BANANE
Les bananiers sont cultivés dans tous les pays tropicaux et leurs fruits constituent la ressource alimentaire la plus importante des habitants de ces pays. Vraisemblablement originaires du sud de l'Asie, ils sont aujourd'hui répandus dans toutes les parties du monde. A titre de plantes alimentaires, on cultive les bananiers dans tous les pays tropicaux; mais on ne trouve des cultures étendues, organisées en vue de l'exportation des bananes, qu'aux Antilles et dans certaines régions de l'Amérique centrale. Aux Philippines, on cultive le Musa texiiUs dont les fruits ne sont pas comestibles, mais dont les gaînes de -feuilles fournissent un textile estimé {Abaca ou chanvre de Manille).
Boussingault, dans son grand voyage à travers l'Amérique du Sud, avait été frappé de l'extension et de l'importance des cultures de bananiers. « La culture de la banane, dit-il, est aussi importante entre les tropiques que celle des graminées et des tubercules farineux dans la zone tempérée. La facilité de cette culture, le peu d'étendue qu'elle occupe, la sécurité, l'a-
bondance, la permanence des récoltes, la diversité d'alimenl^; fournis par la banane suivant ses degrés de maturité, fonl {le cette plante un objet d'admiration pour le voyageur europL'en Sous un climat où l'homme sent à peine le besoin de se velir et de s'abriter, on le voit recueillir, presque sans aucun travail, une nourriture aussi abondante qu'elle est saine et varier. C'est le bananier qui a permis ce proverbe si consolant ^nr l'on entend répéter dans la zone équatoriale : « Personne m^ meurt de besoin en Amérique. Dans la plus pauvre cabnue, on accueille et l'on nourrit celui qui a faim. »
La culture du bananier ne demande en effet que peu de soin s et la première récolte ne se fait pas attendre plus d'un an el demi ; une fois le régime coupé, le pied est abattu et les rejelons, parmi lesquels on ne garde que les plus vigoureux, vont pou?is<*r à leur tour pour produire un régime l'année suivante ; luubananerie convenablement entretenue peut durer 20 ans * i même davantage sans être replantée.
Avant sa maturité, la banane contient une forte proporliiïn d'amidon ; puis, en mûrissant, elle perd peu à peu cet amidnn qui se transforme en sucre cristallisable. C'est ce qu'indiqm^ très bien le tableau suivant emprunté à Riccicardi :
BANANES (pulpe sans enveloppe)
Avant maturité
mûres
Eau
Cellulose. . . .
Amidon ....
traces
Tannin ....
Substances grasses
Sucre interverti . .
Sucre de canne . .
Substances azotées.
Cendres . . . .
Substances diverses.
O I îibleau montre très nettementque la banane milre contient urir fiirti^ proportion de sucre (1), On remarque en outre la faible quantité de cellulose que renferme la pulpe; on comprend alors pourquoi la banane fond pour ainsi dire dans la bouche.
Au Coiiifo, où les indigènes cultivent la banane pour leur alimentation, ils préfèrent la grande banane que les Européens ilcsîi^^nent sous le nom de « banane cochon »; ils récoltent les rôi^nmes mant la maturité des fruits et font cuire les bananes a Fétuv éi^ dans une marmite ; dans ces conditions elles conlieniient encore une forte proportion d'amidon. Les Européens au contraire préfèrent la figue banane qui est d'une taille beauroiip plus petite et qui ne se récolte qu'à maturité.
Depuis qu'on a eu l'idée d'importer les bananes aux Etats- Unis pour les faireentrer dans Talimentation delà classeouvrière, le commerce des bananes a pris, dans ce pays, une importance H mm extension qu'il n'était pas possible de prévoir et qui ne pourront que s'étendre, avec l'organisation de moyens de communication de plus en plus rapides entre les Antilles et les divers ports des Etats-Unis.
Les principales villes qui reçoivent les expéditions de bananes sont : New- York, la Nouvelle-Orléans, Philadelphie et rio.slon. Alors qu'en 1889 les Etats-Unis reçurent seulement de Cuba et des Antilles anglaises des bananes pour la somme d(i 12^100,000 fr. la valeur des importations s'élevait déjà à iSjOOOjODO de francs en 1893 et actuellement elle est bien supérieure à ce chiffre.
C'est vers 1869 que le commerce des bananes et des fruits
(il La richesse exceptionnelle des bananes mûres en sucre a donné ridée de Ic3 employer pour la fabrication de Teaude-vie. Au Congo on utiliise de préférence, pour cet usage spécial, la banane-plantain [Musa paradmaca\ qui est plus riche en sucre que les autres bananes cultivées ij;iijs lu colonie. Soixante bananes fournissent une moyenne de 2 lit. 20 d'excellente eau-de-vie (Chalot, Reouedes cuit, col., 1897, p. 408),
avec les Etals-Unis a été entrepris par le capitaine Bush fjui, après un ou deux voyages d'essai, chargea sept navires avec des fruits à Port Antonio. Dix années plus tard la valeur des fruits exportés de la Jamaïque seulement était de 573,475 h\ et, en 1889, elle s'élevait à 8,080,750 fr., grâce à un encourage ment donné à l'Atlas Steam Ship Company sous la forme d'uïio subvention de 125,000 fr. Pour l'année 1895-96 les expéditions de la Jamaïque atteignaient 4,220,796 régimes représentant une valeur de 7,914,000 fr.
Au début, le commerce consistait à acheter les régimes iiiix petits propriétaires voisins de Port Antonio; mais bientôt im dut organiser de véritables exploitations pour répondre aux demandes déplus en plus importantes des Etats-Unis. Fait singulier, alors que dans les Antilles françaises la banane n'est que peu cultivée et que les exportations sont insignifiantes cell^ qui est communément cultivée à la Jamaïque porte le nom df* Banane de la Martinique. Pour la facilité de la vente le commerce des Etats-Unis n'accepte d'ailleurs que cette variété. D'après le D"" Morris tous les terrains conviennent au bananier sauf ceux où le calcaire domine. Cette culture présente d'ailleurs l'avantage de pouvoir être établie dans de jeunes plantations de caféiers, de cacaoyers, de muscadiers, où les bananiers serverii d'abord d'abri aux jeunes plantes et fournissent en même* temps un rendement qui est assez considérable.
De nombreux champs de canne à sucre ont déjà été transformés en bananeries et la culture a fait, dans ces dernières années, des progrès très remarquables, tant au point de vue tir la quantité obtenue que de la qualité des bananes récoltées,
La Jamaïque ne fournit pas seule le commerce des Etats-Unis ; Cuba expédie aussi une très grande quantité de bananes, Notis devons encore citer le Nicaragua, la Colombie, le Honduras, Haïti, etc., dont les expéditions sont d'ailleurs bien loin d'mteindre la valeur de celles de Cuba et de la Jamaïque.
Malheureusement, la banane présente peu de résistance à la conservation et il est impossible de la transporter par mer très loin de son lieu d'origine, malgré tous les soins apportés au chargement et à l'arrimage des régimes. Pour le transport, les régimes sont cueilh's avant maturité, quand les fruits sont encore verts. Cette précaution est indispensable et les régimes sont soign e usemen t emballés dans les grandes feuilles du bananier.
Nos Antilles pourraient produire des bananes en grande quan-, tité, comme la Jamaïque et Cuba et en fournir à la métropole, si la durée du trajet était un peu moins longue, car les paquebots de la ligne des An^tilles ne mettent guère moins de treize jours pour effectuer le trajet de la Martinique en France; dans ces conditions la conservation est difficile ; mais quand les paquebots actuels seront remplacés par d'autres, donnant une plus grande vitesse, la culture des bananes pourra être poursuivie aux Antilles et l'ouvrier français, tout aussi bien. que celui des Etats-Unis, aura la possibilité de faire de ce fruit des tropiques le fond de sa nourriture. D'ailleurs, le commerce s'étend peu à peu en France et, dans la capitale, les régimes de bananes ne sont pas rares actuellement à l'étalage des épiciers et des fruitiers.
Nos colonies de la côte occidentale d'Afrique, en particulier la Guinée, pourraient se livrer avec succès à cette culture. Un décret de 1896 a d'ailleurs décidé que les bananes de la Guinée française n'acquitteraient aucun droit à leur entrée en France.