Ebenezer EUiott, Cornlaws rhymes (Manchester, 1834), etc
par sa rareté même, l'objet d'un trafic éminemment productif. Les profits en sont si clairs que le Roi veut aussi en être. Le monde voit avec étonnement unroi qaitrafiquede la vie de ses sujets, un roi qui spécule sur la disette et la mort, un roi assassin du peuple. La famine n'est plus seulement le résultat des saisons, un phénomène naturel ; ce n'est ni la pluie ni la grêle. C'est un fait d'ordre civil : on a iaim de par le Roi.
Le Roi, ici, c'est le système. On eut faim sous Louis XV, on a faim sous Louis XVL
La famine estalors une science, un art compliqué d'administration, de commerce. Elle a son père et sa mère, le fisc, l'accaparement. Elle engendre une race à part, race bâtarde de fournisseurs, banquiers, financiers, fermiers généraux, intendanls, conseillers, ministres. Un mot profond sur l'alliance des spéculateurs et des politiques, sortit des entrailles du peuple : Pacte de famine.
Foulon était spéculateur, financier, traitant d'une part, de l'autre membre du Conseil, qui seul jugeait les traitants. R comptait bien être ministre, n serait mort de chagrin, si la banqueroute s'était faite par un autre que par lui. Les lauriers de l'abbé Terray ne le laissaient pas dormir. R avait le tort de prêcher trop haut son système; sa langue travaillait contre lui et le rendait impossible. La cour goûtait fortl'idéede ne pas payer, mais elle voulait emprunter, et pour allécher les prêteurs, il ne fallait pas appeler au ministère l'apôtre de la banqueroute.
On lui attribuait une parole cruelle : « S'ils ont faim, qu'ils broutent l'herbe... Patience î que je sois
ministre, je leur ferai manger du foin; mes chevaux en mangent... » On lui imputait encore ce mot terrible : « Il faut faucher la France... »
Foulonavaitungendreselonson cœur, un homme capable, mais dur, de l'aveu des royalistes', Berihier, intendant de Paris. Il savait bien qu'il était détesté des Parisiens, et fut trop heureux de trouver l'occasion de leur faire la guerre. Avec le vieux Foulon, il était l'âme du ministère de trois jours. Le maréchal de Broglie n'en augurait rien de bon, il obéissait^ Mais Foulon, maisBcrthier étaient très ardents. Celui-ci montra une activité diabolique à rassembler tout, armes, troupes, à fabriquer des cartouches. Si Paris ne fut point mis à feu et à sang, ce ne fut nullement sa faute.
On s'étonne que des gens si riches, si parfaitement informés, mûrs d'ailleurs et d'expérience, se soientjetés dans ces folies. C'est que les grands spéculateurs fmanciers participent tous du joueur ; ils en ont les tentations. Or, l'affaire la plus lucrative qu'ils pouvaient trouver jamais, c'étail d'être ainsi chargés de faire la banqueroute par exécution militaire. Cela était hasardeux. Mais quelle grande affaire sans hasard? On gagne sur la tempête, on gagne sur l'incendie; pourquoi pas sur la guerre et sur la famine? Qui ne risque rien, n'a rien.
1. La famille a vivement réclamé. Un examen sériciix nous prouve que les écrivaiiis royalistes (Beaulieu, etc.) sont aussi sévères pour Foulon et Berthier que les révolutionnaires. C'est ce qu'a trouvé aussi M. Louis Blanc en faisant le même examen. Si la famille a découvert aux Archives ou ailleurs des pièces contraires à ropinion générale des contemporains, elle devrait les publier.
2. Alex, de Lameth, Hist. de l'Assemblée constituante , I, 67.
La famine et la guerre, je veux dire Foulon et Berthier, qui croyaient tenir Paris, se trouvèrent déconcertés par la prise de la Bastille.
Le soir du 13, Berthier essaya de rassurer Louis XYI; s'il en tirait un petit mot, il pouvait encore lancer ses Allemands sur Paris.
Louis XVI ne dit rien, ne fit rien. Les deux hommes, dès ce moment, sentirentbien qu'ils étaient morts. Berthier s'enfuit vers le Nord, filant la nuit d'un lieu à l'autre ; il passa quatre nuits sans dormir, sans s'arrêter, et n'alla pas plus loin que Soissons. Foulon n'essaya pas de fuir; d'abord, il fit dire partout qu'il n'avait pas voulu du ministère, puis qu'il était frappé d'une apoplexie, puis il fit le mort. Il s'enterra lui-même magnifiquement (un de ses domestiques venait fort à point de mourir). Gela fait, il alla tout doucement chez son digne amiSartines, l'ancien lieutenant de police.
Il avait sujet d'avoir peur. Le mouvement était terrible. Remontons un peu plus haut.
Dès le mois de mai, la famine avait chassé des populations entières, les poussait l'une sur l'autre. CaenetPiOuen, Orléans, Lyon, Nancy avaient eu des combats à soutenir pour les grains. Marseille avait vu à ses portes une bande de huit mille affamés qui devaient piller ou mourir ; toute la ville, malgré le gouvernement, malgré le parlement d'Aix, avait pris les armes, et restait armée.
Le mouvement se ralentit un moment en juin ; la France entière, les yeux fixés sur l'Assemblée, attendait qu'elle vainquît; nul autre espoir de salui. Les plus extrêmes souffrances se turent un moment; une pensée dominait tout...
Qui peut dire la rage, l'horreur de l'espoir trompé, à la nouvelle du renvoi de Necker? Necker n'était pas un politique; il était, comme on a vu, timide, vaniteux, ridicule. Mais dans l'aftaire dessubsistanccs, il fut, on lui doit celte justice, il fut administrateur infatigable, ingénieux, plein d'industrie et de ressources*. Il s'y montra, ce qui est bien plus, plein de cœur, bon et sensible; personne ne voulant prêter à l'État, il emprunta en son nom, il engagea son crédit, jusqu'à deux millions, la moitié de sa fortune. Renvoyé, il ne retira pas sa garantie; il écrivit aux prêteurs qu'il la maintenait. Pour tout dire, s'il ne sut pas gouverner, il nourrit le peuple, le nourrit de son argent.
Le mot Necker, le mot subsistance, cela sonnait du même son à l'oreille du peuple. Renvoi de Necker, et famine, la famine sans espoir et sans remède, voilà ce que sentit la France, au moment du 1 "2 juillet.
Les bastilles de province, celle de Gaen, celle de Bordeaux furent forcées, ou se livrèrent, pendant qu'on prenait celle de Paris. A Rennes, à Saint- Malo, à Strasbourg, les troupes fraternisèrent avec le peuple. A Gaen, il y eut lutte entre les soldats. Quelques hommes du régiment d'Artois portaient des insignes patriotiques; ceux du régiment de Bourbon, profitant de ce qu'ils étaient sans armes, les leur arrachèrent. On crut que le major Belzunce les avait payés pour faire cette insulte à leurs camarades. Belzunce était un joli officier et spirituel, mais impertinent, violent, hautain. Il faisait