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CHAPITRE V

Infirmerie de Saint-Lazare.

Los insoumises reconnues malades au dispensaire ont été envoyées à l'infirmerie de Saint-Lazare où elles sont restées jusqu'à la guérison des manifestations qui ont nécessité leur arrestation.

Il est nécessaire de dire un mot de cette infirmerie contre laquelle on a beaucoup écrit. M. le professeur Fournier a prononcé contre cet hôpital-prison, comme il l'appelle, un réquisitoire qui semble quelque peu rigoureux.

J'ai eu l'honneur de passer trois années à Saint-Lazare, comme interne, et j'ai le souvenir que les internes travaillaient beaucoup et que les médecins s'occupaient activement et avec dévouement du soin des malades qui leur étaient confiées. A cette époque, les prostituées, qu'elles fussent soumises ou insoumises, ne paraissaient pas excitées, outre mesure, contre le régime auquel elles étaient astreintes. La nourriture était tout autre que celle des prisonnières, parce que les médecins avaient le droit d'accorder des côtelettes, du poulet, des œufs et du lait, lorsqu'ils le jugeaient nécessaire. Ce supplément de nourriture était spécialement accordé aux insoumises. Quant aux filles inscrites, elles avaient de la viande, tous les jours. Comme elles recevaient des secours des amies du dehors, elles achetaient à la cantine, ou se procuraient, en dehors de l'établissement, les aliments qu'elles désiraient. Pour ce qui concerne spécialement les insoumises, qui, dans l'ensemble, n'avaient pas quotidiennement chez elles une nourriture saine et abondante, à discrétion, elles paraissaient trouver une compensation à la perte de leur

indépendance en mangeant à leur faim. Elles regrettaient leur liberté ou plutôt la possibilité de vagabonder, mais elles ne criaient pas à la tyrannie, parce qu'elles comprenaient, en définitive, que leur santé se trouvait bien du repos et des soins qui leur étaient imposés. Je me figure qu'il doit en être un peu de même aujourd'hui (1).

L'infirmerie de Saint-Lazare est située au n° 107 du faubourg Saint-Denis et son entrée est la même que celle de la prison, ce qui est certainement très regrettable ; mais les malades n'ont pas des rapports avec les prisonnières et la partie du bâtiment où se trouvent les salles de l'infirmerie est séparée de la prison et est entourée de jardins. Les salles y sont très claires, très bien aérées, faciles à surveiller et dans d'excellentes conditions hygiéniques. Les malades peuvent donc trouver à l'infirmerie de Saint-Lazare tous les soins hygiéniques et médicaux qui leur sont indispensables. 11 y a cependant un regret à exprimer, c'est que la cour intérieure ne soit pas suffisamment vaste et ne permette pas des promenades et des exercices hygiéniques aussi nombreux qu'il le faudrait. Il serait facile de remédier à cet inconvénient, en utilisant les jardins qui sont situés derrière les salles de l'infirmerie.

Que les défenseurs de la liberté de la prostitution sïnsurgent contre l'infirmerie de Saint-Lazare, qu'ils trouvent odieux que des filles, qui n'ont d'autre métier que la prostitution, soient privées de leur liberté et soignées pour les manifestations contagieuses qu'elles propagent, ils sont logiques ! Mais pourquoi les partisans de la réglementation trouvent-ils mauvais que les prostituées soient retirées

(1) J'ai eu, tout récemment (juillet 1896), l'occasion de visiler plusieurs fois Saint- Lazare, à propos du concours des médecins pour le dispensaire de salubrité. L'infirmerie se trouve maintenant sous la dépendance de la direction des prisons, au lieu d'être, comme autrefois, sous l'influence de la Préfecture de police. Le régime semble inférieur à ce qu'il était à la période antérieure. Il est vrai que les médecins ont toujours la possibilité de modifier ce régime, en accordant aux malades des suppléments d'aliments, consistant surtout en côtelettes, œufs, lait, etc., il serait à souhaiter, malgré cela, que l'infirmerie eût un régime spécial et ne fût pas régie par le règlement des prisons. L'alimentation habituelle consiste : 1° en un bouillon à 6 heures du matin; 2° du pain à 7 heures; 3<> de la viande et du pain à 2 h. 1/2, et 250 grammes de vin pour la journée. Il est bien évident que le repas de 2 h. 1/2 est trop éloigné de celui de 6 heures du matin, et qu'il est indispensable que le médecin puisse rétablir l'équilibre. Ce résultat semble être facilement obtenu, puisque les malades augmentent de poids, pendant leur séjour à l'infirmerie. Mon distingué confrère M. le Dr Jullien, qui a pris l'habitude de peser ses malades à l'entrée et à la sortie de son service, m'a déclaré avoir toujours constaté une augmentation de poids chez toutes ses malades. Le régime de l'infirmerie, modifié par la nourriture complémentaire accordée par le médecin, a donc produit un bon résultat.

de la circulation et reçoivent les soins exigés par leurs maladies? On a examiné la question de savoir si les personnes atteintes de maladies vénériennes devaient être soignées dans des hôpitaux ordinaires et confondues avec les malades qui se trouvent dans les salles des hôpitaux non spécialisés. J'avoue que lorsqu'il s'agit du personnel très étrange dont je m'occupe, il ne peut pas y avoir hésitation dans mon esprit; ce personnel ne peut pas être confondu avec les malades ordinaires, en raison de l'inconvénient très grave qu'il y aurait à laisser s'établir une promiscuité dangereuse entre des filles honnêtes et des filles qui regardent la prostitution comme un métier, sinon honorable, du moins lucratif. Le Dr Martineau (1) après avoir combattu la répartition des femmes vénériennes dans les hôpitaux généraux, termine en disant : « Proposer la répartition des malades syphilitiques dans les services des hôpitaux généraux, ce serait donc assurément encourager le zèle et l'action des proxénètes. »

Les prostituées malades doivent être hospitalisées en dehors des hôpitaux ordinaires et comme elles doivent être guéries, avant de recommencer leur métier, il y a nécessité à ce que l'hôpital qui leur est destiné soit un hôpital fermé. Il existe bien un hôpital ouvert où se rendent volontairement les femmes atteintes de maladies vénériennes; mais tous les médecins qui ont passé par là savent combien est dangereuse la liberté laissée aux filles qui peuvent, suivant leur caprice, quitter Lourcine en pleine évolution d'accidents syphilitiques, et contaminer tous ceux qui ont la mauvaise fortune d'écouter leurs propos galants. Mais pourquoi, a-t-on dit, laisser sortir de l'hôpital des femmes qui ont des accidents syphilitiques graves facilement transmissibles? On les laissait sortir, parce que les chefs de service ne pouvaient pas faire autrement, Lourcine étant un hôpital ouvert, d'où peut sortir librement toute femme qui désire quitter cet asile hospitalier. Récemment M. le Dr Le Pileur (2) a écrit à ce sujet : « Les prostituées devraient être fort heureuses de trouver un lit dans un hôpital, même dans cet hôpital de Lourcine qui n'a plus de cachot, plus de religieuses et d'où Martineau, dans un but, que je n'ai jamais bien saisi, les laissait partir le samedi matin pour les

(1) Prostitution clandestine, page 24.

(2) A propos du projet de loi de M. Bérenger, sénateur, visant le racolage sur la voie publique.

reprendre le mardi, ce qui fait qu'ayant largement distribué la vérole le samedi, le dimanche et le lundi, elles avaient quatre jours pour se reposer! Eh bien, pas du tout, elles n'en veulent pas davantage. » Il est injuste d'accuser le Dr Martineau d'une situation qu'il n'avait pas faite et qu'il regrettait profondément; il n'avait pas le pouvoir d'empêcher une femme, quelle que fut la gravité de sa maladie syphilitique, de quitter l'hôpital, lorsqu'elle le désirait. Le Dr Martineau a fait ressortir tous les inconvénients d'une pareille situation. Je disais précisément, il y a quelque temps (1) (juin 1895) le mérite qu'avait eu notre confrère en nous faisant connaître les graves inconvénients inhérents à la liberté laissée aux malades de quitter Lourcine, suivant leur fantaisie. Après la réflexion de M. le Dr Le Pileur, il est utile de signaler dans le livre de notre regretté confrère, ce qu'il écrit à ce sujet :

« A l'hôpital de Lourcine, j'y insiste, les malades entrent librement; librement elles en sortent. Aucun pouvoir ne peut les y retenir malgré elles. En vain, le médecin déclare-t-il qu'elles ne sont pas guéries; en vain l'administrateur tàche-t-il de leur faire comprendre que, dans leur intérêt même, elles doivent suivre, jusqu'au bout, un traitement indispensable, elles s'en vont quand leur caprice ou leur intérêt les y engage. » La prostituée clandestine, qui a la passion du vagabondage et qui a un médiocre souci de sa santé, n'aime pas plus l'hôpital de Lourcine que l'infirmerie de Saint-Lazare; c'est pour cela qu'elle quitte si facilement l'asile hospitalier, dès qu'elle a la liberté de ses mouvements. Quel que soit le nom de l'hôpital ou de l'asile, la prostituée ne voudra jamais convenir que la nourriture qu'elle y reçoit est bonne et que le régime est supportable. N'y a-t-il pas, du reste, dans les hôpitaux généraux une multitude de malades qui déclarent énergiquement que la nourriture, distribuée par l'assistance publique, est détestable et que les soins qu'ils reçoivent laissent beaucoup à désirer ! 11 sera toujours difficile de satisfaire toutes les malades et spécialement les malades atteintes de maladies vénériennes. Il y a nécessité de montrer combien est grande la déplorable incurie des insoumises, en ce qui concerne leur santé ; il est indispensable d'insister sur ce point pour prouver combien est grave l'illusion de ceux qui pensent qu'elles

(1) Les maladies vénériennes dans les armées anglaise, française et russe. G. Masson, éditeur.

auront hâte de s'adresser à l'hôpital ou à l'asile spécial, pour demander les secours qui sont indispensables à leur guérison. J'ai dit, à ce sujet, dans le chapitre III, à propos de la discussion du Conseil municipal, que la prostituée insoumise ne se rendrait jamais spontanément à l'asile sanitaire, si on lui laissait la liberté de ses mouvements. Dans deux brochures parues en 1888 et 1890, j'ai publié une série d'observations concernant des insoumises gravement malades depuis plusieurs mois. Ces insoumises, qui n'avaient aucun doute sur l'intensité des accidents syphilitiques dont elles étaient atteintes, continuaient, malgré tout, à se livrer à la prostitution, jusqu'au jour où elles étaient arrêtées. Nous donnerons, à nouveau, une série d'exemples éloquemment démonstratifs, à ce sujet. Les femmes qui ont la liberté de se livrer à la prostitution, sans entraves, continueront à exercer leur métier, quelle que soit la gravité des manifestations syphilitiques qu'elles peuvent transmettre. Les prostituées clandestines ne se résigneront pas davantage à rester dans un hôpital, quel que soit son nom, jusqu'à la guérison des phénomènes morbides qui les y ont conduites, si elles n'ont qu'à pousser la porte pour en sortir. LeDrMartineau, qui était bien placé à Lourcine pour étudier cette question, a contribué à faire connaître les habitudes des prostituées indépendantes. Parmi celles qui avaient une certaine préoccupation de leur santé, il en cite quelques-unes qui, ayant la liberté d'entrer à l'hôpital, s'y rendaient, en effet, dans certaines circonstances; mais beaucoup de ces femmes, entrées volontairement à Lourcine, n'hésitaient pas à quitter l'hôpital le samedi ou la veille des jours de fête pour exécuter ce que dans leur langage caractéristique elles appelaient une bordée et revenaient à l'hôpital, après deux ou trois jours d'absence, ayant eu des rapports avec une série d'individus qu'elles avaient dû contaminer. Combien d'autres ne rentraient pas à l'hôpital, pour achever leur guérison et profitaient de leur liberté pour continuer à vivre de la prostitution ! Combien en avons-nous vues de ces échappées de Lourcine qui passaient au dispensaire de salubrité, quelques jours après, dans un état lamentable, avec les accidents syphilitiques les plus caractérisés et les plus contagieux ! Depuis leur sortie de Lourcine jusqu'au jour de leur arrestation, elles n'avaient pas cessé de faire de la prostitution clandestine. N'y a-t-il pas dans ce fait une démonstration bien topique et bien caractéristique de la nécessité d'avoir, pour les

prostituées clandestines, des asiles fermés? M. le professeur Fournier, qui ne veut pas de l'infirmerie de Saint-Lazare, parce que c'est une prison, est bien obligé de déclarer que l'asile sanitaire qu'il désire doit être fermé. Laissons parler M. le professeur Fournier :

« Nous proposons simplement l'internement dans un asile spécial, qui sera un hôpital comme les autres hôpitaux, à cette seule différence près que les malades n'en pourront sortir que sur un certificat médical de leur guérison ; asile qui „sera exclusivement ce qu'il doit être, c'est-à-dire une maison où Ton traite des malades, où on les traite avec les égards dus à tout malade, quel qu'il soit et quelle que soit sa maladie; asile d'où sera bannie toute rigueur inutile, toute mesure vexatoire, qui tendrait à en modifier le caractère at à le transformer en pénitencier.

ce Et le type de cet hôpital, de cet asile sanitaire spécial, nous n'avons pas à le chercher bien loin. C'est Lourcine. Et notre programme, le programme qu'au total vous propose votre commission, se réduit purement et simplement à ceci : transformer Saint-Lazare en Lourcine. Ce que nous demandons, c'est Lourcine, avec un verrou de plus à la porte, c'est-à-dire avec l'impossibilité pour les malades d'en sortir sans un certificat de guérison (1). »

Les mots soulignés l'ont été par moi et ne le sont pas sur le Bulletin de V Académie) c'est cependant la partie essentielle de la citation que je viens de faire, puisqu'elle dit la nécessité d'avoir un asile fermé, asile qui, dans de pareilles conditions, ressemble beaucoup à l'infirmerie de Saint-Lazare.

La proposition de M. Fournier devait rencontrer des contradicteurs; une sérieuse objection devait ôtre faite et elle a été faite par M. Yves Guyot (2).

Après avoir cité le réquisitoire de M. le professeur Fournier contre Saint-Lazare, et fait connaître son opinion sur l'asile sanitaire, M. Yves Guyot ajoute :

« Soit, c'est un progrès, je ne le conteste pas ; mais il y a un détail qui fait que cet hôpital ne sera pas un hôpital comme tous les autres ; il aura une clé ; la porte une fois fermée pour la femme syphilitique ne se rouvrira que sur l'ordre du médecin. Il sera donc

(1) Bulletin de l'Académie de médecine, séance du 14 juin 4887.

(2) Revue de morale progressive, septembre 1887.

une prison, prison relativement confortable, mais prison sans autre limite de durée que l'opinion médicale du médecin. »

Pour une fois, je suis bien obligé d'être de l'avis de M. Yves Guyot! L'asile ne sera plus l'infirmerie de Saint-Lazare; on aura changé l'étiquette, mais on n'aura pas modifié la constitution de la maison. Du moment que le refuge sanitaire ou l'hôpital spécial, ou Lourcine aura un verrou à la porte, ce sera un asile-prison ou un hôpital-prison. Les prostituées ne conserveront aucune illusion : du moment qu'elles ne seront pas libres de leurs mouvements, elles déclareront n'avoir rien gagné à ce changement et, peut-être, regretteront-elles l'ancienne infirmerie de Saint-Lazare. Pour arriver à un pareil résultat, peut-être fera-t-on bien de réfléchir à deux fois, avant d'opérer une pareille transformation. Combien est grande la puissance des mots ! Je crains bien que l'influence des mots n'ait joué un rôle très important dans cette question et n'ait déterminé la résolution prise par beaucoup de s'opposer à l'installation dos prostituées à Tinfirmerie de Saint-Lazare. Cette infirmerie, malgré son installation qui pourrait être excellente, serait appelée à disparaître, parce qu'elle a grandi à l'ombre de la maison de détention! Quant à son régime, il serait détestable parce qu'il n'est pas le même que celuides hôpitaux ordinaires (1)! Combien sont cependant véhémentes les protestations contre la nourriture des hôpitaux! Pour empêcher la propagation des maladies syphilitiques, on est obligé d'envoyer les prostituées dans des asiles fermés, jusqu'à ce qu'elles ne soient plus un danger pour la santé publique; ces asiles, quel que soit le nom dont on voudra les parer, seront similaires à l'infirmerie actuelle de Saint-Lazare. Dans ces conditions, il serait sage et économique, ce qui n'est pas à dédaigner, d'utiliser des bâtiments parfaitement disposés pour les malades qu'on y envoie. Ce serait d'autant plus sage que la partie des bâtiments qui constituent la

(1) Pendant que mon livre était à l'impression et que j'en corrigeais les épreuves, une discussion importante a eu lieu au Conseil municipal au sujet du régime des malades à l'infirmerie de Saint- Lazare. Cette discussion s'est terminée par l'adoption dé Tordre du jour suivant, déposé par M. le Dr Dubois et accepté par M. le Préfet de police.

a L'Administration est invitée : à faire distribuer aux malades de la maison de Saint-Lazare des aliments en quantité suffisante; à faire distribuer notamment une ration de soupe le soir; à suivre rigoureusement, en matière d'alimentation et de médicaments, les prescriptions des médecins qui ont la responsabilité du service. (Bulletin municipal officiel du 29 novembre 1896.) »

prison est appelée à disparaître dans un temps plus ou moins éloigné.

Dans la discussion du Conseil municipal du 18 juillet 1890, beaucoup de membres du Conseil municipal ont protesté contre l'infirmerie de Saint-Lazare, parce qu'elle se trouvait dans l'orbite de la maison de détention, mais du jour où celle-ci disparaîtrait, il est à présumer que les objections faites contre l'infirmerie n'auraient plus de raison d'être ; l'infirmerie actuelle pourrait donc devenir l'asile sanitaire réclamé par le Conseil municipal. De la discussion, il ressort que le Conseil avait reconnu nécessaire que les prostituées inscrites fussent enfermées jusqu'à complète guérison; du moment que ces malades n'ont pas la possibilité de quitter l'hôpital, suivant leur fantaisie, ce n'est plus un hôpital ouvert, nous retombons dans l'asile avec une clé, qui ressemblera beaucoup, quoi qu'on fasse, à une prison, ainsi que je l'ai dit plus haut.

L'infirmerie de Saint-Lazare devrait être réservée exclusivement aux filles inscrites. Pour les insoumises, majeures ou mineures, on pourrait avoir un asile différent qui serait placé à la campagne. Le séjour à la campagne serait utile, aussi bien au point de vue moral qu'au point de vue de la constitution de la malade. On pourrait occuper ces insoumises à des travaux de jardinage, ou encore à des travaux de blanchissage qui valent mieux, pour la santé physique, que les travaux confectionnés à l'aiguille; ceux-ci, en effet, immobilisent trop longtemps les malades. Dans le chapitre III, en donnant des extraits des délibérations du Conseil municipal, je faisais observer qu'en parlant de l'asile destiné aux prostituées malades, il avait été question des prostituées inscrites, mais qu'on avait passé sous silence la catégorie des insoumises majeures; je faisais remarquer cependant qu'il était probable qu'on avait voulu confondre, dans la môme mesure, cette classe particulière des prostituées indépendantes. Dans la discussion générale du projet de la commission, on parlait des filles inscrites, mais il n'était pas fait mention des autres prostituées; il devait être sous-entendu, cependant, dans la pensée du Conseil municipal, qu'il était également question des insoumises majeures; aussi, lorsque le projet de la commission fut repoussé, dans son ensemble, M. Alphonse Humbert fit-il voter une proposition analogue, mais où il était spécifié que l'asile sanitaire recevrait les femmes reconnues malades par les médecins du dispensaire. Cet asile devait donc être utilisé pour les prostituées

inscrites de même que pour les insoumises majeures, puisqu'il n'est plus question de prostituées inscrites, mais de femmes reconnues malades.

Pour les insoumises mineures, dont le Conseil municipal s'est occupé avec beaucoup de sollicitude, il ressort de la discussion que c'est à la campagne qu'on devrait, de préférence, installer l'asile qui leur était destiné. Bien que j'aie déjà fait connaître le texte de cette importante proposition, il est utile de la reproduire ici : « Le Conseil est d'avis qu'il y a lieu de fonder pour les filles mineures, en état de vagabondage immoral, originaires du département de la Seine, un établissement spécial qui devra être rattaché au service des moralement abandonnés.

« Une infirmerie spéciale pourra y être annexée et devra recevoir les filles mineures se livrant d'habitude à la prostitution et reconnues atteintes de maladies vénériennes. »

Lorsque la décision adoptée par le Conseil municipal sera réalisée, on obtiendra les résultats les meilleurs. L'éloignement de Paris, la vie au grand air, un travail modéré, seront des éléments salutaires de régénération. J'estime que toutes ces jeunes filles ne devront pas vivre dans l'oisiveté, qui est mauvaise conseillère. On devra leur imposer une tâche à accomplir et tout travail ne devra pas rester facultatif. Parmi celles qui sont malades, bien peu seront incapables d'accomplir un travail modéré. Les maladies vénériennes sont rarement un obstacle à un travail manuel, c'est pour cela qu'il est étrange de vouloir établir une similitude absolue entre les femmes atteintes de ces maladies et celles qui sont retenues dans leur lit, dans la plupart des hôpitaux ordinaires. Il faut se rappeler, de plus, que les femmes qui se livrent à la prostitution constituent un personnel sui generis avec des habitudes vicieuses et des tendances souvent détestables. On ne doit pas oublier que ces filles, dont l'imagination est fréquemment hantée par le souvenir des actions les plus cyniques, trouveront dans le travail manuel et au grand air un sédatif excellent et un adjuvant hygiénique des meilleurs pour la santé physique et contre les désordres de l'imagination. Beaucoup de jeunes filles, qui n'ont jamais fait de travail sérieux, pourraient apprendre un état qui leur permettrait de vivre, lorsqu'elles quitteraient l'asile, sans retomber dans les désordres de leur existence passée.

Si le séjour des mineures dans l'asile se prolongeait jusqu'à leur majorité, on trouverait alors l'occasion de soigner et de guérir, d'une façon définitive, l'affection syphilitique dont elles sont atteintes. Actuellement, les insoumises, comme les filles inscrites, sont renvoyées de l'infirmerie, dès qu'il n'y a plus d'accidents transmissibles; mais comme les manifestations syphilitiques, pour lesquelles un traitement longtemps prolongé n'a pas été fait, apparaissent de nouveau, il y a lieu de renouveler ce traitement et de retirer de la circulation les femmes qui en sont atteintes. C'est facile pour les filles inscrites. Il n'en est pas de môme pour les insoumises, qui échappent à toute surveillance et qui répandent la syphilis, jusqu'au jour où elles sont arrêtées de nouveau, pour actes de prostitution. L'avantage d'un séjour prolongé à la campagne et d'un traitement anti-syphilitique, continué avec persévérance, donneraient des résultats bien précieux, au point de vue de la diminution des maladies syphilitiques. Pour obtenir ce résultat de pouvoir garder les mineures jusqu'à leur majorité, il faudrait une loi. Il semble, dans les circonstances actuelles, que cette loi soit facile à obtenir; il suffirait d'ajouter un article spécial au projet déjà voté par le Sénat, lorsque ce projet sera discuté au corps législatif. Dans un article publié dans un journal de médecine (1), j'ai fait connaître les lacunes de la proposition Bérenger; c'est une lacune de plus à signaler. En décidant que les mineures saisies en état habituel de prostitution seraient enfermées jusqu'à leur complète guérison et jusqu'à leur majorité, dans l'asile, on éviterait l'inscription des mineures sur les registres de la prostitution. Ce serait donc, à tous les points de vue, un résultat excellent.

Je n'ai pas à examiner ici cette question de la réglementation, puisqu'elle fera l'objet d'une étude spéciale, lorsque je traiterai de l'inscription des prostituées; je puis rappeler cependant l'opinion émise par M. Lozé, Préfet de police, dans la séance du Conseil municipal du 18 juillet 1890. A propos de la proposition qui consistait à interner dans un établissement hospitalier les mineures se livrant à la prostitution, M. Lozé s'est exprimé ainsi :

« Je ne vois pas d'inconvénient à ce que les filles mineures se livrant d'habitude à la prostitution, reconnues atteintes de maladies

(1) Bulletin médical du 14 juillet 1895.

vénériennes, puissent être internées dans un établissement hospitalier autre que l'asile sanitaire. La difficulté est de les y interner.

« Le jour où la loi nous le permettra, je ne les inscrirai plus. Mais, jusque-là, je ne vois pas pourquoi leur état de minorité leur créerait un privilège inexplicable. Ce privilège serait d'autant moins justifié que, vous le savez, les mineures malades sont plus dangereuses que les autres prostituées. »

L'argumentation du Préfet de police était logique, ce qui n'empêcha pas le rapporteur de la commission, M. Emile Richard, de déclarer, en son nom, qu'elle ne pouvait pas autoriser l'inscription des mineures ! Tant que l'asile spécial demandé en leur faveur, par le Conseil municipal, n'existera pas, beaucoup d'entrés elles, saisies en état habituel de prostitution et trouvées atteintes de manifestations syphilitiques devront être inscrites. En quoi ces mineures, qui n'ont jamais eu de profession réelle, et qui, depuis quatre, cinq ou six ans n'ont cessé de vivre de la prostitution, auraient-elles droit à un privilège spécial? Quoique mineures, n'ont-elles pas été étrangement émancipées par le vice et la syphilis?

Lorsque l'établissement spécial réclamé par la sollicitude du Conseil municipal en faveur des mineures sera fondé, il n'y aura plus de mineures inscrites. Du moins il n'y aura plus possibilité d'inscrire les mineures du département de la Seine, puisqu'il a été spécialement question d'hospitaliser celles qui sont originaires de ce département; mais que fera-t-on des mineures des autres départements? Le Préfet de police sera-t-il forcé d'envoyer ces mineures à l'infirmerie de Saint-Lazare, si elles sont malades, ou de les rendre à la liberté, lorsque les parents refuseront de s'occuper d'elles? Le problème resterait toujours à résoudre, si l'asile départemental n'accueillait pas les mineures des autres parties de la France. Que s'est-il produit, au point de vue de l'origine des mineures, dans la période décennale de 1878 à 1887? J'ai déjà signalé (1) que le département de la Seine avait fourni 2,008 unités mineures et que plusieurs d'entre elles ayant été arrêtées plusieurs fois avaient donné 2,210 maladies. Le nombre des constatations morbides, pour la période décennale et pour l'ensemble des mineures ayant été de 5,136 et celle des unités malades de 4,712, il s'ensuit que les mineures

(1) Syphilis et prostitution chez les insoumises mineures. G. Masson, éditeur, 1893.

originaires des autres départements étaient au nombre de 2,704 unités mineures avec 2,926 maladies. Que seraient devenues ces 2,704 unités mineures avec l'asile réservé seulement aux mineures originaires de la Seine? Il est vivement à souhaiter que l'asile sanitaire réclamé par le Conseil municipal, en faveur des mineures du département de la Seine, ouvre largement ses portes aux mineures de tous les départements. C'est le seul moyen d'empêcher l'inscription des mineures et de diminuer notablement la dissémination des maladies syphilitiques.

Après avoir fait connaître notre opinion sur la création d'un asile sanitaire destiné aux prostituées et d'un asile spécial pour les mineures, nous devons dire ce qui se produit lorsque les insoumises quittent l'infirmerie de Saint-Lazare.

Munies de la feuille d'envoi et du certificat du médecin traitant, elles retournent au dépôt d'où elles sont extraites pour passer, de nouveau, à la visite du médecin en chef du dispensaire. On s'est demandé quelquefois si cette contre-visite était indispensable. Nous devons dire que, dans toutes les villes importantes où existe un dispensaire et des hôpitaux pour les prostituées vénériennes, on procède de la même façon. Nous devons signaler, en outre, ce fait important que le Conseil municipal (Bulletin municipal du 17 juillet 1890) a voté le paragraphe suivant : « Dès sa sortie de l'asile sanitaire, la fille devra se rendre au dispensaire. » C'est recommander la nécessité d'un examen nouveau au dispensaire. Nous avons constaté bien souvent nous-mème l'utilité de ces contre-visites. M. le Dr Passant a bien voulu me communiquer le relevé qu'il a fait dresser des malades sorties de l'infirmerie de Saint-Lazare avec un certificat de guérison et pour lesquelles un traitement complémentaire a été jugé nécessaire. Ce relevé porte sur une période de dix ans, de 1885 à 1894. 203 femmes, sorties incomplètement guéries de l'infirmerie, dans cette période décennale, y sont retournées pour suivre un nouveau traitement. La durée de ce second séjour a été variable, mais la moyenne, pour la totalité, a été de 46 jours de traitement nouveau pour chaque malade. Voici le détail, par années, de ces renvois à l'infirmerie de Saint-Lazare.

Malades sorties de l'infirmerie de Saint-Lazare non complètement guéries et renvoyées pour y subir un nouveau traitement.

En 1885.

16 insoumises sorties de Saint-Lazare, et trouvées non guéries au dispensaire, ont été renvoyées à l'infirmerie de Saint-Lazare pour complément de traitement. Parmi ces 16 femmes, il y en avait sept qui avaient des accidents syphilitiques.

Après ce renvoi, la durée du nouveau séjour a varié de 6 jours à 262 jours.

Pour l'ensemble, la moyenne générale a été de 67 jours de séjour par malade.

6 malades seulement, sur lesquelles il y avait 5 insoumises et une femme du dépôt, ont été renvoyées à l'infirmerie de Saint-Lazare pour complément de traitement. Trois de ces malades étaient syphilitiques.

La durée du deuxième séjour à l'infirmerie de Saint-Lazare a varié de 8 jours à 85 jours.

Pour l'ensemble, la moyenne générale du deuxième séjour a été de 35 jours par malade.

En 1887.

6 insoumises non guéries ont été renvoyées a l'infirmerie de Saint-Lazare et deux d'entre elles pour des accidents syphilitiques.

La durée du deuxième séjour à l'infirmerie a varié de 13 jours à 154 jours. La moyenne générale de ce nouveau séjour a été de 59 jours par malade.

En 1888.

lk femmes, parmi lesquelles se trouvaient 10 insoumises, sorties non guéries de l'infirmerie, y ont été renvoyées pour nouveau traitement. Parmi ces femmes, cinq avaient des accidents syphilitiques.

La durée de ce nouveau séjour à l'infirmerie a varié entre 14 jours et 143 jours.

La moyenne du deuxième séjour a été de 45 jours par malade.

En 1889.

20 malades, parmi lesquelles lk insoumises, sorties non guéries de l'infirmerie de Saint-Lazare, y ont été renvoyées pour complément de traitement. Sur ces 20 malades, treize avaient des accidents syphilitiques.

La durée de ce deuxième séjour a varié de 6 jours à 178 jours.

La moyenne générale des journées du deuxième séjour a été de 41 jours par malade.

31 malades non guéries, ont été renvoyées à l'infirmerie de Saint-Lazare. Parmi ces femmes il y avait 21 insoumises, 2 femmes de maison, 2 femmes en carte et 6 femmes du dépôt.

Sur ces 37 malades, dix-sept ont été renvoyées pour des accidents syphilitiques.

La durée de ce nouveau séjour à Saint-Lazare a varié de 6 jours à 183 jours.

La moyenne générale des journées de traitement pour ce deuxième séjour, a été de 47 jours par malade.

En 1891.

32 malades, non guéries, ont été renvoyées à l'infirmerie de Saint-Lazare. Dans ce nombre il y avait 25 insoumises, 2 femmes de maison, 2 femmes en carte et 3 femmes du dépôt.

Onze ont été renvoyées en traitement pour des accidents syphilitiques. La durée du deuxième séjour à l'infirmerie a varié de 3 jours à 275 jours. La moyenne générale des journées de traitement, pendant ce deuxième séjour, a été de 56 jours par malade.

En 1892.

33 malades sorties de Saint-Lazare incomplètement guéries y ont été renvoyées. Dans ce nombre il y avait 24 insoumises, 4 femmes de maison, 2 femmes en carte et 3 femmes du dépôt.

Seize ont été renvoyées en traitement pour des manifestations syphilitiques et Tune d'entre elles y a été renvoyée deux fois et y a fait un séjour complémentaire de 195 jours.

La durée du deuxième séjour a varié entre 7 et 195 jours.

La moyenne générale des journées de traitement, pendant ce deuxième séjour, a été de 42 jours par malade.

il insoumises sorties de Tin fîrmerie de Saint-Lazare, et trouvées non guéries au dispensaire, ont été renvoyées à l'infirmerie pour complément de traitement. Parmi ces 11 femmes, il y en avait cinq qui avaient des manifestations syphilitiques.

Après ce renvoi, la durée du nouveau séjour à l'infirmerie de Saint-Lazare a varié de 11 à 92 jours,

La moyenne générale de ce nouveau séjour a été de 39 jours par malade.

En 1894.

28 malades, sur lesquelles il y avait 23 insoumises, 3 femmes du dépôt et 2 filles en carte, sont sorties de Saint- Lazare et trouvées non guéries au dispensaire; elles ont été renvoyées h Pinfirmerie de Saint-Lazare pour complément de traitement.

Neuf de ces malades avaient des accidents syphilitiques.

La durée du deuxième séjour h Saint-Lazare a varié de 3 à 112 jours. . La moyenne générale de ce deuxième séjour a été de 31 jours par malade.

Toute réflexion parait superflue après l'exposé que nous venons de faire. C'est une démonstration suffisante de Futilité de la contrevisite au dispensaire.

Avant de terminer ce qu'il y a de plus important à signaler, au point de vue de l'infirmerie de Saint-Lazare, il me semble utile et instructif de citer les observations de quelques-unes des insoumises qui y ont été envoyées en traitement, pour des manifestations syphilitiques très graves, de date ancienne et pour lesquelles aucune médication n'avait été faite, aucun conseil médical n'avait été demandé. Rien ne pourrait donner une idée de l'étrange incurie des insoumises pour leur santé, si on ne montrait, par des exemples, jusqu'à quel degré elles poussent l'oubli des soins les plus indispensables et l'insouciance la plus absolue en ce qui concerne les maladies qu'elles peuvent transmettre à leurs clients de rencontre.

Les femmes se livrant, d'une façon clandestine, à la prostitution sont celles qui propagent, d'une manière générale, les affections vénériennes ou syphilitiques. Pour la plupart, elles se préoccupent fort peu ou ne se préoccupent pas du tout de leur santé. Ce qu'elles veulent, c'est gagner de l'argent. Les insoumises malades continuent, sans scrupule, à se livrer à ceux qui les payent, alors qu'elles n'ignorent pas être malades et qu'elles savent pouvoir communiquer des accidents syphilitiques. Elles possèdent, depuis plusieurs mois, une nombreuse variété d'accidents syphilitiques transmissibles, sans qu'elle songent à aller frapper à la porte de l'hôpital, alors même qu'elles sont sans domicile fixe ; si, par extraordinaire, elles vont à la consultation de l'hôpital, elles n'en continuent pas moins à chercher des amateurs et à leur communiquer, sans remords, les accidents syphilitiques dont elles savent être atteintes. La santé publique est leur moindre souci, ce qui les préoccupe uniquement, c'est le besoin de trouver de l'argent.

Voici quelques exemples, pris au hasard, parmi les insoumises ayant depuis longtemps des accidents syphilitiques graves et continuant, jusqu'au moment de leur arrestation, à se livrer à la prostitution clandestine.

Observation i. — T... (Emilie), âgée de seize ans, est visitée au dispensaire de salubrité le 1er septembre 1887 et trouvée atteinte : 1° d'angine syphilitique ; 2° de plaques muqueuses des lèvres supérieure et inférieure; 3° de

plaques muqueuses hypertrophiées de la vulve et de l'anus. C'était un type extraordinaire d'accidents syphilitiques monstrueux. Au point de vue des accidents de la vulve et de Tamis, c'était un cas à faire photographier pour l'instruction des jeunes générations médicales.

Cette jeune personne, bien que mineure, avouait se livrer à la prostitution clandestine depuis un an; elle était malade depuis quatre mois; sachant parfaitement qu'elle était malade, elle avait continué, sans la moindre vergogne, à voir des hommes; elle supposait avoir eu des rapports, depuis qu'elle était malade, avec une série d'individus variant de 80 à 100.

Voilà donc une jeune fille qui a empoisonné, dans toute la candeur de son âme et sans le moindre scrupule, une centaine d'individus.

Observation h. — C... (Caroline), âgée de dix-huit ans, est examinée au dispensaire le 15 octobre 1887 et trouvée atteinte de vaginite, de papules muqueuses de la vulve et de roséole syphilitique ; elle est envoyée a l'infirmerie de Saint-Lazare.

Cette jeune fille était entrée à l'hôpital de Lourcine, mais elle n'y a fait qu'un séjour de quinze jours; elle en est sortie, non guérie, depuis huit jours. — Dès sa sortie de l'hôpital, sachant parfaitement qu'elle n'était pas guérie, elle a recommencé h se livrer à la prostitution clandestine.

Observation m. — D... (Clémence), âgée de vingt ans, domestique, examinée au dispensaire, le 17 novembre 1887, a été trouvée atteinte d'une angine syphilitique grave et envoyée à l'infirmerie de Saint-Lazare. Elle avait quitté l'hôpital de Lourcine, depuis dix jours, après y avoir séjourné du 11 octobre au 6 novembre 1887. Elle savait parfaitement ne pas être guérie, ce qui ne l'a pas empêchée de se livrer a la prostitution clandestine, dès qu'elle a été en liberté.

Observation iv. — . E... (Marie), âgée de dix-neuf ans, domestique, passe au dispensaire de salubrité le 22 novembre 1887; elle est trouvée atteinte d'une angine syphilitique intense et envoyée à l'infirmerie de Saint-Lazare.

Cette fille était entrée à l'hôpital de Lourcine le 15 septembre 1887, mais elle était sortie non guérie le 4 octobre 1887. Elle a repris sa liberté pour continuer son commerce de prostituée, sans souci des accidents syphilitiques qu'elle pouvait communiquer â tous les clients qu'elle a pu rencontrer, dans ses pérégrinations.

Observation v. — St... (Anna), âgée de dix-huit ans, brunisseuse, passe au dispensaire le 1er décembre 1887, et est envoyée k l'infirmerie de Saint-Lazare pour vaginite et angine syphilitique.

Traitée pendant quelques jours â l'hôpital Saint-Louis, elle en était sortie pour vivre en liberté, mais elle avait eu soin de se rendre aux consultations et de faire régulièrement le traitement qui lui était prescrit.

Elle savait très bien être malade; elle se soignait, mais elle n'en continuait pas moins à faire de la prostitution clandestine et à chercher des clients, sans se soucier autrement des accidents syphilitiques qu'elle transmettait.

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Observation vi. — M... (Louise), domestique, n'a que dix-sept ans, mais elle est très grande et très vigoureuse.

Le 13 décembre 1887, elle est examinée au dispensaire de salubrité et envoyée à l'infirmerie de Saint-Lazare, 1° pour des plaques muqueuses de la bouche; 2° pour des plaques muqueuses hypertrophiées de la vulve et de l'anus.

Cette jeune fille se livre à la prostitution clandestine depuis un an; elle est malade depuis six mois. Entrée à l'hôpital de Lourcine, le 15 septembre 1887, elle n'y fait qu'un séjour de dix-huit jours, puisqu'elle en est sortie le 4 octobre 1887.

Depuis sa sortie de Lourcine, jusqu'au moment de son arrestation, elle n'a pas cessé de se livrer à la prostitution clandestine et de recruter des clients dans toutes les directions, bien qu'elle sût parfaitement la gravité des manifestations syphilitiques dont elle était atteinte. La question de la transmission des accidents syphilitiques ne la troublait en aucune façon. Elle avait, dit-elle, un amant en titre et des amateurs de passage.

Observation vu. — M... (Augustine), âgée de dix-neuf ans, a été arrêtée boulevard de la Chapelle pour actes de prostitution. Cette fille, qui est originaire du département de la Meuse, a été domestique pendant deux ans à Nogent-sur-Marne. Se trouvant sans place depuis plusieurs mois, elle se livre à la prostitution, bien qu'elle sache très bien être malade. Elle a été examinée au dispensaire le 14 mai 1880 et trouvée atteinte d'angine syphilitique et de roséole syphilitique.

Elle était entrée a. l'hôpital de Lourcine où elle n'avait fait qu'un séjour de quinze jours. Sortie de l'hôpital, encore très malade, elle s'était empressée de se livrer à la prostitution, dès qu'elle avait été libre.

Elle a quitté l'infirmerie de Saint-Lazare, après guérison, et a été renvoyée dans son pays, auprès de sa famille, au moyen d'une réquisition de transport.

Observation viii. — D... (Annette-Louise), blanchisseuse, âgée de dix-huit ans, est née à Paris (XIIIearrondissement), le 18 juillet 1873. Elle se livre à la prostitution depuis deux ans, c'est-à-dire depuis l'âge de seize ans.

Comme elle ne voulait pas travailler, le père a obtenu qu'elle fût envoyée en correction. Elle a fait un séjour de trois mois à la Fouilleuse, sans que ses instincts pervers se soient modifiés. Elle a abandonné le domicile paternel pour se livrer a la prostitution.

Lorsqu'elle a été arrêtée, elle n'avait pas de domicile fixe et couchait dans les escaliers des maisons où elle parvenait à s'introduire. Lorsqu'elle trouvait l'occasion de rencontrer des amateurs peu difficiles, elle les conduisait dans des garnis de la rue Saint-Denis ou de la rue Quincampoix. Arrêtée le 23 octobre 1891, elle a été examinée au dispensaire le 24 octobre et trouvée atteinte de syphilides papulO'tuberculeuses ulcérées de fa vulve, qui paraissaient exister depuis plusieurs mois. C'est un état syphilitique des plus graves, ce qui ne l'a pas empochée d'avoir des rapports avec des hommes, d'une façon quotidienne*

11 est impossible de comprendre que l'odeur repoussante des manifestations syphilitiques dont elle était atteinte n'ait pas fait fuir ceux qui l'approchaient.

Cette malheureuse fille, malade depuis cinq ou six mois, n'a pas eu un instant la pensée d'aller à la consultation d'un hôpital quelconque. Cette incurie est d'autant plus étrange que cette insoumise est sans domicile et qu'elle ne sait pas souvent où aller coucher. Comment expliquer, en outre, le cynisme de cette fille mineure qui a l'audace de chercher des clients, alors qu'elle savait être très malade, depuis plusieurs mois, et qu'elle n'ignorait pas devoir contaminer les individus qui l'approchaient? Envoyée à Saint-Lazare, le 24 octobre 1891, elle ne quitte l'infirmerie que le 17 novembre 1892, après un traitement de treize mois. Elle est rendue à son père.

Le long séjour fait à l'infirmerie de Saint-Lazare ne semble pas avoir développé dans son esprit le désir de changer de conduite. Elle recommence, de nouveau, à se livrer à la prostitution, est arrêtée plusieurs fois, notamment le 22 août 1894; elle avait des accidents syphilitiques de la voûte palatine. Envoyée à l'infirmerie de Saint-Lazare, elle en sort le 15 novembre 1894 et la commission décide son inscription le 16 novembre 1894; elle était alors majeure.

Observation ix. — La nommée L... (Eugénie), blanchisseuse, née à Paris (XIe arrondissement), âgée de quatorze ans et neuf mois, passe au dispensaire de salubrité le 10 décembre 1887 et est trouvée atteinte de plaques muqueuses des amygdales et de la luette. Elle a abandonné le domicile maternel depuis huit jours, mais elle avoue se livrer à la prostitution depuis plusieurs mois.

Elle sait être malade depuis un mois, ce qui ne l'empêche pas de se livrer régulièrement à la prostitution, sans se préoccuper de sa maladie.

Elle est soignée à l'infirmerie de Saint- Lazare jusqu'au 6 février 1888; elle est ensuite rendue à sa mère.

Observation x. — V... (Viclorine), blanchisseuse, née à Clichy (Seine), est âgée de seize ans. Arrêtée h la porte Saint-Denis, elle est examinée au dispensaire de salubrité le 13 octobre 1888, et trouvée atteinte de plaques muqueuses de la vulve et de Vanus. Ces accidents syphilitiques sont très développés et datent de quatre à cinq mois.

Cette jeune personne, qui paraît très timorée et a un maintien convenable, avoue être malade depuis quatre mois, ce qui ne l'a pas empêchée, depuis cette époque, de voir plusieurs hommes par jour, sans songer à se faire soigner. Envoyée à l'infirmerie, le 13 octobre 1888, elle en sort le 2 février 1889.

Observation xi. — H... (Eugénie), couturière, née à Paris (XVIIe arrondissement), est âgée de quinze ans et demi. Elle a été arrêtée à la porte Saint- Denis avec l'insoumise précédente, qui est son amie, et avec laquelle elle a l'habitude d'aller à la recherche des amateurs et de lui servir d'aide. Examinée au dispensaire le 13 novembre 1888, elle est trouvée atteinte d'angine syphilitique grave et de syphilides très développées de la vulve et de Vanus.

Elle avoue être malade depuis cinq mois, ne pas avoir consulté de médecin

et n'avoir pas cessé de se livrer à la prostitution jusqu'au moment de son arrestation.

Envoyée à Saint-Lazare le 43 octobre 4888, elle en sort le 21 décembre 1888.

Observation xii. — A... (Françoise), couturière, née à Guingamp (Côtesdu-Nord), est âgée de dix-neuf ans. Elle s'est présentée spontanément à la Préfecture de police pour demander sa carte.

Elle passe au dispensaire le 31 juillet 1888 et est trouvée atteinte de nombreuses plaques muqueuses de la vulve et de l'anus.

Cette fille, ayant reconnu qu'elle était malade, au commencement de juillet, s'était présentée à là consultation de l'hôpital Saint-Louis, et avait été admise au traitement interne; mais des réparations ayant été nécessaires dans une des salles, elle a quitté l'hôpital avec d'autres malades.

Après sa sortie de l'hôpital, elle a recommencé à se livrer h la prostitution, bien qu'elle sût fort bien ne pas être guérie.

Envoyée à l'infirmerie de Saint-Lazare le 31 juillet 1888, elle en est sortie le 10 mai 1889.

Observation xiii. — D... (Cécile), demoiselle de magasin, née à Paris XIe arrondissement), est âgée de seize ans et demi.

Elle a quitté sa famille depuis dix-huit mois et loge en garni.

Arrêtée rue Greneta, pour provocation à la prostitution, elle est examinée au dispensaire et on constate qu'elle a: 1° une angine syphilitique; 2° des syphilides hypertrophiées de la vulve et de l'anus, avec le caractère type des accidents graves.

Celte personne allait à la consultation de l'hôpital Saint-Louis, mais elle n'a pas cessé de se livrer à la prostitution, bien qu'elle connût la gravité de sa maladie.

Envoyée à l'infirmerie de Saint-Lazare le 14 mai 1889, elle y fait un séjour de trois mois et demi jusqu'au 28 août 1889.

Observation xiv. — B... (Eugénie), passementière, née à Paris (XIIIe arrondissement), est âgée de vingt-deux ans.

Arrêtée pour prostitution, boulevard de Sébastopol, à onze heures du soir, elle est examinée au dispensaire le 27 août 1889, et trouvée atteinte de deux chancres vulvaires et d'accidents secondaires de la vulve et de F anus.

Arrêtée une première fois, il y a six semaines, elle avait été trouvée atteinte d'uréthrite et envoyée à l'infirmerie de Saint-Lazare; elle était restée en liberté pendant quinze jours, puis était entrée à l'hôpital de Lourcine. Elle quitte volontairement l'hôpital sachant bien qu'elle n'est pas guérie et recommence aussitôt à se livrer à la prostitution.

Elle est envoyée à l'infirmerie de Saint-Lazare le 27 août 1889 et elle en sort le 5 décembre 1889, après y avoir fait un séjour de trois mois et dix jours.

Observation xv. — H... (Céline), brunisseuse, née à Paris (XXe arrondissement), est âgée de dix-neuf ans.

Arrêtée pour vol d'un porte-monnaie au préjudice d'un amateur qu'elle avait conduit dans un garni, elle est examinée au dispensaire le 29 août 1889 et trouvée atteinte d'accidents secondaires de la vulve et de l'anus.

Elle était malade depuis trois mois; elle le savait; elle n'en a pas moins continué à se livrer régulièrement à la prostitution jusqu'au jour de son arrestation.

Envoyée à l'infirmerie de Saint-Lazare le 29 août 4889, elle est rendue à la liberté le 12 novembre 1889.

Observation xvi. — B... (Rose), demoiselle de magasin, née à Meyrac (Gorrèze), est âgée de dix-neuf ans.

Arrêtée pour prostitution, elle passe au dispensaire le 29 août 1889; on constate qu'elle a: 1° une angine syphilitique; 2° des plaques muqueuses hypertrophiées de la vulve.

Cette fille a été soignée à l'hôpital Saint-Louis au mois de septembre 1888, et est restée en traitement jusqu'au mois de janvier 1889. Les accidents syphilitiques ayant disparu, elle a quitté l'hôpital.

Elle est de nouveau malade depuis trois mois, et malgré qu'elle soit atteinte d'accidents syphilitiques, depuis cette époque, elle n'a suivi aucun traitement. Bien qu'elle ait un amant, elle a continué k se livrer régulièrement à la prostitution jusqu'au jour de son arrestation.

Envoyée k Saint-Lazare le 29 août 1889, elle en sort le 7 novembre 1889.

Observation xvu. — C... (Elise), mécanicienne, née à Paris (XIIIe arrondissement), est âgée de dix-neuf ans.

Arrêtée rue Saint-Honoré, pour prostitution, elle est examinée au dispensaire le 5 septembre 1889. On constate: 1* une angine syphilitique ; 2° des syphilides de la vulve et de l'anus.

Cette fille, qui ne travaille pas depuis six mois, avoue se livrer k la prostitution depuis trois mois.

Elle habite chez ses parents, mais elle se livre à la prostitution à leur insu.

Elle sait très bien être malade depuis plusieurs mois, ce qui ne Ta pas empêchée de voir régulièrement des hommes.

Elle était entrée à l'hôpital de Lourcine au mois de juin 1889, mais elle n'y avait fait qu'un séjour de quinze jours et était sortie sans être guérie.

Envoyée à l'infirmerie de Saint-Lazare le 5 septembre 1889, elle en sort le 26 novembre 1889.

Observation xvih. — B... (Appoline), née à Chamby (Oise), est âgée de trente-quatre ans. Elle est mariée, mais est séparée de son mari depuis deux ans et demi.

Arrêtée pour prostitution, rue de la Révolte, elle est conduite au dispensaire le 7 septembre 1889. On constate qu'elle est atteinte : 1° de plaques muqueuses de la bouche; 2° de syphilides nombreuses de la vulve.

Cette femme, qui vit de la prostitution depuis deux mois, déclare être

malade depuis ud mois. Elle a continué avoir trois ou quatre hommes par jour, bien qu'elle sût être malade; elle ne s'est soumise h aucun traitement.

Elle est envoyée à l'infirmerie de Saint-Lazare le 7 septembre 1889; elle en sort le 9 novembre 1889.

Observation xix. — S... (Annette), ouvrière en couronnes, née k Paris, est âgée de dix-neuf ans.

Atteinte d'accidents syphilitiques, il y a six mois, elle allait à la consultation de l'hôpital Saint-Louis, où on lui délivrait des pilules dont la nature ne nous est pas indiquée.

Le 11 septembre 1889, elle est arrêtée boulevard de Sébastopol, pour provocation à la débauche.

Examinée au dispensaire le 12 septembre 1889, elle est reconnue atteinte de plaques muqueuses hypertrophiées de la marge de l'anus.

Cette jeune fille, qui est malade depuis plusieurs mois, avoue ne pas avoir cessé de se livrer à la prostitution depuis deux mois.

Envoyée à Saint-Lazare le 22 septembre 1889, elle est rendue à son père le 3 janvier 1890.

Observation xx. — J... (Marie), couturière, née à Suresnes (Seine), est âgée de vingt ans.

Arrêtée une première fois, place de la République, le 30 mai 1888, elle a été trouvée atteinte d'uréthrite et envoyée à l'infirmerie de Saint-Lazare, d'où elle est sortie le 25 juin 1888.

Arrêtée, pour la seconde fois, boulevard de Sébastopol, à onze heures cinquante du soir, le 7 avril 1890, cette ûlle déclare ne pas travailler et se livrer à la prostitution. Elle déclare être malade depuis six semaines, sans avoir songé à se soigner. Connaissant son état de santé, elle n'en a pas moins continué à chercher des amateurs; elle en voyait deux ou trois par jour, suivant l'occasion ; plie prenait tout ce qui se présentait, et le jour de son arrestation, elle s'était encore livrée à la prostitution.

Examinée au dispensaire le 8 avril 1890, on la trouve atteinte : 1° d'angine syphilitique ; 2° de plaques muqueuses des lèvres et des commissures labiales; 3° de plaques muqueuses de la vulve. Elle est envoyée à l'infirmerie de Saint- Lazare le 8 avril 1890.

Observation xxi. — P... (Léonie), domestique, née à Boulogne-sur-Mer, est âgée de dix-neuf ans.

Elle a été domestique en Angleterre et est à Paris depuis le 22 février 1890.

Arrêtée pour prostitution, rue Gozlin, à dix heures cinquante-cinq du soir, elle est examinée au dispensaire le 8 mai 1890 et trouvée atteinte de plaques muqueuses de la vulve.

Cette fille qui, malgré sa maladie, a toujours continué à se livrer à la prostitution, prétend ne s'être aperçue des manifestations syphilitiques dont elle est atteinte que depuis trois semaines ; elle est allée, il y a huit jours, à la consultation externe de l'hôpital de Lourcine.

Elle a été envoyée à l'infirmerie de Saint-Lazare le 8 mai 1890.

Observation xxii. — G... (Anna), couturière, née à Paris, est âgée de dixhuit ans.

Arrêtée le 15 novembre 1889, rue de la Grange-Batelière, elle est conduite au dispensaire. L'examen de cette fiHe fait reconnaître : 1° une angine syphilitique ; 2° des syphilides de la vulve.

Cette fille, qui ne travaille pas, a commencé à avoir des rapports avec les hommes à l'âge de quinze ans. Elle a eu un amant qui Ta quittée depuis quatre mois.

Elle sait avoir des accidents syphilitiques, depuis quatre mois, sans qu'elle ait pensé k se faire soigner ; elle n'a pas cessé de parcourir, tous les soirs, les boulevards pour chercher des amateurs ; depuis trois semaines, elle a repris un amant qui l'encourage à se livrer à la prostitution. Envoyée k Saint-Lazare, le 16 novembre 1889, elle est rendue à la liberté le 6 février 1890.

Observation xxhi. — D... (Jeanne), fleuriste, née à Choisy-le-Roi, est âgée de dix-sept ans.

Arrêtée, pour prostitution, boulevard de Sébastopol, elle est examinée au dispensaire le 18 mai 1890. Elle est atteinte : 1° de plaques muqueuses des amygdales) 2° de plaques muqueuses hypertrophiées et ulcérées de la vulve et de l'anus. Ces accidents syphilitiques graves existent, au moins, depuis six mois, sans qu'elle ait songé k se faire soigner.

Malgré la gravité de sa maladie, elle n'a pas cessé d'avoir des rapports avec les hommes, tous les jours.

Elle a été envoyée à l'infirmerie de Saint-Lazare le 8 mai 1890.

Observation xxiv. — M... (Clémence), domestique, née à Charly (Aisne), est âgée de dix-huit ans.

Cette jeune fille, qui était venue k Paris au mois d'avril 1889, avait été domestique k Pantin, pendant deux mois et demi. Sortie de place, elle s'est livrée k la prostitution, du mois de juillet au mois d'octobre. A ce moment elle est retournée dans son pays ; bien qu'elle eût des boutons à la vulve, elle n'a pas consulté de médecin. Revenue à Paris, au commencement d'avril 1890, elle est entrée comme domestique dans un jeune ménage et n'a quitté sa place que le 24 mai. Elle dit ne pas s'être livrée à la prostitution pendant qu'elle était en place et ne l'avoir fait qu'k partir du 24 mai.

Cette insoumise est arrêtée le 28 mai à une heure et demie du matin avenue de la République. Elle avait voulu, avec une de ses camarades, entrer dans un poste de pompiers. Examinée au dispensaire le 29 mai 1890, on constate qu'elle a : 1° une angine syphilitique occupant spécialement le voile du palais ; 2° des plaques muqueuses fortement hypertrophiées de la vulve et de Vanus.

Elle est envoyée à l'infirmerie de Saint-Lazare le 29 mai 1890.

Cette jeune fille est donc malade depuis huit mois, sans qu'elle ait songé à s'occuper de sa santé et sans qu'elle ait pensé aux accidents qu'elle pouvait transmettre aux amateurs avec lesquels elle avait des rapports.

Elle avait une jolie figure, avec un air modeste et réservé qui devait tromper facilement les maîtres qu'elle servait. Elle était dangereuse et pour ses maîtres et pour ceux qui, croyant à une vertu relative, devaient chercher à lui plaire, ne soupçonnant guère à quels sérieux dangers ils s'exposaient.

Observation xxv. — N... (Marie), âgée de vingt ans, originaire du département de l'Ain a été arrêtée avec une amie au bois de Vincennes, pour racolage de militaires, le 14 juillet 4895. Je l'examine au dispensaire, le 16 juillet et je constate des manifestations syphilitiques très graves : 1° angine syphilitique violente ; 2° nombreuses plaques muqueuses hypertrophiées et ulcérées de la vulve et de la région anale; 3° gale; 4° uréthrile blennorrhagique. Cette jeune fille, qui est malade depuis quatre mois, n'a jamais eu l'idée d'aller à la consultation d'un hôpital, bien que son domicile fût à deux pas de l'hôpital Saint-Antoine ; elle a continué, quand même, à se livrer à la prostitution, sachant fort bien qu'elle était très malade. Elle subissait, du reste, à ce sujet, l'influence de sa patronne, marchande de vin, chez laquelle elle était employée comme domestique.

Cette jeune fille est entrée au service d'un marchand de vin depuis six mojs. Lorsqu'elle est entrée en place, elle n'était pas déflorée; c'est sous l'influence de sa patronne qu'elle s'est livrée aux clients de la maison. Il y avait avec elle, dans le même établissement, quatre autres jeunes femmes, âgées de dix-huit ans, dix-neuf ans, vingt ans et vingt-sept ans, qui se livraient également à la prostitution, suivant, du reste, l'exemple de la patronne. Ces jeunes femmes ne touchaient pas de salaires; elles étaient nourries et logées et ne recevaient, comme argent, que ce qui leur était donné par les hommes avec lesquels elles avaient des rapports. L'histoire de cette jeune fille montre l'incurie des prostituées clandestines, en ce qui concerne leursanté et la sécurité de leurs clients; elle fait connaître, en même temps, l'existence d'un établissement d'un de ces marchands de vin interlopes, comme il y en a tant, qui remplacent progressivement les maisons de prostitution surveillées, au grand détriment de la santé publique.

Observation xxvi. — M... (Louise), âgée de dix-huit ans, passe.au dispensaire de salubrité le 8 août 1895.

L'examen m'a fait constater : 1° à la lèvre inférieure, il existe dans la moitié droite de la lèvre une tuméfaction très prononcée avec déchirure de tissus en certains points, qui semblent avoir été enlevés à l'emporte -pièce dans la partie la plus extérieure; dans la surface plus interne, il y a une très large plaque muqueuse qui parait s'être développée sur le siège même de V accident piHmitif, qui a dû être le chancre infectant, point de départ des autres manifestations syphilitiques; 2° il existe des plaques muqueuses à la voûte palatine; 3° une roséole syphilitique généralisée et des syphilides pigmentaires du cou; 4° de très nombreuses papules muqueuses hypertrophiées et ulcérées occupent la région vulvaire et la région anale; elles semblent exister depuis deux ou trois mois.

Cette jeune fille, si gravement malade, ne s'est pas soignée et ne s'est présentée dans aucun hôpital pour demander un conseil.

Elle a été domestique chez un marchand de vin, d'où elle est sortie le G juillet 4895.

Malgré cet état de maladie si virulente, elle a continué à avoir des rapports avec des hommes jusqu'au 28 juillet 1895. Elle a été arrêtée k Suresnes, dans une perquisition de garni, le 6 août 1895.

L'incurie de cette jeune fille, au point de vue de sa santé est tel qu'elle ne s'était occupée, en aucune façon, des manifestations syphilitiques vulvaires, dont elle ne soupçonnait pas, dit-elle, l'existence! C'est à peine si elle avait fait quelques lotions boriquées à la lèvre inférieure !

Los faits que je viens de citer, pris au milieu de tous ceux que nous observons, à chaque insfant au dispensaire, méritent de fixer l'attention pour plusieurs motifs. Ils ont une importance exceptionnelle, au point de vue de la gravité et de la multiplicité des accidents syphilitiques observés. Les médecins qui ont assisté à la visite de ces malades ont été surpris que ces malheureuses aient pu se livrer à la prostitution, dans de pareilles conditions de santé. Ces filles malades, depuis plusieurs mois, ne se sont pas préoccupées de leur santé; c'est à peine si quelques-unes d'entre elles ont cherché à se faire soigner en allant à la consultation de Saint-Louis, mais elles n'en ont pas moins continué, jusqu'au moment de leur arrestation, à se livrer régulièrement à la prostitution; sept ont demandé leur admission à l'hôpital de Lourcine ; mais elles y ont fait un séjour dérisoire et en sont sorties, au bout de quelques jours, très malades, pour se livrer à la prostitution. L'exemple de ces sept mineures qui quittent Lourcine, non guéries, et qui s'empressent de recommencer leur existence de prostituées, démontre bien ce que je disais plus haut, la nécessité d'avoir des asiles sanitaires fermés.

Les filles qui font de la prostitution clandestine continuent, tant qu'elles sont libres, à faire leur métier, qu'elles soient malades ou non; elles se préoccupent médiocrement de leur guérison, puisqu'elles quittent l'hôpital quand les accidents syphilitiques sont en pleine évolution, et cela pour se livrer à la prostitution. C'est une nouvelle preuve que la femme atteinte des accidents syphilitiques les plus sérieux ne se résignera jamais à rester à l'hôpital, jusqu'à son entière guérison, si elle a la liberté d'en sortir quand elle le désire.

INFIRMERIE DK SAINT-LA7.ARK 201)

Sur 26 de ces filles, si gravement malades, 24 sont mineures et leur âge varie entre quatorze et vingt ans. La plupart sont originaires du département de la Seine qui fournit, du reste, de très jeunes et très nombreuses recrues à la débauche. C'est un spectacle douloureux de voir de si jeunes filles abandonner le domicile paternel, renoncer à tout travail, pour se livrer cyniquement à la prostitution, alors qu'elles savent être très malades depuis longtemps. Les mineures, qui sont en si grand nombre dans les faits que je viens de citer, figurent, comme nous l'avons vu précédemment, pour un chiffre très considérable, dans les annales de la prostitution clandestine.

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