Ç)S LA PROSCRIPTION
CORNATON.
Sire?
LE ROI
Dites-moi d'abord des nouvelles de M. l'amiral.
CORNATON.
Grâce au ciel, sire, les douleurs sont calmées; il n'a point de fièvre , ses médecins nous donnent de bonnes espérances. La visite dont Votre Majesté l'a honoré lui a rendu des forces et de la sérénité.
LE ROI
N'est-ce pas vous qui étiez à la porte de sa chambre pendant ma visite, et à qui j'ai demandé, en sortant, à voir la balle qui l'a blessé?
CORNATON.
Oui, sire, et à qui vous eûtes la bonté de demander si M. l'amiral avait beaucoup souffert quand Paré lui hacha le doigt avec de mauvais ciseaux (i).
En vérité, mon cœur saigne et frémit encore à (f) Mémoires d'état, folio 97, verso.
cette pensée; quel courage l'amiral a montré! Je vous le répète, je n'ai jamais vu plus beau courage, ni homme plus magnanime et plus constant que l'amiral... Que désire-t-il de moi (1) ?
CORNATON.
Sire, M. l'amiral ma chargé de supplier Votre Majesté et monseigneur le duc d'Anjou de vouloir bien me donner quelques troupes pour garder sa maison. Des avis qui paraissent très sûrs annoncent que soixante mille Parisiens commencent à se mutiner et à prendre les armes (2).
LE ROI
La maison de Guise fait cela pour enflammer et exciter le peuple, mais tousses efforts ne tourneront qu'à sa confusion. Rassurez l'amiral, et cependant je donnerai très volontiers les gardes qu'il désire (3). Voilà le duc d'Anjou qui, dans l'instant même, enverra des troupes au logis de l'amiral.
(1) De Thon, XV.
(2) Idem, XVIT. — (5) Idem.
JOO LA PROSCRIPTION