‹ La Princesse de Navarre, :Chapitre 41 sur 45 · SCENE DEUXIEME, CONSTANCE, LEONOR · texte numérisé non relu

SCENE DEUXIEME, CONSTANCE, LEONOR

CONSTANCE

Ien qu’un fimple Officier l

LEONOR

Tout le monde le dit.

CONSTANCE

Mon cœur ne peut le croire , & mon front en rougit, LEONOR.

J’ignore de quel fang le deftin l’a fait naître ,

Mais on eft ce qu’on veut avec un fi grand cœur»

t'O ME' D1E-B ALLE7.

Ceft à lui de choilîr le nom dont il veut être ,

Il lui fera beaucoup d’honneur.

CONSTANCE

Que de vertu ! que de grandeur 1 Combien fa modeftie illuftre fa valeur I LEONOR.

C’eft peu d’être modefte , il faut avoir encore De quoi pouvoir ne l’être pas.

Mais ce héros a tout , courage , efprit , apas ;

S’il a quelques défauts , pour moi je les ignore , Et vos yeux ne les verroient pas.

J’ai vu quelques héros allez infuportables ;

Et l’homme le plus vertueux ,

Peut être le plus ennuyeux-,

Mais comment rélifter à des vertus aimables i

CONSTANCE

Alamir fera mon malhelir.

Je lui dois trop d’eftime & de reconnoiftànce,

LEONOR

Déjà dans votre cœur il a fa récompenfe ,

J’en crois allez votre rougeur 5 C’eft de nos fentimens le premier témoignage.

C’eft l’interprète de l’honneur.

Cet honneur attaqué dans le fonds de mon cœur , S’en indigne fur mon vifage.

O Ciel! que devenir, s’il étoit mon vainqueur î

£o LA PRINCESSE DE NAVARRE

Je le crains , je me crains moi-même ,

Je tremble de l’aimer , & je ne fçais s’il m’aime.

Il voit que votre orgueil feroit trop ofFenfé Par ce mot dangereux , fi charmant & fi tendre >

Il ne vous l’a pas prononcé ,

Mais qu’il Içait bien le faire entendre 2

CONSTANCE

Ah ! fon refpeét encor eft un charme de plus. Alamir 1 Alamir a toutes les vertus.

LEO N OR

Que lui manque-t-il donc 2

CONSTANCE

Le hazard, la naiflance.

Quelle injuftice ! 6 Ciel 1 . . . mais fa magnificence , Ces fêtes , cet éclat, fes étonnants exploits ,

Ce grand air , fes difcours , fon ton même , fa voix....

LEONOR

Ajoûtez-y l’Amour, qui parle en fa deffenfe.

Sans doute il eft du fang des Rois.

C ONS TANCE

Tout me le dit , & je le crois.

Son amour délicat vouloit que je rendifte,

A tant de grandeur dame , à ce rare fervice ,

Ce

COME’DIE-B ALLET. y;

S ANCHETTE.

S’il alloit ne plus l’être ï H E R N A N D.

Il vous faut avouer que ce Héros mon Maître ,

Qui fut votre parent pendant une heure ou deux ,

Eft un Prince puiflànt , galant , viétorieux j Et qu’il s’eft fait enfin connaître.

LE DUC DE FOIX en fe retournant vers

Âh ! dites feulement qu’il eft un Prince heureux ; Dites que pour jamais , il confacre fes vœux A cet objet charmant notre unique efpérance ,

La gloire de l’Efpagne , & l’amour de la France.

SANCHETTE

Adieu mon mariage ! Hélas trop bonnement ,

Moi j’ai crû qu’on m’aimoit.

Quelle étrange journée !

SANCHETTE

A qui ferai-je donc ?

CONSTANCE

A ma Cour amenée ,,

Je vous promets un établiflèment -,

J’aurai foin de votre Himenée.

Ce fera , s’il vous plaît , avec un autre Amant» SANCHETTE a la Princesse.

Si je vis à vos pieds , je fuis trop fortunée.

MORILLO

Le Duc de Foix , comme je voi ,

Me faifoit donc l’honneur de fe moquer de moi.

LE DUC DE FOIX

Il faudra bien qu’on me pardonne ;

La Vi&oire & l’Amour ont comblé tous nos vœux-, Qu’au plaifir déformais ici tout s’abandomie : Confiance daigne aimer , l’Univers eft heureux.

Fin du troijiéme Aile,

divertissement

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