‹ La primauté de Pierre et la venue de Pierre à RomeChapitre 210 sur 221 · Irénée, Haer.., III · texte numérisé non relu

Irénée, Haer.., III

LA

I La première partie de cette étude nous a conduits à une affirmation très nette et que nous avons le droit de croire inébranlable : S. Pierre n'a point reçu du Christ un pouvoir de juridiction sur ses frères; durant l’âge apostolique, ce pouvoir ne lui a jamais été reconnu. Essayons donc maintenant de préciser, en les coordonnant, les impressions que nous laisse

le long examen des textes, des raisons et des indices

sur lesquels s'appuie la tradition du séjour de l’Apôtre à Rome.

Et tout d'abord, voici quelques certitudes : il est impossible d'accepter que Pierre soit venu dans la Ville pour y fonder l'Église ; il est impossible qu'il y ait paru avant l’année 63, date à laquelle Paul disparaît de l'histoire ; il est impossible qu’il en ait gouverné la communauté durant 25 ans; la légende de Simon, qui l’y conduit avant 63, n’a aucune consistance : d'origine orientale, incertaine et trouble, peut-être même sans aucune racine dans les faits,

. issue sans doute, en ce qui regarde ses épisodes ro-

mains, d’une erreur ou d’une lourde méprise de Justin, qui fut aggravée par un commentaire tentant, mais inexact d’un passage d’Irénée, elle ne s'appuie que sur des documents de basse époque, faits de pièces et de morceaux disparates, plusieurs fois retaillés et rajustés, et qui sont indignes de crédit; on en peut expliquer l'assemblage avec vraisemblance, mais on en doit rejeter toutes les affirmations, sans en excepter l’essentielle, celle qui place à Rome le combat décisif entre l’Apôtre et le Magicien. En définitive, si Pierre a visité Rome, ce n’a pu être qu'après le procès de Paul, que les Actes des Apôtres laissent entrevoir en finissant ; il faudrait donc admettre que son séjour, très court, a élé interrompu par le martyre.

Or, dès que nous essayons tout simplement d’éprouver les garanties traditionnelles de cette aflrmation très simple : Pierre a péri à Rome, nous découvrons leur extraordinaire fragilité; les textes ne deviennent décisifs qu'au prix d'une interprétation éclairée par la tradition ; le témoignage net et précis nous échappe chaque fois que nous croyons le saisir

et les prétendues attestations patristiques finissent

par se réduire à quelques phrases, qui n'offrent guère de sens satisfaisant qu’à la condition d’être entendues tout autrement que ne le font les partisans de la tradition. Leur nombre, qu’on grossit d’ailleurs, sans aucun profit, à coup de citations d'auteurs de basse époque, ne saurait nous donner d'illusions sur leur mauvaise qualité, ni la compenser : les textes patristiques anciens, ceux du 1° et du n° siècle, ne prouvent

pas que le Prince des Apôtres soit mort dans la Ville. Dès que l’on prétend dépasser l’affirmation en cause, ou seulement la préciser, on tombe en pleine incohérence. Les documents dignes de confiance, ceux-là même où l’on cherche la preuve que Pierre a trouvé le martyre àRome, restent absolument muets sur la date et les circonstances de sa mort, mis à part un passage probablement altéré et, en tout cas, très vague de Clément Romain, incertain au point qu'on n’oserait en rien conclure si on ne trouvait, pour l’expliquer, l’opportun secours des hypothèses modernes et du récit « reçu, » autant qu’invérifiable, des derniers moments de lApôtre. Les apocryphes

rattachent son supplice à l’histoire saugrenue de Si-

mon et semblent ignorer complètement les circonstances prétendues historiques où la vraisemblance le doit placer, au jugement de la plupart des critiques ; la tradition, telle que la recueillent les chronographes et les hagiographes du 1v° et du v® siècle, le rapporte au règne de Néron, mais sans se montrer véritablement capable de fixer une date précise; c'est 55, disent les uns, et cela est absurde, à moins de bouleverser la chronologie paulinienne; c’est 64 disent les autres, ou 65, ou 66, au 67; les modernes hésitent d'ordinaire entre 64 et 67, tout simplement parce que chacune de ces deux dates s'accorde assez bien avec un certain nombre des données fournies

par les textes ou les traditions‘, à la condition, bien.

1. Des deux derniers venus, Rinieri, S. Pietro, p. 242, se prononce pour 66-67, soit 12-13 de Néron; et Kellner, Tradition, ges-

entendu, de laisser tomber, de part et d'autre, tout. ce qui contredit « l'essentiel; » or « l’essentiel » change de place d’un critique à l’autre. La date anniversaire (29 juin) de la mort de Pierre et de Paul, adoptée dans le calendrier romain, a toutes chances d’être sortie d'une confusion et de ne commémorer qu'un événement, d'ailleurs obscur, de l’année 258 ; au reste, la tradition qui fait mourir les deux Apôtres le même jour, n'a, dans sa rigueur, aucune vraisemblance; elle n’est pas très ancienne et ne représente qu'une simplification de l'expression première : dans le même temps; longtemps contredite, elle fut imposée par l'erreur même qui fit prendre le 29 juin pour le nafale authentique des deux martyrs.

La localisation du supplice de Pierre au Vatican, qui n’est faite que par la tradition, achevée et fixée dans des textes de basse époque, peut parfaitement ne correspondre à aucun souvenir précis, mais s'inspirer de ce qu’on racontait de la persécution de Néron, particulièrement du récit qu'en donne Tacite, et ne pas remonter très haut. La première attestation qui nous en reste, celle de Caïus, est du début durmf siècle, et nous avons tout lieu de croire que les primitives Hodéetc de Pierre ne précisaient pas le lieu de la cru-

chichtliche Bearbeituug, u. s. w., p. 56, Lermine son étude par ces mots, Alle Einwände dagegen fallen hinweg, wenn man sich an die Angaben der stadtrômischen und kirchlichen Urkunden hält, denen ich folge : Petrus + 29 juni 55, Paulus + 29 juni 57.

cifixion, plus que ne le fait notre Maprüptov érpou. C’est pourquoi je ne saurais trouver dans l’affirmation que Pierre a péri sur le Vatican la moindre garantie de l’historicité de son supplice.

A la regarder de près, la prétendue preuve de la réalité de ce supplice, la meilleure et, à vrai dire, la seule, tirée de la présence du tombeau de l’Apôtre au Vatican, ne semble pas plus solide : des témoignages tardifs et malaisés à concilier qui nous restent, il est impossible de conclure, avec quelque sécurité, que la tradition, touchant la conservation de ce tombeau, remontait à l’âge apostolique; si, contre toute apparence, les trophées de Caïus faisaient allusion à des sépulcres, la première mention qui serait faite de la sépulture de Pierre au Vatican daterait du premier quart du m° siècle, c’est-à-dire qu’elle viendrait après la constitution, dans ses parties essentielles, de la légende romaine de l’Apôtre. Il paraît beaucoup plus probable que la découverte des reliques de Pierre se place en 258 et qu’elle a lieu ad Cata-

cumbus; l'opinion qu’elles ne s’y trouvaient qu'en

dépôt, qu’elles venaient d’y être apportées du Vatican, dans une circonstance imprécise, se présente comme une hypothèse récente, déterminée par la légende de Paul : l’Apôtre des Gentils a, dit-on, été enterré près de l'endroit de son supplice; il a dà en être de même de l’Apôtre juif. Les modernes historiens catholiques ont accepté ce complément, bien que plusieurs textes l’excluent, parce qu’il leur donnait le moyen de faire remonter la tradition relative

au tombeau de Pierre jusqu'au temps de sa mort. Tout nous donne l'impression, dans les traditions que fixent les textes duiv'et du v' siècle, que la découverte du sarcophage apostolique est tout simplement une étape, non pas la dernière, mais la plus impor tante d’entre les dernières, de la légende romaine de l’'Apôtre. Depuis le milieu du n° siècle, environ, elle constitue l’argument décisif, la marque d’authentifi= cation nécessaire que réclamait la foi.

Les prétendus souvenirs de l’apostolat et de Pépiscopat de Pierre dans la Ville ne supportent pas l’examen et revêtent toutes les apparences de ces pieuses inventions, dont l'imagination populaire et l’hagiographie, dans leur invincible désir de majorer et de préciser les histoires des saints, se montrent partout déplorablement fécondes.

En revanche, les (raditions qui se rapportent à Paul semblent beaucoup moins incertaines, malgré Îles obscurités qui s’y trouvent; elles affirment que l’Apôtre a été mis à mort sur la voie d'Ostie ou tout auprès, et qu'on l’a enterré non loin du lieu de sa décapitation; cette localisation semble exclure la date 64 et place l'exécution de Paul tout à fait en dehors de ce qu'on nomme la persécution de Néron; mais j'avoue que

cette double conséquence me paraitrait plutôt favo-,

rable que contraire à l’historicité de sa mort à Rome. Je crois donc au moins vraisemblable que Paul a terminé sa carrière en 63, par ordre de Néron, non loin de la voie d’Ostie.

En définitive, il me paraît évident que cette « ela-

. meur solennelle et concordante des documents !, » touchant le séjour, la mort ou seulement la venue de Pierre à Rome, se résout en un murmure vague, confus et inintelligible, lorsqu'on prend la peine d’en examiner isolément les divers éléments; la symphonie 19 devient une cacophonie, dont pas une seule note ne rend un son net et franc, dont pas un accord n'est juste. On répète beaucoup trop, et avec une assu- £ rance qui finit par en imposer, qu’on ne peut douter de la venue de Pierre à Rome et de son martyre en ce lieu qu’en s’appuyant sur « les élucubrations de Fr. Christian Baur et de l’école rationalisté de Tü- bingen... théories jetées désormais au rebut?. » Au vrai, à côté des « théories » de Baur, de Lipsius, voire de Hilgenfeld, il reste des faits que ces érudits ont mis en lumière et qui ne sont point favorables à . {a «théorie » traditionnelle; rejetons donc les « élucu- … brations » et gardons les constatations; elles suffisent à faire révoquer en doute la légende romaine de S. Pierre. S'il est exact que

1" Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable, il n’est sans doute pas matériellement impossible que l’Apôtre ait (erminé sa carrière dans la Ville, mais, dans l’état actuel de notre documentation, pas un

4. Rinieri, S. Pietro, p. 367; l'expression n’a d’ailleurs pas en cet endroit toute la portée que je lui donne; mais, en l’élargissant, je Suis certain de ne pas dépasser la pensée de l’auteur.

2. Duchesne, Autonomies ecclésiastiques. Églises séparées, Paris, 4905, in-12, p. 124.

tous les textes, mis ensemble, ne parviennent pas à s'accorder pour en fonder seulement une vraisemblance acceptable.

II. Que si pourtant l’on disait que nier et douter sont opérations plus commodes qu’expliquer, et que la tradition romaine est, elle aussi, un fait qui veut être éclairci, voici ce que je répondrais, avec toute la réserve que réclame la prudence, quand on passe des documents aux conjectures.

On savait, de science certaine, au début du n° siècle, que Paul, amené à Rome par la police impériale, y avait séjourné environ deux années et l’on disait (je pense que l’on avait raison de dire) qu’il y avait péri sur l’ordre de Néron. On ignorait la date exacte de son exécution, mais on croyait qu’elle avait eu lieu ad Aquas Salvias, dans un endroit de la banlieue romaine, où se trouvaient de belles maisons de campagne; il ne semblait pas invraisemblable que l'Empereur eût séjourné dans l’une d’entre elles et y eût jugé l’Apôtre; on n’établissait aucun rapport entre cette sentence et l’incendie de 64; on n’en marquait nou plus aucun entre les derniers temps de la vie de Paul et la fin de : la vie de Pierre, dont le livre des Actes ne dit plus rien dans sa seconde partie, et que, selon toute apparence, aucune tradition ne mêlait encore à l’histoire de l’Église de Rome. Si l’on accepte comme exacts ces divers souvenirs et j'y suis, pour ma part, disposé; si, comme tout nous le fait croire, Paul a été victime d’une condamnation personnelle et honorable, puisque, respectant sa qualité de citoyen romain,

elle ne frappe que sa tête, on ne jugera pas non plus invraisemblable que la sentence n’ait point porté pour lui la privation de sépulture, et que ses disciples, ayant réclamé son corps. ils l’aient obtenu ; on admettra de même qu’ils l’aient inhumé dans la propriété voisine de quelque craignant Dieu gagné par la foi chrétienne, et que, par conséquent, la tradition, qui place le lieu de sa sépulture sur la voie d'Ostie, puisse répondre à un fait réel. On savait aussi, en ce temps-là, que Pierre avait trouvé la mort sur une croix, le IVe Évangile l’atteste, peut-être même savait-on où ce tragique événement s'était accompli, mais on ne le plaçait point à Rome.

Cependant, dans la première moilié du n° siècle grandit l’inévitable conflit entre les deux conceptions du christianisme, qui s'étaient formées dès l’âge apostolique : la judaïsante, qui cherchait à garder le plus possible de la Loi mosaïque et n’accueillait pas sans réserves les convertis de la gentilité, et l’hellénisante, libérée des vieilles pratiques et ouverte à tous les croyants; en vertu de cette tendance populaire à la simplification qui rassemble et organise, en un petit nombre de groupes, des faits souvent très dispersés, qui concrétise les idées abstraites et qui, surtout, fait des hommes célèbres, mnêlés à un grand débat, les types représentatifs des contraires qui s’y heurtent, on personnifia le judéo-christianisme en Pierre, le christianisme hellénisant en Paul. Les deux Apôtres devinrent ainsi adversaires et même ennemis; leur vie, qui n'avait peut-être comporté qu’un seul diffé-

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rend grave, celui dont l’Épitre aux Galates nous a gardé le souvenir, fut imaginée comme une sorte de lutte permanente. Chacun des deux partis s’efforça naturellement de grandir son patron et les judéo-chrétiens s’y employèrent, avec un zèle particulier; d’abord parce qu’ils se trouvaient les moins forts et aussi parce que, dans la réalité, le lustre de Pierre brillait d’un moins vif éclat que celui de Paul, surtout dans le monde gréco-romain. Le procédé de majoration qu'ils employèrent, ils le trouvèrent d’ailleurs sans se donner beaucoup de mal : il consistait à établir entre les deux Apôtres un parallélisme aussi rigoureux que possible : Paul a prêché aux Gentils? Pierre également, mais une plus saine doctrine. Paul est allé à Rome? Pierre aussi, mais volontairement, pour combattre ce Simon, dont les païens avaient fait un dieu et qu'il avait déjà une fois confondu à Samarie. Paul a écrit aux Romains et a répandu la vérité parmi eux, durant sa captivité? Pierre a paru dans la Ville longtemps avant lui ; c'est même peut-être, c’est sûre-

ment lui, qui a planté l’Église romaine, et il en a fondé

’épiscopat. Paul a trouvé dans Rome une mort glorieuse? Pierre n’a rien à lui envier, au contraire. Il ne subsistait probablement plus de tradition très nette sur la vie et la carrière du Prince des Apôtres, qui, au reste, s'étaient peut-être bien développées, comme celle des autres d’entre les Douze, restés inconnus depuis la Pentecôte, dans un cadre très étroit et parmi des incidents médiocres, mis à part leur tragique terminaison; la légende trouvait donc Ja voie libre; mais

Ja tranquille assurance avec laquelle elle a franchi les quelques obstacles que lui opposaient les textes et la chronologie apostoliques nous prouve qu’elle ne se serait pas laissé arrêter par grand'chose.

Et pourtant, si ce conflit de l’âge post-apostolique s'était simplement dénoué par le triomphe du christianisme paulinien, j'imagine que la légende de Pierre, réduite à consoler les vaincus, n’aurait connu qu’une fortune éphémère, ou, du moins, n'aurait jamais pé-

nétré dans la grande Église; mais ce qui advint fut beaucoup plus compliqué. Le paulinisme pur passait par-dessus la tête du commun des convertis de la

. gentilité ; il restait à la fois trop subtil dans sa mé-

__ taphysique et trop rabbinique dans son esprit. Ses

tendances disciplinaires, sa conception de la propa-

gande et quelques-unes de ses formules rencon- trèrent un succès qu'à vraidire la nécessité imposait, mais l'ensemble de sa dogmatique demeura incompris, et le christianisme doctrinal du n° siècle se con-

” stitua parla combinaison despéculations,detraditions

et d'idées empruntées aux diverses écoles qui se manifestent dans la foi dès l’âge apostolique : ce fut une manière de syncrétisme, où Pierre, aussi bien que Paul, trouva sa place. Les judéo-chrétiens intransi- geants, débordés définitivement vers le milieu du siècle, s'étaient enfermés dans leur isolement orien- tal; la ruine de leur principale Église, sous Hadrien, . favorisait leur retranchement de la communion des fidèles gréco-romains et on commençait à les considérer comme de simples hérêtiques, les Ébionites ;

on ne comprenait plus l'hostilité des deux Apôtres, qui n'avait plus de raison d’être. Ce fut à partir de ce moment-là que s’élabora, en plusieurs étapes, ce que j’appellerais la seconde forme de la légende pétrinienne. Dansla première, on puisa le souvenir d’une activité très étendue du Prince des Apôtres, et de sa venue à Rome, au temps où Paul s’y trouvait; mais on corrigea, au point de la changer de sens, l'impression que voulaient donner les récits judéo-chrétiens : Pierre et Paul ont parcouru tous deux l’Occident, mais c'était pour collaborer à la même œuvre; ils se sont rencontrés dans la Ville, pour y combattre ensemble le bon combat; ils y ont fondé l'Église ensemble, ils y sont mortsensemble; plus même,le même jour! Etalors intervinrent efficacement les souvenirs exacts et plus ou moins précis que Paul avait laissés à Rome; grâce à eux, grâce à quelques noms propres, que fournirent les épitres pauliniennes, ou réputées telles, grâce enfin à quelques emprunts discrets el comme sous-jacents faits à l’histoire du règne de Néron, l'imagination légendaire accomplit son travail sans difficulté. La date de la mort de Paul fixa celle de Pierre au temps de Néron; on n’avait plus les moyens de préciser davantage: la légende de Simon fournit probablement le cadre indispensable; le souvenir des exécutions de 64 suggéra la localisation du supplice sur le Vatican, sans pourtant rattacher le martyre de Pierre, plus que celui

4. Dans les Acta Pauli {p. 112 de l’édit. Lipsius) on lit que

CONCLUSION y 377

de Paul, à la persécution qui suivit l'incendie. La tradition relative à Paul ne localisait point d’autre martyre que le sien ad Aquas Salvias, et, sans doute, semblait-elle trop nette pour être modifiée; d’ailleurs la place de La croix de Pierre fut marquée sur le Vatican avant le moment où l’on crut que les deux Apôtres avaient péri le même jour; quand ce point fut aussi fixé, personne ne s’étonna de la singularité qu'offraient ces deux exécutions simultanées, si éloignées l’une de l’autre et toutes deux si étrangement placées. On se souvenait que Paul avait été enterré « sur la voie d’Ostie; » et peut-être ne savait-on plus exactement où se trouvaient ses restes, mais on pouvait affirmer qu'ils existaient dans la banlieue de Rome; on v découvrit également ceux de Pierre en 258, dans une cachette voisine de deux cimetières juifs, ad Catacumbas. C’est une question que de savoir si le corps de Paul y fut retrouvé en même temps, comme je le croirais volontiers, où si on le vénérait déjà sur la voie d’Ostie; j'avoue n'y pas attacher beaucoup d'importance. Que faisait le sarcophage de Pierre sur la voie Appienne? On ne tarda pas à dire qu'il y avait été déposé provisoirement pour éviter quelque profanation, mais que tout d’abord — conclusion qu’imposait le parallélisme avec Paul — il avait reposé au Vatican, près du lieu de la Néron à fait arrêter, avec Paul, quelques chrétiens; après l’interrogatoire de l’Apôtre, il ordonne de le décapiter et de brüler les inculpés qui ne sont pas Romains; c’est là le seul détail qui, dans

les écrits de nos hagiographes pétriniens ou pauliniens, fasse songer aux exécutions de 64.

| mise en croix de l'Apôtre; la A en cet @ de tombeaux anciens rendait encore cette afin: plus plausible. La légende disposait alors, vers milieu du m° siècle, de tous ses éléments ol

qu’au plein du moyen âge, de broder à sa puit

Une troisième étape restait à franchir : Paul de: se vait, à Rome même, être subordonné à Pierre; alor entrèrent en ligne de vieilles légendes anti-pau ; niennes, dont on ne comprenait plus les allusions même 1e sens, Mais qui portaient très haut la gloir fe, de Pierre; on se souvint aussi, fort à propos, de TR textes de a ‘qui En ka ES

tions pontificales qui se manifesteront au moyen âge La basilique de Pierre se dresse au milieu de la Ville fe et celle de Paul est restée hors les murs ; quiconq Na s'arrête à l'inconscient symbolisme des choses tro verait là matière à méditer.

L’explication que je viens Nr proposer peut n ke

Hi Sans doute, et je ne prétends pas qu’elle enferme

certitude, mais il me semble qu’elle envisage les dx vers aspects que les documents donnent au problèn et qu’elle garde assez de souplesse pour n’exelure a

de he édition qui conduit Ur mourir, comme elle conclut à l'erreur de l’exégèse

vrai : mais elle accepte que la seconde conclusion soit plus solide que la première, et elle s’inclinerait tout de suite, avec joie, devant le fait ou le texte qui lui prouverait qu’elle se trompe. Ce n’est point ma faute sila prétendue démonstration des traditionalistes . ne m’à pas convaincu, car je ne demandais qu’à l'être. Cette explication suppose aussi que Pierre ayant éri hors de Rome, et de mort violente, ainsi qu’en émoigne le IV® Évangile, on ignore etle temps de son martyre et le lieu de sa sépulture? J'en conviens ; mais connaît-on mieux la fin et le tombeau des autres Apôtres, mis à part les deux Jacques, dont on sait au moins qu'ils ont péri à Jérusalem? J'entends bien qu’il répugne à la foi catholique romaine de ne pas être instruite de ce qu’elle considère comme l’es-

ce dans l'Église, qu’elle ne saurait, sans en patre ébranlée dans quelques-uns de ses en

one et l'y fait

qui arme l’Apôtre des privilèges pontificaux? Il est

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