CHAPITRE IV
Intervention des Bourbons. — État nominal des pe cette maison ; leur situation politique. — Le roi de le prince de Conde' se mettent en opposition avec ] lorrains. — Un parti de mécontens se forme prince de Conde'; les trois frères Goligni sont du ]
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de Navarre, de Jeanne d'AJbret sa femme , digne fille de Marguerite de Valois sœur de François I", du cardinal de Bourbon, de Louis de Bourbon, prince de Condé, tous deux frères d'Antoine. D'Antoine et de Jeanne étaient nés Henri, qui fut depuisHenrilV, et Catherine. Henri était alors âgé de six ans, Catherine était son aînée.
Le prince de Condé avait aussi un fils de six ans. Ces deux enfans devaient figurer bientôt en face de Henri de Guise , fils de François , et de Henri de Valois, qui fut depuis Henri III, plus âgé de peu d'années.
Les Bourbons étaient pauvres; le roi de Navarre devait sa petite fortune à Jeanne d'Albret; aucune faveur de la cour, aucune charge ne les aidait à soutenir leur rang. Le règne de François II semblait les inviter à espérer enfin quelques avantages. La grandeur des Guises les blessait, et l'envie se mêlait en eux à l'ambition.
Ayant appris l'avènement de François II , le roi de Navarre se mit en marche pour venir à la cour, mais à pas lents. Alors les Guises étaient maîtres de tout, et Montmorenci se retirait. Le roi de Navarre et Montmorenci se rencontrèrent à Vendôme ; et autour d'eux se rassemblèrent les chefs des grandes maisons aussi mécontens qu'eux du pouvoir des princes lorrains. Le roi de Navarre et le connétable étant réconciliés, par la confor-
mité de leur situation et de leurs désirs, il se tint là une assemblée dont le connétable dirigea tous les mouvemens par Dardois son secrétaire. Il ne s'agissait pas de protestans et de catholiques, mais des moyens d'enlever le gouvernement aux Guises et de punir les étrangers coupables du crime d'envahir l'autorité au préjudice des princes , des anciens ministres , des grands officiers de la couronne , crime de lèse-majesté au premier chef. On conclut néanmoins qu'il convenait de prendre une marche prudente , de s'attirer la bonne volonté de la reinemère, de négocier avec elle, d'ouvrir les yeux au roi et de solliciter quelques places, quelques pensions et une part aux affaires.
Cependant Antoine arrive à Blois où résidait la cour. Le duc de Guise occupait son appartement; le roi de Navarre fut long-temps à chercher une chambre et un lit. Le maréchal de Saint-André partagea son logement avec lui.
Ce prince, d'un caractère indolent, se contenta de quelques promesses que la médiation de Catherine de Médicis lui fit obtenir. Elle l'envoya en Espagne conduire Elisabeth de France, sa fille, à Philippe II qui l'avait épousée, et porter à ce prince l'ordre de Saint-Michel. Condé ne fut pas aussi facile à contenter. Antagoniste de François de Guise, il ne lui ressemblait guère, au moins à l'extérieur. François de Guise était d'une taille
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majestueuse , sa figure était sérieuse comme celle de tous les hommes à grands desseins. Le prince de Condé était petit, poli , joli, quoiqu'un peu contrefait, toujours chantant, toujours riant, toujours amoureux et galant; mais il était fier, courageux, dépensier, et sans biens.
Il se trouva bientôt circonvenu de gentilshommes que blessaient les réformes opérées par les Guises. Les affidés du connétable, de ses enfans, ses enfans eux-mêmes, refluèrent vers le seul compétiteur qui pût s'opposer aux nouveaux maîtres qu'avait la France. En mesurant des yeux ses forces et celles des Guises , le prince de Condé rencontra inévitablement les regards de cette multitude de mécontens que la persécution des Guises avait faits. Jusque là il avait été fort indifférent aux questions du luthéranisme ; tout l'effet qu'elles avaient pu produire sur son esprit, c'était de l'ennuyer ; mais quand l'esprit de révolte l'eut gagné, il sympathisa fortement avec les sectaires irrités par la persécution : toutefois il ne quitta ni ses goûts ni ses maîtresses.
Les Colignis élevaient au-dessus du parti leurs têtes honorées; l'amiral et Dandelot, tous deux hommes réfléchis, d'un esprit exercé, affectaient d'approuver la réforme ; ils y avaient entraîné le cardinal leur frère, qui s'y mit fort à l'aise en épousant la comtesse d'Hauteville en Normandie,
DES GUERRES DE COUR. i()
en vivant publiquement avec elle, si bien qu'à la cour où el/e allait sans difficulté et où elle assista même aux noces de Charles JX , on la nommait indifféremment madame la cardinale, ou madame la comtesse de Beauvais, parceque le cardinal était comte et évoque de Beauvais. Les deux frères , hommes de tête et d'esprit , avaient adopté la réforme par raison ; ils s'y étaient attachés, soit par humeur, parcequ'elle était la réforme, soit pour fronder à la cour des courtisans odieux, soit aussi par aversion pour les mauvaises mœurs du clergé catholique confondues avec celles de la cour dont elles étaient l'excuse; peut-être enfin par un sentiment naturel de compassion pour les prolestans persécutés, et de révolte contre les persécuteurs. Le prince de Condé compta donc lesColignis parmi les appuis sur lesquels il pouvait se reposer.