FRACTIONNEMENT DE LA GENS
qu'elles ont mis au monde, avec plus de certitude parfois que les mères civilisées dont les bébés sont si souvent changés en nourrice. Les enfants se groupent naturellement autour de leur véritable mère, surtout lorsque, les relations sexuelles Interdites dans le sein d'une même gens, la f e mme doit prendre son ou ses maris dan s un autre clan : le père devient alors un étranger, un hôte parfois de passage. Ces conditions étant données, lanière devait être naturellement le chef de la famille, dés que celle-ci se constitue : elle le fut en effet dans loutes les races humaines ; le fait est aujourd'hui établi, On a vu plus haut que, dans ïa maison commune du clan, chaque femme mariée possédait sa chambrette privée, où elle conserve les provisions communes, dis* tribuées par têtes de femme, La famille individuelle naissait alors soua sa forme matriarcale au sein même de la famille communiste de la $em. Quand les femmes mariées, emmenant leurs enfants, leurs sceurs cadettes non mariées, et leurs frères dont les femmes vivaient dans un autre clan, se séparèrent pour s'établir k part, la maison commune se fractionna en autant de maisons particulières que de ménages. L'individualisation de la famille sous sa forme matriarcale amena la dissolution de la communauté d'habitation. La mère est alors maîtresse de maison, despoina, — souveraine, — disaient les Lacédémoniens ; alors commence à poindre le gerrne de la propriété foncière familiale.
Elle débute modestement, elle est circonscrite au morceau de terrre sur lequel s'élève la maison ; c'est la terra talica *.
U L*ex près? ion terra mlka adonnélieua de nombreuses cou-
Tan t que dure la forme matriarcale , les biens mobiliers et immobiliers se transmettent par descendance féminine : on hérite de sa mère et des parents de sa mère, et non de son père ni de ses parents. A Java, où cette forme familiale subsiste encore, les biens mobiliers d'un homme reviennent à la famille de sa mère; il ne peut faire aucune donation à ses enfants, qui vivent dans un autre clan, avec leur mère, sans le consentement de ses frères et sœurs, ses héritiers naturels. Si Ton juge par ce que Ton sait des Égyptiens et d'autres peuples, l'homme occupe dans la famille matriarcale une position subordonnée : chez les Basques, qui, malgré le christianisme et la civilisation, ont conservé les mœurs familiales primitives, lorsque la fille aînée, à la mort de sa mère, hérite des biens de la famille, elle reçoit en même temps la maîtrise sur ses frères et sœurs cadettes. L'homme est en tutelle dans sa propre maison : il reste toute sa vie soumis à l'autorité de la femme, comme fils, frère et mari ; il ne possède que le pécule que lui donne sa sœur pour se marier. « Le mari est le premier domestique de sa femme » est un dicton basque *.
troverses : jusqu'au xvme siècle, les historiens la traduisaient par terres nobles, terres distribuées sous Clovis pour services militaires, etc. Mably, dans ses Observations sur l'histoire de France, la rétablit dans son sens d'héritage en biens-fonds, domaine paternel des Franks Saliens, et non terre concédée à titre bénéficiaire; Guérard remonte à sa véritable signification en montrant que salica dérive du vieux mot tudesque sala, maison. Terra salica veut donc littéralement dire : terre de la maison, la terre sur laquelle elle s'élève, qui appartient à la famille, d'abord représentée par la mère, puis parle père.
1. Cette position élevée qu'occupe la femme au début de l'humanité, démontre, cela soit dit en passant, que la supériorité