L'apostolat du Vicaire
I » L'Ecclésiastique vit le danger & et les ressources. Les difficultés [gi
» ne le rebutèrent point ; il se complaisoit dans son ouvrage ^, il » résolut de l'achever, & de rendre à la vertu la victime qu'il avoit » arrachée à l'infamie. 11 s'y prit de loin pour exécuter son projet; » la beauté du motif animoit son courage, & lui inspiroit des moyens » dignes de son zèle. Quel que fût le succès -, il étoit sûr de n'avoir pas » perdu son tems : on réussit toujours quand on ne'veut que bien faire.
» Il commença par gagner la confiance du Prosélite i^j en ne lui » vendant point ses bienfaits, en ne]se rendant point importun, en ne » lui faisant point de sermons, en se mettant toujours à sa portée, » en se faisant petit pour s'égaler à lui. C'étoit, ce me semble, un » spectacle assez touchant, de voir un homme grave devenir le | camarade [IQ] » d'un polisson, & la vertu se prêter au ton de la licence, pour en » triompher plus sûrement i. Quand l'étourdi venoit lui faire ses folles » confidences & s'épancher avec lui, le Prêtre l'écoutoit, le mettoit à
» G, D : Prosélyte.
' Dans la Première Rédaction, Rousseau avait ainsi commenté cette remarque : « L'amour-propre bien ou mal dirigé n'est-il pas la source des vertus ainsi que des vices » ? C'est une idée sur laquelle il reviendra plusieurs fois dans VÈmile : mais, sous cette forme, elle semble antérieure à la distmciion entre l'amour-propre et l'amour de soi que Rousseau empruntera à Vauvenargues : cf.. plus loin, p. 67, note 1.
- Quel que fût le résultat. Succès est très souvent employé avec ce sens indéterminé dans la langue du XVII" siècle, beaucoup plus rarement déjà à l'époque de l'Emile.
' La méthode du Vicaire est celle-là même que Rousseau a conseillée aux maîtres dans le IV' Livre d'Emile, II, 217 : « Je ne puis m'empêcher de relever ici la fausse dignité des gouverneurs qui, pour jouer sottement les sages, rabaissent leurs élèves, affectent de les traiter toujours en enfants, et de se distinguer toujours d'eux dans tout ce qu'ils leur font faire. Loin de ravaler ainsi leurs jeunes courages, n'épargnez rien pour leur élever l'âme: faites-en vos égaux afin qu'ils le deviennent; et, s'ils ne peuvent encore s'élever à vous, descendez à eux sans honte, sans scrupule. Songez que votre honneur n'est plus dans vous, mais dans votre élève ; partage;; ses fautes pour l'en corriger: charge^^-vous de sa honte pour l'effacer ».
l8 RÉDACTIONS MANUSCRITES
réprimande) ne (' venoit « resserrer « son cœur). - Le prêtre l'écoutoit le mettoit à son aise. Sans approuver le mal il s'interessoit à tout (et ne blamoit rien). '■> Le plaisir * que (^ l'on) « '■ sembloit prendre à » l'entendre augmentoit celui qu'il prenoit à ' babiller. Ainsi se fit sa confession générale sans qu'il songeât à rien confesser. (Tous ses sentimens s' * exhaloi ent sans peine). Après avoir bien étudié ses sentimens et son caractère le prêtre vit ^ clairement que ("' quoi) qu'il ne fut pas absolument ignorant pour son âge '^ non seulement il n'avoit aucune (idée) véritable ('- de religion) mais qu'il (ne) seroit ('=* pas en état) d'en concevoir tant qu'il resteroit dans l'état d'avilissement et d'opprobre où l'avoit réduit la fortune'^. 11 est un degré d'abbrutissement qui ôte la vie à l'ame, et la voix intérieure ne '"dit plus rien à '" celui qui ne songe qu'à se nourrir, f Pour garcUitir le jeune '• homme
' [faisoit.... venoientl.
- [Le « vertueux » (bon) prêtre se faisoit petit pour (être l'égal de) l^s'égaler à] son disciple].
' jamais une indiscrette censure ne venoit resserrer son [jeune] cœur (et suspendre sa confession). — B. ne venoit arrêter son babil et resserrer son cœur.
■* B. (qu'on se) [avec] lequel il se crovoit écouté augmentoit.
■^ [on].
' [(montroit)].
' B. tout dire.
" exhaloit (sic).
' (que).
'" [bien]. — B. sans être ignorant.
'■' B. < non seulement... d'avilissement et d" > il avoit oublié tout ce qu'il lui importoit de savoir et que 1'.
" [idée du bien et du mal].
'^ [même incapable],
'* B. (« effacoit » de son... en lui... otoii) [étouffoit en lui] tout vrai sentiment du bien et du mal.
" B. sait point se faire entendre. — M. sait plus. '" M. < celui >.
" B. infortuné.
t Ici, en marge, le dialogue suii'ant. qui se?-a repris plus loin, /' i3/'" : Et qui est-ce donc qui est heureu.x : (mon enfant) c'est moi répondit le prêtre d'un ton qui frapa le jeune homme, i Et comment avez-vous?) [Vous êtes heureu.x?] vous? si peu fortuné !, si pauvre ! et comment avez-vous fait pour l'être? mon enfant, je vous le dirai volontiers.
» son aise; sans approuver le mal il s'interessoit à toui. Jamais une » indiscreite censure ne venoit arrêter son babil & resserrer son cœur. » Le plaisir avec lequel il se crovoit écouté, augmentoit celui qu'il » prenoit à tout dire. .Ainsi se fit sa confession générale, sans qui! » songeât à rien contesser.
» Après avoir bien étudié ses sentimens & son caractère, le Prêtre » vit clairement que, sans être ignorant pour son âge, il avoit oublié » tout ce qu'il lui importoit de savoir, & que l'opprobre où lavoit » réduit la fortune, étouffoit en lui tout vrai sentiment du bien & du » mal. 11 est un degré d'abrutissement qui ôte la | vie à l'ame; & la ril] » voix intérieure ne sait point se faire entendre à celui qui ne songe » qu'à se nourrir. Pour garantir le jeune infortuné de cette mort » morale dont il étoit si près, il commença par réveiller en lui l'amour- » propre & l'estime de soi-même ^. Il lui montroit un avenir plus » heureux dans le bon emploi de ses talens; il ranimoit dans son cœur » une ardeur généreuse, par le récit des belles actions dautrui : en lui » faisant admirer ceux qui les avoient faites, il lui rendoit le désir » d'en faire de semblables. Pour le détacher insensiblement de sa vie » oisive & vagabonde, il lui faisoit faire des extraits de livres choisis '^ ; » & feignant d'avoir besoin de ces extraits, il nourissoit en lui le » noble sentiment de la reconnoissance ^. Il l'instruisoit indirectement
' Les pages qui suivent — tableau de la régénération morale du « jeune infortuné » au contact du Vicaire Savoyard — concordent pour l'essentiel avec celles des Confessions, VllI, 63, où Rousseau raconte l'influence bienfaisante de l'abbé Gaime sur lui : « Dans l'ordre successif de mes goûts et de mes idées, j'avais toujours été trop haut ou trop bas, .\chille ou Thersite, tantôt héros et tantôt vaurien. M. Gaime prit le soin de me mettre à ma place, et de me montrer à moi-même, sans m'épargner ni me décourager. Il me parla très honorablement de mon naturel et de mes talents, mais il ajouta qu'il en voyait naitre les obstacles qui m'empêcheraient d'en tirer parti: de sorte qu'ils devaient, selon lui, bien moins me servir de degrés pour monter à la fortune que de ressources pour m'en passer »,
' C'est un détail que négligent les Confessions, mais qui paraît très vraisemblable. C'est, du moins, une habitude que Rousseau conservera très longtemps, et dont il n'est pas impossible que l'abbé Gaime lui ait donné la première idée. On trouvera, dans les .Manuscrits de Neuchâtel, quelques-uns de ces cahiers d'extrciits ',5 et 6].
• En lui donnant l'illusion de s'acquitter ainsi envers son bienfaiteur. — Ici encore le Vicaire suit la méthode de Rousseau: cf. le IV' Livre d'Emile, II, 2o5 : « Élevez son àme au noble sentiment de la reconnaissance en ne lui parlant jamais que de son intérêt »; et 297 : «J'enflammerai son jeune cœur de tous les
de cette mort morale dont il étoit (' tout) près il - prit soin de réveiller en lui l'amour propre et l'estime de soi-même. (=" Il lui donna bonne opinion) « de ses talcns », il ranimoit dans son cœur une ardeur généreuse par le récit des belles actions d'autrui. En lui faisant admirer ceux qui les avoient faites il lui rendoit le désir ' de les faire (-' soi) -même. Pour "^^ l'occuper il lui faisoit faire des extraits de livres choisis et feignant " que ces extraits (lui étoient nécessaires) il nourrissoit en lui le noble sentiment de la reconnoissance. 11 l'instruisoit indirectement par ces livres ^ et " il lui faisoit reprendre assès bonne opinion de luimême pour ne [('" plus) se croire ('^ un être) absolument inutile et ne vouloir plus (^^ être) méprisable ^^ à ses propres veux.
" Unseul exemple ('' suffira pour) jugerde l'art "que cet homme employoit pour élever '" le cœur de son disciple '■' sans (jamais) paroitre songer à son instruction. '^ L'Ecclésiastique avoit une probité si bien reconnue et -" un jugement si -' sain « que f 156 "' plusieurs » personnes aimoient mieux || faire passer leurs --charités par ses mains que par celles des -^ ministres de l'Eglise. L'n jour
■ [si].
- B. commença par.
' [il lui montroit un avenir plus heureux dans le bon emploi].
* B. d'en faire de semblables.
= [lui].
" B. le détacher insensiblement de sa vie oisive et vagabonde. ' [d'avoir besoin de].
" (le).
'" [pas].
" B. un être inutile à tout bien et pour ne.
'- [se rendre].
'" (a pr ophES ?).
'"' B. une bagatelle.
'^ [fera].
"' B. (que) qu'emplovoit cet homme (bienfaisant) [de bien].
'" B. insensiblement.
'" B. au-dessus de la bassesse. — M. < au-dessus de la bassesse >.
'" (On lui).
■" B. (une si grande équité) [un (jugement) discernement].
-' B. sur.
" B. aumônes.
-^ B. riches curés de la ville. — M. des villes.
» par ces livres: il lui faisoit reprendre assez bonne opi | nion de (12] » lui-même pour ne pas se croire un être inutile à tout bien, & pour » ne vouloir plus se rendre méprisable à ses propres veux.
» Une bagatelle fera juger de l'art qu'employoit cet homme bien- » faisant pour élever insensiblement le cœur de son disciple au dessus » de la bassesse, sans paroitre songer à son instruction. L'Ecclésiastique » avoit une probité si bien reconnue & un discernement si sûr, que » plusieurs personnes aimoient mieux faire passer leurs aumônes par » ses mains, que par celles des riches Curés des villes i. Un jour qu'on » lui avoit donné quelqu'argent à distribuer aux pauvres, le jeune » homme eut, à ce titre, la lâcheté de lui en demander ^. Non. dit-il, » nous sommes frères, vous m'appartenez, & je ne dois pas toucher » à ce dépôt pour mon usage. Ensuite il lui donna de son propre I [13]
» argent autant qu'il en avoit demandé. Des leçons de cette espèce » sont rarement perdues dans le cœur des jeunes gens qui ne sont » pas tout-à-fait corrompus.
sentiments d'amitié, de générosité, de reconnaissance que i"ai déjà fait naître et qui sont si doux à nourrir ». Cf. encore Lettre à .M"' d"Houdetot, 5 Janvier 1758 i^'. 223 : < La seule reconnaissance est encore un sentiment si doux... ».
' Conseils à un curé [2], 3" : « Les curés de ville me paraissent déjà de bien grands seigneurs pour pouvoir être d'honnêtes gens ».
' Ce détail ne se trouve pas dans le récit des Confessions : il n'est certes pas conforme aux habitudes ultérieures de Jean-Jacques, qui aura pour l'argent un très sincère mépris. .Mais il est peu probable que Rousseau se soit gratuitement attribué ce trait peu délicat. Nous sommes, d'ailleurs, à l'époque du vol du ruban. Je crois donc qu'on peut ajouter ce petit épisode en appendice aux Confessions.,
22 REDACTIONS MANUSCRITES
qu'on lui avoil ' donné quelque argent à distribuer aux pauvres, ~ le jeune homme eut ^ à ce titre la * bassesse de lui en demander •'. Non, dit-il, nous sommes frères, vous m'appartenez « et » je ne (^veux) pas toucher à ce dépôt pour mon " usage. C* Et) « il lui donna de son propre argent ■' ». Qu'on s'imagine si l'on peut une leçon plus touchante « plus honnête » (plus généreuse)j et en même tems plus sublime i".
f Ce qui " frapoit le plus '= le (jeune) disciple etoit de voir
' M. remis.
- M. l'autre.
^ B. (à ce litre).
■* B. lâcheté.
■■' B. [à ce titre].
" [dois].
' B. (propre).
" [Ensuite]. '
' B. autant qu'il en avoit demandé. — M. qu'il lui en. — B. < Qu'on imagine... plus sublime >. Des leçons de cette espèce sont rarement perdues dans le cœur des jeunes gens qui ne sont pas tout à fait corrompus.
'" B. Je me lasse de parler en tierce personne, et (a cela b seroil) un soin (c bien) superflu; car vous sentez bien, cher concitoyen que ce malheureu.x fugitif c'est moi-même, <i je me {« sensi assez loin des desordres de ma jeunesse pour oser (' les reconnaître et je dois ce tribut de ma reconnaissance à la main qui m'en a tirél.
a [c'est]. — M. c'est, sans doute.
>> [(ne mei].
c [fort].
«i (car... et c'est bien lai.
" [crois].
f [les avouer et la main qui m'en (a tirél [tira] mérite bien qu'aux dépens d'un peu de honte je rende lau moins cet... quelque) honneur let) à ses bienfaits].
" B. me.
'- B. < le jeune disciple >.
t Ici, en marge : n b faire que le jeune homme parle lui-même, et. à côte', un signe qui renvoie au passage du folio suivant : vous sentez bien, cher concitoyen, etc. — Dans B et les autres Manuscrits, c'est dès à présent que Rousseau se lasse de parler en tierce personne. Aussi les verbes, pronoms et adjectifs possessifs y sont à la première. C'est donc, cfie^ eux, par rapport à F, et Jusqu'à la reprise du je, u?ie différence générale, que j'indique une fois pour toutes.
» Je me lasse de parler en tierce personne \ & c'est un soin fort » superflu; car vous sentez bien, ciier concitoyen -, que ce malheureux » fugitif c'est moi-même; je me crois assez loin des désordres de ma y jeunesse pour oser les avouer. & la main qui m'en tira mérite bien. » qu'aux dépens d'un peu de honte •''. je rende, au moins, quelque » honneur à ses bienfaits.
» Ce qui me frappoit le plus, étoit de voir, dans la vie privée » de mon digne maître, la vertu sans hvpocrisie, l'humanité sans » foiblesse, des discours toujours droits & simples, & une conduite » toujours conforme à ces discours. Je ne le vovois | point s'inquiéter [14] » si ceux qu'il aidoit alloient à Vêpres; s'ils se confessoient souvent: » s'il jeùnoient les jours prescrits: s'ils faisoient maigre : ni leur im- » poser d'autres conditions semblables, sans lesquelles, dût-on mourir » de misère, on n'a nulle assistance à espérer des dévots ^.
' On a vu plus haut, p. 8, note 4, un premier symptôme de cette « lassitude v>.
- C'est l'appellation dont Rousseau se servait quelquefois en écrivant à des amis Genevois, comme Vernes, Deluc, etc. Mais c'est surtout Moultou qui affectionnait cette formule en écrivant à Rousseau. Du reste, ici encore le « cher concitoven » c'est Rousseau lui-même, car, d'après la fiction, c'est à lui que « l'auteur du papier » est censé adresser son récit; cf. sa Lettre à Marcet du 24 Juillet 1762, X, 354: « Il [l'auteur d'Emile' déclare que c'est un écrit qu'il transcrit dans son livre, et cet écrit, dans le préambule, parait lui être adressé par un de ses cnncito-t-ens ». Cf. encore Déclaration relative au Pasteur Vernes^ IX, go.
^ C'est déjà, chez Rousseau, le besoin de « confession » qui se manifeste.
' Comparer avec le réquisitoire de Julie, Nouvelle Hélotse (VI, viii), V, 44 : « Ce qui m'a donné le plus d'éloignement pour les dévots de profession, c'est cette àpreté de mœurs qui les rend insensibles à l'humanité, c'est cet orgueil excessif qui leur fait regarder en pitié le reste du monde. Dans leur élévation sublime, s'ils daignent s'abaisser à quelque acte de bonté, c'est d'une manière si humiliante: ils plaignent les autres d'un ton si cruel, leur justice est si rigoureuse, leur charité est si dure, leur zèle est si amer, leur mépris ressemble si fort à la haine, que l'insensibilité même des gens du monde est moins barbare que leur commisération. L'amour de Dieu leur sert d'excuse pour n'aimer personne; ils ne s'aiment pas même l'un l'autre. Vit-on jamais d'amitié véritable entre les dévots ? Mais plus ils se détachent des hommes, plus ils en exigent: et l'on dirait qu'ils ne s'élèvent a Dieu que pour exercer son autorité sur la terre ».
REDACTIONS MANUSCRITES
dans la vie privée de son ' digne - maître la vertu sans ^ cagoterie l'humanité sans foiblesse [des discours toujours droits et simples] et * des actions toujours si conformes à ^ ses discours. Il ne le vovoit point s'inquiéter si ceux qu'il C^ assistoit) alloient à (' la messe) s'ils se confessoient souvent, s'ils C îaisoient) ' exactement (mai gre) les jours prescrits et d'autres conditions semblables sans lesquelles if" on n'a nulle assistance à espérer des ^i dévots. [(Tout homme souffrant avoit part à sa commisération i-')j. Loin d'étaler [lui-mêmei à ses veux le zélé affecté d'un nouveau converti il ne lui >3 avoit point trop caché ses '^ manières de penser et ne l'en voyoit pas plus scandalisé. Quelquefois « '^ il se seroit dit » il ("> me pardo nne) mon « ^' indifférence » pour le culte que j'ai embrassé en faveur de {'" mon indifférence i'' pour celui) dans lequel je suis né, il (-'"voit) simien que mon dédain n'est plus une affaire de parti. Mais que '-'- pouvoit-il penser quand il "'enten-
' B. (charitable) « digne ». — I. charitable patron.
- B. (bienfaiteur) <i~ maître ».
^ B. (cagoterie) [hypocrisie], — I. cagoterie.
* B. une conduite toujours conforme.
= B. ces.
" [aidoit].
■ [vêpres].
" [jeunoient].
' B. < e.xactement > (les jours prescrits) s'ils faisoient maigre (et) [«■ ni » leur imposer] d'autres.
'" B. dût-on mourir de misère.
" B. « dévots ».
'- [(ce n'eut été que (en) dans une concurrence? indispensable)]. — B. Encouragé par ces observations.
" B. cachois.
'"' B. (manières de penser) [idées].
'^ B. j'aurois pu me dire.
'" [me passe].
'' [dédain].
'*" [celle que (j'ai de mon) il me voit aussi pour le culte]. '" (que), ^o [sait].
'-' B. < bien >.
'" B. (pouvois-je) [devois-je].
-' B. l'entendois.
» Encouragé par ces observations, loin d'étaler moi-même à ses » veux le zèle affecté d'un nouveau converti, je ne lui cachois point » trop mes manières de penser, & ne l'en voyois pas plus scandalisé. » Quelquefois j'aurois pu me dire: il me passe mon indifférence pour » le culte que j'ai embrassé, en faveur de celle qu'il me voit aussi » pour le cuite dans lequel je suis né; il sait que mon dédain n'est » plus une affaire de parti. .Mais que devois-je penser, quand je leniendois » quelquefois approuver des dogmes contraires à ceux de | l'Eglise [15] » Romaine, & paroître estimer médiocrement toutes ses cérémonies? » Je l'aurois cru protestant déguisé i, si je l'avois vu moins fidèle à '» ces mêmes usages dont il sembloit faire assez peu de cas; mais » sachant qu'il s'acquittoit sans témoin de ses devoirs de Prêtre aussi » ponctuellement que sous les yeux du public, je ne savois plus que » juger de ces contradictions. Au défaut près, qui jadis avoir attiré sa » disgrâce. & dont il n'étoit pas trop bien corrigé -, sa vie étoit exem- » plaire, ses mœurs étoient irréprochables, ses discours honnêtes &
' Les Confessions ne font pas allusion à « ce protestantisme déguisé ». A la page même où Rousseau montre dans « l'honnête .M. Gaime » l'original du Vicaire Savovard, VHI, 64, il reconnaît que, « la prudence » obligeant l'abbé « à parler avec plus de réserve [que le Vicaire], il s'expliqua moins ouvertement sur certains points ».
' Rousseau a déjà employé une formule analogue en parlant des buveurs. Lettre à D'Alembert, I, 25i : « Us sont presque tous... braves et honnêtes gens, à leur défaut prés ». .Mais ici la formule est obscure et imprécise. 11 faut la rapprocher de l'aveu du Vicaire, à la fin de la Première Partie de la Professwn. au moment où il vient de parler des illusions des sens; cf., plus loin. p. i25 : « Ces illusions, dit-il, ont duré trop longtemps pour moi. Hélas! je les ai trop tard connues et n'ai pu tout-à-fait les détruire; elles dureront autant que ce corps mortel qui les cause ». Cf. encore, p. 86 : « Hélas! je le sens trop par mes vice^. l'homme ne vit qu'à moitié durant cette vie, et la vie de l'âme ne commence qu'à la mort du corps ». Ces aveux ne paraissent laisser aucun doute sur le sens qu'il faji donner ici au mot défaut, quoiqu'il devienne alors un peu déconcertant de décerner au Vicaire un certificat de « mœurs irréprochables ». .Mais ce qui avait « attiré s;i disgrâce », c'était moins, à proprement parler, un « défaut ». ou. pour reprendre son auire qualificatif, un « vice », qu'une « aventure de jeunesse ». « un scandale », qui semblait ne s'être point renouvelé. \\x début de la Profession, il affirmera « son respect pour le lit d'autrui ». S'il l'avait conservé après sa première aventure, on comprend mal comment ce * défaut » pouvait se manifester sans le compromettre; et. si les conséquences de ce «défaut» devenaient visibles, on ne comprend pas mieux comment .M. de .Mellarède avait pu intervenir en sa faveur et lui « obtenir la permission de reprendre ses fonctions » : cf., plus loin, p. i85. Peut-être le passage suivant du IV" Livre d'Emile, 11, 323. pourrait-il suggérer une explication : « Que si des habitudes mal combattues avaient tourné mes anciens désirs en besoins, j'y satisferais peut-être, mais avec honte, mais en rougissant de moi. J'ôterais la passion du besoin, je m'assortirais le mieux qu'il me serait possible, et m'en tiendrais là : je ne me ferais plus une occupation de ma faiblesse, et je voudrais surtout n'en avoir qu'un seul témoin ».
doit ' le prêtre lui-même (- approuver) des dogmes contraires à ceux de l'église Romaine et paroitre ^ îaire asses peu de cas de toutes ces cérémonies, * il l'eut cru protestant (■■ lui-même) *^ s'il l'eut vu moins (■ fidèlement asservi même sans témoins) à ces « mêmes » usages C^ qu'il) ■' sembloit ('" estimer si peu), i' Mais sachant qu'il s'acquitoit sans témoin de ses devoirs Ide prêtre| aussi (1- fidèlement) que sous les veux du public le jeune homme ne savoit ^^ plus que ^^ penser de ces contradictions (inexpliquables). Au défaut près qui jadis avoit ''' causé sa disgrâce et dont il n'étoit pas ^''' tout à fait corrigé] sa vie eioit exemplaire (et) ses mœurs étoient irréprochables, ses discours honnêtes et judicieux. (1" Après avoir vécu) avec lui « dans la plus grande » "familiarité ('■' tout ce que le jeune homme avoit vu de lui le poussoit à le respecter) davantage : et tant de bontés l'axant -"pénétré pour lui d'une tendre affection il attendoit avec une curieuse
' B. quelquefois lui-même.
- [(avancer) établir]. — B. approuver.
' B. estimer médiocrement toutes (ces) [ses] cérémonies ?
^ B. Je l'aurois.
■■* [déguisé].
•^ B. si je l'avois vu.
' [(exact) fidelle\
" [dont il].
' M. paroissoit.
'" [ne point.... faire (aucune) si peu d'estime]. — B. faire «. asses » peu de cas.
" (Il lui voyoit remplir si [trop] fidèlement ses devoirs de Prêtre) « et ».
'- [ponctuellement].
'■' B. (plus).
'* B. (penser) [juger].
'^ B. attiré.
'" B. trop bien.
'■ [En vivant].
'" B. intimité.
"* [le jeune homme le respectoit chaque jour]. — B. j'apprenois à le respecter chaque.
-" B. (pénétré pour lui de la plus tendre affection) [tout à fait gagné le coeur]. — I. pénétré pour lui de la plus tendre atïection.
» judicieux. En vivant avec lui dans la plus grande intimité, j'apprenois
» à le respecter chaque jour davantage; & tant de bontés m'ayant
» tout-à-t'ait gagné le cœur, j'attendois avec une curieuse inquiétude
» le moment d'apprendre sur quel principe il I fondoit l'uniformité 16]
» d'une vie aussi singulière.
fo 157 ro inquiétude ' sur quel principe il || 2 pouvoit fonder l'uniformité d'une vie aussi ^ bizarre.
[* Vous sentez bien, cher concitoyen, que ce malheureux fugitif (qui a passé par toutes ces humiliations) « c'est moi même »].
■^ Ce qu'il v avoit ('^ au fond de) moi de plus difficile à détruire étoit une orgueilleuse misantropie une « certaine aigreur » contre ' les heureux (et les riches) comme s'ils l'eussent été à mes dépends et que leur prétendu bonheur eût été usurpé sur * celui qui m'étoit du. La folle vanité de la jeunesse qui regimbe contre l'humiliation ne me donnoit que trop de penchant à cette « huineur » colère, f et '■' le sentiment intérieur que mon mentor if" s'efforcoit de réveiller en moi me portant à (" l'élévation d'ame) *- me rendoit les hommes ^^ encore plus vils " et ne faisoit ^'' que joindre pour eux le mépris à la haine. Sans combattre directement cet orgueil il l'empêcha de se tourner en dureté d'âme, et sans m'ôter l'estime de moi-même il "'■ la rendit moins dédaigneuse pour ''les autres. En écartant i** ces vaines apparences et me
' B. le moment d'apprendre sur.
- B. Ipouvoil fonder) [fondoit].
^ B. singulière.
■• B. < Vous sentez... moi-même >.
■■ B. Ce moment ne vint pas sitôt. Avant de s'ouvrir à (moi) [son disciple] il s'efforça de faire germer les semences de (bonté... raison) [sagesse et de vertu] qu'il jettoit dans (mon) [son] âme.
^ [en].
' [les riches et] les heureu.x [de ce monde]. — B. du monde.
■* B. le mien.
^ B. l'amour propre.
'" B. làchoit.
" [la fierté].
'- B. (me [ne]).
'■■^ B. (que) [encore].
" B. à mes yeux.
'^ B. qu'ajouter.
"' (me).
'' B. mon prochain.
'" B. toujours la vaine apparence.
t Ici. dans le manuscri/. un espace de quelques mots laissé en blanc.
» Ce moment ne vint pas si-tôt. Avant de s'ouvrir à son disciple, » il s'efforça de faire germer les semences de raison & et de bonté » qu'il jettoit dans son ame. Ce qu'il v avoit en moi de plus difficile » à détruire étoit une orgueilleuse misantropie, une certaine aigreur » contre les riches & les heureux du monde, comme s'ils l'eussent été » à mes dépens, & que leur prétendu bonheur eût été usurpé sur le » mien. La folle vanité de la jeunesse qui regimbe contre l'humiliation, » ne me donnoit que trop de penchant à cette humeur colère; & l'amour- » propre que mon Mentor tàchoit de réveiller en moi, me portant à » la fierté, rendoit les hommes encore plus vils à mes yeux, & ne » faisoit qu'ajouter, pour eux, le mépris à la haine.
I » Sans combattre directement cet orgueil, il l'empêcha de se tourner [17] » en dureté d'ame, & sans m'ôter l'estime de moi-même, il la rendit » moins dédaigneuse pour mon prochain. En écartant toujours la vaine » apparence & me montrant les maux réels qu'elle couvre, il m'apprenoit » à déplorer les erreurs de mes semblables, à m'attendrir sur leurs » misères, & à les plaindre plus qu'à les envier. Ému de compassion » sur les foiblesses humaines, par le profond sentiment des siennes, » il vovoit par-tout les hommes victimes de leurs propres vices & de » ceux d'autrui ; il vovoit les pauvres gémir sous le joug des riches, & les » riches sous le joug des préjugés. Croyez-moi, disoit-il i. nos illusions, » loin de nous cacher nos maux, les augmentent, en donnant un prix à » ce qui n'en a point & nous rendant | sensibles à mille fausses pri- [18] » vations que nous ne sentirions pas sans elles. La paix de l'ame » consiste dans le mépris de tout ce qui peut la troubler; l'homme » qui fait le plus de cas de la vie. est celui qui sait !e moins en jouir, » & celui qui aspire le plus avidement au bonheur, est toujours le plus » misérable.
' Ces réflexions du Vicaire concordent pour le fond avec celles que Rousseau met dans la bouche de l'abbé Gaime, Confessions, VIII, 63 : « Il me fit un tableau, vrai de la vie humaine, dont je n'avais que de fausses idées; il me montra comment, dans un destin contraire, l'homme sage peut toujours tendre au bonheur et courir au plus près du vent pour y parvenir; comment il n'y a point de vrai bonheur sans sagesse, et comment la sagesse est de tous les états. H amortit beaucoup mon admiration pour la grandeur, en me prouvant que ceux qui dominaient les autres
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montrant les maux réels qu'' elles couvrent il m'apprenoit à déplorer |- les] erreurs ide mes semblables , à m'attendrir sur leurs misères, et à les plaindre plus qu'à les envier. Emu de compassion sur les foiblesses humaines, par le profond sentiment des siennes il voyoit par tout les hommes victimes de leurs ^ vices et de ceux ^ des autres, il voyoit les pauvres gémir sous le joug des riches et les riches sous le joug ^ de l'opinion. Croyez-moi disoit-il nos illusions " loin de nous cacher nos maux les augmentent. ■ Elles nous rendent sensibles à mille * privations que nous ne sentirions ■' pas sans elles. La paix de l'ame consiste dans le mépris de tout ce qui peut la troubler '" et f" l'hommej qui ('-jouit le moins des biens de cette vie «est celui qui » suit le mieux la nature). '^ Ah quels tristes tableaux, m'ecriois-je avec amertume, '^ que nous a donc servi de naitre '^ et f qui est-ce qui sait être heureux. C'est moi répondit le prêtre d'un ton dont
' B. elle couvre.
- (leurs).
■■ B. propres.
' B. d'autrui.
■■ B. des préjugés.
" [(moins ?)].
' B. en donnant un prix à ce qui n'en a point, et nous rendant sensibles. — M. en nous en donnant de chimériques, en mettant un pri.\ à.
" B. fausses.
" B. (pas) [point].
'" B. la félicité fuit ceux qui la poursuivent; l'homme.
" (le plus heureux des hommes).
'- [(leur) donne un plus grand prix aux biens de la vie est celui qui sait le moins en jouir]. — B. fait le plus de cas de la vie est celui.
" (le néant de l'humanité... des choses humaines). — B. « .\h\ quels tristes tableaux, m'écriois-je *.
" B. [s'il faut renoncer à son être pour en jouir] que nous. — M. toujours renoncer à soi.
'■' B. (et) [s'il faut ne tenir à rien pour vivre sans peines] qui est-ce. — M. s'il ne faut tenir.
t Ce dialogue avait déjà été amorcé plus haut, dans une note marginale, /'° i56 ''".
» Ah ! quels tristes tableaux, m"écriois-je avec amertume ! s'il faut » se refuser à tout, que nous a donc servi de naître, & s'il faut mépriser » le bonheur même, qui est-ce qui sait être heureux? C'est moi, répondit » un jour le Prêtre, d'un ton dont je fus frappé. Heureux, vous! si peu » fortuné, si pauvre, exilé, persécuté; vous êtes heureux! Et qu'avez- » vous fait pour l'être? Mon entant, reprit-il, je vous le dirai volontiers.
n'étaient ni plus sages ni plus heureux qu'eux. Il me dit une chose qui m'est souvent revenue à la mémoire : c'est que si chaque homme pouvait lire dans les cœurs de tous les autres, il y aurait plus de gens qui voudraient descendre que de ceux qui voudraient monter. Cette réflexion dont la vérité frappe et qui n'a rien d'outré, m'a été d'un grand usage dans le cours de ma vie pour me faire tenir à ma place paisiblement. 11 me donna les premières vraies idées de l'honnête, que mon génie ampoulé n'avait saisi que dans ses excès ». Ce sont, à peu de chose près, les mêmes maximes qu'ici : mais, dans le résumé des Confessions, le ton est plus simple et moins antithétique.
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je fus frapé. Heureux, vous ? si peu fortuné, si pauvre (' si) persécuté, \ous êtes heureux ! et - comment avez-vous fait pour l'être. Mon enfant reprit-il je vous le dirai volontiers.