HERMÈS, - ATHÉNÉ ATHÉNÉ
Pourquoi féloignes-tu, du festin de Victoire?
HERMÈS
Notre Père m'envoie connaître
le sentiment humain, sur la divine bataille.
ATHÉNÉ
Interroge d'abord Prométhée, patron des éphémères, il se tient à l'écart, avec la contenance d'un vaincu. . .
HERMÈS
Il donna la victoire, en conseillant à Zeus
la délivrance des Gyclopes.
Ceux-ci, reconnaissants, livrèrent, à la fois,
1 éclair, la foudre et le tonnerre ;
et le tonnerre fut vainqueur.
ATHÉNÉ Tu oublies la vaillance des Dieux!
HERMÈS
Les Titans nous valaient en courage.
Dix années du haut de l'Othrys^ ils tinrent téte;
et l'Olympe parfois frémit d'anxiété !
— S'ils avaient écouté les lumineux avis de Prométhée,
jamais Zeus n'eûL régné, pantocrate de l'univers.
~ Kronos et ses géants se liaient, en leur force physique;
THÉÂTRE DE LA ROSE f CROlX
ils dédaignèrent la sagesse daïmoniqiie, et le fils de Thémis, désertant une cause perdue, offrit à Zeus son appui et celui de sa mère. « 0 fils de Rhée », dit le Titan,
« délivre les Cyclopes et les Hécatonchires, au Tartare enfermés
« et je te promets la victoire. »
Par ma célérité à parcourir l'espace,
j'ai assisté à la Théomachie. jusqu'en ses épisodes :
certes, les Dieux ont été des héros!
Apollon a percé de ses flèches Porphyrion, Alcvonée;
il creva les yeux d'Ephialtès.
Le thyrse de Backhos assomma Euritus ;
sous l'outil d'Héphaistos, la cervelle de Klytios jaillit ;
Polybotès crut se sauver, la terre de Kos l'engloutit.
Artémis tua Gration ; Agrios tomba sous le glaive d'Arès,
et malgré sa massue de fer, Thoos éprouva le trident de Poséidon.
Toi-même, tu vainquis, Pillas, avec la lance;
et tu précipitas Encelade, aux. gouffres de Sicile.
— Malgré ces prouesses insignes,
le monstre aux cent têtes, Typhon,
lançait la mort par la bouche et les yeux ;
il fallait le combattre de loin.
Et le terrible Atlas, saisissant des collines,
discobole prodigieux, les lançait sur l'Olympe!
Vainement, les Hécatonchires délivrés,
Briarée, Kottos, et Gyas faisaient rouler
des blocs énormes sur les Titans.
Ceux-ci, héroïques, entassaient Pélion sur Ossa,
et, ainsi parvenus à mi-flanc de la montagne sainte,
l'escaladaient déjà, irrésistible assaut!
Pareils aux taureaux que le bruit du combat excite,
les éléments s'ameutèrent entre eux.
Contre ces Titans et ces Dieux qui troublaient son repos séculaire, la nature entière se leva I
LA
PROMÉTHÉIDE
L'armée des flots marins envahit les rivages ;
les vents, tous ensemble, hurlèrent;
sous le piétinement de la mêlée, la terre se fendit ;
l'Olympe chancela sur sa base!
Les Kronides poussaient une telle clameur
qu'au fond du firmament, les étoiles pâlirent.
Aphrodite pleurait, serrant Eros dans son giron ;
Héra jetait des cris affreux ; les Grâces grimaçaient;
les Heures immobiles regardaient les Muses stupides ;
Une angoisse de mort étreignittous les Immortels,
et Zeus lui-même, Zeus eut peur!
Prométhée, spectateur immobile, cria soudain,
comme un pilote aux nautes affolés, dans la tempête :
« Oublies-tu le don des Gyclopes, Fils de Rhée,
a le trait fulgurant, Toublies-tu?
« Lance la foudre, ou bien tu es vaincu. »
Et notre Père, alors, dans un crépitement d'éclairs éblouissants,
pour la première fois, se servit du tonnerre !
A cet éclat livide, à cet effroyable vacarme,
aux torrents mortels de la flamme,
les Titans laissèrent retomber les rochers qu'ils levaient.
D'une main inlassable, Zeus lançait la foudre.
Kottos, Briarée et Gyas, s'étaient croisé les bras, comme inutiles*
Le trait souvent n'atteignait pas les Aloades,
fendait les monts, incendiait les bois;
l'éther lui-même, par instants, s'embrasait!
Aux lueurs fulgurantes, on voyait les Titans tomber
côte à côte, aveuglés, assourdis, paralysés, brûlés!
Nous-mêmes sur l'Olympe, l'œil ébloui,
l'oreille bourdonnante, les bras inertes, la poitrine oppressée,
suffoqués par le feu de l'atmosphère,
tremblant d'une fièvre indicible,
vacillant d'un vertige d'agonie,
nous pensions que l'univers allait finir!
THÉÂTRE DE LA H OSE f CROIX
Et Zeustonnnit toujours!
Il foudroyait, non plus les Titans vaincus, mais la Terre.
11 épuisa la force de son bras!
Le vainqueur d'aujourd'hui, Fille de Zeus,
c'est Prométhée ou le tonnerre !
ATHÉNÉ
Parole indigne d'un fils !
Quel bras eût manié la foudre, comme le bras du Père?
HERMÈS
J'honore également le bras de Zeus,
l'industrie des Gyclopes et le génie de Prométhée.
ATHÉNÉ
Docile aux ordres, indépendant d'esprit,
tu ne respectes pas ces Immortels que tu sers avec zèle.
HERMÈS
Je suis le messager, indifférent à son message ;
on m'envoie, je vais : confident et complice de tous les Dieux,
je n'en vénère qu'un. ....
ATHÉNÉ
Ton Père, Zeus I
HERMÈS
Non, le maître de mon père : le Destin !
ATHÉNÉ
Nul n'a vu le Destin : on sent sa volonté qui pèse sur la nôtre, et c'est tout.
LA PROMET HÉIDE
HERMÈS
Le vrai Dieu est celui qui, ne se montrant pas, parait en toute chose.
ATHÉNÉ
Le Destin est aveugle.
HERMÈS
Qui l'a dit? Ceux qui étaient frappés.
Nous sommes des aveugles, nous, les Dieux passionnés !
Veux-tu que je t'avoue quand j'ai douté de Zeus?
A l'instant même de sa gloire !
H faisait trop de bruit, il lançait trop de foudre;
ce n'était qu'un Titan vainqueur.
ATHÉiNÉ
Si le père entendait ?
HERMÈS
Il sourirait, dedans sa majesté.
n m'apprécie comme courrier; que lui importe ma pensée!
— Je ne resterai pas ce que je suis, ô Athéné !
J*ai inventé la lyre et je trouverai mieux.
Le mystère me hante et me passionne;
je sais que Zeus obéit au Destin ;
je saurai quelque jour, à qui le Destin obéit ?
ATHÉNÉ
Ce sont là des propos dignes de Prométhée !
HERMÈS
Prométhée voit loin, en etîet, jusqu'aux confins de l'avenir mais son esprit gêné se perd dans un bizarre amour de la justice
THÉÂTRE DE LA ROSE f CUOIX
il s'émeut, il s'indigne, il pleure, il compatit ;
il a servi le Père, malgré qu'il le déteste.
Contre son cœur, sa raison sans cesse combat,
sans le fermer, sans l'endurcir :
lui qui n'a point de maux, souffre des maux d'autrui!
(Prométhée paraît) Regarde ce vainqueur, vois cette allure consternée!
Il médite pendant que les autres festoient.
Tu peux échanger avec lui de subtiles idées.
Je vais étudier les effets de la foudre sur l'éphémère.
ATHÉNÉ
Tu m'as jeté, dans l'àme, de la nuit!
Je ne parlerai pas à ce Daïmon, malgré qu'il prophétise ;
Il diminue la gloire paternelle!
je le déteste !
(Athéné disparaît à gauche, Hermès à droite, Prométhée à ce moment est au milieu du troisième plan ; il descend en scène, avec lenteur.)