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Conférence de £yde à Christiania, décembre

PRODUCTION ÉLECTRIQUE DE L'aCIDE NITRIQUE. 19

Nous voici en 1903. Nous arrivons à la découverte de Birkeland et Eyde dont le procédé diffère essentiellement de ceux dont je viens de parler.

Dans une expérience pour laquelle le professeur Birkeland employait un courant continu, produit par 40 ampères et 600 volts de tension, un contact qui s'établit accidentellement avec des pièces métalliques voisines de l'appareil produisit un champ magnétique très intense présentant 25 000 lignes de force. Au point de contact, se développa, avec un son intense, une flamme plate en forme d'un demi-disque d'environ 10 centimètres de diamètre (fig. 3).

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Fig. 3. — Demi-disque lumineax produit par un courant continu.

Pour étudier ensuite de plus près le phénomène, Birkeland se servit d'un courant continu de 2 ampères, pris sur un courant continu d'une dvnamo de 3 000 volts de tension. Les électrodes furent placées équalorialement entre les deux pôles d'un puissant électroaimant et demeurèrent hivariablement distantes de 2 millimètres l'une de l'autre.

Il se produisit alors une belle flamme, stable, en même temps qu'un son clair ressemblant par moments presque complètement au bruit d'un sifflet. En faisant varier dans de grandes limites la force de l'électro-aimant, on élevait la hauteur du son avec l'intensité de l'aimant.

GeKe expérience fut ensuite répétée à Genève, en présence de nombreux physiciens, en se servant d'une puissante dynamo du système Thury. Le courant était de 20 ampères et Ton employait l'électro-aimant construit pour l'université de Genève. Le sifflement de Tare était presque intolérable ; le son clair et persistant s'étendait sur quatre octaves environ, suivant les variations de l'énergie du courant.

Si l'on emploie un courant alternatif à haute tension, on obtient une flamme mince analogue à celle que produit le courant continu, mais le disque qu'elle forme est complet (*) (fig. 4.) et le son produit est

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Fig. 4. — Disque luminetix produit par nn courant alternatif.

confus et différent de celui du courant conlinu, parce qu'ici le nombre des périodes du courant alternatif, joint à l'intensité de l'électroaimant, exerce sur le phénomène une influence notable. Pour mieux concevoir la nature de ce phénomène lumineux, il faut se rappeler que le courant qui traverse un champ magnétique est toujours contraint à se mettre en mouvement (soufflage). Pour s'en convaincre, il suffit de placer entre les pôles de l'électro-aimant un conducteur flexible, maintenu rigide par un poids suspendu perpendiculairement à

t. On savait, depuis 1862^ qae rare lumineux produit par un courant alternatif de haute tension prend la forme d'un disque lorsqu'on lui donne naissance dans un champ magnétique. 11 s'agit là d'une forme particulière du soufflage magnétique, observée en 1860 et 1862 par Du Moncel et par Plûcker. Ce phénomène n'avait reçu jusqu'ici aucune application.

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Taxe de rélectro-aimant. Suivant la direction du courant, ce conducteur se déplacera en avant ou en arrière, s'écartant de 20 centimètres de l'un ou de l'autre côté. Si l'on fait passer par ce conducteur un courant alternatif, on le voit se mouvoir entre les pôles de l'aimant dans un sens ou dans l'autre. Il en est de même avec un arc lumineux : suivant le sens du courant, cet arc se déplace avec une très grande rapidité qui atteint facilement 1 00 mètres ou plus, à la seconde (fig. 4) .

Ce mouvement est particulièrement sensible lorsqu'on l'observe en faisant passer les décharges d'un puissant appareil d'induction dans un espace de 1 à 2 centimètres rempli d'air.

On peut déterminer, à l'aide d'un oscillographe, le nombre des étincelles par seconde, plus exactement que par la hauteur du son.

La figure 5 est la reproduction de la photographie du disque de flamme produit dans un four Birkeland et Eyde de 250 chevaux de force. Ce disque a été obtenu avec un courant alternatif de 50 périodes par seconde et une tension de 5 000 volts.

D'après ce qui précède, la production du disque de flamme s'explique aisément. Dans le voisinage des pointes d'électrodes opposées l'une h l'autre, il se forme un arc lumineux qui se transforme dans un champ magnétique intense en une flamme plate, mobile et flexible. Cette flamme se meut alors perpendiculairement aux lignes de force avec une grande rapidité. Avec les courants continus, je viens de le dire, les arcs lumineux se manifestent tous du même côté (fig. 3); on obtient alors un demi-disque. De la hauteur du son on peut déduire le nombre d'arcs produits à la seconde ; avec un puissant électro-aimant on peut en obtenir 1 000 à la seconde.

Lorsqu'on emploie un courant alternatif, les arcs du courant positif se produisent tous d'un même côté, les arcs du courant négatif se manifestent de l'autre côté, étant entendu que l'excitation de l'électro-aimaiit a lieu par un courant continu. On a alors un disque complet, éclr.irant (fig. 4 et 5).

Apres ces indications préliminaires, j'arrive à la description du four de Birkeland et Eyde, qui est l'élément fondamental de fabrication de l'acide nitrique. C'est un four électrique, d'une nouvelle espèce, dans lequel on développe la flamme de l'arc électrique par une technique spéciale (jue les savants norvégiens ont les premiers réalisée.

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Le point de départ de ragencement de ce four, comme je viens de le dire, est une observation accidentelle du professeur Birkeland, au cours d'études qu'il poursuivait, depuis deux ans, sur un tout autre sujet.

L'application de la flamme à la combinaison chimique de l'oxygène et de l'azote de l'air ainsi que le dispositif du four sont le résultat de la collaboration des deux savants norvégiens.

Voyons maintenant comment cette flamme est utilisée.

Birkeland et Eyde ont bientôt constaté qu'elle pouvait être, pour la technique industrielle, d'un précieux secours en vue de la réalisation de diverses réactions chimiques et, en première ligne, pour l'oxydation de l'azote atmosphérique.

Le schéma donné par la figure 6 représente le principe de la construction de ce four, en vue de l'oxydation de l'azote de l'air.

L'expérience a montré que la flamme produite dans ce système de four est d'une stabilité tout à fait extraordinaire. A l'aide d'une seule paire d'électrodes forméfes par des tubes en cuivre creux, de 1 centimètre et demi de diamètre

(voir fig. 5), refroidies intérieurement par un courant d'eau et distantes l'une (le l'autre de 2 millimètres (^), on peut aisément obtenir des flammes d'un diamètre de 1",80, correspondant à l'énergie de 1 000 chevaux.

Ces flammes sont produites dans l'espace central, de 8 centimètres seulement de largeur, d'un four de 2 mètres de hauteur, d'une

Fit^. 6. — Gonpe schématique da foar.

1. Malgré ce rapprochement des extrémités des électrodes, il ne se produit pas de courts-circuits, ce qu'explique le soufflage énergique dans le plan magnétique dont j*ai parlé plus haut.

construction durable et ne subissant aucune détérioration. Ces conditions sont d'une importance économique considérable et permettent de réduire d'une façon exceptionnelle les frais de premier établissement de ces appareils.

Avant d'arriver à donner aux fours électriques la dimension et la forme que présentent ceux de l'usine de Nolodden, Birkeland et Eyde ont franchi, dans leurs études, plusieurs étapes les rapprochant successivement du résultat excellent auquel ils sont arrivés.

Partis de la fabrication d'un four si.petit qu'on pouvait le tenir à la main et nécessitant l'emploi d'une force de quelques chevaux seulement, ils sont arrivés à la construction du type actuel actionné par une force de 1 000 chevaux.

Les appareils d'absorption des gaz nitrés produits, dont je parlerai dans un instant, étaient, au début, de simples ballons de verre de quelques litres, remplacés aujourd'hui à Notodden par des tours en granit de 40 à 50 mètres de capacité.

Le premier four a été construit pour une énergie de 3 à 4 kilowatts, correspondant à celle de 5 chevaux environ. Il était alimenté par un courant alternatif à 50 périodes et 5000 volts de tension. C'est à la fabrique de Frognerkillens, à Christiania, qu'il a été construit et expérimenté, en juillet 1903. Ce four primitif de 3 à 4 kilowatts, que nous avons vu, M. Schlœsing et moi, à Vasmoen, consistait en une caisse de cuivre garnie intérieurement d'amiante et de mica. Les électrodes étaient des tubes de cuivre aplatis pénétrant dans la caisse de cuivre par des buses garnies de substances isolantes. L'air arrivait par les électrodes, lancé dans la flamme à raison de 150 litres environ par minute.

Le premier progrès fut la construction d'un four de 10 kilowatts (septembre 1903) ; des expériences furent faites avec l'air ordinaire, Tair enrichi en oxygène, de l'air chauffe, refroidi, desséché, etc. Comme, à la fabrique de Frognerkillens, on ne pouvait disposer d'une quantité d'énergie électrique supérieure à 20 kilowatts, Birkeland et Eyde transportèrent au mois d'octobre leur laboratoire d'études à Ankerlôkken (situé à Christiania également), dans un bâtiment spécial de la station secondaire des forces électriques de la ville (fig. 8). Ils purent alors utiliser un courant alternatif de

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Fig. 7 — Vue d'au four de Notoddon eu construction»

ANNALES DE LA SGtENCE AGRONOMIQUE

PRODUCTION ÉI^BCTRIQUE DÇ L'aCIDK JilTRIQUE

ANNALES DE LA SCIENCE AfiRONOMIQUE

PRODUCTION ÉLECTRIQUE DE l'aCIDE NITRIQUE

40 à 50 kilowatts, à 50 périodes par seconde et 5 000 volls de tension.

Immédiatement ils entreprirent des essais avec un nouveau four de plus grandes dimensions, dans lequel ils obtinrent la flamme produite par environ 40 kilowatts. Ce four donna de bons résultats; la flamme était stable et constante, comme l'espéraient les savants norvégiens, ce qui les engagea à appliquer de plus grandes quantités d'énergie à un nouveau four, actionné par 60 à 80 kilowatts. Progressivement, ils arrivèrent à augmenter la dimension des fours, de manière à employer bientôt l'énergie de 120 et de 200 kilowatts. Il fallut alors transporter les installations de recherches à Vasmoën, près Arendal, dans un site charmant que représente la figure 12. A Vasmoën, Birkeland et Eyde pouvaient disposer régulièrement de 500 kilowatts, et pendant un temps limité, le dimanche par exemple, de 1 000 kilowatts.

Le développement successif des installations expérimentales est résumé dans le tableau ci-dessous :

DATBS

LIEUX DE l'installation

FOBOB MOTRICE

employée

chevaux

Juillet 1903. . .

Fabrique de Frognerkillens . .

Octobre 1903 . .

— Ankerlôkken. . .

Septembre 1904.

— Vasmoën. . . .

Mai 1905. . . .

— I^otodden. . . .

En 1907, l'usine de Svaelgfos-Notodden fonctionnera avec 30000 chevaux.

Les essais furent commences à Vasmoën en septembre 1904. Au début, Birkeland et Eyde se proposaient seulement d'arriver, à Vasmoën, à construire un four de 500 kilowatts. Mais, peu à peu, la station fut agrandie et elle est aujourd'hui admirablement installée et outillée, aussi bien pour les recherches chimiques que pour les essais électriques. Vasmoën est devenu, dans les deux directions, un établissement modèle pourvu des instruments les plus perfectionnés et des moyens d'études les plus complets, ainsi que nous avons pu en juger, M. Schlœsing et moi, lors de notre visite en juillet dernier.

C'est à Vasmoën qu'on a construit les premiers fours de grandes

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dimensions, comme je viens de le dire (voir lig. 7). Voici comment, dans sa conférence de Christiania, M. Eyde a décrit le dispositif du four de Vasmoën :

L'air destiné à alimenter la flamme pénètre par les parois laférales, en terre réfraclaire, de la chambre à flamme. Le système magnétique consiste en deux puissants électro-aimants dont les pôles sont

dirigés de chaque côté de la chambre à flamme, laissant libre entre eux un espace de 10 centimètres environ (fig. 13).

La fermeture du courant magnétique consiste en caisses formées de plaques de fonte qui enveloppent le four extérieurement.

Les gaz nitrés, formés dans la flamme, s'échappent par un canal d'adduction périphérique revêtu, comme la chambre à flamme, de parois réfraclaires. Ce four est en fonction continue depuis plus d'un an : il a atteint un degré de stabilité tel que, pendant des semaines, sans qu'aucun réglage soit nécessaire, il a été maintenu en marche avec une flamme produite par environ 300 kilowatts, sans variations d'énergie dépassant quelques pour-cent.

Point important, l'entretien et la réparation du four sont très

simples, les organes les plus importants, les électrodes, ne devant

être changés que chaque trois ou quatre semaines et le garnissage

réfractaire que tous les quatre à six mois.

Les autres parties du four n'ont nécessité, pendant la durée de

Fig. J8. — Coupe schématique du four Birkeland-JËjde.

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fonctionnement que je viens d'indiquer, aucune modification ni réparation, ce qui montre combien est grande la durée des différents appareils électriques, transformateurs et autres, utilisés pour la marche du four.

Dans l'été de 1905, on a construit et mis à Tess^ai à Vasmoën un four d'un type entièrement nouveau, à flamme horizontale. Dans ce dispositif, l'accès de l'air a lieu d'un côté du four, le départ des gaz traités par la flamme se faisant du côté opposé. Les expériences n'étant pas terminées, il n'y a rien de plus à dire de ce four. (La photographie (fig. 5) représente la flamme de ce four horizontal.)

Quelle est la température des gaz incandescents dans l'intérieur du four? Quelles réactions accompagnent l'oxydation de l'azote? Tels sont les deux points que M. Eyde a abordés avec détails dans la remarquable conférence qu'il a faite le 5 décembre dernier à Christiania (*). Je ne puis mieux faire que de demander à la communication de M. Eyde des explications sur ces deux points importants.

« Nous avons lieu d'admettre, a dit Eyde, que la température de nos fours à flamme dépasse 2500°, lorsqu'ils fonctionnent dans des conditions convenables. De combien la température produite dépassel-elle réellement ce nombre, nous ne le savons pas ; peut-être atteint-elle 3000** ou 3500*. On a d'ailleurs des moyens de faire varier la température, soit par le changement de l'excitation, soit par l'élargissement de la chambre à flamme.

« En marche normale, la température des gaz, au sortir des fours électriques, varie entre 500° et 750". Les oscillations de température, entre ces limites, sont sans influence sur le rendement net en acide nitrique par kilowatt-an, qui se maintient pratiquement constant. Si, comme exemple, on évalue, en moyenne à 3000% la température dans la flamme et à BOO** celle des gaz sortant du four, il en résulterait qu'un cinquième seulement, environ, des quantités d'air traversant le four aurait subi l'action directe de l'arc incandescent. Les quatre autres cinquièmes du volume d'air insufflé doivent vraisemblablement

1. IS'orsk Salpeterinduslri, pà grundlag of Birkeland-Eyde's electrokemiske procès ai KR Birkeland og S, Eyde (Norsk Udsskrifl for haandvœrk og induslri og Teknisk ugeblad. — Kristiania, 1905).

AGIOfi NITRIQUE 3

servir à refroidir rapidement l'air traité, pourrie ramener à une températm*e à laquelle la rapidité de la réaction qui , décompose (dissocie) l'oxyde d'azote est pratiquement réduite à rien (*)•

« L'expérience nous a appris, ajoute S. Eyde, que la température des gaz, à leur sortie du four, ne doit jamais être inférieure à 600*. 11 est nécessaire que ces gaz soient refroidis presque instantanément.

« L'avantage de l'insufflation de l'air dans le four, réalisée par notre système, repose précisément sur ce fait que l'air se répand des deux côtés du four, dans toute l'étendue de la flamme, à un état de grande division.

« En ce qui concerne les processus chimiques dont le four est le siège, nous pouvons nous les représenter d'une manière simple en nous appuyant sur les considérations de la thermo-chimie et en admettant, a priori, qu'il ne s'agit, dans nos arcs lumineux, que d'un échaùtTement intense de l'air. Nous tenons cependant pour vraisemblable que le phénomène électrique joue, par lui-même, un certain rôle et que l'air, au contact immédiat du courant, ne doit-plus êti^e identique à l'air ordinaire simplement échauffé. v ' ; '

« Si l'on mélange \ kilogr- d'oxygène avec 3 kilogr. d'azote, le mélange, d'après les conceptions de la chimie moderne, ne doit plu^ consister exclusivement en oxygène et en azote : il se lorme- spontanément des combinaisons chimiques de ces éléments, entre autres de l'oxyde d'azote. Dans ce cas, l'oxyde d'azote formé à la température ordinaire est, en réalité, en quantité qui échappe à toute mesure. Calculée d'après la loi de Guldbéry-Waage, cette quantité serait de

un dix-millionième de milligramme ( tttââtttïïïïÎ ) '

« Si, au contraire, la température s'élève à \ 000% 1 500% 2000°, 2500*, on peut déceler, à chacune de ces températures, une quantité d'oxyde d azote mesurable; il se produit, en quelque sorte, à chacune de ces températures, un état d'équiUbre ; à 3000*, la proportion d'oxyde d'azote dans le mélange n'est pas moindre de 5 */o.

1. Les gaz directement électrisés suivent la direction de l'étincelle avec nne vitesse de 100 mètres, au moins, à la seconde et traversent Tair froid environnant qui très souvent reste à une température bien inférieure.

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« On admet qu'à chaque température correspond incessamment la formation et la décomposition de l'oxyde d'azote (AzO) dont le résultat est de maintenir constante, dans le mélange des gaz, la proportion de ce composé.

« Si le mélange gazeux qui, à la température de 3000°, renferme 5 •/,, d'oxyde d'azote, est refroidi lentement jusqu'à 500**, sa teneur en ce gaz diminue avec la température et devient à peu près nulle à 500". Si, au contraire, le refroidissement est brusque, il se produit ce fait remarquable que le taux de 5 ""j^ se maintient, l'oxyde d'azote n'ayant pas eu le temps de se décomposer, et lorsque la température du gaz s'est abaissée jusqu'à 500"*, ses modifications se produisent si extraordinairement lentement que les 5 •/© d'oxyde d'azote persistent finalement.

« Un semblable refroidissement instantané de l'air fortement échaufiPé se produit dans notre four. De ce que nous avons dit précédemment, résulte cependant que l'oxyde d'azote doit avoir dans l'arc un haut degré de concentration qui explique comment, après sa dilution, il renferme encore le nombre notable de milligrammes que nous avons constaté. En eflet, pendant le fonctionnement du four durant plusieurs jours, la température des gaz à la sortie étant maintenue à 700®, le rendement en acide nitrique (AzO'H) a été, par litre de gaz, à 0^ et à 760, de 30 milligrammes.

« On peut aisément évaluer le pourcentage en volume de l'oxyde d'azote (AzO) formé dans l'arc lumineux, en admettant, pour sa température, 3 000** et en appliquant à sa composition les nombres que le pi*ofesseur Nernst, par exemple, a donnés sur la concentration de l'oxyde d'azote à différentes températures.

« Une teneur de 30 milligrammes d'AzO'H, par litre de gaz, correspond à un volume, pour cent, de 1,06 AzO, dans les gaz sortant du lour, représentant 4,58 "/o d'AzO, en volume, dans la flamme de l'arc.

« Pour une température absolue de 3200*, Nernst a mesuré un volume, pour cent, d'oxyde d'azote d'environ 5. Par le calcul, il a trouvé 4,4, valeurs correspondant très bien au volume pour cent, de 4,58, que nous avons établi.

( Nos fours donnent donc le plus haut rendement qu'on puisse, d'après Nernst, atteindre théoriquement dans une flamme à 3 000^ »

Celte citation, empruntée à M. S. Eyde, vous fait connaître, dans ce qu'il a d'essentiel, le principe du four électrique que je vais avoir l'honneur de faire fonctionner sous vos yeux.

Ce four, élément fondamental de la découverte de Birkeland et Eyde, une fois imaginé et construit, ne constituait qu'une partie de l'invention ; il fallait, en effet, imaginer et réaliser une méthode et des appareils d'absorption capables de recueillir l'oxyde d'azote formé dans l'arc lumineux du four et de le transformer, avec le rendement le plus élevé possible, en acide nitrique. Ce n'était pas là chose facile, si l'on réfléchit à la quantité minime d'oxyde d'azote que renferme l'air sortant des fours. Je ne pourrais, sans sortir des limites assignées à cette causerie, vous décrire les longues et ingénieuses expériences, commencées à Frognerkillens et poursuivies à Ankerlôkken, pour arriver à un moyen pratique de retenir l'oxyde d'azote dilué dans un volume d'air énorme, de le transformer en acide nitrique et de concentrer celui-ci de manière à en rendre l'emploi possible.

Il me suffira de vous signaler l'habileté et la persévérance avec lesquelles les savants norvégiens ont abouti, au milieu des difficultés pratiques que connaissent tous ceux qui ont tenté de faire passer, du laboratoire à l'usine, une réaction ou un procédé nouveaux.

Le problème a reçu une solution complète. Depuis le mois de mai 4905, la production d'acide nitrique par la combinaison des éléments de l'air, la récolte de cet acide et sa transformation en nitrate de chaux sont devenues industrielles à l'usine de Notodden, dont il me reste à vous faire connaître, à grands traits, l'agencement, le fonctionnement et les produits.

La fabrique de Notodden occupe quatre bâtiments situés en prolongement les uns des autres, comme le montre la figure 14, savoir (de droite à gauche).

l** Bâtiment des fours, près duquel se trouvent les tours d'oxydation dont nous allons parler ;

2° Bâtiment des tours d'absorption, où s'effectue la production d'acide nitrique ;

S"^ Bâtiment de fabrication du nitrxite de chaux ; . 4** Magasin. Emballage et expédition du nitrate. — Port.

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L'usine est traversée dans toute sa longueur^ à partir du hall des tours d'absorption, par une voie ferrée qui met en communication facile et économique toutes les parties de la fabrique. Les rails se prolongent au dehors du magasin jusqu'au petit port où les produits sont embarqués directement, sur le fjord d'Hitterdal, pour les divers points des côtes de Norvège ou pour le continent.

Bâtiment des fours. — L'installation électrique comprend trois fours identiques (fig. 15), quant à leur construction générale, au four de 300 kilowatts de Vasmoën que nous avons vu fonctionner, M. Th. Schlœsing et moi, avec le plus grand intérêt, à notre arrivée en Norvège, avant d'éludier les installations de Notodden.

A Notodden l'énergie des fours a été portée à 500 et 700 kilowatts, soit 700 à i 000 chevaux, pour chacun d'eux. On a même pu élever, dans les derniers temps, l'énergie de l'un des fours à 1 500 chevaux, à titre d'essai comparatit : mais Birkeland et Eyde ont constaté qu'il est préférable, dans une exploitation régulière, d'employer des quantités d'énergie plus faibles, ne dépassant pas, par four, 500 à 600 kilowatts. Dans ces conditions, ils ont reconnu que les fours fonctionnent avec les mêmes sûreté et régularité de u arche que le four à 300 kilowatts de Vasmoën.

L'énergie électrique nécessaire à la fobrication de Notodden est fournie, en location, au prix de 32 fr. par kilowatt-an, par l'usine voisine de Tinnfos, où on a installé, à cet effet, un générateur de 2 000 kilowatts, en triphasé, à la tension de 5 000 volts. Les trois fours de Notodden ont été, pour leur fonctionnement normal, branchés sur le générateur de Tinnfos et chacun d'eux emploie 500 kilowatts. La figure 15 représente, vue de face, l'installation des fours électriques.

L'air envoyé dans les fours, par des ventilateurs, les traverse à raison de 25 000 litres par minute, soit, pour les trois fours, 75 000 litres (75 mètres cubes par minute) ; il arrive dans le champ magnétique par les parois du four en terre réfraclaire (voir fig. 13, coupe du four).

L'air mélangé aux gaz nitrés produits dans les fours en sort par un canal collecteur unique à une température variant entre 500 à 700% température beaucoup plus élevée que celle que les gaz doivent avoir dans les autres appareils destinés à la production finale de

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Tacide nitrique. Les gaz traversent d'abord une chaudière tubulaire, où ils se refroidissent jusqu'à 200* (voir fig. 16). La vapeur produite est utilisée pour la concentration des dissolutions de nitrate de chaux dont il sera question plus loin. De cette chaudière, ils sont envoyés dans des appareils réfrigérants qui abaissent rapidement leur température à 50 ou 60*, température la plus favorable aux réactions d'où résulte la formation de l'acide nitreux. Ces réfrigérants sont respectivement p-lacés au sommet des deux grandes tours où l'oxydation de l'azote se poursuit.

Dans le champ magnétique du four, il ne se forme qu'une seule combinaison azotée, l'oxyde d'azote, correspondant à la formule AzO : sa proportion s'élève, dans Tare, à 5"/o environ du volume total des gaz. Aux hautes températures de SOOO**, 2500% comme je l'ai dit, les éléments de cet oxyde se séparent et se recombinent incessamment, de sorte que le taux pour cent d'oxyde d'azote demeure constant dans le mélange.

Tours d'oxydation. — Ces grands réservoirs en tôle, reliés par des conduites aux fours électriques, sont au nombre de deux à Notodden ; ils sont cylindriques et garnis intérieurement d'un revêtement inattaquable par les acides. Dans ces tours se poursuit l'oxydation de la combinaison azotée produite dans les fours; après un court séjour dans ces appareils, l'oxyde d'azote (AzO) se transforme en peroxyde (acide nitreux) [AzO*J ; au sortir de ces réservoirs, les gaz nitreux sont envoyés par un ventilateur dans les tours d'absorption, où ils se transforment en acide nitrique.

Dans les tours d'oxydation, l'oxyde d'azote a passé, en se combinant à l'oxygène, à l'état de vapeur nitreuse (peroxyde d'azote), ce que représente l'égalité suivante :

AzO H- = AzO* '

Oxyde ^ , Acide

d'azote Oxygène ^.^^^^

La présence de l'eau est nécessaire pour transformer, en acide nitrique, les vapeurs nitreuses, d'après la réaction suivante :

-2 (AzOO -r H«0 = AzO^H + AzO*H

ntt'At ^- Acide nitrique ^Ac^^^^

PRODUCTION ÉLECTRIQUE DE l'aGIDE NITRIQUE 41

Fig. 16. — Tableau de distribution électrique à Tusine de Notodden. Chaudiôres tubnlaires pour l'utUisàtion dé la chaleur des gaz.

En même temps que se forment de Tacide nitrique et de Tacide nitreux, il se produit des oxydes inférieurs d'azote,

(2 AzO»H) = AzO« 4- AzO H- H*0)

qui s'oxydent de nouveau pour continuer la réaction fondamentale ; c'est dans les tours d'absorption que s'effectuent ces transformations.

Tours d'absorption. — Elles sont prismatiques : elles ont 4 mètres carrés de section et 10 mètres de hauteur; leur capacité est donc de 40 mètres cubes. Elles sont disposées de chacun des côtés du hall en deux rangées parallèles, chaque rangée comprenant deux tours en granit et deux tours en grès, remplies de morceaux de quartz de la grosseur du poing environ, jusqu'aux deux tiers de leur hauteur. A l'intérieur de ces tours circulent, en sens inverse, d'une façon continue, les gaz et de l'eau. C4etle eau, qui humecte constamment le quartz, se charge progressivement de l'acide nitrique formé ; les autres produits azotés, moins oxydés, qui accompagnent sa formation, se réoxydenl dans les tours, au contact de l'oxygène de l'air et donnent de nouveau de l'acide nitrique, comme je viens de le rappeler. Finalement, lorsque la solution d'acide nitrique produite dans les tours a atteint, à la suite de contacts réitérés des gaz et de l'eau, une concentration de 50**/o(50kilogr. d'acide nitrique monohydraté par 100 litres de liquide), elle est recueillie dans des cuves ouvertes, en granit, et provisoirement emmagasinée. Nous verrons tout à l'heure comment on l'emploie à la fabrication du nitrate de chaux.

Des tours en granit et en grès où circulent, en sens inverse, de l'eau et les gaz sortant des tours d'oxydation, on retire la plus grande partie des produits nitrés, transformés en acide nitrique monôhydraté, dissous dans l'eau. Mais il importe beaucoup de ne pas laisser perdre les produits nitrés qui, ayant échappé à l'absorption dans ce système de tours, se trouvent encore en quantité notable dans les gaz sortant de la dernière tour en grès. Pour les recueillir, on a recours, à Notodden, à un absorbant énergique, le lait de chaux. A cet effet, il existe une cinquième tour en bois, de même dimension

PRODUCTION ÉLECTRIQUE DE l'aCIDB NITRIQUE

Î^^^^^^^Hr* v'^Ur^^^^^^^^Hj^M^^^H

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que les quatre premières, remplie de briques disposées en chicanes, et sur lesquelles circule, méthodiquement distribué, du lait de chaux. Les gaz nitreux sont retenus par la chaux et donnent naissance à un mélange de nitrite et de nitrate de chaux.

Ce mélange est ensuite dédoublé, à l'aide d'acide nitrique, en nitrate de chaux et en acide nitreux gazeux, qu'on réintroduit dans le sytème d'absorption précédemment décrit. Ce dédoublement correspond aux réactions suivantes :

Ca (AzO») • + AzO'H = Ca (AzO') « + H«0 + AzO* + AzO

Enfin, pour compléter l'opération et retenir le reste des gaz nitrés qui s'échappent encore de la tour à lait de chaux, on leur fait traverser une dernière tour, d'un peu plus petite dimension que les autres, contenant de la chaux vive ; c'est seulement à la sortie de cette dernière tour que les gaz qui ont traversé tout le système d'oxydation depuis leur entrée dans le four électrique, sont rejetés dans l'atmosphère.

L'ensemble des opérations que je viens de décrire permet de transformer, finalement, en une solution d'acide nitrique pur à 50 ^/o, 95 **/o, au moins, de l'oxyde d'azote produit dans le four électrique, résultat très remarquable pour une opération industrielle et que nous avons pu vérifier, M. Schlœsing et moi, en faisant l'îinalyse comparative des gaz sortant du four et de ceux que la tour à chaux vive renvoie dans l'atmosphère.

Fabrication du nitrate de chaux. — La figure 19 représente le hall où s'effectue l'attaque du calcaire par l'acide nitrique et la concentration du nitrate de chaux ainsi produit.

Voici quelles sont la marche et la succession des opérations. La dissolution de nitrate de chaux pur, provenant de la décomposition du mélange de nitrate et de nitrite dont je viens de parler, est amenée, ainsi que l'acide nitrique à 50 °/o, dans une rangée de cuves ouvertes, en granit, contenant des morceaux de calcaire, dç 13 à 20 centimètres de diamètre. Le carbonate de chaux est employé en quantité convenable pour neutraliser complètement la dissolution acide et donner naissance à du nitrate de chaux neutre. Celte opération est conduite

ANNAI.ES DE LA SCIENCE AaRONOMIQUE

PRODUCTION ÉLEGTRIQUB DE l'aCIDE NITRIQUE

mélhodiquemeiU d^Liis quatre cuves superposées. Sur le calcaire neuf, on fait arriver la dissolution presque neutralisée ; l'acide neuf est mis en contact avec les lésidus du calcaire qui n'a pas été dissous dans la première attaque. Par suite de leur superposition, les liquides des cuves se déplacent Tun par Tautre automatiquement, et, finalement, on obtient une dissolution de nitrate de chaux neutre que Ton conduit dans une cuve d'évaporation en fonte.

La concentration de ce liquide se fait, partie à l'aide de la vapeur provenant de la chaudière destinée à refroidir les gaz sortant des fours, comme je l'ai dit précédemment, partie directement. On amène la solution de nitrate à une concentration telle que son point d'ébuUition soit 145°, concentration qui donne un liquide contenant 75 à 80 ®/o de nitrate de chaux, renfermant 13,2 à 13,5 •/o d'azote. La matière est versée dans des tonneaux en tôle, de 200 litres de capacité environ (voir fig. 20), où elle se solidifie par refroidissement. Le nitrate peut être expédié à cet état ou pulvérisé.

Au lieu d'évaporer le nitrate de chaux jusqu'à ce que le liquide ait atteint le point d'ébuUition de 'i45*, on peut, comme nous l'avons vu pratiquer à l'usine d'essais de Vasmoën, le laisser cristalliser, après avoir évaporé la solution jusqu'à la température de 420* seulement. On centrifuge la dissolution concentrée de nitrate de chaux ; les cristaux séparés de leur eau-mère peuvent être livrés à cet état.

Enfin, on fabrique encore à Notodden du nitrate de chaux basique, en ajoutant à chaud à la dissolution, une proportion convenable de chaux vive ; après refroidissement, on broie le produit et on le tamise. Ce nitrate basique renferme 10 °/o d'azote, environ.

On pourrait, cela va sans dire, fabriquer, par les procédés que nous avons décrits rapidement, des nitrates de soude ou de potasse au lieu de nitrate de chaux. C'est le bon marché de la chaux, comparée à la soude, qui a déterminé, à Notodden, la transformation de l'acide nitrique en nitrate calcaire.

Il me faut maintenant, Mesdames et Messieurs, vous donner quelques indications sur l'importance des chutes d'eau dont dispose la Société norvégienne de l'azote, et sur les développements que la nouvelle industrie prendra à bref délai.

PRODUCTION ÉLECTRIQUE DE l' ACIDE NITRIQUE 49

Comme vous avez pu en juger par la dépense d'énergie considérable que nécessite le fonctionnement des fours électriques, la production de Tacide nitrique et la fabrication du nitrate de chaux par les procédés Birkeland et Ëyde sont subordonnées à la possibilité de mettre économiquement en œuvre des forces hydrauliques très puissantes, car on ne peut pas recourir à l'emploi beaucoup trop coûteux du charbon, pour produire l'énergie nécessaire à l'oxydation de l'azote atmosphérique.

La Norvège, par sa situation géographique, est particulièrement favorisée au point de vue de l'abondance des chutes d'eau météorique, dans toute la région ouest du pays. La côte ouest est tempérée par le courant du Gulf-stream qui lui apporte les effluves chauds du golfe des Antilles ; son atmosphère est chargée d'humidité ; elle se refroidit au contact des montagnes, ce qui amène des pluies abondantes.

Les fleuves et rivières qui coulent dans la partie méridionale de la Norvège, où se trouvent les chutes considérables dont la Société norvégienne de l'azote est propriétaire, prennent tous naissance dans la chaîne de montagnes qui longe la côte ouest. Dans cette région, les cours d'eau ont à parcourir de grandes distances pour arriver à la mer et la configuration du sol a produit, sur leur parcours, une succession de lacs très favorables à la régularisation de leur débit. Ces lacs forment des réservoirs naturels dans lesquels les eaux s'accumulent pendant la saison des hautes eaux et s'écoulent ensuite, lors des périodes de sécheresse, maintenant ainsi le débit des cours d'eau à peu près constant.

De tout temps, ces lacs et ces rivières ont été utilisés pour le transport des bois par flottage. Des dispositions spéciales permettent d'utiliser ces chutes d'eau dans lès usines qui s'en servent : fabrique de pâles à papier, de carbure de calcium, etc., même pendant les périodes de gelées intenses. Des syndicats se sont formés pour régulariser ces cours d'eau, c'est-à-dire pour effectuer les travaux nécessaires au maintien d'un débit d'eau à peu près constant.

Des quatre chutes acquises par la Société norvégienne, trois se trouvent dans la région méridionale ouest dont je viens de parler. C'est d'abord : Schvœlgfos, que représente la figure 24 , sur la rivière

AGIOE NITRIQUE 4

Tinné, qui, en 4907, fournira Ténergie électrique à la nouvelle usine de Notodden. Cette usine, que la figure 22 représente en plan.

Fig. 21. — Chute de Schvâlgfos sur la rivière Tinné.

comprendra l'installation de trente fours électriques. Sa production atteindra annuellement 20 000 à 25 000 tonnes de nitrate de chaux.

On a profité cet hiver de la saison des basses eaux pour effectuer

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Fig. 22. — Plan de Tusine de Notodden, en 1907.

les travaux de régularisation de cette chute de 30 000 chevaux. Trois cents ouvriers travaillent à la constiniction du barrage presque

PRODUCTION ÉLECTRIQUE DE l'aCIDE NITRIQUE 51

terminé aujourd'hui. Les figures 23, 24, 25 montrent diverses vues

Fig. 23. — Schy&lgfo8. Entrée du tunnel.

de ces grands travaux exécutés avec une célérité surprenante, sur-

Fig. 24. — Schv&lgfos. Trayaux du barrage.

tout si Ton réfléchit que la température s'est maintenue entre 20*

et 30* au-dessous de zéro pendant plusieurs semaines. La figure 26 représente le type des habitations construites pour les ouvriers. Au

Fig. 25. — Falaise au pied de laquelle est l'usine hydro-électrique de Schvaigfos.

point de vue hygiénique, comme sous le rapport du confort souhaitable, ces habitations ne laissent rien à désirer. A l'heure où nous

Fig. 26. — Barrage de Sehv&lgfos. Habitation ouvrière.

sommes, la chute a été détournée et Ton a construit le barrage et la conduite destinés à alimenter l'usine électrique qui fournira à

Notodden la force nécessaire à la nouvelle usine qui sera ouverte dans le courant de Tannée 1907.

khM

ÀF

Fig. 27. — ^jokanfos.

La figure 27 représente la chute Rjukanfos, sur la rivière Mann, de beaucoup la plus importante, qui alimentera, dans un avenir prochain, l'usine de Saaheim.

La figure 28 représente la chute de Boilfos, au nord-ouest du port d'Arendal, sur la rivière Nidelven.

Fig. «8. — Boilfos.

La quatrième chute, Wamma (fig. 29), se trouve à l'est du ijord de Christiania, sur le Glomnlen, le fleuve le plus considérable de la

Fig. 29. -- Wamma

Norvège, dont le bassin d'alimentation comprend 40 000 kilomètres carrés.

Vous jugerez de l'importance des forces électriques que ces quatre chutes peuvent fournir, en jetant un coup d'œil sur le tableau où

PBODUCTION ÉLECTRIQUE DE l'aCIDE NITRIQUE 55

sont résumés, pour chacune d'elles, les volumes d'eau débiles, la hauteur des chutes et le nombre de chevaux utilisables aux usines d'acide nitrique et de nitrate.

dAbIT WAnTTCnR TOHOK

OHOTBt à deehut6 en chevaux

la seconde ««•••^ ^^^ uilnes

mètres cubes mètres

Sv&lgfos ...... 65 46,5 26500

Boilfos 50 57,0 23 500

Rjukan. 45 520,0 202 500

Wamma 220 20,8 36 500

Au total (chevanx utilisables) ... 289 000

D'après les estimations les plus sérieusement faites, le coût du cheval électrique-an ne paraît pas devoir dépasser le prix de 44 à 15 fr. (sans tenir compte des intérêts des capitaux engagés).

C'est donc près de 300 000 chevaux que la Société norvégienne pourra appliquer progressivement à la fabrication de l'acide nitrique et du. nitrate de chaux, d'ici à quelques années. D'autre part, il y a lieu de penser que la découverte de Birkeland et Eyde recevra de nombreuses applications dans les pays du continent ou d'outre-mer qui possèdent tant d'abondantes sources de forces hydrauliques inutilisées jusqu'ici (').

La production annuelle de nitrate de chaux, vous le voyez, prendra une place importante dans le commerce des engrais et assurera, dans l'avenir, l'accroissement des rendements des terres en culture.

1 . En effet • les puissantes chutes d*eau n'existent pas qu'en Norvège ainsi que le ^rappelait M. Hitier, le 19 mars 1906. dans une intéressante eommunication à la Société des agriculteurs de France ; dans le Nouveau monde, le Canada en est al»ondamment pourvu : il en est de même en Europe, en Italie, en Autriche, en France.

Notre territoire, ajoutait M. Hitier, est même parUculièrement favorisé, parce qu'une grande partie de son sol est montagneuse et que son climat est généralement humide. On tente en ce moment de procéder au recensement des forces hydrauliques de la France. MM. Tavernier et de La Brosse, chargés du service d'études des grandes forces hydrauliques de la région des Alpes, ont même déjà pu en donner une première approximation. Les quatre départements de la Haute-Savoie, de la Savoie, de risère, des Hautes-Alpes possèdent une force hydraulique d'au moins un million de chevaux aux plus basses eaux — et, pendant six mois de l'année an moins, cette force se maintient entre deux millions et deux millions et demi de chevaux.

56 ANNALES DE LA SCIENCE AâRONOMIQUE

Est-il à dire que le nitrate du Chili ait à craindre, de la part du nitrate artificiel, une concurrence redoutable dans un prochain avenir? On ne saurait le penser, étant donnés, d'une part, les besoins si considérables de l'agriculture en engrais azotés, de l'autre, la proportion relativement faible de nitrate de chaux qu'on pourra obtenir, comparativement aux approvisionnements encore existants au Chili.

Je ne chercherai pas à évaluer, même approximativement, le prix de revient de la tonne de nitrate de chaux fabriqué par le procédé Birkeland et Eyde ; ce prix de revient dépendra, dans chacune des futures usines, de la valeur du terrain, des dépenses de construction, des frais de fabrication et d'administration ; en tenant compte, exclusivement, de la consommation d'énergie électrique, M. S. Thompson, partant du coût du cheval électrique, plus faible en Norvège que. sur le reste du continent, évalue le prix de revient de la tonne d'acide nitrique monohydraté à 182 fr. 50 et celui de la tonne de nitrate de chaux à 13 '^/o d'azote, à 112 fr. 50('). A la dépense d'énergie électrique viennent nécessairement s'ajouter les frais de fabrication (achat du calcaire, outillage, etc.), l'intérêt et la rémunération du capital engagé, etc..

La production actuelle d'acide nitrique monohydraté à Notodden est comprise entre 500 et 600 kiiogr. par kilowatt-an. La petite usine qui fonctionne depuis le 2 mai 1905 produit, par année, 730000 kiiogr. d'acide nitrique monohydraté.

En résumé, les cultivateurs de l'avenir sont assurés, en ce qui regarde l'azote, d'un approvisionnement pour ainsi dire illimité, l'air offrant à la nouvelle industrie une source inépuisable et gratuite de la matière première qu'elle met en œuvre.

Parmi les applications que les procédés Birkeland et Eyde peuvent recevoir, en dehors de la fabrication de l'engrais, il en est d'une importance capitale que je dois signaler rapidement à votre attention. La production économique de l'acide nitrique, appelée à rendre de si grands services pour la fabrication des produits nitrés qui constituent la base des explosifs (dynamite, poudres de diverses natures : guerre.

1. Conférence du professeur Thompson à la Royal Institution de Londres, 9 février. t906.

PRODUCTION ÉLECTRIQUE DE l'aGIDE NITRIQUE 57

mines, picrates, etc.) assure aux pays dans lesquels les chutes d'eau rendent possible la mise en œuvre des procédés Birkeland et Eyde, la fabrication de tous les explosifs nécessaires à la défense nationale. Ces pays seront ainsi affranchis des importations du nitrate exotique, indispensable jusqu'ici pour la fabrication de l'acide nitrique et de la poudre.

Ces procédés ne sont pas moins intéressants pour la production des matières colorantes artificielles dont la consommation a pris, vous le savez, un développement colossal.

Les savants norvégiens se sont donc acquis un titre inoubliable à la reconnaissance de l'agriculture, de l'industrie et, j'ajouterai, de l'humanité, en assurant l'avenir de la production des denrées alimentaires, si étroitement liée à l'enrichissement du sol en principes azotés assimilables par les plantes.

Mesdames et Messieurs,

Je suis ramené, au terme de cette causerie, trop longue peut-être à votre gré, à insister sur la valeur fertilisante du nitrate de chaux, l'un des points essentiels que je me suis proposé de traiter aujourd'hui.

Ainsi que j'espère vous l'avoir démontré en commençant, le nitrate de chaux qui se forme dans le sol, par suite de la nitrification des matières organiques azotées, est la source principale, presque exclusive, de l'azote de nos récoltes. La conséquence nécessaire de ce fait est que le nitrate de chaux, obtenu industriellement pour la première fois à Notodden, constitue un engi'ais de premier ordre.

Les expériences d'agronomes éminents, en tête desquels, dans l'ordre chronologique, j'ai rappelé Einhofif, H. Knopp de Munich, Hellriegel, ont établi depuis longtemps la valeur de ce sel pour l'alimentation des plantes.

Les essais de culture de végétaux dans des milieux artificiels, dont on règle à volonté la composition, ont montré que le nitrate de chaux suffit à tous les besoins de la plante en azote.

Des essais récents de culture faits à la station expérimentale de l'école d'agriculture de Christiania, et à la station de Darmstadt,

résulte l'équivalence nutritive, à dose égale d'azote, du nitrate de chaux et du nitrate de soude.

On peut entrevoir, dès à présent, une simplification dans la transformation des produits nitreux à l'usine de Notodden.

Cette simplification consisterait dans la suppression du traitement du mélange, sortant de la tour à lait de chaux que je vous ai décrite tout à l'heure, pour séparer le nitrate du nitrite formé dans cet appareil. On pourrait, alors, livrer directement à l'agriculture ce mélange de nitrite et de nitrate qui renferme 14 à 15 •/« d'azote. La question me parait assez intéressante pour que je vous demande la permission de la préciser. Un préjugé assez répandu veut que les nitrites soient nuisibles à la végétation. Or, les travaux récents auxquels la nitrification du sol a donné lieu, les recherches de Winogradski en particulier, ont démontré, ainsi que vous le savez, qu'avant de devenir de l'acide nitrique, l'azote des matières organiques du sol passe, sous l'influence de microbes spécifiques, par des états intermédiaires, dont l'un est précisément l'acide nitreux.

La conclusion à tirer, a priori, de ce fait semble être que l'acide nitreux peut fournir à la plante, comme l'acide nitrique, l'azote dont elle a besoin et que, par conséquent, les nitrites, loin d'être nocifs pour la végétation, concourent, au même titre que les nitrates, à son développement.

Malgré son évidence, cette conception, pour être complètement justifiée, avait besoin de la sanction expérimentale.

Les essais de culture faits, au commencement du mois de juillet 1905, à l'École des manufactures de l'État par M. Th. Schlœsing et, par nous deux, au Parc des Princes, ont démontré l'exactitude de la double hypothèse que je viens de rappeler, à savoir : l'innocuité des nitrites et leur valeur comme aliment des plantes.

M, Th. Schlœsing a cultivé du maïs dans deux sols, exempts d'azote organique, dont l'un a reçu du nitrite, l'autre du nitrate du Chili ; les récoltes ont été égales, dans les deux cas, et l'analyse a montré l'identité d'assimilation de l'azote sous les deux formes.

En pleine terre, au champ d'expériences du Parc des Princes, le maïs s'est comporté identiquement dans les petites parcelles fumées les unes au nitrite, les autres au nitrate. Un essai d'épandage à

PRODUCTION ÉLECTRIQUE DE l'aCIDE NITRIQUE 59

lîaute dose en couverture, de nitrite sur de Forge, vers l'époque de répiage, n'a nui en aucune façon au développement de la céréale.

Nous sommes donc en droit d'affirmer, dès à présent, que le nitrite de chaux n'exerce aucune action nocive sur la végétation et qu'il lui apporte, au même titre que le nitrate, l'azote assimilable dont elle a besoin.

Des expériences sur une assez grande échelle sont présentement instituées chez plusieurs praticiens émérites, sur diverses cultures : céréales, betteraves, etc.

Au Parc des Princes, nous expérimentons comparativement, cette année, le nitrate de soude et les nitrate et nitrite de chaux de Notodden ; je serai heureux de rendre témoins de ces essais et de leurs résultats ceux d'entre vous. Mesdames et Messieurs, qui voudront bien, en juin, consacrer quelques instants à une visite au champ d'expériences.

J'ai la conviction que la campagne prochaine confirmera, dans les terrains variés où les expériences vont être instituées par d'habiles agriculteurs français, la haute valeur fertilisante du nitrate et du nitrite de chaux ; il n'en saurait être autrement pour les raisons que je viens d'avoir l'honnreu de vous exposer. Il serait alors possible, on le voit, d'employer directement, comme engrais, le mélange de nitrite et de nitrate sortant de la tour à lait de chaux de Notodden.

Si j'ai eu la bonne fortune de pouvoir rompre la monotonie de cette causerie en vous faisant admirer la flamme étincelante qu'à l'instar de Prométhée les savants norvégiens ont su dérober au feu céleste par une voie détournée, je le dois à de précieux concours.

J'adresse tous mes remerciements : à la Société norvégienne de l'azote, qui a mis à ma disposition le four électrique qu'a fait fonctionner sous vos yeux un des ingénieurs distingués de Vasmoën, M. Bonnevîe, venu exprès de Christiania ; au représentant de la Société norvégienne à Paris, M. de La Vallée-Poussin, et à M. Tresca, conservateur des collections du Conservatoire, qui ont mis à assister M. Bonnevie, dans les préparatifs de cette belle expérience, une obligeance extrême. Je salue enfin la présence, dans l'auditoire distingué qui m'entoure, de M. Samuel Eyde, qui, au milieu de ses nombreuses

occupations^ n'a pas reculé devant le long parcours qui sépare Paris de Notodden.

Je m'arrête, Mesdames et Messieurs. Je m'excuse de vous avoir si longtemps retenus et je vous remercie de votre bienveillante attention à suivre les développements un peu arides qui m'ont semblé nécessaires pour mettre en relief, dans ses grandes lignes, la découverte capitale de MM. Birkeland et Eyde.

L'œuvre des éminents savants norvégiens justifie pleinement, vous le voyez, la prédiction de. Sir William Crookes : « Le laboratoire, avec le concours des forces hydrauliques, sauvera le monde de la famine », et elle assure à ses auteurs la gratitude de l'agriculture contemporaine et la reconnaissance des générations qui succéderont à la nôtre.

Paris, 20 avril 1906. Station agronomique de l'Est.

Nancy, imprimerie Berger-Levraolt et 0".

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