Campan; II
3. Coiuparftr le.s trois portraits de Versailles. Au premier (en satin blanc), coquette, douce encore; elle sent qu'elle est aimée. Au deuxième (en velours rouge et fourrures), entourée de ses enfants;
ouvEKTuni: des Etats généraux. im
Ainsi, cette belle lète de paix, d'union, trahissait la ^aierre. On indiquait un jour à la France pour s'unir ets'embrasserdansunepensée commune, et l'on faisait en même temps ce qu'il fallait pour la diviser. Rien qu'tà voir cette diversitéde costumes imposée aux députes, on trouvait réalisé le mot dur de Sieyès : « Trois ordres? Non, trois nations. »
La cour avait fait fouiller les vieux livres pour y retrouver le détail odieux d'un cérémonial gothique, ces oppositions de classes, ces signes de distinrtion et de haine sociale qu'il eût fallu plutôt enfouir. Des blasons, des figures, des symboles, après Voltaire, après Figaro ! c'était lard. A vrai dire, ce n'était pas tant la manie des vieilleries qui avait guidé la cour, mais bien le plaisir secret de mortifier, d'abaisser ces petites gens qui, aux élections, avaient fait les rois, de les rappeler à leurs basses origines... La faiblesse se jouait au dangereux amusement d'humilier une dernière fois les forts.
Dès le 3 mai, la veille de la messe du Saint-Esprit, les députés étant présentés à Versailles, à ce moment de cordialité, de facile émotion, le Roi glaça les députés, qui presque tous arrivaient favorablement disposés pour lui. Au lieu de les recevoir mêlés par provinces, il les fit entrer par ordres ; le Clergé, la Noblesse d'abord... puis, après une pause, le Tiers.
On aurait voulu imputer ces petites insolences aux
sa fille s'appuie doucement sur elle, tout cela en vain, la sécheresse est incurable, le rogard est fixe, terne, singulièrement ingrat (1787). Au troisième (en velours bleu, 1788), seule, un livre à la main, toute reine, mais triste et dure.
Iô2 IIISTOIRK DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.
officiers, aux valets ; mais Louis XVI ne montra que trop qu'il tenait lui-même au vieux cérémonial. A la séance du 5,. le Roi s'étant couvert, et la Noblesse après lui, le Tiers voulut en faire autant; mais le Roi, pour l'empêcher de prendre ainsi l'égalilé avec la Noblesse, aima mieux se découvrir.
Qui croirait que cette cour insensée se rappelât, regrettât l'usage absurde de faire haranguer le Tiers à genoux? On Yie'voulut pas l'en dispenser expressément, et l'on aima mieux décider que le président du Tiers ne ferait pas de harangue. C'est-à-dire qu'au bout de deux cents ans de séparation et de silence, le Roi revoyait son peuple et lui défendait de parler.
Le 5 mai, l'assemblée s'ouvrit, non chez le Roi au château, mais dans l'avenue de Paris, à la salle des Menus. Cette salle, qui malheureusement n'existe plus, était immense: elle pouvait contenir, outre les douze cents députés, quatre milliers d'auditeurs.
Un témoin oculaire, madame de Staël, fille de Necker, qui était venue là pour voir applaudir son père, nous dit qu'il le fut en effet, et que Mirabeau venant prendre place, on entendit quelques murmures... Murmures contre l'homme immoral?
Cette société brillante, qui se mourait de ses vices et venait à sa dernière fête, n'avait pas droit de sévérité ^
1. fl Quand le Roi vint se placer sur le trône, au milieu de cette assemblée, j'éprouvai pour la première fois un sentiment de crainte. D'abord je remarquai que la Reine était très émue; elle arriva plus tard que l'heure assignée, et les couleurs de son teint étaient altérées. » (Staël, Considérations, I, ch. xvi.)