SCENE DEUXIEME, CONSTANCE, LEONOR
CONSTANCE
Ien qu’un fimple Officier l
LEONOR
Tout le monde le dit.
CONSTANCE
Mon cœur ne peut le croire , & mon front en rougit, LEONOR.
J’ignore de quel fang le deftin l’a fait naître ,
Mais on eft ce qu’on veut avec un fi grand cœur»
t'O ME' D1E-B ALLE7.
Ceft à lui de choilîr le nom dont il veut être ,
Il lui fera beaucoup d’honneur.
CONSTANCE
Que de vertu ! que de grandeur 1 Combien fa modeftie illuftre fa valeur I LEONOR.
C’eft peu d’être modefte , il faut avoir encore De quoi pouvoir ne l’être pas.
Mais ce héros a tout , courage , efprit , apas ;
S’il a quelques défauts , pour moi je les ignore , Et vos yeux ne les verroient pas.
J’ai vu quelques héros allez infuportables ;
Et l’homme le plus vertueux ,
Peut être le plus ennuyeux-,
Mais comment rélifter à des vertus aimables i
CONSTANCE
Alamir fera mon malhelir.
Je lui dois trop d’eftime & de reconnoiftànce,
LEONOR
Déjà dans votre cœur il a fa récompenfe ,
J’en crois allez votre rougeur 5 C’eft de nos fentimens le premier témoignage.
C’eft l’interprète de l’honneur.
Cet honneur attaqué dans le fonds de mon cœur , S’en indigne fur mon vifage.
O Ciel! que devenir, s’il étoit mon vainqueur î
£o LA PRINCESSE DE NAVARRE
Je le crains , je me crains moi-même ,
Je tremble de l’aimer , & je ne fçais s’il m’aime.
Il voit que votre orgueil feroit trop ofFenfé Par ce mot dangereux , fi charmant & fi tendre >
Il ne vous l’a pas prononcé ,
Mais qu’il Içait bien le faire entendre 2
CONSTANCE
Ah ! fon refpeét encor eft un charme de plus. Alamir 1 Alamir a toutes les vertus.
LEO N OR
Que lui manque-t-il donc 2
CONSTANCE
Le hazard, la naiflance.
Quelle injuftice ! 6 Ciel 1 . . . mais fa magnificence , Ces fêtes , cet éclat, fes étonnants exploits ,
Ce grand air , fes difcours , fon ton même , fa voix....
LEONOR
Ajoûtez-y l’Amour, qui parle en fa deffenfe.
Sans doute il eft du fang des Rois.
C ONS TANCE
Tout me le dit , & je le crois.
Son amour délicat vouloit que je rendifte,
A tant de grandeur dame , à ce rare fervice ,
Ce
COME’DIE-B ALLET. y;
S ANCHETTE.
S’il alloit ne plus l’être ï H E R N A N D.
Il vous faut avouer que ce Héros mon Maître ,
Qui fut votre parent pendant une heure ou deux ,
Eft un Prince puiflànt , galant , viétorieux j Et qu’il s’eft fait enfin connaître.
LE DUC DE FOIX en fe retournant vers
Âh ! dites feulement qu’il eft un Prince heureux ; Dites que pour jamais , il confacre fes vœux A cet objet charmant notre unique efpérance ,
La gloire de l’Efpagne , & l’amour de la France.
SANCHETTE
Adieu mon mariage ! Hélas trop bonnement ,
Moi j’ai crû qu’on m’aimoit.
Quelle étrange journée !
SANCHETTE
A qui ferai-je donc ?
CONSTANCE
A ma Cour amenée ,,
Je vous promets un établiflèment -,
J’aurai foin de votre Himenée.
Ce fera , s’il vous plaît , avec un autre Amant» SANCHETTE a la Princesse.
Si je vis à vos pieds , je fuis trop fortunée.
MORILLO
Le Duc de Foix , comme je voi ,
Me faifoit donc l’honneur de fe moquer de moi.
LE DUC DE FOIX
Il faudra bien qu’on me pardonne ;
La Vi&oire & l’Amour ont comblé tous nos vœux-, Qu’au plaifir déformais ici tout s’abandomie : Confiance daigne aimer , l’Univers eft heureux.
Fin du troijiéme Aile,
divertissement