REUNION
L'agriculture est la principale, on peut même dire la seule ressource du pays. La richesse inépuisable du sol, la diversité du climat, provoquée par les différences d'altitude, permettent de tenter à la Réunion les cultures les plus variées. L'île, avec ses deux massifs montagneux, réunis par une série de plateaux, présente, en effet, une végétation très différente, à mesure que du niveau de la mer on s'élève aux altitudes de 2500 et même 3000 mètres (Piton des Neiges, 3,069 mètres).
Malheureusement, la main-d'œuvre est particulièrement rare et onéreuse dans la colonie et c'est la principale difficulté à laquelle se heurtent les planteurs.
Exploitation forestière. — La Réunion possède un service forestier (règlement du 25 février 1874); son principal rôle est actuellement non d'exploiter, mais de reboiser ; les essences qu'on propage maintenant sont le filao, les eucalyptus, le tamarin, le pin, le chêne,, le caroubier et le caoutchoutier de Ceara.
Principales cultures. — Les agriculteurs de la colonie souffrent cruellement de la concurrence faite au sucre de canne par le sucre de betterave ; la surface cultivée en canne est actuellement d'environ 30,000 hectares (Rapport du Gouverneur) dAors qu'en 1888 (1) elle était de 39,215 (Statistiques coloniales).
(!) Les statistiques coloniales de 1888 portent 39,215,000 hectares; mais
La Chambre d'agriculture de Saint-Denis, justement préoccupé*^ de Tavenir agricole de la colonie, cherche actuellement à introduire des plants sélectionnés produits par semis, afin <!*( ►bleuir un rendement plus considérable (voir pa<^e 437). \i El I heureusement, notre colonie n'est pas outillée suffisamrnciil pour des essais de ce genre et elle doit demander des l>:Kitures à la colonie anglaise de Maurice.
Ijes cultivateurs de la Réunion, tout d'abord enthousiastes tli[ caféier de Libéria, n'en étendent pas la culture car ils ont i<*roiinu que si les arbres paraissent très chargés, le rendeiiii'iit est cependant assez faible ; en outre, ce café est très peu sif^précié sur le marché français. Il n'existe pas actuellement [ !Ht>9) plus de 130,000 à 200,000 plants de caféier de Libéria à la lléunion. Le caféier du pays, ou caféier d'Arabie, est, au contraire, très recherché et les plantations s'étendent tous les jours, non seulement dans les localités du littoral, mais jusque dans la région moyenne de l'île (voir page 366). Enfin, le ( MTéier Leroy, qui est spécial à la Réunion, est surtout cultivé à partir de 600 à 1000 mètres d'altitude; mais les plantations ilr ce dernier café sont peu importantes.
Le caféier de Libéria et le caféier Leroy, sans être indemnes ili' Vlleinileiay résistent cependant beaucoup mieux que le caféier J 'Arabie.
On rencontre encore quelques vergers de cacaoyers dans la purtic du Vent, de Saint- Denis à Saint-Benoît; mais on peut dire que cette culture est presque complètement abandonnée.
Au contraire, les plantations de vanille sont de plus en plus rteiidues et de plus en plus prospères. La surface cultivée en vnriille dépasse 3,000 hectares. C'est la culture la plus importante de la Réunion après celle de la canne (voir page 438).
('■fsllà une erreur (jui se reproduit dans tout le tableau et qui est d'ailleurs si considérable qu'elle ne peut passer inaperçue.
DANS NOS COLONIES 2Gi
La culture et la préparation du tabac sont libres dans la colonie; mais les producteurs ne peuvent disposer de leurs produits qu'à destination des fabriques qui ont le privilège du hachage. Le tabac qui sort de ces fabriques, s'il doit servir à la consommation locale, acquitte un droit dit de consommation qui est de 2 francs par kilogramme pour les tabacs de bonne qualité et 1 franc pour les résidus de fabrication. Mais, on le comprend facilement, les habitants des campagnes hachent pour eux-mêmes le tabac dont ils ont besoin. De louables tentatives ont été faites en vue de Tâmélioration des tabacs et la colonie désirerait voir ses produits achetés par la régie française; elle n'y a pas encore réussi ; mais elle demande actuellement à pouvoir vendre ses tabacs sous sa responsabilité dans la métropole. Les exportations se font surtout pour Maurice et Madagascar.
A des altitudes auxquelles il est impossible de cultiver fructueusement la canne à sucre et la vanille se trouvent des champs de géranium ; cette plante sert à la fabrication de l'huile essentielle de géranium; le nombre des alambics affectés à cette industrie était de 239 en 1898.
La culture proprement dite du théier n'existe pas à la Réunion; mais des essais d'acclimatation ont été entrepris depuis longtemps; aussi trouve-t-on sur toutes les hauteurs de l'île des théiers poussant spontanément. La direction du jardin botanique d'une part et le Crédit foncier colonial de l'autre ont poursuivi récemment de nouveaux essais de culture et le Crédit foncier colonial possédait déjà, en 1898, plus de 12 hectares de théiers; malheureusement la cueillette des feuilles exige une main-d'œuvre qui fait défaut à la Réunion, ou qui du moins y serait trop onéreuse.
Les plantes textiles sont abondantes ; nous citerons le Fourcroya giganlea, l'Abaca ou chanvre de Manille, les Pandanus. la Ramie^ les Hibiscus, Mahots, Bombax, Sida, le Phormium
Digitjzed
262 LA PRaDUCTION AGRICOLE ET FORESTIÈRE
tesax^ies SaaiseriiN^Je Coc^kr^ le Latanier, le Raphia, etc. Mais, à Texception du Faureroya» ces éiverses plantes ne sont Tobjet d'aucune exploitation suivie.
Enfin, à partir de 1898, la direction du jardin botamcpie^ el le service forestier ont introduit divers caoutchoutiers (Mamfe^ Gla::>ioviiy Hevea^ etc. ; le service forestier a effectué, en 1898, une plantation de 4,000 Manihot GlaziovU), Mais ce sont là des essais dont les résultats ne sauraient être connus que dans trois ou (quatre ans.
Jardin botanique. — La colonie possède, à Saint-Denis, un jardin colonial qui fut fondé vers 1769 par M. de Crémont; la superficie occupée par cet établissement est d'environ 3 hectares; le budget dont il dispose s'élève à 14,490 francs. Malgré Texiguité de ce budget, le jardin de Saint-Denis, par la science et le dévouement de ses directeurs successifs, a déjà rendu d'utiles services à la colonie.
Exportation des produits de la colonie dans les dernières années du siècle (1894-1898).
Sucre . . .
Vanille . .
Café. . . .
Cacao ....
Girofle. ...
Pommes de terre Oignons . . .
Aulx .... Légumes secs Rhum . . . , Tapioca et fécules Tabac haché Essences. .