ACTE I
Oh ! des amis!... nous aurons du monde, voilà tout... en fait d’amis, je n’en ai qu’une paire, et cette paire me manquera aujourd’hui... (Prêtant l’oreille.) Chut! est-ce que vous n’avez pas entendu le signal ?...
MARIE
Non.
GIROMON.
Les oreilles me cornent..
Et ces amis?...
GIROMON.
D’abord, la maman Hubert...
marie. •
Voilà une digne femme!... mais, aussi, pourquoi ne l’avoir pas engagée à venir à votre noce?...
GIROMON.
Elle est si vieille , la pauvre femme! elle demeure à trois lieues d’ici, et un pareil dérangement, à son âge...
MARIE
C’est vrai, il lui prend souvent des faiblesses... dame! elle est presque centenaire... Quel cœur d’or!... Elle vous a dans les temps rendu bien des services, m’a-t-on dit?
GIROMON.
Aussi, plus tard, j’ai voulu être un père pour son petit-fils... vous savez?...
MARIE, avec embarras.
Oui... je sais que monsieur Pierre vous doit tout!'...
GIROMON.
Eh ! que c’est moi qui l’ai fait entrer dans la marine militaire; que déjà il a un grade... une petite sardine en or sur la manche... en voilà un homme sur qui on peut avoir confiance... brave, honnête, gentil de tournure, un cœur de marin, incapable
d’oublier un serment... (voyant Marie s'essuyer furtivement les yeux.) Eh
bien! qu’est-ce que vous avez donc à pleurer?...
Oh! rien .. rien!...
G I RO MON , insistant.
Si fait,., j'ai bieu vu...
MARIE
Eh bien! ça me fait toujours cet effet-là... quand j’entends parler de bonnes et honnêtes personnes, ça me prend là... (euo montre son oœur.) et puis ça passe aux yeux... les larmes, c’est le langage du cœur.
GIROMON.
Quelle bonne petite fille ! ... Dites donc, je m’en vais écrire à Toulon', son navire doit revenir en France d’un jour à l’autre,..
MÀRIE , K part.
Ab! mon Dieu!... (Haut.) Chut!... n’entendez-vous pas!...
GIROMON.
Quoi donc?
* MARIE
Le signal !
GIROMON.
Non... mais tron de l’air, tout de même, il pourrait bien, d’un moment à l’autre... je cours chez le curé... pourvu qu’il soit de
retour!... (a va pour sortir et rencontre Simonettc qui le retient. )