LE MARÉCHAL DE RETZ
Sire, si j'ai été égaré, c'est par un excès de zèle pour la gloire de votre majesté.
LE roi.
11 ne s'agit pas de ma gloire, mais de ma couronne et de ma vie; ceux qui trouvent mauvaise une résolution salutaire ne sont pas de mes serviteurs (1).
LE MARECHAL DE TAVANNES
Nous aurons ou la tête de l'amiral et de ses principaux amis, ou la guerre civile. Il vaut mieux gagner une bataille dans Paris, où. tous les chefs sont réunis, que de la mettre en doute dans la campagne, et tomber en une dangereuse et incertaine guerre (2).
LE DUC D'ANJOU
Il vaut mieux battre sans combattre, que de combattre sans avoir la certitude de vaincre.
LA REÏNE.
Je n'ai pasété surprise que plusieursd'entre vous,
(1) Voyez la note ci-dessus extraite de Pierre Mathieu.
(2) Propres paroles de Tavannes. Mémoires , XLI.
DE LA SAINT-BARTHhl.l.MI. — ACTE IV. Ô2*J
à qui je crois une sincère affection pour les intérêts du roi, aient été plus effrayés du projet de dépêcher l'amiral et deux ou trois autres chefs du parti , que du danger du roi même et de l'approche d'une guerre civile. J'ai à me reprocher de ne vous avoir pas mis à découvert toute l'étendue et toute l'imminence du danger ; je voulais épargner au roi des inquiétudes inutiles. Maintenant je ne dois rien cacher; voici l'état cl es choses : l'amiral a expédié plusieurs dépêches en Allemagne pour y faire une levée de dix mille reîtres, et d'autres aux cantons protestansdela Suisse, pour avoir dix mille hommes de pied. Des capitaines français, partisans des huguenots, sont déjà en route pour faire des levées dans le royaume; le lieu, le temps du rendezvous sont arrêtés et indiqués. Beaucoup de villes, communautés et peuples doivent se révolter au moment déterminé; j'ai sur cela des avis certains (1).
Les troupes du roi ne sont point bastantes à moitié près pour y résister. Mais ce n'est pas tout: apprenez, messieurs, que les catholiques, ennuyés de tant de guerres et vexés de tant de calamités, ont résolu d'y mettre (in, et ontarrêté d'élire un capitaine-général pour prendre en main leur protection, et faire une ligue offensive et
(i) Discours de Henri HT , XVII.
3a8 LA PROSCRIPTION
défensive contre le parti huguenot. Ces mêmes catholiques, au contraire, demeureront dans l'obéissance due au roi , si on sacrifie l'amiral et deux ou trois hommes ; alors ils seront contens et satisfaits (1).
LE DUC D'ANJOU
Rien n'est plus facile que d'écarter tout danger. Les plus considérables de nos ennemis se sont réunis autour de l'amiral ; ils sont sous la garde de Cosseins, aucun protestant n'en peut approcher ; ainsi nous tenons sous la main les chefs dont il s'agit de se défaire. Mais il est urgent de les expédier. Ceux qui sont restés au faubourg Saint-Germain , Ségur , Pardaillan s le vidame de Chartres , Montgommeri et nombre d'autres, sont sur leurs gardes ; ils ont refusé de venir près de l'amiral (2), ils sont tout prêts pour se battre. Cette nuit même ils peuvent faire une entreprise si on ne leur ôte Coligni, leur chef et leur guide. Qu'on se figure Coligni à la tête de son parti ! il n'est que légèrement blessé... Il serait comme un lion échappé de sa loge , et il exterminerait tout ce qui se présenterait devant lui (3).
(1) Discours de Henri III , XVIII.
(a) De Thon , LXII. — (3) Idem. , XXII.
le roi se lève avec véhémence et colère. Finissons ces discours inutiles et inconséquens. Dépêcher l'amiral et quelques uns des siens, n'est-ce pas appeler tous les autres à la vengeance? Par la mort-Dieu! puisque le conseil trouve bon qu'on tue l'amiral, qu'on le tue; mais avec lui tous les huguenots de France, afin qu'il n'en demeure pas un qui puisse après me reprocher sa mort... Donnez-y ordre prornptement, et point de vaines paroles (i). (// sort.)