‹ La Production et l'Échange au Point de vue énergétiqueChapitre 22 sur 145 · EVOLUTION DE LA NOTION DE PRODUCTION · texte numérisé non relu

EVOLUTION DE LA NOTION DE PRODUCTION

Quand des économistés croient avoir trouvé une manière nouvelle d'envisager l'Economie politique, c’est en s’attaquant aussitôt au problème de la valeur qu’ils éprouvent leur théorie. ADAM SMITH définit la valeur au quatrième chapitre d’un ouvrage qui en comprend trente-trois. RICAR- DO en fait l’objet de son chapitre premier. Plus près dé nous, WaLras entre de plain-pied dans la théorie de l'échange en commençant ses Principes d'Economie politique pure. La théorie de la valeur est, en effet, la base de Economie politique et l’on a pu dire qu’elle était toute l'Economie politique. Par contre, on a mis longtemps à accorder autant d'importance à une théorie de la production. Cela tient sans doute à ce que la conception, que l’on se faisait de la production, conférait à celle-ci un caractère plus positif, moins mystérieux. S'il y avait un problème de la valeur, on ne voyait pas dans la production un problème capable de solliciter l’attention des théoriciens. Ce qui a prévalu longtemps dans la conception que l’on s’est faite de la production, c’est sa matérialité. Le mercantilisme d’abord, les physiocrates ensuite ont tendu à accrédi-

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ter cette idée que la production se mesure aux quantités

de matières utiles mises à la disposition des hommes. Le point de départ des Physiocrates était que toutes les richesses sont le produit de la terre, ce qui avait pour conséquence que la matérialité était une condition essentielle de la richesse. S'ils appelaient stériles les commerçants et les industriels, c'était parce que leur travail ne produit pas de richesses nouvelles. L'industrie, pour eux, ne fait qu’ajouter des formes, l’agriculture, seule, donne des subs-

tances.

Cette notion de la matérialité de la richesse est allée en déclinant. Apam Surrx a montré que le travail est la source de la richesse et il avait en vue non seulement le travail des ouvriers, mais aussi celui des commerçants et des industriels. BASTIAT, en attirant l’attention sur les services, sur la peine épargnée, a fait entrer dans le domaine de la production des actes qui étaient considérés comme stériles jusqu’à lui. Désormais, la production a compris, à côté des produits matériels, des produits non matériels que l’on

cherche à acquérir souvent avec plus d’avidité que les autres. Nul n’ignore maintenant que la plume d’un écrivain ou la voix d’un chanteur sont productifs, au même titre que la charrue du cultivateur ou la truelle du maçon.

La définition de la production est donc devenue plus compréhensive et plus générale. Elle s’est dilatée de façon à englober tout ce qui est immatériel et, pourtant, se vend et s’achète. Et l’on peut dire que l’immatériel en a pour ainsi dire chassé le matériel. C’est ainsi que M. CoLsoN définit la production, « {oute augmentation de la quantité » ou de l'utilité des richesses résultant de l'effort des hom- » mes combiné avec l'action des forces naturelles >. Malgré cette extension de la notion de production, on ne-peut pas dire que celle-ci soulève des problèmes tels qu’une théorie soit nécessaire pour l’éclairer. La production se décrit, elle ne s’explique pas. Que prétend faire l’énergétique dans ce domaine, ? Peut-elle y apporter du nouveau ? A. notre.sens, oui. L’énergétique, ayant bâti sur l’idée d’éner-

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gie une représentation originale du monde, doit être capable de donner de la production une image nouvelle.

Elle semble être arrivée à point, pour achever l’évolution que nous avons esquissée ci-dessus, et qui a fait évoluer du matériel à immatériel l’idée de production. L’énergétique, qui supprime la matière, ne peut que contredire avec encore plus de force la matérialité de la richesse. Après avoir montré l’énergie partout présente, aussi bien dans le monde physique que dans l'être vivant et dans l'homme, elle devait être amenée fatalement à chercher à retrouver cette même énergie dans les rapports entre individus.

I est donc normal qu'avant une théorie de l'échange, elle essaye une théorie de la production. Si elle arrive à montrer que ce n’est pas la matière, mais l'énergie que celle-ci supporte, qui est d'importance primordiale pour la production, elle aura, par là-même trouvé une base solide pour y asseoir dans la suite une théorie de la valeur.

Voilà pourquoi nous allons, pour commencer, mettre tous nos soins à donner de la production une définition énergétique.

Pour cela, nous étudierons d’abord les besoins de Phomme, mais non pas superficiellement, comme dans beaucoup de traités d'Economie politique.

Le besoin, c’est la consommation. Or, l’homme ne produit qu’en vue de consommer. Son étude doit donc précéder celle de la production. Mais, tandis qu’un économiste peut se contenter d’énumérer les besoins et laisser à chacun le soin de découvrir le lien qu'il y a entre eux et la production, nous aurons une tâche plus difficile à accomplir, car nous devons démontrer que tous ces besoins, depuis les plus humbles jusqu'aux plus relevés, ont l’énergie comme mesure commune. Si nous y parvenons, il nous sera facile de conclure qu’à des besoins que satisfait de l'énergie, la production doit, en définitive, fournir de l’énergie. Nous pourrons alors aborder l'étude de lPéchange et la théorie de la valeur, sans craindre des objections qui

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pourraient naître d’une étude insuffisante de la production.

Quelles divisions adopterons-nous pour cette dernière étude ? Il en est une qui est classique, celle des facteurs de la production : nature, capital et travail. L’idée même qui nous guide nous oblige à modifier cette formule. Pour nous, la production fournit à la société des énergies naturelles qu'a rendu disponibles le travail de l’homme, aidé par les services de ses semblables, par l'outil et par la machine. Tels seront donc les titres que nous examinerons. Mais ce n’est pas tout ; cette production, dont nous prétendons donner une explication énergétique, elle existe, elle fonctionne. Nous chercherons donc si, dans son fonc- : tionnement, nous ne pouvons pas discerner le progrès de l’idée énergétique qui nous préoccupe, et nous serons añnené à nous demander si cette dernière n’a pas sa part de responsabilité dans la crise de surproduction, dont le monde souffre à l’heure actuelle.

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