SCÈNE I
HERMES (se 1, assis sur le tertre)
Depuis que je parcours, incessamment, le monde de rOlympe à FHadès,
jamais un tel étonnement ne s'imposa à mon esprit :
la terre inculte, sauvage, repoussante, a disparu ;
une sorte d'Olympe lui succède !
Au lieu de l'éphémère, ce brutal effrayé,
je contemple une race nouvelle,
qui ressemble aux Daïmons, moins l'immortalité.
— Le génie du Titan accomplit cette métamorphose
prodigieuse, inouïe, indicible!
Gomme il sauva les Dieux, il a sauvé les hommes !
N'était le déplaisir de Zeus, je crierais ; Gloire à Prométhée! (il se lève)
THÉA.TRIC DE LA ROSE f CROIX
On ne voit plus cet être humain, l'œil inquiet, la parole incertaine, tremblant à toute approche, et se cachant derrière les rochers ; ils sont vêtus, ils sont armés, ils sont hardis !
— Le Feu brillait, stérile, au sein de l'Empyrée; Prométhée, sublime ravisseur, en le donnant aux hommes, les fit d'un coup, victorieux et rois de la nature.
Devant la flamme, ils se rient de l'hiver.
Avec la torche, ils défient les ténèbres ;
et l'argile s'élève, en muraille, en maison,
ils savent maintenant recueillir les fruits de l'été
et jeter, à l'automne, le blé dans le sillon.
L'animal obéit à l'homme
et lui épargne les plus rudes travaux.
Sur les fleuves, ils ont lancé leurs chariots flottants.
Des flancs de la terre fouillée,
surgissent ces trésors, les métaux, (il se rassied.)
— Si le Titan bornant lui-même son génie, s'était arrêté là, son œuvre durerait, malgré l'ennui de Zeus.
Enseigner les choses de la terre aux terrestres accomplissait la volonté obscure du Destin, que seul des Immortels il avait devinée. Mais Prométhée serait plus grand que Zeus s'il ajoutait le sentiment de l'harmonie à la fureur de son intelligence.
Archer qui n'atteint pas le but, mais le dépasse, esprit exagéré, àme paradoxale,
il ressemble au torrent, à la fois, bienfaisant et terrible;
alors qu'il devrait ordonner son dessein
selon le cours majestueux et lent d'un fleuve.
Le Daïmon a livré aux humains les célestes mystères :
contre la maladie, inventant des remèdes,
il a créé la médecine ;
bien plus, il a institué l'art du présage et des divinations.
LA PROMET IIEIDE
expliquant le mouvement des astres ;
il a imaginé les lettres qui fixent la pensée ;
il a cultivé leur mémoire.
Enfin, sacrilège sans nom, il leur a révélé
la science des nombres, patrimoine des Dieux !
Tant de lumière prodiguée à d'imparfaites créatures
devait les égarer et non pas les conduire.
Déjà, semblables aux Titans, les mortels,
au secret de leur cœur, rivalisent avec l'Empyrée :
les voilà dangereux : mon Père va sévir.
— Quand j'ai quitté l'Olympe, Zeus souriait à une idée,
il assemblait les Immortels, pour leur dire sa ruse.
J'ai hâte de savoir le stratagème qu'il choisit,
pour arrêter l'essor de l'homme, devenu redoutable.
Voici le Daïmon prodigieux :
il n'a pas la sérénité du Dieu, après en avoir fait l'office ;
il a sauvé l'Olympe, des Titans,
il a sauvé la Terre, de l'Olympe ;
de lui-même, qui donc le sauvera ?
Voit-il le défaut de son œuvre ?
Sent-il la fin prochaine de son rôle sublime?
On le croirait à sa morne posture t (Exit)
THEATRE DK LA
ROSE t CROIX