‹ La prise de la BastilleChapitre 17 sur 73 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY

s E r. M f: N T DU JEU DE PAUME

Serment du Jeu de Paume, 20 juin 1789. L'Assemblée errante. Coup d'Étal; projet de Necker; déclaration du Roi, 23 juin 1789; l'Assemblée refuse de se séparer. Le Roi prie Necker de rester, mais ne révoque point sa déclaration.

Les voilà dans le Jeu de Paume, assemblés malgré le Roi... Mais que vont-ils l'aire?

N'oublions pas qu'à cette époque, l'Assemblée tout entière est royaliste, sans excepter un seul membre*.

N'oublions pas qu'au 17, quand elle se donna le titre d'Assemblée nationale, elle cria : « Vive le Pioi! » Et quand elle s'attribua le droit de voter l'impôt, déclarant illégal l'impôt perçu jusqu'alors, les opposants étaient sortis plutôt que de consacrer par leur présence cette atteinte à l'autorité royale^

1. Voyez plus loin, au 22 juillet, une note relative à Robespierre.

2. C'est ce qui me paraît résulter du chiflTre comparé des votes. L'illégalilé de l'impôt non consenti, etc., lut votée à Vunanimité par les quatre cent vinfjt-six députés qui restaient seuls dans la salle. {Archives du royaume. Proces-verbaux mss. de t Assemblée nationale.)

Dessin de David. — Gravi

E P A u yi E

(Bibliothèque uaiionale.)

SKRMI.NT Di; JEU-!)E-PAUMK. l-'l

Le Roi, cette vieille ombre, cette superstition antique, si puissante dans la salle des États généraux, elle pâlit au Jeu-de-Paurne. La misérable enceinte, toute moderne, nue, démeuhlée, n'a pas un seul recoin où les songes du passé puissent s'abriter encore. Régnent donc ici l'esprit pur, la raison, la justice, ce roi de l'avenir!

Ce jour, il n'y eut plus d'opposant* ;rAssemblée fut une, de pensée et do cœur. Go fut un des modérés, Mouniorde Grenoble, qui proposa à l'Assemblée la déclaration célèbre : Qu'en quelque lieu qu'elle fût forcée de se réunir, là était toujours l'Assemblée nationale, que rien ne pouvait Veiiipccher de continuer ses délibérations; que, jusqu'à l'achèvement et l'affermissement de la constitution, elle faisait le serment de ne se séparer jamais.

Bailly jura le premier, et prononça le serment si distinctement, si haut, que toute la foule du peuple qui se pressait au dehors, put entendre, et applaudit, dans l'ivresse de l'enthousiasme... Des cris de (( Vive le Roi » s'élevèrent de l'Assemblée et du peuple... C'était le cri de la vieille France, dans les vives émotions, et il se mêla encore au serment de la résistance"".

En 1792, Mounier, émigré alors, seul sur la terro étrangère, s'interroge et se demande si sa proposi-

1. Il y en eut un seul. Les quatre-vingt-dix opposants du 17 juin se rallièrent à la majorité.

2. L'Assemblée n'alla pas plus loin. Elle repoussa la motion forte et vraie de Chapelier, qui avait le tort de dire nettement ce que tous avaient dans l'esprit. 11 proposait une adresse « pour apprendre à Sa Majesté que les ennemis de la patrie obsèdent le trône, et que leurs conseils tendent à placer le monarque à la télé d'un parti. »

tion du 20 juin fut fondée en droit, si sa loyauté de royaliste et son devoir de citoyen ont été d'accord... Et là même, dans l'émigration, parmi tous les préjugés de la haine et de l'exil, il se répond : c( Oui!»

(( Oui, dit-il, le serment fut juste; on voulait la dissolution, elle eût eu lieu sans le serment; la Cour, délivrée des États, ne les eût convoqués jamais; il fallait renoncer à fonder cette constitution réclamée unanimement dans les vœux écrits de la France... » — Voilà ce qu'un royaliste, le modéré des modérés, un juriste habitué à trouver des décisions morales dans les textes positifs, prononce sur l'acte primordial de notre Révolution.

Que faisait-on pendant ce temps à Marly?Le samedi et le dimanche, Necker fut aux prises avec les gens du Parlement auxquels le Roi l'avait livré, et qui, avec le sang-froid qu'ont parfois les fous, bouleversaient son projet, en effaçaient ce qui l'aurait pu faire passer, lui étaient son caractère bâtard, pour en faire un pur coup d'État, brutal, à la Louis XV, un simple lit de justice, comme le Parlement en avait subi tant de fois. Les discussions furent poussées dans la soirée. Ce fut à minuit seulement que le président apprit dans son Ht que la séance royale ne pouvait avoir lieu le matin, qu'elle était remise à mardi.

La Noblesse était venue le dimanche à Marly, à grand bruit et en grand nombre. Elle avait, dans une adresse, remontré au Roi qu'il s'agissait de lui, maintenant, bien plus que de la Noblesse. La Cour s'était animée d'audace chevaleresque; les gens d'épée semblaient n'attendre qu'un signal contre les hommes de plume. Le comte d'Artois, au milieu de

Page 1