‹ La proscription des Girondins, 1793-1795Chapitre 3 sur 153 · RECHERCHES · texte numérisé non relu

RECHERCHES

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N{0SCR1PTI()N DES (.IKONDINS

CIIAPITKE PKEMÏER Les Girondins.

On appelle communément « (jUrondins », clans Ihisloin; de la Révolution française, les hommes (jiii, à rAsseml)lée législative et à la Convention, (loclobre i-^i au lo août i'j(y2, luttèrent pour lit nation contre la Royauté, et du lo août 1792 ;iii '^ juin i7(|>, pour la liberté contre la tyrannie j;icobine. A partir du 2 juin, vaincus, décimés, fugitifs, ils nexistcnt pins à l'élat de parti Jusqu'au jour où la défaite des terroristes leur permet de reparaître, de ressaisir la prépondérance à

2 lA I»U0SCll[PT10.\ DES (illlONDLNS.

la Convention (8 décembre 179^1 el cS mars 1795), el de diriger cette Assemblée jusqu'à la fin de son orageuse carrière (26 octobre 1795).

Le titre de ce travail indique bien que je n'écris pas une « Histoire des Girondins ». L'étude de leur proscription est assez émouvante, assez pleine de faits encore incomplètement élucidés, ponr constituer à elle seule un sujet bien défini el d'un suffisant intérêt. Je n'entreprendrai même pas de retracer, dans leur physionomie tragique, les tumultueuses journées où ils succombèrent, cela a été fait bien des fois, et par des maîtres. Je ne prétends apportei" ici que des précisions.

M. Au lard , dans son Histoire politique de Ui Révolution française (pp. 887-388), dit que c'est Thiers et Ch. Nodier qui accréditèrent l'usage d'appeler « Girondins des députés d'autres départements que de la Gironde ». Ainsi l'appellation aurait pris naissance entre 1828 et i83i.

C'est peut-être trop absolu. Déjà, pendant la Révolution même, on s'était habitué à dire Gironde et Girondins pour désigner le côté droit de la Convention , par cela seul que les députés de la Gironde, Gensonné, Guadet, Yergniaud, etc., étaient au premier rang dans ce

parti. Ainsi, en octobre 1793, Gorsas, dans le Courrier des départements \ citant un passage de Mably, écrivait : « Mably, qu'on n'accusera pas dètre complice de la faction de la (Gironde... » Divers textes, publiés par M. Aulard lui-même, dans son Recueil « La Société des Jacobins », montrent qu'au plus fort de la lutte on employait couramment ce terme. Voir notamment aux dates ci-après : 9, 1^1, ^4 octobre 1792; — 7 novembre 1792, « un membre de la Gironde » ; — i4 décembre 1792 et 4 janvier 1798 ; — 21 septembre 1794, Garnier (de Saintes) à la tribune des Jacobins : u Les Girondins voulaient aussi la liberté... Ils consentaient très volontiers, ces i\[rondins, à accorder une portion de liberté aux autres... »

Lorsqu'on célébra, le 3 octobre 1790, une tète (iinèbre à la mémoire des proscrits, un des ' hymnes élégiaques » qui furent exécutés était intitulé : « Aux mânes de la Gironde ^ »

Bosc, le lidèle ami des Roland, écrivait à son ami, le 12 juin 1796 : a Ma qualité de Girondin m(' prive des places auxquelles j'aurais lieu de prétendre. » (Bosc était dune famille (('vcnole.)

I. C.Wi' |);ir Hiichc/ cl Uoiix. Ilisl. parlcmcnlairc de, hi lir rolnlion fra/iraise (Mably (''tait mort on 1785).

'j. l*arolcs de (ioupigny, musique de (lossec. (ioiislaiil l'icrrc, Les hymnes et chansons de la Révolution, n" 108.

l\ LA I»K0S(:IU1»T[0\ DES (.lUONDINS.

Mercier, dans sou Nouveau Tableau de Paris, écrit en Tan \ , dit : « Les (iirondins voulaient sauver le Roi... Les (iirondins imagiuèrent l'appel au peuple... Je me séparai dans cette occasion des (iirondins, (jue j'avais loujoms ainn's et estimés... »

Enfin Paganel, dans soi» hJssal historique et critique sur la R(^rolution franraise, publié en \Si~) mais écrit plusieurs années auparavant, use à toutes les pages (voir notamment au cli. wxvi) de ce terme de « Girondin », dans le sens que nous lui donnons aujourd'hui, pour désigner le parti tout entier.

Sans doute, on disait aussi, en 179:^, lirissotins, Jiolfuidins, Rolandisles ; mais ces appellations disparurent vite, celle de Girondins seule survécut.

Dressons maintenant, autant que faire se peut, la liste des Girondins. Gomme M. Aulard, je pense que, pour l'établir, il ne faut interroger ni les scrutins dans le procès de Louis XVI (où le parti se divisa), ni ceux des i3-i1 avril 1793 pour la mise en accusation de Marat (car la Plaine vota ce jour-là avec la Gironde, et il y eut d'ailleurs 882 abstentions), et qu'il est plus sûr de compter exclusivement :

i" Les députés qui furent frappés par les décrets des 2 juin, 28 juillet et 3 octobre i7()3 ;

2" Ceux qui protestèrent contre l'ai tentât du 2 juin ;

> Ceux qui, à des dates diverses, isolément ou par petits groupes, furent poursuivis pour cause de « fédéralisme » ;

V Ceux qui démissionnèrent, de juin à seplenibre i7()3, pour ne pas s'associer à la violation de la loi ;

.")" Ewfin, en dehors de ces catégories, ceux que des circonstances notoires, que je rappellerai, désignent comme (îirondins.

.ranive ainsi à un total de kji noms; la liste de \1. Aulard en comprend i05. C/esl lout au plus le quart de la Convention. Mais les Montagnards, eux. étaient i4o à peine'. Il y avait donc, entre les denx partis, une masse tlottante de \i)() (l(''pnl(''s, '< la Plaine », (pii vola le j)lus souvenl avec les Girondins jus(ju'à la lin de janvier 1793, puis les abandonna et snbil le jong des Montagnards jusqu'au joui on, dans inic

I. ... « lu ciiKHiii'ino de l'AssiMublt'c », dit Moilimcr- I ri ri;m\. Histoire de la Terreur, t. ^ II, p. 1D9. — Lorsqtie, le I.') ni.irs 179'V. I«» (lonvonlioii iiofinn.i l;i (](>nnnissioii do six mornbros (|iii devait surveiller le tribunal révolulioimairc, il > avait fn^ volards; la liste de la (iiroiide eut de ■.>.\(\ à •.ivji» >oi\, relie de la Mouta^^nie de t^vA à i/|M ("'•, t. \ I, p. >.,...

fi LA PUOSCRIPTION DES GIRONDINS.

lieure de courage, elle renversa Robespierre. C'est évidemment avec la Gironde que la Plaine avait le plus d'affinités. Ce qui les sépara, c'est que la Plaine, aux heures où la Gironde luttait désespérément, trouva plus opportun de se soumettre. Et pourtant, elle comptait des noms lionorés : Boissy-d'Anglas, Durand-Maillano, etc.; mais, quand ils auraient dû parler, ils se turent. Voici donc la liste des Girondins (je souligne les noms de ceux qui ne furent pas poursuivis) :

Amyon (Jura). Décrété d'arrestation, 3 octobre 1793.

Andréï (Corse). Décrété d'accusation, 3 octobre.

Antiboul (Bouches-du-Rhône). Décrété d'«ccasation, 3 octobre; exécuté le 3i octobre 1793.

Asseliii (Somme). Protestataire, 5 juin 1793. 5 Aubry (Gard). Décrété d'arrestation, 3 octobre.

Audrein (Morbihan). Inscrit sur une liste d'arrestation du 3i mai 1793*.

I. Liste dressée le 3i mai par le Comité central révolutionnaire (Alex. Tuetey, Répertoire des sources manuscrites de l'histoire de Paris pendant la Révolution, t. 1\, Introduction, ]). Lxxxvn).

Babey (Jura). Décrété d'arrestation , 3 octobre.

Bailleul (Seine-Inférienre). Décrété d'arrestation, 3 octobre.

Bancal (Puy-de-Dôme). Ami particulier des Roland, livré par Dumouriez aux Autrichiens, le i'^' avril 1793.

10 Barbaroux (Bouches-du-Rhône).' Décrélé d'arrestation, 2 juin ; hors la loi, 28 juillet; exécuté le 25 juin 1794.

Baréty (Hautes-Alpes). Protestataire en juin '; démissionnaire, 7 juillet 1793.

Belin (Aisne). Protestataire en juin.

Bergoeing ((jironde). Décrété d'arrestation, 2 juin ; hors la loi, 28 juillet.

Bernard (Bouches-du-Rhône). Décrété d'arrestation , 19 septembre 1793; exécuté, 22 janvier 179.^.

i5 Bertrand-Hosdinière (Orne). Décrété d'ariestation, 2 juin.

Birotteau (Pyrénées-Orientales). Décrété d'arrestation, 2 juin ; hors la loi, 28 jnillel; exécuté le 24 octobre 1793.

Blad (Finistère). Décrété d'arrestation, 3 octobre.

Blanqui (Alpes-Maritimes). Décrélé d'aiii's- Ijilion, 3 octobre.

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