‹ La princesse Georges; pièce en trois actesChapitre 12 sur 58 · ROC A LIE · texte numérisé non relu

ROC A LIE

Oui. Mais cinq minutes après lui, elle est arri\ée.

SÉVERINE

Quelle femme est-ce ?

ROSALIE

Hélas! madame la connaît encore mieux que moi.

SÉVERINE

C'est une personne que je connais?

ROSALIE

Oui.

SÉVERINE

Ce n'est pas une de ces femmes?...

ROSALIE

C'est une de vos amies intimes, très-grande dame.

SÉVERINE

Valentine? Bcrthe? Non. — La baronne? *

La comtesse Svlvanie.

ACTli l'IlHMlliK.

s li V E in N !•:

lîllo, impossible. Klle est restée ici, avec moi, jusqu'à neuf lieures au moins. Nous avons diné en lèle-à-tète.

nos A LI ic.

iille s'assurait (|uc vous no soupronniez rien.

si': VEIUNK.

Rien, en effet. El elle est arrivée au ciiemin de fer, à quelle iieure ?

nosALii:.

A neuflieures vingt-cinq.

Sl'iVIClUNE.

Ainsi en vini^t-cinq minutes...

nos A lu:.

Elle est rentrée cliez elle, elle a ch.ingé de toilette (car elle est arrivée tout en noir', et elle s'est rendue rue Saint-Lazare. Il est vrai que son hôtel n'est séparé du vôtre que par votre jardin et le sien, qu'elle a les meilleurs chevaux de Paris, et qu'elle a l'habituile de ces choses-là, si j'en crois ce que j'ai entendu dire.

En quels temps vivons-nous! 3Ia meilleure amie! Les as-tu vus se parler ?

Non. Elle a envoyé son valet de pied prendre son billet pour Motteville, où se trouve le château de sa mère, chez qui elle était censée aller pour toute sa maison. Pendant ce temps-là elle s'assurait, en regardant tout autour d'elle, qu'il n'y avait là personne de sa connaissance ; après quoi, elle s'est dirigée vers la salle d'attente déjà ouverte du côté de l'embarcadère, elle l'a traversée et elle est montée dans le compartiment des dames, où le valet de pied qui la suivait toujours lui a remis son sac de voyage. Elle faisait tout cela avec une telle tranquillité, qu'un moment je crus qu'il ne s'agissait pas d'elle, que je me trompais et que le hasard seul amenait le voyage du prince

et de la comlosso sur la même ligne, d'autant plus que le prince étaitdéjà installé dans le compartiment des fumeurs, avec l'air le plus innocent du monde, lui aussi. Mais comme la comtesse était, avec moi, la seule femme qui partît par ce train-là, il n'y avait pas à douter.

SÉVERINE

Va , va.

ROSALIE

Elleditau valetdepied: Le coupé demain àdeux heures vingt minutes ici. J'étais, moi, dans le compartiment qui séparait le prince et la comtesse; je ne pouvais donc rien perdre de ce qui allait se passer, et il leur était impossible de me reconnaître, enveloppée et déguisée comme je l'étais.

SÉVERINE

Et ils se sont réunis à la première station ?

ROSALIE

Non. Ils ont continué ainsi ju-qu'à Rouen oîi ils sont descendus tous les deux, toujours sans avoir l'air de se connaître. Ils ne se regardaient même pas. Quand elle remit son billet à l'homme qui les demande à la gare, cet homme lui dit : Madame, votre billet est pour Molteville. — Oui, dit-elle, mais je m'arrête ici. — Madame n'a pas de bagages? — Non. — Comme Mottoville est au delà de Rouen, l'homme ne dit rien et elle passa.

SÉVERINE

Une fois dehors ?

ROSALIE

Elle monta dans une voiture et dit au cocher: Hôtel d'Angleterre. Le prince, lui , s'en alla à pied. Oh ! nul ne pouvait soupçonner que ces deux personnes étaient là l'une pour l'autre. Je suivis le prince, à pied, car, s'il n'était pas venu pour la comtesse (c'était possible après tout, j'en arrivais moi-même à res|)érer), c'était lui qu'il iallait suivre. Au bout de cinq cents pas à peu près, la voiture qui avait roulé très-lentement s'arrêta, la portière s'ouvrit et le prince monta dedans.

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