‹ La prise de la BastilleChapitre 68 sur 73 · LE PEUPLE RAMÈNE LE ROI (6 OCTOBRE · texte numérisé non relu

LE PEUPLE RAMÈNE LE ROI (6 OCTOBRE

Il fut lui-inômc étonné de leur clan, de raudacc qu'ils montraient tout seuls au milieu de^ troupes : « Vi'ais martyrs de l'enthousiasme, » disait-il plus tard à la Reine ^

Un lieutenant de Versailles déclara au garde de l'arlillefie que, s'il ne lui donnait de la poudre, il lui brûlerait la cervelle. 11 en livra un tonneau, qu'on défonça sur la place, et l'on chargea des canons qu'on braqua vis-cà-vis la rampe, de manière à prendre en liane les troupes qui couvraient encore le château et les gardes du corps qui revenaient sur la place.

Les gens de Versailles avaient montré la môme fermeté de l'autre côté du château. Cinq voitures se présentaient à la grille pour sortir; c'était la Reine, disait-on, qui parlait pour ïrianon. Le suisse ouvre, la garde ferme. « Il y aurait danger pourSaMajcslé, dit le commandant, à s'éloigner du château. » Les voitures rentrèrent sous escorte. Il n'y avait plus de passage. Le Roi était prisonnier.

Le même commandant sauva un garde du corps que la foule voulait mettre en pièces pour avoir tiré sur le peuple. Il fit si bien qu'on laissa l'homnie; on se contenta du cheval, qui fut dépecé; on commençait à le rôtir sur la place d'Armes; mais la foule avait trop faim, il fut mangé presque cru.

La pluie tombait. La foule s'abritait où elle pouvait; les uns enfoncèrent la grille desi grandes écuries, où était le régiment de Flandre, et s'y mirent pêle-mêle avec les soldats. D'autres, environ quatre

1. Voy. une de ses lettres, à la fin du t. 111 de Vllisloire des deux amis de la liberté.

mille, étaient restés dans l'Assemblée. Les hommes étaient assez tranquilles, mais les femmes supportaient impatiemment cet état d'inaction; elles parlaient, criaient, remuaient. Maillard seul pouvait les faire taire, et il n'en venait à bout qu'en haranguant l'Assemblée.

Ce qui n'aidait pas à calmer la foule, c'est que des gardes du corps vinrent trouver les dragons qui étaient aux portes de l'Assemblée, demander s'ils voudraient les aider à prendre les pièces qui menaçaient le château. On allait se jeter sur eux, les dragons les firent échapper.

A huit heures, autre tentative. On apporta une lettre du Roi, où, sans parler de la Déclaration des droits, il promettait vaguement la libre circulation des grains. Il est probable qu'à ce moment l'idée de fuite dominait au château. Sans rien répondre à Mounier, qui restait toujours à la porte du conseil, on envoyait cette lettre pour occuper la foule qui attendait.

Une apparition singulière avait ajouté à l'effroi de la cour. Un jeune homme du peuple entre, mal mis, tout défaite. . On s'étonne... C'était le jeune duc de Richelieu qui sous cet habit s'était mêlé à la foule, à ce nouveau flot de peuple qui était parti de Paris; il les avait quittés à moitié chemin pour avertir la famille royale; il avait entendu des propos horribles, des menaces atroces, à faire dresser les cheveux.... En disant cela, il était si pâle, que tout le monde pâlit...

Le cœur du Roi commençait à faiblir; il sentait

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