‹ La princesse Georges; pièce en trois actesChapitre 25 sur 58 · I.E l'UINCli · texte numérisé non relu

I.E l'UINCli

Vous m'aimez ?

sévi: RI. NE.

lît jo no puis pas vivre sans vous, quoi que je fasse. Voilà vingt Iiourcs que je me creuse la tèlc el le cœur pour trouver autre ciiose et je ne trouve pas, et puis, je veux que vous soyez tout à fait dans votre tort. Vous comptiez peut-ôtre que j'allais faire de la dignité, avoir de l'orgueil, vous rendre votre liberté, vous abandonner à cette femme; je l'ai cru aussi, je l'ai voulu, je ne peux pas ; je vous aime. C'est ainsi. 11 y a des souvenirs el des espérances qu'une femme de ma sorte ne saurait effacer tout à coup de sa vie. Je ne \eux plus que vous soyez à cette femme. Vous êtes mon mari. Je vous garde. Je suis jalouse.

LE PU IN CE

Et si je vous prouvais, Séveflne, qu'il y a là une méprise ! S'il y avait dans ce rendez-vous, dans celte rencontre, aulie chose que de l'amour !

SÉVEUIXE.

Oli! ne mentez plu?! Oh! ne vous abaissez pas! Oh! je vous en supplie, ne me forcez pas de vous mépriser. Qu'est-ce que je deviendrais? 3fais vous pouvez me dire que c'est un caprice, une fanlaisie, que vous n'y attachez pas d'importance, que vous n'avez pas pu faire autrement. Vous autres hommes, vous ne pouvez pas vous refuser comme nous, quand vous tombez entre les mains d'une coquette. C'est cela, n'est-ce pas? Qu'est-ce que je pourrais bien lui faire à cette femme? Quel mal? Quelle torture pourrai>-je lui infliger? Qu'est-ce qu'elle a de plus que moi? Je ne suis pas aussi belle qu'elle, c'est vrai, mais je suis plus jeune, et puis je n'ai jamais appartenu qu'à toi. Il n'y a pas un homme qui ait vu mes épaules dans un bal. Je m'étais gardée si pure, si intacte, je sentais que je t'aimerais un jour. Et quand je pense que celte nuit I... Mais dis-moi donc que lu m'aimes! (EUe su jette dans ses bras.)

LE PRINCE, regardant autour de lui.

Prends garde ! Si quelqu'un entrait !

SÉVERINK.

Et que m'importent les autres ! Que m'importe le monde entier! Je veux pardonner, je veux oublier, il le faut! Je serais trop mallieureuse sans cela! Et puis je te tuerais, je le sens, j'en ai pour! Oh! ne ris pas; c'est sérieux! Je ne suis pas une femme ordinaire! Ma mère ne me comprend pas. Elle m'aime bien, mais elle ne me comprend pas. Il faut que tu me rassures! Il faut que tu me calmes! Il faut que tu me la sacrifies cette femme, ou il y aura un malheur.

LE PRINCE

Écoutez !

SÉVERINE

C'est cela, parle, dis-moi quelque chose. Prends-moi dans tes bras. J'ai froid, (ii la prend dans ses bras.) Oh! que tu es bon!... J'aurais dû soupçonner depuis quelque temps, tu n'étais plus le même, tu me négligeais, tu avais paru m'aimer au commencement, tout au commencement. Te le rappellestu ?

Lii PRINCE.

Je ne l'ai jamais oublié, (u veut rembmsser.)

SÉVERINE

Non, pas encore.

LE PRINCE

Veux-tu me croire ?

SÉVERINE

Oui, dis-moi : lu. Je croirai tout ce que tu voudras, si tu me dis : tu.

LE PRINCE

Ce rendez-vous d'hier n'a pas été comme tu te le figures, un premier rendez-vous d'amour, sollicité par moi, c'a été une dernière entrevue exigée par elle.

SÉVERINE

Comment cela ?

LE PRINCE

Il y a longtemps que je n'aime plus cette femme.

y\GTK PREMIER. 27

s K V E R I N E, avec joie.

C'était donc avant notre mariage?

Oui. El, depuis, elle a \ouIii renouer le passé.

si: VE RI NE.

El toi?

LE PRINCE

Et moi je ne voulais pas; mais elle avait mes lettres, elle te savait jalouse, elle pouvait en éi^arer une un jour, volontairement, dans ta maison. Elle pouvait faire un scandale. Elle a un mari qui l'adore.

SÉVERINE

Le malheureux! Comme il souffrirait sMI savait cela ! Ah ! on souffre tant! Tu ne peux pas t'en douter.

LE PRINCE

Alors elle a exigé celte dernière preuve...

SÉVERINE

D'amour ?

LE PRINCE

De déférence. Et comme je voulais ravoir mes lettres... à cause de toi... j'y suis allé.

SÉVERINE

Alors maintenant...

LE PRINCE

Je suis libre ! Il y a de ces chaînes-là dans la vie des hommes. Je pourrais te citer dix de mes amis, et la délicatesse exige...

SÉVERINE

Alors nous pouvons partir.

Quand lu voudras.

SÉVERINE

Demain? Nou> irons bien loin

LE PRINCE

OÙ tu voudras; mais à une condition.

Déjà! Ordonne!

LE PRINCE

Tu n'auras l'air de rien savoir devant elle. Tu la recevras ce soir comme tu la recevais hier encore. Je te demande ce sacrifice. Tu me le promets?

SÉVERINE, tressaillant:

C'est vrai, elle vient ce toir.

LE PRINCE

Tu seras sage. •

SÉVERINE

Tu me demandes beaucoup. Je te le promets. Tu ne lui parleras pas tout bas.

LE PRINCE

Je n'ai rien à lui dire tout bas.

SÉVERINE

Tu ne lui feras pas de signes.

L E P lï I N C E .

Es-tu enfant!

SÉ VEUIN E.

C'est que je t'aime tellement que je crois aveuglément tout ce que tu viens de me dire, et si je surprenais le moindre signe d'intelligence entre vous deux, si je pouvais croire que tu ne m'as pas dit la vérité...

LE PRINCE

Jo ne lui parlerai pas du tout.

SÉVERINE

Si! parle-lui, tu sais, comme on parle ii toutes les femmes, tout haut, mais le moins possible. Moi je te promets de ne rien laisser \oir et de la traiter comme à l'ordinaire. Ah! quel empire tu as sur moi! Nous partirons dans huit jours.

ACTK pui:mii:r. 29

Lie PU 1 m:i;.

Avant si tu veux.

SÉVERINK , gaiement.

C'est cehi, dis-moi que lu m'aimes.

LE PRINCE

Je t'adore, (euc tend son front.) Est-ce permis, maintenant?

SEVERINE, liii prenant la t^He dans les mains.

Comme je t'aime! Ah! je voudrais qu'elle entrât en ce moment.

LE PRINCE

MéchantC; va. (EUe lui baise les mains nvec exaltation. Il sort.)

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