à Raouz.—Tiens ! (4! le renverse et lui arrache x: dix son poignard.) )mpte, CarLos.—A l’aide ! (Ses partisans accourent. :t ten- Raoul lui met l'épée sur la gorge.) 2rrière Raouz.—Si vous faites un pas, je le tue! ant il Carzos.—Médoc ! l'enfant ! l'enfant !.…. n ! Mépoc.— Voici! (4 tient Robert dans ses bras et le balance au-dessus des flots.

1s Êtes RaouL.—Ah !

Carzos.—Bien riposté, n'est-ce pas ?.. Sa vie nfâmie | pour la mienne | sur le RosertT.—Père, j'ai peur! (4 Médoc.) Que ny a et à voulez-vous faire ?

sl. À Mépoc.—Te jeter à l’eau, si ton père ne lâche s, tout | pas notre chef.

le res- j RoserT:-—Entends-tu, père, entends-tu ?.. ac- A | corde leurce qu’ils demandent.

lent de RaouL.— C'est impossible! Ce misérable

veut me voler mon navire, mon honneur !..…

fine LMN:= UYyTC Cie

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