‹ La prise de Jeanne d'Arc devant Compiègne et l'histoire des sièges de la même ville sous Charles VI et Charles VII: d'après des documents inéditsChapitre 139 sur 172 · ANTIPATHIE DE GUILLAUME DE FLAVY POUR JEANNE · texte numérisé non relu

ANTIPATHIE DE GUILLAUME DE FLAVY POUR JEANNE

ait eu la moindre sympathie, ni même la moindre admiration pour Jeanne d’Arc : il la subissait parce qu’il savait très bien qu’elle était l’idole du peuple et des soldats, mais il ne demandait qu’une chose, c’est de la voir partir au plus vite. Peut-être même, s’il se fût trouvé assez fort, l’eût-il empêchée de rentrer dans Compïègne le matin du 23 mai 1430 ; seulement, elle arrivait avec environ quatre cents hommes ; dès lors, la chose n’eût pas été facile. Le mieux était donc de ne pas la garder trop longtemps auprès de lui, et comme il connaissait à l’avance l’humeur belliqueuse et impatiente delà jeune guerrière, il savait qu’il suffirait de la pousser à faire de suite une sortie dangereuse pour qu’elle obéît ; c’est ce qui arriva. En voyant Jeanne à la tête d’une pareille troupe, Guillaume de Flavy redoutait qu’elle lui enlevât la gloire de la défense de Compïègne; de plus, ainsi qu'on l’a souvent fait observer, « c’était un homme de mauvaise vie, et Jeanne, qui se montra toujours si sévère en matière de mœurs, lui avait peut-être reproché parfois sa conduite. Ce double motif avait bien pu faire naître dans son âme une idée de vengeance*. » Or, Guillaume de Flavy, suivant l’expression de M. Wallon, « répugnait peu au crime. »

Notre opinion est donc que le capitaine de Compïègne, en lançant Jeanne d’Arc dans une aventure aussi périlleuse, n’avait pas l’idée préconçue de la livrer à ses ennemis, mais de la mettre personnellement en situation de subir un nouvel échec comme

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