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€ Qu'il s'agisse de plantes, d'animaux ou de l'homme,
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(1) Osrwazp. — Les fondements énergéti
Ra ques de la science de la civilisation, page 55 et suivantes,
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> des moyens employés pour échapper à la spoliation ou > à la mort tendent à imposer à l'agresseur une dépense » d'énergie assez grande pour qu'il ne puisse accomplir son » agression, ou qu'elle lui procure si peu d'avantage qu'il > ne la répète que rarement et même ne la renouvelle > pas. » « Si l'on admet que l'énergie qui ne procure pas » directement un résultat positif n'accomplit pas sa des- » tination, on arrivera à cette conclusion qu'attaque el » défense sont synonymes de gaspillage d'énergie. Or, il » est de l'intérêt de la civilisation que l’on restreigne, que » l’on supprime tout gaspiliage d'énergie. >» Ce que lon vient de lire contient en somme le principe de la morale sociale énergétique. Ce qui suit s’applique plus particulièrement au droit, mais relève de la même idée.
« Le droit est un système constitué pour éviter les gas- » pillages d'énergie, qui se produisent dans les actions que » les membres de la société exercent les uns sur les au- » tres ; dès lors, c’est du point de vue énergétique que » nous devons envisager les réactions qu'il établit contre » les délits et les crimes. »
« De quelque violation du droit qu'il s'agisse, il convient... > de recourir contre elle à la réaction qui entrainera pour » la société la moindre perle d'énergie. S'il s’agit, par » exemple, d'un délit contre la propriété, on n'emprison- > nera pas le coupable, mais on le forcera à réparer par » son travail le dommage qu'il aura causé. »
Ainsi, tous les rapports sociaux sont conçus en fonction de cette idée, que les lois ou institutions doivent empêcher le gaspillage d'énergie. Cela confère un caractère utilitaire à la morale énergétique, et certains peuvent s’en offusquer.
Mais n'est-ce pas un reproche que l’on peut adresser à : {oute morale, si élevée soit-elle ?
La morale est conçue, en effet, maintenant en fonction de la société. « L'instinct moral, dit M. EbME Tassy (1), est » ce par quoi l'homme concoit et souhaite la réalisation » d'actes assurant sa conservation et celle de son espèce,
(1) Tassx, — Op. cit. page 58,
de
> par opposition à la recherche du plaisir immédiat. » Pour M. BERGSON, l'instinct social est au fond de lobligation morale. Nos devoirs sociaux visent une cohésion sociale devant favoriser la défense du groupe (1). La morale ne vise pas l'humanité. C’est d’abord contre tous les autres hommes qu'on aime les hommes avec lesquels on vit. Par la suite, il s'y substitue une morale plus complète et plus humaine. STUART MiLL (2), en donnant comme but à lactivité humaine le bonheur, montre comment ce but se confond avec le principe de la morale, mais une morale élargie dès Ie principe. On peut la définir, dit-il, comme étant les règles de conduite et I2s préceptes dont lobservance pourra assurer, autant que possible, à toute l’humanité, une vie exempte de souffrance, sinon comblée de jouissances. Ainsi le caractère utilitaire se révèle dans toutes les morales à base sociologique, mais on le trouve aussi dans la morale la plus élevée, la chrétienne. On ne peut qu'être frappé du « caractère strictement utilitaire de ses lois, en > ce qui concerne les devoirs des hommes envers eux-mé- > Ines et envers leurs semblables : toutes pourraient étre > considérées comme établies en vue d'assurer une durée, > la plus longue possible, à l'individu ou à la collecti- > vilé » (3). Sans doute le christianisme ne voit dans ces avantages concrets qu’une conséquence de l’observation de la loi morale. C’est parce que l’homme lutte contre l’égoisme et pratique la charité qu’il en résulte un bien pour la société. Nous devons ici négliger l'aspect métaphysique du problème. La seule question à nous poser est celle-ci : l'hypothèse que font les énergétistss et d’après laquelle l’homme, en pratiquant la morale, économise de l'énergie, est-elle admissible ? Tout ce que nous avons dit jusqu’à maintenant du but énergétique de Factivité humaine concourt à nous faire admettre cette idée. Là où d’autres disent, conservation de l'individu, défense du groupe, bonheur de humanité, l’énergétiste traduit conservation ÉS ipe e è
(D) BERGsoN. — Op. cit, page 27.
‘2) Sruarr Mir, — L’utilitarisme, Paris 1925, page 22.
(8) Truc, — Cité par Tassy, Op. cit, page 59.
ou économie de l'énergie, qui est lélément essentiel, le soutien de la vie individuelle et sociale.
On pourrait faire à cette explication l’objection que l’on peut faire à toutes les explications que nous avons données où que nous donnerons des besoins trascendants. Ces besoins énergétiques, nul n’en a conscience, nul ne s’en préoccupe. Cette objection fut faite à la morale utilitaire et est réfutée avec esprit par STrUART Mi. On n’a pas le temps, disait-on, avant d’agir, de calculer, de comparer les effets d’une ligne de conduite sur le bonheur général. A quoi il répondait en ces termes (1) : « C’est absolument comme si l'on disait qu'il est impossible de diriger sa » conduite d'après les principes du Christianisme, parce » qu'avant chaque action on n'a pas le temps de lire l'An- » cien et le Nouveau Testament. On peut répondre qu'on » a le temps, qu'il est même assez long, puisqu'il est formé » de toute la durée passée de la race humaine. Pendant » ce temps, l'humanité «a appris par expérience quels sont > les résultats des actions. C’est de cette expérience que >» dépend la sagesse pratique, aussi bien que la moralité » de la vie. On parle de cette suite d'expériences comme » st elle n'existait pas pour le temps présent. On pourrait > croire qu'un homme, tenté de s'approprier la vie ou les > biens d'un autre homme, se demande alors pour la pre- > mère fois si son meurtre ou son vol sera nuisible au > bonheur général. Personne ne cherche à prouver que » l'art de la navigation n'est pas fondé sur la connaissance » de l'astronomie, parce que les matelots ne sont pas capa- » bles de trouver par eux-mêmes les calculs de l’'almanach > nautique. Ils sont des ëlres raisonnables ; ils vont à la >» mer avec des calculs tout faits. Toutes les créatures rai- > sonnables s'embarquent de même sur la mer de la vie » avec des idées toutes faites sur le bien et le mal et sur > beaucoup d'autres questions plus difficiles à résoudre. »
Nous pouvons reprendre tous ces arguments contre ceux qui traïitcraient de chimères les explications que lPénergé-
(1) Stuart Mic, — Op. cit, p. 43,
Rte
tique donne des besoins transcendants. Nul ne conçoit qu’en aimant ses parents où en secourant un malade, :! accroît le capital énergétique de la société. Mais combien de milliards d'individus se sont nourris et continueront à se nourrir, sans se douter de la valeur énergétique des aliments. Cela est tellement vrai que des philosophes considèrent la moralité comme liée à un instinct.
« L'instinct moral, dit M. Edme Tassy que nous avons » déjà cité à ce sujet (1), est la conscience cérébrale de » notre relativité essentielle, d'où le désir d'accomplir des > actes devant obvier à celte imperfection, tout comme » l'instinct sexuel est la conscience organique d'une condi- » tion de l'existence de l'espèce, la sexualité, d'où l’excita- > lion à des actes devant répondre à cette condition. »
L’acte moral devient un véritable réflexe. L'auteur que nous citons développe cette idée par des considérations qui renforcent la position de Fénergétisme à l'égard de la question. |
« La cause (2) de la douleur consécutive à l'excès de lu- » mière m'échäppe ; son effet lésant l'organe visuel est > indépendant de ma volonté, le réflexe d'accommodation .» à l'intensité prévoit l'effet ; l'acte qu'il mécanise est jus- » Le : cela signifie que la conscience organique «a exacte- > ment prévu, par suile d'expériences ontogéniques, la » relation existant entre l'intensité lumineuse et le besoin » de l'organe. Or, l'instinct moral est foncièrement un acte » de prévision ; avec lui, la sensibilité mentale joue un » rôle tout à fait analogue à celui que nous VOYONS ACCOM- » plir à la sensibilité organique : elle est, en somme, la > sensibilité organique spéciale des centres idéatifs. La > réalisation d'une idée égo-absolutiste, ou proprement » égoïste, dépassant le juste, c'est-à-dire la relation nor- > Male entre l'effet de cette idée et le besoin de l'organis- » mme ou de l'intelligence entière, porterait tort à l'individu. » L'instinct moral prévoit celte relation par le mécanisme
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(1) Tassv. — Op. cit. page 60.
(2) Tassy! — Op. cit., page 65.