Le Rendez-vous
» Là-dessus il me fit entendre qu'a- | près avoir reçu mes confes- [19] » sions, il vouloit me faire les siennes. J'épancherai dans votre sein, » me dit-il en m'embrassant, tous les sentimens de mon cœur '. \'ous » me verrez, si non tel que je suis, au moins tel que je me vois moi- » même. Quand vous aurez reçu mon entière profession de foi, quand » vous connoîtrez bien l'état de mon ame, vous saurez pourquoi je » m'estime heureux, &, si vous pensez comme moi, ce que vous » avez à faire pour l'être. Mais ces aveu.x. ne sont pas l'affaire d'un » moment; il faut du tems pour vous exposer tout ce que je pense » sur le sort de l'homme. & sur le vrai prix de la vie'-; prenons une » heure un lieu commodes pour nous livrer paisiblement à cet entrelien.
» Je marquai de l'empressement à l'entendre. Le rendez-vous ne » fut I pas renvové plutard qu'au lendemain matin. On étoit en été; ^20]
» nous nous levâmes à la pointe du jour. Il me mena hors de » la ville, sur une haute colline, au-dessous de laquelle passoit le » Pô 1, dont on voyoit le cours à travers les fertiles rives qu'il
' Comme plusieurs philosophes du XVIII" siècle, chez qui le prosélytisme est un besoin du tempérament, Rousseau est en quête d'un disciple: et c'est à un « jeune homme » qu'il désire, lui aussi, confier ses plus chères pensées : cf. Vauvenargues, Conseils à un jeune homme '178', 170 sqq, et le mot de Diderot en tête de ses Pensées sur l'interprétation de la Sature 210", 7 : « Jeune homme, prends et lis ». Mais Rousseau pouvait aussi se rappeler, dans les Entretiens du P. Lami 90 . 368-38o. le discours du solitaire Synèse à son jeune disciple Eugène.
' Ainsi, dans cette « Profession de foi ». les développements proprement métaphysiques ou théologiques ne seront que des accessoires, ou mieux, des moyens. C'est avant tout un art de vivre.
• Il y a, en effet, aux portes de Turin, deux éminences, d'où l'on peut apercevoir « l'immense chaîne des Alpes » : le Monte dei Cappucini, et, à l'est, un peu en arrière, la Superga. Le nom de « haute colline » semblerait mieux convenir à la Superga (672 m.i qu'au Monte dei Cappucini (292 m ; 5o m. au-dessus du Pôi; mais c'est du Monte seulement qu'on peut dire que « le Pô passe au-dessous ».
REDACTIONS MANUSCRITES
[1 au-dessous - de laquelle passoit le poj dont ' on (^ suivoit) le cours à travers (■' le plus beau pays, et) dans l'éloignement l'immense chaîne des alpes ('■ terminoit) le (plus superbe) paysage (dont l'œil humain îut jamais îrapé). " Les rayons du| soleil levant rasoient déjà les plaines et ;'* projettant « sur ('•' ces) champs »j ('"en?') longues ombres, ("le dessein des) arbres ('-et des) maisons (dont " la campagne étoit couverte) '^ enrichissoient (le tableau « '^par » "'cent) accidens de lumière '". On eut dit que la nature '** étalon à nos yeux « toute » sa '■' magnificence pour écarter de (■" nous) les pensées basses et nous élever aux sublimes contemplations. Ce fut là qu'après a\oir quelque tems -'considéré ces objets en silence ^^mon digne maitre (-^ me parla ainsi).
' (hors de la ville).
^ (de laquelle on découvroit... suivoit... pouvoit suivre des yeu.x au loin le mot illisible du Po).
' [(l'œil)].
■• [voyoii]. — B. (suivoit) [voyoit].
* [les fertiles plaines qu'il arrose]. — B. (plaines) ^(coteau.x) rives] qu'il (arrose) [baigne].
" [(bornoit) couronnoit].
' (Le).
"* (marquoit le ... projeunient). — B. (projettoient) [projettant].
" [les].
'" [par de]. — B. par.
" [les].
'- [les coteaux, les].
" [(ils étoient ornés... entourés)].
'* (elles étoient ornées... qui donnoient à tout le pais un... les entouroient).
■^ [de].
"• [mille].
" lumiere(si (dont ,"et rendoienl] les lableau.x étoient enrichis) [le plus beau tableau dont l'a-il humain fut jamais Irapé]. — B. puisse être frapé. '* (avoil).
" B. (magnificence) [pompe].
-" [nos esprits]. — B. nos amas.
-' B. (regardé) considéré.
-- B. (mon digne maitre commença) [l'homme de pai.\ me paria] ainsi. — ï. mon digne maitre commença.
-•' [(tint ce discours) commença ainsi].
» baigne. Dans 1 eloignement, l'immense chaîne des Alpes couronnoit » le païsage. Les rayons du soleil levant rasoient déjà les plaines, » & projettant sur les champs par longues ombres les arbres, les » coteaux, les maisons, enrichissoient de mille accidens de lumière -, » le plus beau tableau dont l'œil humain puisse être frappé s. On » eût dit que la Nature étaloit à nos veux toute sa magnificence K » pour en offrir le texte à nos entretiens '"•. Ce fut-là, qu'après avoir
' Cf. Xonvelle Héloïse iVl, xxtii), IV, 5o : « Ajoutez à tout cela les illusions de l'optique, les pointes des monts différemment éclairées, le clair obscur du soleil et des ombres, et tous les accidents de lumière qui en résultaient le matin et le soir ».
• Il semblerait que la formule fût réservée pour le « tableau » du lac de Genève: cf. Xouvelle Heloise (IV. vu. IV, 291 : «Ce paysage unique, le plus bea:i dont l'œil humain fut famais frappe ».
' Cf. Souvelle Héloïse (V, m. IV, 38i. note : « La véritable magnificence n'est que l'ordre rendu sensible dans le grand; ce qui fait que de tous les spectacles imaginables, le plus magnifique est celui de la nature ».
5 Ce décor du soleil levant a déjà été utilisé au début du 111' Livre d'Emile, II, iSS-iSg. C'était, si l'on peut ainsi parler, un décor général, un lever de soleil dans une campagne quelconque : « On le voit s'annoncer de loin par les traits de feu qu'il lance au-devant de lui. L'incendie augmente, l'orient paraît tout en flammes : à leur éclat, on attend l'astre longtemps avant qu'il se montre : à chaque instant on croit le voir paraître ; on le voit enfin. Un point brillant part comme un éclair, et remplit aussitôt tout l'espace: le voile des ténèbres s'efface et tombe. L'homme reconnaît son séjour, et le trouve embelli. La verdure a pris durant la nuit une vigueur nouvelle; le jour naissant qui l'éclairé, les premiers rayons qui la dorent, la montrent couverte d'un brillant réseau de rosée, qui réfléchit à l'œil la lumière et les couleurs. Les oiseaux en chœur se réunissent et saluent de concert le père de la vie; en ce moment pas un seul ne se tait: leur gazouillement, faible encore, est plus lent et plus doux que dans le reste de la journée, il se sent de la langueur d'un paisible réveil. Le concours de tous ces objets porte aux sens une impression de fraîcheur qui semble pénétrer jusqu'à l'âme. Il y a là une demi-heure d'enchantement, auquel nul homme ne résiste : un spectacle si grand, si beau, si délicieux, n'en laisse aucun de sang-froid ». Ici c'est un lever de soleil particularisé, dans un paysage encore très sommaire, où pourtant certains souvenirs personnels mettent une précision pittoresque. Mais la plus grande différence entre les deux morceaux réside surtout dans l'état d'esprit et le langage des contemplateurs : « Plein de l'enthousiasme qu'il éprouve, dit Rousseau au III' Livre, le maître veut le communiquer à l'enfant : il croit l'émouvoir en le rendant attentif aux sensations dont il est ému lui-même. Pure bêtise! C'est dans le cœur de l'homme qu'est la vie du spectacle de la nature; pour le voir, il faut le sentir. L'enfant aperçoit les objets: mais il ne peut apercevoir les rapports qui les lient, il ne peut entendre la douce harmonie de leur concert. 11 faut une expérience qu'il n'a point acquise, il faut des sentiments qu'il n'a point éprouvés, pour sentir l'impression composée qui résulte à la fois de toutes ces
sensations Comment s'attendrira-t-il sur la beauté du spectacle de la nature, s'il
ignore quelle main prit soin de l'orner ? Ne tenez point à l'enfant des discours qu'il ne peut entendre. Point de descriptions, point d'éloquence, point de figures, point de poésie. Il n'est pas maintenant question de sentiment ni de goût. Continuez d'être
» quelque tems contemplé ces objets en silence *, l'homme de paix » me parla ainsi.
clair, simple, et froid ; le temps ne viendra que trop tôt de prendre un autre langage ». Ce temps est venu maintenant : le spectacle du soleil levant n'est plus matière à leçon astronomique, mais à leçon de théologie morale. — Il est d'ailleurs possible, et même probable, que le choix du cadre a été suggéré à Rousseau par Haller. Celui-ci avait commencé son Essai sur l'origine du mal, par une description analogue, dont on remarquera les nombreuses ressemblances avec celle de la Profession. Je cite les Poésies de Haller d'après la traduction de 1762, que Rousseau avait lue. et dont on retrouve des extraits dans ses cahiers [200], Sô-Sg : « Invité par un doux zéphir, je m'arrêtai un jour sur une colline écartée... Un large pays s'y étend sous nos pieds, borné par sa propre grandeur... La verdure des bois qui couvrent les coteaux est relevée par une agréable variété, par la couleur blonde des champs. L'Aare qui roule ses eaux pures par les prairies, réfléchit, en mille situations différentes, une vive lumière... Ici la terre était couverte de brebis, dont les troupeaux bigarrés broutaient avec avidité, pendant que d'un autre côté, des bœufs pesants, mollement étendus sur l'herbe, ranimaient leur goût en ruminant le trèfle fleuri... le vert obscur des sapins jetait son ombrage sur la pâle verdure de la mousse; les rayons du soleil répandaient au travers des branches épaisses une lumière tremblante, et une ombre verte se confondait en diftérentes nuances avec un éclat doré... Là les Alpes élèvent leurs sommets couronnés de nuages au-dessus du .vol des oiseaux... Oui, tous les objets que je vois sont des dons du destin ! Le monde même est fait pour le bonheur de ses citovens. un bien-être universel anime la nature, et tout porte l'empreinte d'un Être souverainement bon ». — Cf. encore. Confessions, VIII, i68-i6g, les prières de Jean- Jacques au soleil levant, et Mémoires de Mme d'Èpinay [256], 1, 394, le mot qu'elle attribue à Rousseau : « Le lever du soleil, en dissipant la vapeur qui couvre la terre, et en m'exposant la scène brillante et merveilleuse de la nature, dissipe en même, temps les brouillards de mon esprit. Je retrouve ma foi. mon Dieu, ma croyance en lui ».
' Ici encore le Vicaire suit la méthode conseillée par Rousseau. IV Livre d'Emile, II, 294-296: et. comme il veut agir « par la persuasion, par les affections de l'âme », il se garde bien de « négliger la langue des signes » : « Ce que les .Anciens, dit Rousseau, ont fait avec l'éloquence est prodigieux ; mais cette éloquence ne consistait pas seulement en beaux discours bien arrangés; et jamais elle n'eut plus d'effet que quand l'orateur parlait le moins. Ce qu'on disait le plus vivement ne s'exprimait pas par des mots, mais par des signes, on ne le disait pas, on le montrait. L'objet qu'on expose aux yeux ébranle l'imagination, excite la curiosité, tient l'esprit dans l'attente de ce qu'on va dire : et souvent cet objet seul a tout dit ». C'est ce que fait le Vicaire. Avant de prêcher Dieu, il le montre. Il le prend même, en quelque sorte, à témoin, comme il s'était proposé de le faire aux moments les plus solennels de la vie de son Emile; cf. dans le Premier Brouillon [10], 60'°, ce passage inédit, avec, en marge, cette annotation, « Prendre Dieu à témoin » : « Je suis persuadé qu'une chose qui nous étrécit l'âme, et contribue à nous rendre petits et vicieux, est que nous ne mettons pas assez de solennité dans les actions importantes de notre vie. Je n'appelle pas solennité ce qui se fait en cérémonie à la face des hommes, mais dans une présence infiniment plus auguste, qui est celle de leur créateur ».
REDACTIONS MANUSCRITES
r PARTIE : LA RELIGION NATURELLE 1. La Confession du Vicaire.
Mon enfant n'attendez de moi ni des discours savans ni de profonds raisonnemens. Je ne suis (-point) un grand philosophe et 'ne me soucie ^ point de l'être. Mais j'ai quelquefois du bon sens et j'aime toujours la vérité, (''mon dessein n'est point de raisonner '•ni de) vous convaincre ("mais de) vous exposer ce que je pense dans la simplicité de mon cœur. ''Si je me trompe ''c'est de bonne foi, '° cela suffit pour que mon erreur soit (" justifiée). '- Si je pense '■'bien la raison nous est commune '■*. Pourquoi ne '-'le sentiriezvous pas comme moi.
Je suis né pauvre et paysan, j'étois îait pour cultiver la terre. 1' Cependant (à l'aide '"de quelque ar gent) on i'^ me fit] apprendre
' (Disco URs).
= [pas].
' B. (ne). — M. ne.
* B. (point) [peu]. — M. point. — I. point.
^ [(sans vouloir) je ne veux (ni) pas argumenter avec vous, je ne cherche pointa]. — B. je ne veux (point) [pas] argumenter avec vous (et) je (n'espère) [ne cherche] pas à.
" (même).
' [(mon dessein n'est pas de... je me contenterai de) il me suffit de].
" (Si le vôtre). — B. [Consultez le vôtre durant mon discours; c'est tout ce que je vous demande]. — I. < consultez... demande >.
" M. dans mes sentimens.
'" M. c'en est assez.
" [(pardonnée... ne soit point criminelle) ne me soit pas imputée « à crime »].
'- B. * quand vous vous tromperiez de même il y auroit peu ■>•> de mal à cela.
'" B. [(vrai)].
'* B. [et nous avons le même interest à (connoître la vérité) l'écouter].
" B. (le) penseriez-vous.
'" B. Mais on crut plus beau (de me faire apprendre) [que j'apprisse] à gagner.
'" [(de la famille)]
" (vint à bout de me faire étudier « c'est-à-dire » pour).
ÉDITIOX ORIGINALE 39
r PARTIE : LA RELIGION NATURELLE 1. La Confession du Vicaire.
Mon
enfant, n'attendez de moi ni des discours savans, ni de profonds raisonnemens. Je ne suis pas un grand Pliilosophe,iS: je me soucie peu de l'être. Mais j'ai quelquefois du bon sens, & j'aime toujours la vérité i. Je ne veux pas argumenter avec vous, ni même tenter de vous convaincre -; il me suffit de vous exposer ce que je pense dans la simplicité de mon cœur. Consultez le vôtre durant mon discours; c'est tout ce que je vous demande. Si je me trompe, c'est de
' Si, par hasard, il était besoin de prouver que le Vicaire et Rousseau ne font qu'un, on en trouverait un témoignage décisif dans cette lettre à Dom Deschamps, du 8 -Mai 1761 [27], 148, où Rousseau s'approprie les paroles du Vicaire : « Vous croyez vous adresser à un philosophe, et vous vous trompez : je suis un homme très peu instruit, et qui ne s'est jamais soucié de l'être, mais qui a quelquefois du bon sens et qui aime toujours la vérité ». — Il y a 'quelque analogie, sinon dans les sentiments, au moins dans les formules, entre les déclarations du Vicaire et celles de Descartes, au début du Discours de la Méthode ^80], 2 : « Je n'ai jamais présumé que mon esprit fut en rien plus parfait que ceux du commun... .Mon dessein n'est pas d'enseigner la méthode que chacun doit suivre pour bien conduire sa raison, mais seulement de faire voir en quelle sorte j'ai tâché de conduire la mienne ». — C'est l'attitude que Rousseau avait déjà prise en s'adressant à Sophie, I" Lettre [3i], 117 : « En vous exposant mes sentiments sur l'usage de la vie, je prétends moins vous donner des leçons que vous faire ma profession de foi... Sans doute, avec d'importantes vérités dont vous saurez faire usage, vous trouverez ici des erreurs ■involontaires dont votre droiture de cœur et d'esprit saura me guérir et vous préserver. Exammez, discernez, choisissez»; cf. encore la Lettre sur la vertu [25], 184 : « Ne vous attendez pas de trouver ici des dissertations métaphysiques, ni tout cet appareil de mots que beaucoup de lecteurs y chercheront sans doute, et qui ne sert qu'à rendre l'homme plus vain, sans le rendre meilleur ni plus éclairé. Cette affectation de doctrine ne siérait ni à l'auteur ni à l'ouvrage dans une matière où il est plus question de sentir que d'apercevoir, et que les plus simples entendent toujours mieux que les plus savants. La nature nous a donné des sentiments et non des lumières, et comme on ne peut sans injustice nous demander compte de ce que nous n'avons pas reçu, nous aurions trop à nous plaindre, si tant de savoir était nécessaire pour connaître la vertu ».
' Il ne le tente pas, mais il l'espère : « Pourquoi ne penseriez-vous pas comme moi »? ou plutôt il fait bon marché de convaincre, pourvu qu'il persuade. Comme le dira son disciple, à la fin de la Première Partie, p. 128-129, ^" dépit « des foules d'objections » qu'on pourrait lui faire, « la persuasion est pour lui ».
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('ce qu'il -îaloit savoir pour) gagner « ^ mon » pain dans le métier de prêtre *. Assurément ni mes parens ni moi ne songions guère ^à chercher en cela ce qui étoit bon et \eritable, mais ce qu'il faloit "admettre comme tel pour être ordonné. J'appris ce qu'on vouioit que "j'apprisse, '^ je dis ce qu'on vouloit que je disse, je '•'promis (tout), (ce) qu'on voulut, et je fus fait prêtre. Mais je ne tardai pas à '<> m'appercevoir qu'en promettant de n'être pas homme j'avois promis plus que je ne pouvois tenir.
(Cette seule réflexion m'eut pu mener loin). On nous dit que la conscience est l'ouvrage '^ des préjugés. Cependant '- 1-' expérience m'a fait sentir '•' qu'elle s'obstine à suivre l'ordre de la nature |mêmej contre ('^la voix des « préjugés »). On a beau nous « i^detïendre» ceci ou cela, ("'elle ^'nous deîent ) « toujours » foiblement ce que nous permet la nature bien ordonnée, a plus jo j^gg ro II forte raison ce qu'elle nous prescrit (comme la cohabitation des deux sexes). O bon jeune homme elle n'a rien dit encore à vos
- [faut].
' [(son)].
* B. et l'on trouva le moyen de me faire étudier (à l'aide de quelques patrons qui m'assistèrent). ' B. (en).
" B. savoir pour.
' (je disse).
^ I. < je dis... disse >.
' [pris tous les engagemens]. — B. m'engageai comme on. '" B. sentir qu'en (promettant) [faisant vœu] de n'être. " [(de l'édu CATION)].
'- B. je sais par mon e,xpérience qu'elle. " (aussi... cepend ant).
'* [(les voix des hommes) les lois des hommes]. — B. toutes les lois. '= [(prescrire)].
'" [(« la conscience») le remords nous reproche]. '■ (parlé?).
bonne-foi ; cela suffit pour que mon erreur ne me soii pas imputée à crime ^\ quand vous vous tromperiez de même, il y auroit peu de mal à cela : si je pense bien, la raison nous est commune, & nous avons le même intérêt à l'écouter; pourquoi ; ne penseriez-vous pas comme moi? [22]
Je suis né pauvre & paysan 1, destiné par mon état à cultiver la terre: mais on crut plus beau que j'apprisse à gagner mon pain dans le métier de Prêtre, «Se l'on trouva le moyen de me faire étudier. Assurément ni mes parens, ni moi ne songions guère à chercher en cela ce qui étoit bon, véritable, utile, mais ce qu'il falloit savoir pour être ordonné. J'appris ce qu'on vouloit que j'apprisse, je dis ce qu'on vouloit que je disse, je m'engageai comme on voulut, & je fus fait Prêtre. Mais je ne tardai pas à sentir qu'en m'obligeant de n'être pas homme, j'avois promis plus que je ne pouvois tenir.
On nous dit que la conscience est l'ouvrage des préjugés -; cependant je sais par mon expérience qu'elle s'obstine à suivre l'ordre de la Nature contre toutes les loi.x des hommes. On a I beau nous défendre ceci ou [23] cela, le remords nous reproche toujours foiblement ce que nous permet la Nature bien ordonnée, à plus forte raison ce qu'elle nous prescrit 1.
• Pensées philosophiques, XXIX [177], 140 : « Qu'ai-je à craindre, si c'est innocemment que je me trompe»? Et Voltaire, dans ['Èpilre à L'ranie [iSg], 36i :
« Crois que de ton esprit lu naive candeur
Ne sera point l'objet de sa haine immortelle.
Mais c'est surtout dans le système de Marie Huber que la bonne foi avait été élevée à la hauteur d'un principe; cf. Religion essentielle \\bi\, II, 191, 198 : « Quoi donc ! la bonne foi pourrait-elle suffir à tout !... La chose me parait très possible... La bonne foi envers soi-même est l'introduction à tout le reste »; et IV, 122-123 : « Ce principe de droiture et de bonne foi qui fait l'âme de la religion essentielle; principe qui fait acquiescer à toute vérité reconnue pour telle, et à tout prix, sans égard à l'approbation ou à la désapprobation des hommes; principe enfin qui retranche toute vaine curiosité, toute spéculation inutile, qui fait qu'on se borne à connaître ce qui est de sa tâche et à la remplir de son mieux ».
' Ce dernier trait convient surtout à M. Gaime. 11 était né, en effet, dans un petit village de Savoie, à Héry-sur-Alby. M. Gâtier, au contraire, était bourgeois de Cluses, capitale du Faucigny : cf., pour M. Gaime, Mugnier, M^' de W'arens et J. J. Rousseau [272], 5i, et, pour jM. Gâtier. l'acte de naissance cité dans {'Introduction, \" Partie, Chap. II, § 2.
' Cette théorie sera discutée plus loin par Rousseau : cf. p. 107-110 et notes; mais ici. comme la phrase a été écrite avant la lecture du livre De L'Esprit, la pensée d'Helvetius est absente de cet on dit, et c'est sans doute à Montaigne, MandeviUe et autres « prétendus sages », que Rousseau fait allusion.
' Les idées de Rousseau semblent avoir varié sur ce point, au moins dans l'expression, et suivant les nécessités de la discussion. Dans ce même IV Livre d'Emile, à deux reprises, II, 292, 3o6, il conteste que « ce prétendu besoin » soit « un
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sens, (1 vous êtes encore) dans l'état heureux où sa voix est celle de l'innocence. Sou\'enez-vous qu'on l'offense encore plus quand on la prévient que quand on la (- réprime). Il est toujours beau de se vaincre et ^ il faut commencer par apprendre à résister pour savoir quand on peut céder sans crime.
' [(Puissiez-vous vivre longtems... Ah!) vivez longtems]
' [combat].
^ (celui qui prévient).
O bon jeune homme 1 elle n'a rien dit encore à vos sens; vivez longtems dans l'état heureux où sa voix est celle de l'innocence. Souvenezvous qu'on l'offense encore plus quand on la prévient, que quand on la combat; il faut commencer par apprendre à résister, pour savoir quand on peut céder sans crime.
vrai besoin » et il parait admettre que la virginité, même perpétuelle, — si elle sait se défendre des tentations de l'imagination et de la société, — reste conforme à la nature. Dans la Xouvelle Héloïse (11, xxvii), IV, 209, Julie s'indigne contre les hommes qui allèguent « je ne sai» quelle chimérique nécessité, qui n'est connue que des gens de mauvaise vie ; comme si les deux sexes étaient, sur ce point, de nature dinérente, et que. dans l'absence ou le célibat, il fallût à l'honnête homme des ressources dont l'honnête femme n'a pas besoin ». Dans le fond pourtant, Rousseau est d'accord avec le Vicaire. Il dira dans le V* Livre, II, 442 : « On me citera mille jeunes gens, qui. dit-on, vivent fort chastement sans amour: mais qu'on me cite un homme fait, un véritable homme qui dise avoir ainsi passé sa jeunesse, et qui soit de bonne foi ». En ce qui concerne particulièrement les prêtres, il avait déjà dit dans ses Conseils à un curé [2], 2™ (je cite la première rédaction, qui était plus aggressive et plus tranchante! : « Vous savez tous mieux que moi, qu'en obligeant le clergé à la continence, on lui a rendu la chasteté impossible ». Dans un brouillon de la S'ouvelle Héloïse (VI, vi) [8 B], %(>'", cette même Julie s'emporte avec une violence inattendue contre le célibat ecclésiastique : « Voyez ces prêtres téméraires qui font vœu de n'être pas hommes. Pour les punir d'avoir tenté Dieu. Dieu les abandonne à leurs mœurs corrompues: leur feinte continence les mène aux plus infâmes débauches; ils se disent saints et sont déshonnêtes. et je comprends qu'ils s'abaissent au-dessous des brutes, pour avoir dédaigné l'humanité ». Le texte définitif est légèrement adouci, et la note, V, 23, apporte à cette affirmation sans réserves quelques atténuations, mais ne modifie pas l'essentiel de la thèse : « Quelques hommes sont continents sans mérite, d'autres le sont par vertu, el je ne doute pas que plusieurs prêtres catholiques ne soient dans ce dernier cas; mais imposer le célibat à un corps aussi nombreux que le clergé de l'Eglise Romaine, ce n'est pas tant lui défendre de n'avoir point de femmes que de lui ordonner de se contenter de celles d'autrui » : cf. encore les mêmes idées. Lettre à M. de Beaumont, 111, 89, note. — Cette protestation contre le célibat ecclésiastique n'a rien d'étonnant chez un « citoyen de Genève » ; on la retrouverait chez d'autres écrivains protestants, familiers à Rousseau : cf., par exemple, Beausobre. Histoire du Manichéisme [142], II, 481, Haller, Épt'tre sur la fausseté des vertus humaines [200], 173-176; Vernet, Instruction chrétienne [21 3]. III, 369. Si Rousseau n'avait pas encore tout-à-fait oublié L'Histoire de l'Église et de l'Empire, « qu'il avait apprise presque par cœur chez son père » [Confessions, Vlll, 45), il devait se rappeler les nombreux arguments de Le Sueur en faveur du mariage des prêtres : cf. [85^, 111, 462, \', 343, 476, etc. Mais, en outre, dans les milieux « philosophiques », depuis un demisiècie environ, il se dessinait un mouvement d'opinion, hostile au célibat ecclésiastique : cf. les Dialogues de La Hontan [io5], 25-27, ^^^ \fœurs de Toussaint [184], i3, les Lettres Juives de d'.\rgens j5o], II, 70-71, IV, 240-252, la Lettre de Thrasybule de Fréret [189]. 82-83, l'article Célibat, dans V Encyclopédie, par Diderot '58], XI\', 42-5g, etc., etc. Il ne faut pas oublier surtout les théories de l'abbé de Saint-Pierre, que Rousseau connaissait bien, puisqu'il avait été chargé de les résumer: cf. Observations politiques sur le célibat des prêtres [70], II, i5o-i83. On verra par la note 3 que le souvenir de l'abbé de Saint-Pierre est entré pour quelque chose dans le personnage du Vicaire.
'J'ai toujours regardé le mariage comme la première et la plus sainte institution de la nature, m'étant ôié le '-pouvoir de m'v soumettre je résolus au moins de ne (le) ' pas * profaner car malgré mes (études et mes) classes 5a^■ant toujours mené une \'ie uniforme et simple 'mes lumières primitives avoient encore toute leur clarté. ' Les majcimes du monde ne les avoient point obscurcies, ** et ma pauvreté (■' m'avoit servi de sauve-garde contre les '" illusions) du \ice.
(Croiriez-vous qu'une si louable) " resolution fut précisément ce qui me perdit. Mon respect pour le lit d'autrui laissa « ^- mes fautes » à découvert. ('^ Elles îurent sévèrement expiées et ^Me scandale ''■mej îut "surtout reproché), " «. je fus bien plus » ('■"puni) « de mes scrupules que de ^^ mon incontinence » et j'eus lieu de (-"voir) aux reproches dont ma disgrâce fut accompagnée qu'il ne faut souvent qu'aggraver le crime pour échaper au châtiment.
Peu d'expérience s pareilles -' mènent loin un esprit qui (en)
' B. (J'ai toujours regardé) [Dès ma (première) jeunesse, j'ai respecté].
- B. droit.
" B. point.
* [le].
^ [et mes études].
" B. (mes) [j'avois conservé dans mon esprit toute la clarté des] lumières primitives (avoient encore toute leur clarté).
' (L'habitude).
« (la).
" [me (servoit) tenoit éloigné des pièges]. — B. m'éloignoit des tentations (d'où naissent) [qui dictent] les sophismes du vice.
'" [(sophismes)].
" [Cette].
'-' [(ma faute)].
'" (et m'exposa... on me les fit elle fut]).
■* (je).
" [qui].
'" (pr mot inachevé).
" [11 fallut e.vpier le scandale (et). Arrêté, interdit, chassé].
'" [la victime].
" (mes fa utes.'').
-" [comprendre].
-' expérience pareilles (sic).
Dès ma jeunesse j'ai respecté le mariage comme la première & la plus sainte institution de la Nature -. M'étant ôté le droit de m'y soumettre, je résolus de ne le point profaner ': car malgré mes classes & mes études, ayant toujours mené une vie uniforme & simple, j'avois conservé dans mon esprit toute la clarté des lumières primitives: les maximes du monde ne | les avoient point obscurcies, & ma pauvreté m'éloignoit [24] des tentations qui dictent les sophismes du vice.
Cette résolution fut précisément ce qui me perdit; mon respect pour le lit d'autrui laissa mes fautes à découvert. Il fallut e.xpier le scandale : arrêté, interdit, chassé, je fus bien plus la victime de mes scrupules que de mon incontinence, & j'eus lieu de comprendre aux reproches dont ma disgrâce fut accompagnée, qu'il ne faut souvent qu'aggraver la faute pour échapper au châtiment '.
Peu d'expériences pareilles mènent loin un esprit qui réfléchit.
' Cf. Lettre à D'Alembert, I, 264 : « Le premier et le plus saint de tous les liens de la société est le mariage ».
' Voltaire [242], 274 : « Que m'importe que ce vicaire ait eu ou non des bonnes fortunes » ! — Dans le troisième livre d'Emile, 11, 169, Rousseau a déjà rappelé, mais sur un autre ton, le cas analogue de l'abbé de Saint-Pierre : « L'n célèbre auteur de ce siècle, dont les livres sont pleins de grands projets et de petites vues, avait fait vœu, comme tous les prêtres de sa communion, de n'avoir point de femme en propre: mais, se trouvant plus scrupuleux que les autres sur l'adultère, on dit qu'il prit le parti d'avoir de jolies servantes, avec lesquelles il réparait de son mieux l'outrage qu'il avait fait à son espèce par ce téméraire engagement ». On trouvera, sur ce point, des détails plus précis dans les Xotes qu'il avait prises pour son étude sur l'abbé de Saint-Pierre [37 , 245-246.
' Si le récit des Confessions, VIII. 84, était exact, l'abbé Gàtier serait ici le prototype du Vicaire; on remarquera la similitude de quelques expressions : » J'appris qu'étant vicaire dans une paroisse, il avait fait un enfant à une fille, la seule dont, avec un cœur très tendre, il eût jamais été amoureux. Ce fut un scandale effroyable dans un diocèse administré très sévèrement. Les prêtres, en bonne règle, ne doivent faire des enfants qu'à des femmes mariées. Pour avoir manqué à cette loi de convenance, il fut mis en prison, diffamé, chassé. Je ne sais s'il aura pu dans la suite rétablir ses affaires : mais le sentiment de son infortune, profondément gravé dans mon cœur, me revint quand j'écrivis VÈmile, et, réunissant .M. Gâtier avec .M. Gaime, je fis de ces deux dignes prêtres l'original du Vicaire Savoyard. Je me flatte que l'imitation n'a pas déshonoré ses modèles ». — Sur l'exactitude du récit de Rousseau, cf. Introduction, l* Partie, Chap. II, | 2.
réfléchit. ' Voyant 'par de tristes observations (?) -troubler" ^ toutes * les idées que j'avois ■''du bon, du juste, et des devoirs de l'iiomme je perdois chaque jour quelqu'une des '' opinions que j'avois receues, ^ et celles qui me festoient ne suffisant plus pour faire ensemble un (" sistème) qui put se soutenir ('■' de lui-même) je sentis peu à peu '" ébranler dans mon " entendement toute la certitude des choses, et réduit à ('- une espèce de scepticisme universel) je (•''me trouvai peu à peu) au même point (d'incrédulité) où \ous êtes a\ec cette différence que ('* la mienne) '■' s'étant formée dans un âge plus mur s'étoit •" établie '' avec plus de peine « et » •* devoit être plus difficile à dctruirej.