‹ La PrometheideChapitre 9 sur 66 · SCÈNE IV PROMÉTHÉE, ATHÉNÉ ATHÉNÉ · texte numérisé non relu

SCÈNE IV PROMÉTHÉE, ATHÉNÉ ATHÉNÉ

Pourquoi errer, farouche, à l'heure de ta gloire, Titan subtil 1 Mon Père distribue les charges, les honneurs ; Approche, demande^ toi qui as mérité !

Ce que l'on m'offrirait, Athéné, je le dédaigne ; et nul ne peut donner ce que j'accepterais.

ATHÉNÉ

Mon Père est tout-puissant.

PROMÉTHÉE Oui, depuis quelques heures.

ATHÉNÉ

Pour toujours 1

Je le souhaite !

ATHÉNÉ

Excellent vœu! qu'accepterais-tu donc que Zeus ne peut donner?

Ne provoque pas mon dédain de la gloire olympienne !

THÉÂTRE DE LA llOSE f CROIX

ATHÉNÉ

Enonce ta pensée?

PROiMÉTHÉE

Qu'est-ce, \m Daïmon et qu'est-ce, un Dieu ? Tous deux sont immortels.

Mais le Dieu, confirmé en ses prérogatives par le Destin,

ne saurait déchoir ni monter ; ce qu'il est, il le sera toujours ;

le Daïmon, au contraire, libre en son devenir,

s'il risque de tomber peut aussi s'élever sans limites.

ATHÉNÉ

Je sais cela 1

Eh bienl quand Zeus me donnerait une charge éclatante,

ma personnalité serait-elle augmentée?

Le cothurne hausse- t-il la réelle stature?

Si un décret des dieux t'attribuait la beauté d'Aphrodite

et lui reconnaissait ta sagesse, Athéné, — serait-ce vrai?

L'éphémère aiore et redoute les Dieux, contins de sa pensée ;

mais pour un Dieu, l'idéal

ATHÉNÉ

Pour un Dieu, l'idéal c'est lui-même!

PROMÉTHÉE Tu n'imagines pas, Déesse, un Dieu qui te surpasse?

ATHÉiNÉ

Mon père !

Et, au-dessus de lui?

ATHÉNÉ

Rien, ni personnel

Fille pieuse, ton sexe se découvre, quand il te faut penser ! Tu oublies le Destin.

Zeus l'incarne !

Depuis quand ? jusques à quand?

Ourànos, lui aussi, incarna le Destin,

jusqu'au jour où son fils Kronos le mutila

et l'enferma dans le Tartare.

Zeus aujourd'hui s'assied, troisième, sur le trône.

On lui doit obéir et mes actes le montrent.

Sur tous les Immortels, devant la Justice, il l'emporte.

Chacun a de pareils défauts, aucun ses belles qualités.

Il mérite le sceptre; en lui s'incarne

l'idée de l'harmonie, de l'ordre; et je l'aidai à triompher t

ATHÉNÉ

Sages paroles, pour un Titan !

Et conduite opposée, je me diminuerais pour une récompense ! Je subirais le déshonneur de quelque emploi céleste, à l'instar des Hécatonchires, devenus geôliers des Titans ! Mon rôle est fini près des Dieux !

ATHÉNÉ

Tu veux quitter l'Olympe?

THÉÂTRE DE LA ROSE f CROtX

Oui, pour la Terre!

ATHÉNÉ

Et les Heureux ?

Oui, pour les Éphémères !

ATHÉNÉ Ces êtres avortés t'inléressent?/

Ils sont petits, ils sont souffrants, ils ont besoin d'amour^et d'aide ; aux Daïmons ils ressemblent, moins l'immortalité ; car ils évoluent par eux-mêmes.

Zeus les oublie.

ATHÉNÉ

Zeus a l'esprit présent à l'univers créé mais c'est si bas, si brute, l'éphémère!] Le Père a résolu d'anéantir l'Humanité et de la créer ù nouveau 1

Détruire les humains? de quel droit ?

Pour quel crime? En vertu de quelle sentence?

Ceci n'aura pas lieu, je le défends, cela ne sera poin , je l'atteste I

— Déplorables Mortels, on vous laisse pàtir, sans un secours dans vos détresses,

et lo squ'on se souvient, entre deux coupes de nectar, on ordonne votre trépas !

— Holà, les Erinnyes viendraient plutôt hurler ici l'hymne sans lyre et lever leurs fouets sur les Dieux I

LA l'ROMÉTHÉlDK

Les humains sont sauvages, brutaux et dérisoires. Qui donc les enseigna? Qui prit soin d'eux^?

— Ta as donc oublié ce jour, Athéné, où tu m'aidas à créer l'homme.

Je pétrissais, fiévreux, le limon du chaos,

et j hésitai longtemps. Combien d'essais infructueux !

C'était un difficile ouvrage : puis, je me décidai

et je fis l'homme à mon image

0 toi, qui donnas l'àme, en place de ton père,

ne sens-tu pas ton cœur devenir maternel

pour l'éphémère ?

Je me proclame ici, Prométhée, patron des humains I

Quoi, j'abandonnerais l'être qui me réflète,

l'ouvrage de mes mains,

sculpteur indifférent au sort de sa statue

et père sans entrailles pour les fils de son Verbe !

— L'avenir se dévoile, écoute mon oracle :

un jour, Fille de Zeus, désertant l'honneur Olympien,

tu lui préféreras les hommages de l'homme ;

tu donneras ton nom à une ville d'éphémères

et tu habiteras, joyeuse^ le Temple qu'ils te dédieront.

Alors, ô Athéné, farouche et passionnée pour ton peuple et ta ville,

on te verra lutter contre ton père, toi si soumise maintenant.

Un grand amour agitera ton cœur, sous l'égide,

tu concevras un dévouement sans borne,

tu montreras une infinie bonté;

et tu seras Déesse, en vérité 1

Oui, votre gloire à tous, ô Dieux, vous viendra de la Terre 1

ATHÉNÉ

Fils de Thémis, je suis le reflet de mon Père^

et ne crois qu'aux oracles de sa bouche sacrée ! {Exii.)

Souviens-toi, seulement !

THÉÂTRE DE LA ROSE f CROIX

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