‹ La Princesse de Lamballe, 1749-1792; d'après des documents inéditsChapitre 188 sur 269 · I. Cf. M"'» de Lage Litre de Raison, loo. cit · texte numérisé non relu

I. Cf. M"'» de Lage Litre de Raison, loo. cit

Le lendemain M""" de Lamballe arrivait à Douvres, où elle ne demeura que deux jours'. Elle j apprit l'arrestation de la famille royale à Varennes. Songea-t-elle a retourner en France, à revenir auprès d'une amie douloureusement humiliée? Il semble que non. Elle avait entendu, après son départ de Boulogne, le canon tonner derrière elle '. Elle avait peur. Même en Angleterre, elle ne se trouvait pas en sûreté. Elle voulut aller plus loin encore. Or le voyage avait été coûteux ; il avait fallu donner de gros pourboires aux postillons et

1. Les lettres apocryphes de Marie-Antoinette ont répandu la légende que M"" de Lamballe était allée à Londres pour implorer l'assistance de la reine d'Angleterre en faveur de la reine de France. Des journaux contemporains, la Clironique de Paris et le Journal de la Cour et de la Ville, avaient annoncé, le 26 juin, le départ de la princesse pour l'Angleterre. Le bruit de son séjour à Londres s'était répandu dans le public. M""» d'Amblimont en avait été la dupe et avait envoyé à sa fille, la marquise de Lage, une lettre à Londres datée du 7 juillet. Le 14, même, encore qu'elle ait reçu la nouvelle de l'arrivée des fugitifs à Aix-la-Chapelle, elle écrivait : « Je ne sais pas positivement où est M™» de L » M™« de Lamballe était réellemenl à Aix, comme nous l'apprennent les lettres et le Livre de Raison de M"» de Lage et elle ne fut chargée d'aucune mission à Londres où elle n'est pas allée.

Pour ne rien négliger, nous avons toutefois fait des recherches dans les Archives anglaises, au Record office et au Home office: comme on pouvait s'y attendre, le nom de la princesse n'est même pas cité.

2. Marquis de Clermont-Gallerande. Mémoires pour servir à l'/iisioire de la Révolution.

le duc de Penthièvre, pensant que sa belle-fillc allait retrouver la reine, avait évité de lui remettre beaucoup d'argent. M"" de Lamballe avait tout dépensé. Elle dut faire un emprunt à Fhôtelier chez lequel elle était descendue à Douvres, pour pouvoir s'embarquer pour Ostende. Le 26 juin, elle y débarquait avec sa suite et écrivait à la landgraiin de Hesse :

« jNous sommes dans un malheur horrible; je me suis sauvée en même temps que le roi et la reine, mais ils ont été arrêtés et sont en ce moment à Paris avec les deux enfants et Madame Elisabeth. Je suis dans ce lieu sans femme et sans chemises. Je partirai, néanmoins, ce soir, pour Bruxelles où sont Monsieur et Madame qui ont été plus heureux que les autres'. Je suis comme une imbécile et hors d'état de vous faire aucuns détails. Du reste, vous ne le saurez que trop par les papiers publics " » .

1. Le comte de Provence, parti le même soir que le roi, était parvenu à gagner sans enconabre Mons et Bruxelles. Il a écrit lui-même la relation de son voyage : Relation d'un voyage de Paris à Bruxelles et à Coblcntz en 1791 (i8'23).

2. Lettre datée du 27 juin, publiée par M. Ch. Schmidt dans la Revue de la Rcvululion frain'aisc.

•Kjo LA PRINCESSE DE LAMBALLE

A Bruxelles, M'"" de Lamballe rencontra, dans un dîner, le comte Axel de Fersen. C'est lui qui avait organisé le voyage et réglé le départ de la famille royale \ 11 était blond, de haute taille, avec un visage pâle, des yeux profonds et mélancoliques' . (( Cachant une âme brûlante sous une écorce de glace ^ » , il aimait la reine avec une sorte de ferveur religieuse, 11 la vénérait comme une madone. Sa tendresse était respectueuse; nul sentiment bas n'en altérait la pureté. C'étaient une adoration dévote et muette, un amour idéal, mais ardent et profond, qui lui faisaient une jouissance de se dévouer jusqu'au sacrifice '. Le lamentable échec de sa généreuse entreprise l'avait désespéré. Il ne songeait qu'à Tinfuiie souffrance

1. Fersen avait accompagné la famille royale jusqu'à Bondy. Il était retourné à Paris par des chemins de traverse et était aussitôt reparti pour la Belgique. Cf. Le comte de Fersen et la Cour de France, t. l«r.

2. Voyez son portrait en tête du premier volume publié par de Klinckowstrom. Le comte de Fersen et la Cour de France.

3. Lettre de M™» de Korff saisie chez Fersen après la fuite de Varennes, publiée par Eugène Bimbenet. La fuite de Louis A'VI à Varennes. Pièces justificatives .

4. Cf. Les lettres et le journal de Fersen. [Le comte de Fersen et la Cour de France)i Cf. aussi GefFroy. Gustave III et la Cour dii France.

LA FUITE igi

de Marie-Antoinette et il n'écouta pas les bavardages, et peut-être les récriminations, de la princesse, notant dans son journal : « Le 6 juillet, dîné et soirée chez Sullivan, conversation avec M""" de Lamballe, des bêtises et des commérages. »

De Bruxelles, la princesse se rendit à Liège. Elle s'y reposa une journée ou deux et, le 1 1 juillet, elle était à Aix-la-Chapelle où elle trouva de l'argent et des hardes que le duc de Penthièvre lui avait envoyés ^

Il y avait beaucoup de Français à Aix : le duc et la duchesse d'Harcourt, le vicomte de Montmorency, le prince de Tarente, les Barbentane, M"'' de Muy, la duchesse de Montbazon.

MM. de Glermont-Gallerande et de la Vaupalière ^, qui avaient dédié un volume^ à la princesse, étaient logés, avec la marquise de Brunoy, au rez-de-chaussée d'une maison ' située au centre

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