PHYSIOLOGIE DES PROSTITUÉES
phénomène a une explication toute simple, que jai adoptée: la preuve que cet état d’embonpoint n’est pas dû au mercure et à ses préparations, c’est qu’il est fréquent chez des femmes qui n’ont pas eu de maladies vénériennes depuis plusieurs années, ou qui ont été assez heureuses pour n’en avoir Jamais contracté. Il est plus rationnel de lattribuer, pour les prostituées de elasse supérieure, à la grande quantité de bains chauds qu’elles prennent, et, pour l’ensemble des filles publiques en maison ou en chambre, à leur vie inactive et à leur nourriture surabondante. Indifférentes pour l’avenir, mangeant à chaque instant, consommant beaucoup plus que toutes les autres femmes du peuple qui travaillent péniblement, ne se levant qu’à dix ou onze heures du matin, comment, avec une vie aussi animale, n’engraisseraient-elles pas ? S'il en est quelques-unes qui restent maigres, c’est qu'il est des constitutions qui résistent aux moyens les plus propres à donner de lembonpoint ; c’est que toutes les prostituées, loin d’avoir le superlu, ne sont pas assez heureuses pour se procurer chaque jour le strict nécessaire ; ce sontces dernières qui refont leur santé à Saint-Lazare, (l’où elles sortent toujours moins maigres qu’elles n’y étaient entrées. :
Si Pembonpoint, enfin, est fréquent chez les prostituées, il l’est bien davantage chez les dames de maison, qui mènent la même vie sédentaire, et qui, par contre, n'ont aucune raison de se traiter au mercure. Or, ces matrones sont presque toutes fort plantureuses, eltil en est même quelques-unes qui sont, à cet égard, extraordinairement remarquables. |
$ &.— Altération de fa voix chez quelques Prostituées,
Il est des prostituées remarquables par leur beauté et leur fraîcheur, par leur mise recherchée, par l’élégance de leurs manières, et qu’à leur tournure on prendrait pour les personnes les mieux élevées, qui
ont, en un mot, tout ce qu’il faut pour plaire et pour. séduire; mais quel désenchantementquand elles parlent !... Ce n’est plus ce timbre de voix qui ajoute tant aux charmes de la femme ; il ne sort de leur bouche que des sons rauques et discordants qui déchirent les oreilles, et qu’un charretier pourrait à peine imiter.
Cette altération de la voix ne se remarque pas, d'ailleurs, chez toutes les filles publiques ; les exceptions sont très nombreuses. D’ordinaire, ce n’est qu'à vingt-cinq ans que survient cette raucité vocale ; on l'observe à l'état presque général chez les filles de Ia classe infime, chez celles qui setiennent dans les cabarets mal famés et qui, le plus souventivres, ont lhabitude de crier et vociférer, ainsi que chez des filles qui de la haute classe sont déchues aux dernières et en ont pris les habitudes crapuleuses.
Les opinions ont varié sur les causes de ce singulier phénomène. Quelques physiologistes, remarquant que certains animaux sont muets jusqu’à l’âge de la puberté, et qu'il en est qui le sont toute leur vie, sauf l’époque du rut, ont avancé quele caractère viril et désagréable que contractait à certain âge la voix de uélques femmes tenait à leur lascivelé et à leur habitude de débauche. D’autres ont attribué ce phénomène à ces gouts infàrmnes que réprouve la nature et d’où il résulte que la prostituée qui s’y livre se ASeUSR en quelque sorte.
La première de ces opinions est spécieuse : on remarque, en effet, chez l'homme même, que les organes de la voix sont étroitement liés aux conditions des parties génitales ; à l’époque de la puberté, le larynx prend tout à coup un grand développement ; dans certaines circonstances, là voix contracte une tonalité particulière, et même la castration la fait complètement changer. Mais il suffit d'étudier les prostituées pour reconnaître que cette explication ne saurait être admise. Ce n’est ni chez les plus jeunes ni chez les plus dévergondées que cette altération de
A Pre pe Es Mt NES
la voix existe d’une manière particulière. Quant à la seconde de ces opinions, elle n’est pas plus soutenable
que la première, les voix rauques n'étant nullement
spéciales aux tribades. et un grand nombre de tribades gardant leur voix naturelle.
A mon avis. la véritable cause de ce phénomène tient surtout à deux circonstances, qui agissenttantôt isolément et tantôt simultanément: la première et la plus générale est l'abus des liqueurs fortes et l’habitude de l’ivrognerie ; la seconde, les intempéries de l’air, et, par suite, le refroidissement que certaines catégories de femmes éprouvent dans une foule de cas.
$ 3. — Particularités que présentent les Prostituées de Paris sous le rapport de la couleur de leurs cheveux, de leurs yeux et de leurs sourcils.
Les particularités concernant la couleur des cheveux des prostituées, de leurs veux et de leurs sourcils, tiennent particulièrement à l’histoire naturelle de l'espèce humaine ; elles ont donc leur place ici. Le document que je vais publier à ce sujet est curieux et ne se trouve nulle part; c’est le hasard qui me la fourni, et peut-être ne sera-t-il pas inutile à ceux qui s'occupent de zoologie.
Sur un ensemble de 12,600 prostituées, que mes fonctions m'ont permis d'examiner à loisir, et qui exerçaient leur métier à Paris, soit qu’elles y étaient nées, soit qu’elles y étaient venues de toutes les villes etde tous les pays, il s’en est trouvé ayant les che- VEUX : ; NC Châtains . . . . ‘6,750, soit 534 sur mille
BTUNS. 225, 2,049 — 210 — Blonds . . . . 1,694, — 134 — NOPS roi T 1,486,:— "118 — RC AT AT 48; — 4 —
Si de cette population nous défalquons les prostituées d’origine étrangère, et si, en n’examinant que
les Françaises, nous étudions suécessivement celles qui sont venues des différentes zônes, peut-être découvrirons-nous, sous le rapport de la couleur des cheveux, une influence quelconque du climat. Ce travail fait avec le plus grand soin, voici le résultat :
Zone du Nord, ayant fournit 10,855 filles
Châtains. . . . 5,811, soit 535 sur mille
Bruns. . 199007) 207 —
Blonds .,. . . 1,502, — 138 —
Noërss. 00,0 RAS —
Ra 15 112 ie DINAN 48, — 4 3
Zonedu Centre, ayant fourni 960 filles
Chitains. 2 <), 480, soit 500 sur mille BrEUNS TI L ee 239, — 249 — NOITS SL OU ER 138, — 144 — Blends es 0e 100, — 104 — ROUX ie nn eue 3, Da 3 =
Zone du Midi, ayant fourni 200 filles
Gliatarns "re 101, soit 505 sur mille DPURS EE ME 06, — 280 NOTES er AU 29, — 145 — Bionds "mon 14, — 70 — ROUS EN MIRE 0, — (9)
Quelque peu tranchés que soient les résultats de ces différents tableaux, ils semblent cependant nous indiquer :
1° Que les ovane noirs et les châtains deviennent plus fréquents, à mesure qu’on descend du none au midi ;
29 Que les cheveux bruns ou moins dans le nord;
30 Que ceux d’un ton blond se font d'autant plus souvent remarquer qu on remonte du midi au nord; 4° Enfin, que la couleur rousse suit la même loi que la couleur blonde, et ne se retrouve plus dans la zone
des départements méridionaux.
Voilà pour les zones ou régions. J'ai examinéaussi quelle pouvait être Sur cette couleur des cheveux l'influence des villes et des campagnes : pour cela,
j'ai réuni les prostituées des chefs-lieux et des souspréfectures, j'ai mis à part celles fournies par les campagnes, et j'ai fait sur ces deux groupes les mèmes calculs de proportion que ci-dessus. Mais la différence proportionnelle entre les villes et les campagnes est si peu sensible qu’il est impossible de conclure.
J’ai fait, sur les différentes couleurs des sourcils, un travail semblable à celui que je viens de présenter pour les cheveux ; mais, comme il résulte de ce travail que la couleur des uns et des autres est presque toujours semblable chez le même individu, je crois inutile denparler.
Il n’en est pas de même des différentes nuances que nous offrent les yeux ; ce sujet est encore neuf et me parait digne de piquer la curiosité.
Le noir, le brun, le gris, le brun et le roux sont les cinq nuances qu’on remarque le plus ordinairement
dans les yeux. Laissant de côté les prostituées étrangeres, trop peu nombreuses relativement, je ne retiendrai que les signalements dressés avec soin et concernant les Françaises, et je les diviserai en trois régions, comme je viens de le faire pour la couleur des cheveux.
Zone du Nord 4,061 filles aux yeux gris, soit 375 sur mille
3,019 — — bruns, — 278 — RIRT — bleus, — 233 —— Gil — — Toux, — 59 — D89 — — noirs, — 94 —
Zone du Centre 325 filles aux yeux gris, soit 346 sur mille
304 — kon bruns, — 320 — 19 — bleus, — 208 — 66 — — noirs, — 70 —
D6 — — FOoux, —+ 60 —
Zone du Midi
78 filles aux yeux bruns, soit 390 sur mille
ol — — giis, — 255 — 4l — — bleus, — 205 — 16 — — roux, — 80 — 14 — — noirs, — 70 —
De ce triple tableau, nous tirons cette conclusion :
1° Que la couleur grise des yeux, considérée sur l'ensemble des prostituées exerçant à Paris, est celle qui se fait remarquer plus souvent que toutes 1e autres ; |
4 Que la couleur brune vient ensuite ;
3° Que la couleur bleue suit immédiatement læ <> brune ; |
40 Enfin, que la noire et la rousse se rencontrent quatre ou cinqfois plus rarementquetoutes les autres.
Maintenant, quelle peut être sur cette couleur des yeux Pinfluence du climat? En examinant cette elassification par zones, on trouve entre elles des différences si minimes, qu'on n'en peut tirer vraiment aucune conclusion.
$ 4. — De la taille des Prostituées de Paris.
Si la couleur des cheveux, des sourcils et des veux, est considérée comme un point intéressant dans tout ce qui concerne l’histoire naturelle d’une population quelconque, à bien plus forte raison doit-on s'occuper d’un objet beaucoup plus saillant : la taille de cette même population,
Mais les statisticiens, qui se sont occupés dela taille humaine (Quetelet, Villermé, Geoffroy Saint- Hilaire), n’ont pu opérer que sur des relevés de taille pris sur des hommes, et en particulier sur les jeunes gens recrutés pour le service militaire. Où auraientils trouvé des documents de cette nature sur un nombre considérable de femmes, puisque, dans aucune
HAE DES PROSTITUÉES IN: 208 circonstance de la vie, les femmes ne sont soumises aux formalités administratives auxquelles l’autre sexe ne saurait échapper ?
- Mon enquête m'ayant offert sur la taille des fermmes . des documents ignorés, et qui, sans moi, seraient . restés à jamais enfouis dans les archives de l’administration, je les livre au public. Le tableau qui suit donne le: totaux, par chaque hauteur de taille, des prostituées en exercice à Paris (sur un ensemble de plus de.12,000) ; la première colonne après celle de la taille, indique le nombre de ces filles nées dans la zone du Nord, puis le nombre de celles du Centre, ensuite du Midi et de l'Etranger, et à la dernière colonne le total général des filles d’une même taille.
TAILLE NORD CENTRE MIDI ÉTRANGER TOTAL da ipr ot Qui OUT OT 1 A GA FO de Go UE DR 1 Hones 3 dt He pi 5 2 ONE AS) 0. 0 (a b) 1.9: Es au Tan Os 1 A MT Ro 51: CRE Ga pe 57 UE 66. . SN OU 1 59 RTE June à PHP 0 (en 1 Vos Dei. Di QE à 1 102 1 29 1 To D ion li 13 1 a LEON us er Ou ai 95 ARCS Lt à gi (hu (8) DRE 9 1 AL AU Re oo do 45 Loos pans ee Die 1 7 PL d'OS Fo: Dur par Gr 17 eo 70%, 3 DS DE 75 AOL à SERA Re puis 0 57 1097 22... Dr SATA 0 26 HSE SLT 8 AR Du 7 +: 59. VAS JEU Re 0 (EE ?
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