‹ La princesse Georges; pièce en trois actesChapitre 41 sur 58 · I. E PKINCIi · texte numérisé non relu

I. E PKINCIi

Ne parlons plus de ça.

A G EN OR

Je partirai demain dès le matin. Il faut que je porte moimême cette somme. Dans trois jours je serai revenu. Dans deux mois au plus tard je me serai acquitté. Eu attendant, vous aurez mon reçu en règle et en cas de mort.

LE PRINCE

Ouelle plaisanterie !

AGÉNOR

Ah! on ne sait ni qui vit, ni qui meurt. (Passant la maiu sur son

front.) Etdepuisquelque temps j'ai des piessentiments lugubres. C'est la première fois de ma vie. Merci encore. ( u lui serre la

main.)

G AL ANS ON, à Sylvanie.

C'est mon confrère, maître Lelong, qui m'a dit cela. Il cherchait de l'argent pour le comte.

SYLV.VNIE, tranquillement.

Je crains bien que nous ne soyons ruinés tout à fait. Je le crains pour mon mari, car pour moi, peu m'importe.

G ALANSON.

Vous avez un remède?

SVLVANIE. S

J'ai un remède à tout.

G ALANSON.

Vous n'avez qu'à vendre vos diamants pour payer les dettes de votre mari.

SYLVANIE

Je l'ai déjà fait, san.s qu'il s'en doutât; et cela n'a pas sutii.

GALANSON.

Et ceux que vous avez là?

SYLVANIE, le remaniant en face.

Ils sont faux!

G AL ANSOX, bas.

Oiiel aplomb! (uaut.) Je vous en donne trois cent mille francs.

SVLVAMi:.

Je le crois bien. Ils en valent quatre cent mille. Mais ils tiennent à la peau. Vous êtes orfèvre, monsieur Josse?

GA LANSOX.

Mon père l'était. Comtesse, savez-vous que vous n'êtes p:js une femme ordinaire?

Je sais vouloir d'abord, et je sais exécuter ensuite. Rappelez-vous bien ceci, monsieur Galanson, quel que soit l'inférêl que vous puissiez avoir à connaître mes affaires et à m'en parler, il n'y a rien dans le monde qui puisse m'arrèter quand je veux quelque chose. Quand j'étais petite, je faisais de la 1,'ymnastique, et je n'ai jamais oublié ce que mon maître disait aux autres élèves, étonnées de me voir pa.-ser toute droite sur la poutre ronde à quatre mètres au-dessus du sol (exercice que faisaient seuls les hommes, et pas tous encore). Savez-vous. disait-il, pourquoi mademoiselle de Latour-Lagncau passe si bravement et si facilement sur celte poutre, ce qu'aucune de vous n'ose faire? C'est qu'elle ne rej^arde pas où elle met les pieds, elle ne regarde qu'oiî elle va. Il avait raison; quand on veut arriver quelque part, il ne faut pas regarder sur quoi l'on marche, il faut marcher; on en est quitte pour ôter ses bottines en arrivant.

GALANSOX.

Et peut-on vous demander sans indiscrétion si vous êtes arrivée à tout ce que vous vouliez?

Page 1