‹ La prise de la BastilleChapitre 60 sur 73 · LE PEUPLE VA CHERCHER LE ROI (5 OCTOBRE 1789). 3S · texte numérisé non relu

LE PEUPLE VA CHERCHER LE ROI (5 OCTOBRE 1789). 3S

La Reine, il faut l'avouer, moins majestueuse à d'autres époques, n'avait jamais découragé les cœurs qui se donnaient à elle; elle n'avait pas dédaigné de mettre dans sa coilïure une plume du casque de Lauzun K.,

C'était même une tradition que la déclaration hardie d'un simple garde du corps avait été accueillie sans colère, et que, sans autre punition qu'une ironie bienveillante, la Reine avait obtenu de l'avancement pour lui.

Si belle et si malheureuse!... Gomme elle sortait avec le Roi, la musique joue l'air touchant: € 0 Richard, ô mon roi, V univers t'abandonne! w A ce coup, les cœurs furent percés... Plusieurs arrachèrent leur cocarde et prirent celle de la Reine, la noire cocarde autrichienne, se dévouant à son service. Tout au moins la cocarde tricolore fut retournée, et par l'envers, devint la cocarde blanche. La musique continuait, de plus en plus passionnée, ardente; elle joue la Marche des Ilulans, sonne la charge... Tous se lèvent, cherihant l'ennemi... Point d'ennemi; au défaut ils escaladent les loges. Us sortent, vont à la cour de marbre. Perseval, aide de camp de d'Estaing, donne l'assaut au grand balcon, s'empare des postes intérieurs, en criant : « Ils sont à nous, s II se pare de la cocarde blanche. Un grenadier de Flandre monte aussi, et Perseval s'arrache, pour la lui donner, une décoration qu'il portait. Un dragon veut monter aussi, mais

. Que m'importe que Lauzun Tait offerte, ou qu'elle l'ait demandée? Voy. Mémoires de Campan, et Lauzun {Revue rétrospective), etc.

trop chancelanl, trébuche, il veut se tuer de désespoir.

Un autre, pour compléter la scène, moitié ivre et moitié fou, va criant, se disant lui-même espion du duc d'Orléans, il se fait une petite blessure; ses camarades, de dégoût, le tuèrent presque à coups de pieds.

L'ivresse de cette folle orgie sembla gagner toute la cour. La Reine, donnant des drapeaux aux gardes nationaux de Versailles, dit « qu'elle en restait enchantée ». Nouveau repas, le 3 octobre; on hasarde davantage, les langues sont déliées, la contre-révolution s'affiche hardiment: plusieurs gardes nationaux se retirent d indignation... L'habit de garde national n'est plus reçu chez le Roi. t Vous n'avez pas de cœur, dit un officier à un autre, de porter un tel habit. » Dans la grande galerie, dans les appartements, les dames ne laissent plus circuler la cocarde tricolore; de leurs mouchoirs, de leurs rubans, elles font des cocardes blanches, les attachent elles-mêmes. Les demoiselles s'enhardissent à recevoir le serment de ces nouveaux chevaliers, et se laissent baiser la main : « Prenez-la, cette cocarde, gardez-h bien, c'est la bonne, elle seule sera triomphante. » Gomment refuser de ces belles mains ce signe, ce souvenir? Et pourtant, c'est la guerre civile, c'est la mort; demain la Vendée... Getteblondine, presque enfant, auprès des tantes du Roi, sera madame de Lescure et de la Rochejaquelein * .

1. Elle élait alors à Versailles. Voyez le roman, ici véridique, que M. de Barantc a publié sous son nom.

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