‹ La prison du Mid-LothianChapitre 88 sur 93 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

LA GRANDE DASIE.

Mais qui est-elle? Appartient-elle ù la terre ou à l'océan, cette créature semblable à une femme pour la forme, et qui, éclatante de parure et de beauté, vient naviguer dans nos parages ? MlLTON.

Peu de temps après la découverte des billets trouvés dans la Bible, la fortune montra qu'elle pouvait surprendre mistress Butler aussi bien que son mari.

Le ministre, afin d'avoir le temps de terminer les diverses affaires qui l'appelaient à Edimbourg , était parti de chez lui vers la (in de février, concluant avec raison que l'espace qui s'écoulerait entre son départ et la Pentecôte, qui était le 24 mai, ne serait pas trop long pour faire payer les différents débiteurs du vieux Davie Deans, sur les remboursements desquels il comptait pour compléter la plus grande partie du paiement de i nouvelle acquisition.

Jeanie se trouva donc après son depart seule habitante, pour la première fois, d'une maison solitaire; son isolement était encore rendu plus pénible par la mort du lion vieillard qui pari

:s avec son mari ; ses entants

étaient son unique société , et elle s'en occupait continuellement.

Un jour ou deux après le départ de Butler, pendant qu'elle s'occupait de quelques soins domestiques, elle entendit s'élever parmi ses enfants une dispute qui , étant soutenue avec opiniâtreté, sembla exiger son intervention.

Ils vinrent tous auprès de leur arbitre ordinaire , lui porter leurs plaintes.

Phémie, qui n'avait pas encore dix ans, accusait Davie et Reuben de lui avoir ôté de force le livre qu'elle lisait , et Davie et Reuben répondirent, le premier, que ce n'était pas un livre bon pour Phémie, et le second que c'était l'histoire d'une méchante femme.

« Où avez-vous pris ce livre, petite fille ? dit mistress Butler ; comment osez-vous toucher aux livres de papa quand il n'y est pas ? « Mais la petite fille, serrant fortement dans ses mains une feuille de papier chiffonné, dit que ce n'était pas un livre de son papa, que c'était un papier que May Hetly lui avait donné , et qui enveloppait le grand fromage qu'on avait envoyé d'Inverary.

On ne s'étonnera pas que des relations amicales et un échange de politesses et de petits présents eussent lieu entre mistress Dolly Dutton, devenue mistress Mac-Corknidale, et son ancienne amie.

Jeanie prit des mains de sa Glle le papier qui faisait l'objet de la dispute , pour s'assurer par elle-même si la lecture en était dangereuse : mais de quelle surprise ne fut-elle pas frappée quand, en jetant les yeux sur cette feuille imprimée, elle y lut le titre suivant : Aveux et dernières paroles de Marguerite Mac-Craw ou Murdockson , exécutée sur la montagne d'Harabee, près Carliste, le... 1737. C'était en effet un de ces papiers qu'Archibald avait achetés à Longtown , quand il avait accaparé toute la boutique du colporteur, et dont miss Dolly avait rempli sa malle par esprit d'économie. Il paraît qu'il lui en était resté une feuille ou deux qui lui tombèrent sous la main un jour qu'elle enveloppait un fromage qu'elle envoyait

dans l'espoir d'un honnête retour, et comme un échantillon supérieur de son savoir-faire, au presbytère de Knocktarlity.

Le titre de ce papier si singulièrement tombé entre les mains de celle à qui , par égard pour sa sensibilité , on avait cherché à le soustraire, suffisait seul pour la faire tressaillir; mais la narration lui en parut si intéressante que Jeanie , se débarrassant de ses enfants, se hâta de monter dans sa charnue et de s'y enfermer pour la lire sars interruption.

Cette pièce, qui paraissait avoir été rédigée ou du moins corrigée par l'ecclésiastique qui avait assisté cette malheureuse femme, portait qu'elle avait été condamnée à mort pour la part active qu'elle avait prise au vol et au meurtre atroce commis deux ans auparavant auprès d'Haltwhistle , et pour lequel le fameux Frank Lewit avait été mis en jugement aux assises du comté.

On supposait que la déposition de son complice Thomas Tuck , communément appelé Tyburn Tom , d'après laquelle la femme Murdockson avait été condamnée, lui serait également funeste, quoique plusieurs personnes fussent portées à croire, suivant la déclaration que Meg en avait faite en mourant , que c'était Tuck lui - même qui avait frappé le coup fatal.

Après des détails circonstanciés sur le crime qui l'avait fait condamner à mort, il y avait une esquisse rapide de la vie de Marguerite. Elle était Écossaise, avait épousé un soldat du régiment caméronien ; elle avait long-temps suivi les camps , et c'était sans doute dans les scènes qui suivent les batailles qu'elle avait puisé cette férocité et cet amour du pillage qui l'avaient toujours distinguée depuis. Son mari, après avoir obtenu son congé, était entré au service d'un dignitaire ecclésiastique d'un rang distingué et d'une honorable réputation dans le comté de Lincoln, et elle avait acquis l'estime et la confiance de cette respectable famille. Elle les avait per-

WALTER SCOTT

dues quelques années après la mort de son mari, pour avoir fermé les yeux sur une intrigue criminelle entre sa fille et l'héritier de cette famille, et à cause des circonstances suspectes qui avaient suivi la naissance d'un enfant, qu'on la soupçonnait fortement d'avoir détruit pour chercher à conserver la réputation de la jeune fdle. Depuis cette époque, elle avait mené une vie vagabonde, parcourant l'Angleterre et l'Ecosse, tantôt sous le prétexte de dire la bonne aventure, quelquefois faisant commerce de marchandises de contrebande; 'i.iais au fond receleuse d'objets volés, et souvent prenant une part active aux exploits par lesquels on se les procurait. Elle s'était vantée de la plupart de ses crimes après sa condamnation ; mais il y en avait un qui semblait lui faire éprouver un mélange de satisfaction et de repentir. Pendant qu'elle habitait les faubourgs d'Edimbourg , l'été qui précéda son jugement , une jeune fille , qui avait été séduite par un de ses confédérés, avait été confiée à ses soins , et était accouchée chez elle d'un enfant mâle. Sa fille, dont la raison était égarée depuis qu'elle avait perdu son propre enfant, suivant le rapport de la criminelle , avait emmené l'enfant de la pauvre fille, le prenant pour le sien, de la mort duquel elle ne pouvait se persuader.

Marguerite Murdockson déclarait que, pendant quelque temps , elle avait cru que sa fille avait véritablement détruit cet enfant dans un de ses accès de folie, et qu'elle l'avait donné à entendre au père; mais qu'elle avait appris ensuite qu'il était tombé entre les mains d'une égyptienne. Elle montra quelque regret de l'enlèvement de cet enfant, surtout parce que sa disparition avait pensé coûter la vie à la malheureuse mère, qui avait été condamnée sur l'apparence, d'après la loi d'Ecosse, comme coupable du meurtre de son enfant. Lorsqu'on lui avait demandé quel intérêt elle pouvait avoir à exposer cette jeune infortunée ;i souffrir la mort pour un crime qu'elle n'avait pas commis, elle avait re-

pondu qu'elle ne savait pas comment on pouvait imaginer qu'elle edt voulu compromettre sa fille pour sauver une étrangère; qu'elle ignorait à quelle peine la loi d'Ecosse aurait pu la condamner pour l'enlèvement de cet enfant. Cette réponse n'avait nullement satisfait l'ecclésiastique, qui en la questionnant de nouveau avait découvert qu'elle nourrissait un profond sentiment de vengeance et de haine contre la jeune personne à laquelle elle avait fait tant de mal. Mais la narration disait que les autres renseignements qu'elle avait pu donner à ce sujet elle les avait confiés en particulier au révérend archidiacre qui avait pris tant de peine pour lui administrer les secours spirituels. L'imprimé, après avoir donné les détails de son exécution, rapportait que sa fille, la malheureuse folle dont il avait déjà été question , et qui était généralement connue sous le nom de Madge Wildfire, avait été fort maltraitée par la populace, qui n'avait vu en elle qu'une sorcière et la complice du crime de sa mère, et qu'elle n'avait été tirée de ses mains qu'avec beaucoup de peine et grâce à la prompte intervention de la police.

Tel était, en supprimant les réflexions morales et tout ce qui est inutile à notre histoire, le contenu de cet imprime.

Mistress Butler y trouva des lumières de la plus grande importance, et qui montraient de la manière la moins douteuse que sa sœur était innocente du crime pour lequel elle avait été sur le point de recevoir la mort. Il est vrai que ni elle, ni son mari, ni même son père, ne l'avaient jamais crue capable de porter une main cruelle sur son enfant, tant qu'elle avait eu l'usage de sa raison; mais il y avait dans cette histoire une effrayante obscurité, et il était affreux de penser à ce qui avait pu arriver dans un moment de délire D'ailleurs, quelle que fût leur propre conviction, ils ne possédaient aucun moyen de prouver l'innocence tTEfûe, qui avait pu rester suspecte, d qui devenait maintenant évidente au moyen des éclaircis-

sements donnés par cette publication et les derniers aveux de la personne qui avait eu le plus d'intérêt à cacher la vérité.

Après avoir remercié Dieu d'une découverte si précieuse, mistress Butler se mit à réfléchir à l'usage qu'elle en ferait. Sa première impulsion la portait à en faire part à son mari ; mais , outre qu'il était absent, et que l'affaire était trop délicate pour être expliquée dans une lettre par une personne peu habituée à écrire, mistress Butler se rappela qu'il ne possédait pas tous les renseignements nécessaires pour être en état de, porter un jugement dans cette occasion ; pensant donc que le mieux était de persister dans le plan de conduite qu'elle avait adopté comme le plus prudent , elle se détermina à envoyer cette pièce à sa sœur, afin qu'elle se concertât avec son mari sur l'usage qu'ils devraient en faire. Kn conséquence elle mit sous enveloppe et à l'adresse , comme à l'ordinaire , de M. Whiterose, à York, le papier qui contenait les derniers aveux de Meg Murdockson, et le fit porter par un exprès à Glasgow. .Elle attendit une réponse avec impatience; mais elle n'en reçut pas après le délai ordinaire de la poste , et cherchait avec anxiété les motifs du silence de lady Staunton. Elle commençait presque à se repentir de s'être dessaisie de cet imprimé , d'abord par la crainte qu'il ne fût tombé dans des mains infidèles, et ensuite par le désir de posséder un document qui pouvait être si utile pour prouver l'innocence de sa sœur ; elle se demandait même si elle ne ferait pas bien de soumettre toute cette affaire au jugement de son mari , quand d'autres circonstances vinrent la détourner de ce dessein.

.leanie (c'est notre favorite, et nous lui demandons excuse de nous servir encore quelquefois de ce nom familier); .leanie donc était allée se promener avec ses enfants , un matin après déjeuner, sur le rivage de la mer, quand ses garçons , dont la vue était plus perçante que la sienne , s'écrièrent qu'ils voyaient

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