PROMÉTHÉE, - LE CHOEUR DES TITANS, - HÉRAKLÈS
HERMÈS
Ecoutons l'ingénieuse fausseté de cette bouche d'imposture ; sa langue est l'instrument de tous les mensonges divins. Ecoutons le Dieu propre à tout, le Dieu sans conscience,
HERMÈS
Tu me calomnieras toujours.
Tu me dis propre à tout :
le bien ne m'est donc ni étranger, ni impossible. Je viens aujourd'hui en ami, en Dieu reconnaissant! Gomme inventeur, je t'admirai toujours,
et depuis mille années je les ai vu germer au cœur de l'homme
tes semailles sublimes.
Oui, le feu engendra les arts et les sciences.
J'ai des temples et je bénéficie,
comme les autres Bienheureux, de tes audaces.
L'opinion de l'Olympe sur toi a bien changé !
Ainsi mon Verbe devança, de si loin, la pensée de Zeus f Il a fallu dix siècles aux Immortels pour me comprendre ! Sans doute, ils m'ont chassé de la mémoire humaine ?
Ils l'ont tenté.
HERMÈS
THÉÂTRE DE LA ROSE f CROIX
La Relii?ion,la sublime entreprise qui relie le Mortel aux Dieux, la religion dont j'ai tracé les bases, que dit-elle de Prométhée ?
HERMÈS
On t'appelle le Mal et le pervers, le mauvais, l'esprit de révolte et de ténèbres ;
les prêtres t'ont nommé l'adversaire de Dieu ou le daïmon.
PROMÉTHÉE Qu'enseigne-t-on sur mon péché, sur mon supplice ?
HERMÈS
Tu as perdu les hommes par la fausse science etZeus pardonnerait si tu pouvais te repentir.
Zeus se repentira ; mais crois-tu que Prométhée pardonne?
Ne déraisonne pas : laisse Héraklès et les Titans agir! Mon Père fermera les yeux.
C'est toi qu'on appelle rusé et les Dieux pour héraut t^ont choisi,
et tu veux me convaincre par ces grossières trames?
On mesure toujours les autres à sa taille :
affront mortel, Hermès, tu m'oses croire à toi semblable '/
Celui qui sut se taire et souffrir mille années^
enchaîné, écrasé, dévoré vivant,
et qui resta irréductible ;
celui dont la constance est de granit,
tu penses le réduire par de vaines paroles ?
LA PRO'MÉTHÉIDE
Réfléchis, maladroit, jeune étourdi, médite!
Voici le fils de Zeus et voilà son courrier t
Serais-je donc subtil, si je ne voyais pas
que mon salut est imminent, fatal?
Va dire au Dieu qui ne sait pas se repentir
que Prométhée a retrouvé des forces et peut souffrir encor !
HERMÈS Insensé, tu refuses la délivrance ?
Le juste repousse la clémence.
Prisonnier pour une heure à peine,
je ne donnerai pas ce dernier moment de gibet
pour le trône de Zeus !
HERMÈS
Qu'espères-tu ?
J'attends le repentir de Zeus et la tenaille d'Héphaisto:
HERMÈS
0 folie indicible !
Mille ans, j'ai attendu justice ;
je me démentirais pour un dernier moment !
M*a-t-on jamais vu faible, femme, tremblant,
tendre vers l'Empyrée de suppliantes mains i
Prométhée ne veut pas s'évader du supplice
Celui qui l'édicta, va se dédire :
celui qui me lia, viendra me délier.
THÉÂTRE DE LA ROSE f CHOIX
Titans, qu'on le délivre par la force, Zeus le veut !
LE CHOEUR
Pour avoir méprisé l'avis de Prométhée nous sommes tombés dans l'Hadès :
aujourd'hui, nous respectons sa défense, car il sait l'avenir.
HERMÈS
Abandonnez ce fou du moins ; qu'il reste seul, l'opiniâtre î
LE CHOEUR
Donne un conseil plus généreux, si tu veux nous voir obéir et ne réclame pas une infamie; nous haïssons les lâchetés Auprès de lui, très longtemps, nous resterons!
HERMÈS
Suis-moi, Héraklès, ton départ le fera réfléchir ;
il sait que si tu quittes le Caucase, son espoir est perdu 1
HÉRAKLÈS
Je ne suis qu'un mortel, un héros d'équité,
tueur de monstres ; je protège le faible, le souffrant ;
je détruis le méchant, je poursuis le pervers.
Ainsi sous la haine d'Héra, je marche â l'immortalité.
Je n^entends rien aux arguties que tu prononces.
Prométhée refuse mon bras, mais il accepte la compagnie de ma pitié.
Va dire au Père qu'il ne s'étonne pas,
si l'infamie pullule,
si les mauvais foisonnent,
si on voit Tinnocence opprimée et le bon droit partout vaincu.
LA PROiMETHP]lDE
Héraklès pose ici son arc et cesse ses travaux Que l'injustice triomphe sur la terre tant qu'elle régnera au sommet du Caucase I Va, et le dis au Père! (Exit Hermès.)
THÉÂTRE DE LA ROSE f CROIX