LA SÉROTHÉRAPIE PRÉVENTIVE, LE SÉRUM PURIFIÉ
L’utilité de la sérothérapie préventive
Nous possédons à l'heure actuelle avec l’anatoxine un vaccin antidiphtérique efficace, et l’on péut dire que la prophylaxie de la diphtérie a fait un très grand pas.
Mais il ne faut certes pas s’illusionner sur le pouvoir préventif de l’anatoxine : si celle-ci est précieuse dans un grand nombre de cas, il n’en est pas moins vrai que l’on est souvent obligé, en cas d’urgence de pratiquer, non, pas une immunisation active, lente à s'établir, mais une immunisation passive, rapidement obtenue. En un mot, on doit souvent encore avoir recours au sérum pour la prévention de la diphtérie.
Si l’emploi de l’anatoxine permet de diminuer notamment le nombre des injections de sérum qui constituaient autrefois le seul agent prophylactique efficace, il n’en est pas moins vrai que le sérum préventif a encore des indications nettes et précises. Il ne saurait être question de lui substituer l’anatoxine.
Anatoxine et sérum sont également utiles, et c’est par leur emploi judicieux, par le choix opportun de l’un ou de l’autre que l’on pourra réaliser une prophylaxie vraiment efficace.
Les inconvénients de la sérothérapie
Mais si la vaccination est une opération simple, exempte de dangers, il n’en est pas de même de la sérothérapie préventive.
On sait en effet combien sont impressionnants et souvent même de la plus haute gravité les accidents consécutifs à la sérothérapie, quelle qu'elle soit.
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Cette véritable « maladie sérique » revêt des formes rès variées, que l’on a d’ailleurs tendance à rattacher toutes actuellement au même phénomène d’anaphylaxie.
— Parfois immédiats, ou du premier quart d'heure, ces accidents se traduisent par le grand choc anaphylactique : pouls rapide, petit, incomptable, lipothymies, syncope, dyspsnée, refroidissement des extrémités. La terminaison fatale survient parfois en quelques minutes. Souvent aussi et surtout sous l’influence thérapeutique de l’adrénaline, ce syndrôme disparaît sans laisser de trace.
Immédiat également est un autre accident, heureusement plus bénin : le phénomène d’Arthus, qui consiste en un énorme gonflement œdémateux, très prurigineux de la région où l'injection a été faite. Sa disparition en 24 où 48 heures est la règle. |
— Plus fréquents sont les accidents tardifs, survenant entre le huitième et le douzième jour.
Dans sa forme typique, la maladie sérique du dixième jour se traduit par un urticaire généralisé, accompagné d'arthralgies très pénibles, d’une sensation de malaise général avec état saburral du tube digestif et poussée fébrile. Ps
Ces accidents tardifs sont très polymorphes. Nous ne ferons que citer rapidement les diverses manifestations que l’on peut observer : des érythèmes variés peuvent remplacer l’urticaire; celui-ci peut parfois s'accompagner d'œdèmes; l'adénopathie est parfois importante, même généralisée. Signalons enfin la possibilité d’albuminurie, de splénomégalie, d'orchi-épididymite, de pleurésie, et surtout de paralysies, qui sont en général des polynévrites de topographie variable.
Les accidents tardifs de la sérothérapie comportent dans l’ensemble un pronostic assez favorable. Mais leur évolution est anssi variable que leur symptomatologie :
parfois la maladie sérique tourne court en une journée,
alors que d’autres fois elle évolue par poussées successives, chaque poussée donnant lieu à une nouvelle manifestation et les accidents se prolongeant ainsi pendant des ‘ semaines. Ajoutons à cela que les accidents cardiaques ne sont pas rares au cours de la maladie : les lipothymies, les syncopes sont fréquentes; l’arythmie, bien que passagère, est souvent observée.
On comprend que le pronostic, au moment où apparaissent les accidents sériques tardifs, soit forcément réservé, d'autant plus que ces accidents sont loin d’être rares : d’après la plupart des statistiques, on les voit survenir dans 15 à 20 p. 100 des cas après une injection préventive de sérum.
En résumé, ce rapide aperçu nous permet de constater que la sérothérapie présente de graves inconvénients.
Certainement elle constitue une merveilleuse méthode préventive, et l’on ne saurait trop répéter que la crainte de voir survenir des accidents ne peut en aucun cas contrebalancer les avantages que procure l'emploi du sérum.
Mais il n’en est pas moins vrai qu'il est impossible de prévoir, en faisant une injection de sérum, si le sujet aura des accidents sériques et quelle sera leur gravité.
Et l’on conçoit fort bien les appréhensions de la plupart des praticiens, lorsqu'ils sont obligés, dans l’entourage d’un diphtérique, de pratiquer des injections préventives de sérum.
Prophylaxie des accidents sériques
De nombreuses méthodes ont été successivement préconisées pour prévenir les accidents sériques; mais ni l'administration de sels de calcium, de soude ou d'extraits opothérapiques, ni même la dilution du sérum n'ont donné de. résultats satisfaisants.
Seule la méthode de Besredka est à retenir : en faisant
trois injections successives à trois heures d’intervalle, la première de 1 ce. d’une solution au 1/10, la deuxième de 1 cc. de sérum pur, la troisième enfin de la dose utile, on met le patient à l’abri des accidents immédiats.
Il est bien évident que, en raison du temps nécessaire à sa mise en œuvre, cette méthode est difficilement utilisable dans la pratique courante.
En réalité, on sait actuellement que la prévention des accidents sériques réside non pas dans l’ingestion ou l’injection de telle ou telle substance, mais dans le mode de préparation du sérum lui-même.
— Un certain degré de chauffage, un vieillissement suffisant sont nécessaires pour faire perdre au sérum son pouvoir toxique. Le sérum antidiphtérique aujourd'hui préparé répond à ces conditions.
— Mais surtout, et c’est le principe qui a servi de base aux recherches de M. Ramon, il faut qu’un sérum, pour être utilisable en clinique, contienne le moins possible de protéines : ce sont les protéines sériqués provenant d’un autre organisme d’espèce différente qui sont la cause des accidents observés chez les sujets injectés.
Déjà le sérum de Besredka, épuré par dessication et coagulation, a donné des résultats intéressants pour la prophylaxie de la diphtérie. Maïs on n'’élimine, par ce mode de préparation, que 5o p. 100 des protéines, et du point de vue de la prévention des accidents sériques, ce pourcentage est insuffisant.