‹ La prostitution clandestine à ParisChapitre 75 sur 131 · LE BON PASTEUR · texte numérisé non relu

LE BON PASTEUR

La maison du Bon Pasteur, qui est située rue Denfcrt-Rochereau, 71, est destinée spécialement à recueillir les jeunes filles qui se sont livrées à la prostitution clandestine et à obtenir leur relèvement moral par le travail et par la prière.

C'est en 1819, d'après Maxime du Camp, que le nouveau Bon Pasteur a été établi sur remplacement de celui qui avait été fondé en 1698 par M,,,e de Comté. C'est en 1821, d'après Parent-Duchatelet, qu'il a commencé à fonctionner. L'établissement du Bon Pasteur a été incendié en 1871, pendant la semaine sanglante qui a mis aux

prises les troupes du gouvernement légal et les bataillons de la commune. Il y avait, à ce moment, 130 filles hospitalisées. Los religieuses, suivies de leurs pensionnaires, se sont dirigées, au milieu des balles, vers l'hôpital de THôtel-Dieu, où elles ont W recueillies. Un fait important à signaler, c'est que, pendant cette tourmente, toutes les filles ont voulu accompagner les religieuses à niôtel-Dieu et aucune n'a profité de la circonstance pour s'esquiver. Le Bon Pasteur a été reconstruit sur le môme emplacement, grâce à l'indemnité reçue, grâce aux dons recueillis par les Daines assistantes. Trois ans après sa destruction, il a repris son organisation et ses habitudes d'autrefois. La direction de la maison est confiée aux religieuses de Saint-Thomas de Villeneuve. Le recrutement de* filles hospitalisées est fait par les Daines de l'œuvre du Bon Pasteur. qui sont des femmes du monde n'appartenant à aucune congrégation religieuse. C'est à Saint-Lazare et à l'hôpital de Lourcine que se fait le recrutement des malheureuses créatures dégradées par le vice et la maladie. Pendant mon internat à l'infirmerie de Saint-Lazare, j'ai été souvent témoin de la bienveillante énergie et du courage mis par ces femmes charitables au service de ces jeunes filles démoralisées, qui les rebutaient souvent, mais ne les lassaient jamais. Le rôle de ces femmes du monde qui se sont donné la mission diftieile et délicato d'arracher à la débauche et de ramener au travail honnête des créatures vicieuses est fort touchant et digne d'admiration. Que d'efforts pour triompher des résistances et des défaillances survenues sous l'influence de camarades plus perverties! Combien il a fallu aussi de prudence et de persuasion pour décider les parents à autoriser leur fille à entrer dans cette maison hospitalière! Depuis la laïcisation de l'hôpital de Lourcine, c'est presque uniquement à Saint-Lazare que les Dames de l'œuvre du Bon Pasteur exercent leur science de patient prosélytisme. Lorsque l'insoumise a accepte d'entrer au Bon Pasteur et que les parents ont accordé leur consentement, la Préfecture de police informée donne l'autorisation et la confie à une des dames de Tanivre du Bon Pasteur, qui vient la recevoir au dispensaire, pour la conduire dans le refuge de la rue Denfert-Rochereau. — Le nombre des filles reçues au Bon Pasteur est limité : il n'a jamais dépassé l.'iO, mais dans la période décennale que j'étudie, il n"y a jamais eu plus de 130 pensionnaires. Les jeunes filles sont admises de seize à vingt-trois ans, mais on ne

s'interdit pas cependant la possibilité de ne pas les recevoir suivant les circonstances au-dessous de seize ans; mais elles sont refusées après vingt-trois ans, l'expérience ayant démontré qu'au-dessus de cet âge, on ne se plie pas facilement à la règle imposée. Toute fille qui entre au Bon Pasteur peut y rester, si cela lui convient, jusqu'à la lin de ses jours. J'en ai vu qui s'y trouvaient depuis quatorze, quinze et même seize ans. Elle n'est pas obligée de séjourner dans ce refuge, lorsque la règle et les habitudes de la maison lui déplaisent; elle peut sortir quand elle veut, mais dans ce cas, elle ne peut plus y rentrer. Le départ est volontaire, mais il est définitif. Quand la pensionnaire désire quitter le refuge, si elle est mineure, elle doit être rendue à ses parents. Lorsqu'elle n'a pas de parents et si sa conduite est défectueuse, on la remet à la Préfecture de police. La conduite de la mineure a-t-elle été convenable? On tache de la placer dans un autre refuge. La supérieure n'a pas le droit d'admettre les pensionnaires, pas plus qu'elle n'est autorisée à les renvoyer. La présidente des Dames de l'œuvre du Bon Pasteur a seule cette prérogative. « Par une précaution très touchante, dit Maxime du Camp, nulle ne peut conserver son vrai nom, lorsqu'elle passe le seuil du refuge; elle laisse toute trace palpable de ses souvenirs dans la vie qui est derrière elle; elle entre nue, comme après un baptême nouveau, dans l'existence humble, recluse, monacale, qui se ferme sur sa jeunesse. » La même tradition, qui se continue encore aujourd'hui, aurait pour but, m'a-t-on dit, de faire oublier le passé et d'empêcher que les pensionnaires soient reconnues si elles rentrent dans la vie ordinaire. Elles reçoivent la visite de leurs parents, tous les quinze jours, et c'est souvent à la suite de ces visites qu'elles quittent le Bon Pasteur, pour rentrer dans leur famille. Quelques-unes quittent le Bon Pasteur pour se marier. Celles qui sont parties dans de bonnes conditions et dont la vie est restée honnête, peuvent revenir au refuge pour faire visite aux religieuses et solliciter leurs conseils.

La maison du Bon Pasteur est propre, bien tenue. « On a tiré, dit Maxime du Camp (1), le meilleur parti possible du local et des jardins; les ateliers sont grands, les réfectoires assez spacieux et les dortoirs seraient irréprochables si, à l'instar des dortoirs protestants,

(1) Paris, ses organes, ses fondions et sa vie. Tome 111, page 485.

ils étaient munis d'ustensiles de propreté. Ne point donner du lingo de toilette à des femmes, les réduire à aller, si la fantaisie les y engage, se lavera la fontaine banale de la cour, c'est pousser l'austérité au delà des limites. » Les choses ont changé, depuis la critique faite par Maxime du Camp. En visitant le Bon Pasteur en 1894, j'ai été frappé de la bonne tenue des dortoirs qui sont aérés, très propres et les planchers lavés avec soin. Chaque pensionnaire a une cuvette et un pot à eau pour sa toilette (1). II y a 28 lits par dortoir, une religieuse couche à une des extrémités, dans une chambre ayant une fenêtre ouverte sur la salle, ce qui permet facilement la surveillance. Indépendamment de la religieuse, il y a, dans chaque dortoir, des filles déjà anciennes dans la maison, qui ont mérité la confiance des religieuses et exercent un contrôle sur ce qui se passe. Il est difficile quïl se produise, dans ces conditions, les désordres que Ton constate souvent dans les agglomérations de femmes.

On se lève, selon la saison, entre cinq heures un quart et six heures; on se couche à huit heures et demie. Le matin, les pensionnaires font leur toilette et leur lit, puis elles descendent à la chapelle où elles entendent la [messe. Elles vont après au réfectoire où on leur donne de la soupe et du pain à discrétion ; on donne du cacao à celles dont la santé est délicate. Rentrées dans les ateliers, elles travaillent jusqu'à onze heures, puis reviennent à l'église pour entendre V Angélus. A midi, elles dincnt avec une soupe grasse et un plat de Mande très saine. Celles dont la santé est débile ont de la viande rôtie. Elles boivent de l'eau rougie. Après le dîner, on leur accorde une heure de récréation, qu'elles passent dans les cours à courir, à faire des rondes, à jouer à la corde, au volant, etc. Elles rentrent dans les ateliers jusqu'à quatre heures. A ce moment, elles goûtent et ont un quart d'heure de récréation. A sept heures, souper composé d'une soupe et île légumes, puis une demi-heure de récréation; le coucher a lieu à huit heures et demie. — La nourriture est saine et abondante et la yiande qui leur est accordée, tous les jours à un des repas, est de

(1) C'est bien pour la toilette générale et publique; mais il y a une toilette intime, indispensable pour, toute fille, spécialement pour les tilles qui ont eu des affections vénériennes, toilette hygiénique au premier chef, qui ne peut se faire en public. Je ne crois pas qu'on s'en soit beaucoup préoccupé et je n'ai vu aucune chambre réservée où puisse s'accomplir cette toilette spéciale.

bonne qualité. Les provisions viennent de l'extérieur, même le lait. Il n'est pas exact, comme l'ont écrit Parent-Duchatelot et Maxime du Camp, qu'on leur distribue le lait fourni par des vacbes élevées dans la maison. Il n'y a pas de vacberie, l'espace manquant pour cela; partant, il n'y a pas de vacbes. Le lait donné aux pensionnaires est acbeté au dehors. Il en est de môme des légumes qui ne sont pas récoltés dans le jardin de la maison. À voir la quantité de légumes employés tous les jours, pour la préparation du repas du soir, il est facile de comprendre qu'il ne peut pas y avoir, dans un espace restreint, de potager suffisamment grand pour fournir à l'alimentation quotidienne. La cuisine que j'ai visitée est bien tenue et spacieuse. J'ai constaté combien était minutieuse la propreté apportée dans la préparation des aliments. Le plus grand nombre des pensionnaires sont employées au travail de la lingerie fine, en général; mais il y en a d'autres qui sont occupées aux soins du ménage, à la buanderie, aux raccommodages, à la fabrication des robes, du linge, des chaussons de lisière, des matelas, etc. Le travail ne rapporte aucune rétribution pécuniaire à la personne qui le fait. C'est un point qui m'a paru défectueux dans l'organisation de cette maison, qui rend tant de services à de pauvres filles malheureuses. Lorsque j'ai communiqué mes impressions sur ce point particulier, il m"a été répondu de la façon suivante : « Nous ne pouvons rétribuer nos pensionnaires, leurs dépenses étant supérieures à nos ressources, mais nous n'abandonnons pas celles qui nous quittent et qui méritent notre intérêt; seulement on ne leur fait aucune promesse. La décision à prendre est laissée à l'appréciation de la supérieure et de la présidente, qui tiennent compte de la conduite de la jeune fille et du temps passé au Bon Pasteur. » Je n'ai garde d'oublier que la maison est soutenue par les dons de personnes aussi charitables que généreuses et aussi par le gain qui résulte du travail accompli par les pensionnaires (1); il me semble néanmoins, malgré l'objection qui m'a été faite, qu'une modification aux usages établis pourrait donner un résultat doublement heureux : pour la jeune fille, qui aurait un petit pécule , si elle quittait le Bon Pasteur, pécule qui lui permettrait de vivre, en attendant

(1) Pendant plusieurs années, le Conseil municipal et le Conseil général ont accordé un subside assez important au Bon Pasteur. Cette allocation a été supprimée à l'époque de l'exécution des décrets contre les congrégations religieuses.

d'avoir trouvé une place; pour le refuge, qui obtiendrait plus de soin et plus de zèle, dans la tâche à accomplir. Du moment que la jeune fille aurait une participation, telle minime fut-elle, au gain résultant de son labeur, elle travaillerait avec plaisir -et ardeur sachant qu'elle augmenterait ainsi progressivement la somme à recevoir, le jour où elle se déciderait à quitter la maison. L'usage établi au Bon Pasteur existe dans la plupart des refuges qui n'accordent aucune participation aux bénéfices résultant du labour accompli. On dit, avec juste raison, il faut le reconnaître, que le résultat du travail exécuté par les pensionnaires est consacré à les vêtir, les loger, les nourrir et les entretenir, jusqu'à la fin de leurs jours si elles le désirent. Mais à cet argument ne doit-on pas opposer un argument moral d'un ordre plus élevé? Le but principal, lorsqu'on a recueilli les jeunes prostituées dans les refuges, a été de les arracher au vice et d'en faire des femmes honnêtes pouvant vivre de leur travail. Ce résultat n'est pas atteint, si la situation matérielle de la malheureuse fille reste, au moment delà sortie de l'asile, ce qu'elle était à Tépoque où elle y est entrée. En admettant qu'elle n'ait pas de parents ou que la famille ne veuille pas la recevoir, elle se retrouvera dans la même situation où elle était au moment de sa sortie de l'infirmerie de Saint-Lazare. Jetée sur le pavé de Paris, sans place et sans ressources qui lui permettent d'attendre des jours meilleurs, elle retombera fatalement dans la prostitution d'où on l'avait retirée. On aura donc perdu tous les bénéfices des leçons de morale reçues et des habitudes de travail régulier qu'on lui avait fait acquérir !

J'ai vu souvent au dispensaire des jeunes filles revenant du Bon Pasteur donner pour motif de leur sortie de cette maison hospitalière le travail qu'elles accomplissaient sans aucune rémunération et sans espérance d'en obtenir plus tard; ce n'était, peut-être, qu'un prétexte, mais il reposait sur un semblant de raison. J'ai également vu une jeune fille admise au refuge d'Alençon, qui en était repartie sans secours et était revenue à Paris en sollicitant la charité dans les localités qu'elle traversait ! N'en est-il pas, à peu près, de même dans les maisons de correction? Les filles qui sont envoyées en correction à Nanterre en sortent dans des conditions presque identiques. Il y a peu de temps (30 mai 1893), j'ai eu à examiner au dispensaire une jeune fille revenant de Nanterre où elle avait

fait deux mois de correction. Occupée à coudre des chemises, elle était arrivée, après un travail sérieux, à gagner, pour sa part, il fr. 50! Que pouvait-elle faire avec une somme pareille, si sa famille, refusant de l'accueillir, elle se trouvait seule à Paris? Récemment, le 28 janvier 1896, j'ai constaté au dispensaire deux faits qui rentrent dans le même ordre d'idées que le précédent : il s'agit de deux jeunes filles envoyées en correction à Nanterre. L'une A... Henriette, âgée de dix-sept ans et demi, est entrée à Nanterre le 9 décembre 1895 et en est sortie le 17 janvier 1896. Pendant son séjour dans la maison de correction, elle avait été employée à confectionner des chemises de femmes, et chaque chemise était payée 15 centimes. Après avoir travaillé assidûment pendant quarante-deux jours, elle était parvenue à gagner 14 francs, déduction faite des fournitures, fil, aiguilles, dé, etc. Sur ces 14 francs gagnés, il lui a été remis 7 francs, l'autre moitié de la somme étant destinée à la maison même. La seconde, K... Gabrielle, âgée de seize ans et demi, a séjourné pendant six semaines à Nanterre. Avant son arrestation et son envoi en correction, elle avait été occupée chez un brocanteur de chiffons chez lequel elle gagnait 1 fr. 50 par jour. Ne connaissant pas la couture, elle avait été employée à un travail rudinien taire consistant à raccommoder des sacs. Après six semaines de travail, elle était arrivée à gagner 4 fr. 70 ; mais comme il est dans les habitudes de la maison de garder la moitié de la somme gagnée, cette jeune fille a reçu, pour son labeur, 2 fr. 35 qui lui ont été remis au moment de sa sortie de Nanterre.

Ces deux filles, n'ayant pas dix-huit ans, ne pouvaient pas, d'après les usages actuels, être inscrites; elles ont échappé, par suite, à la prostitution surveillée; comme, d'un autre côté, les parents refusaient de les recevoir, elles ont été mises en liberté le 28 janvier. Sans ressources, que feront-elles de leur liberté? Elles se livreront fatalement à la prostitutiou clandestine, c'est-à-dire à la prostitution non surveillée. C'est, du reste, ce qui est arrivé immédiatement pour la plus jeune : mise en liberté le 28 janvier à trois heures, elle a été arrêtée à onze heures du soir, pour faits de prostitution. Nous l'avons revue au dispensaire le 30 janvier.

Les ressources des filles qui quittent les refuges religieux ou qui sortent des établissements dirigés par l'État ou les municipalités, sont nulles, quel que soit le travail accompli, quelle que soit la

durée du séjour fait dans ces différentes maisons. Il s'ensuit qu'elles recommencent à se livrer à la prostitution clandestine. N'est-il pas évident qu'il est indispensable d'apporter une modification aux usages établis, dans la plupart des refuges, comme dans les établissements publics. C'est une réforme à la fois morale et sociale qui s'impose. Je montrerai, du reste, qu'à l'Hospitalité du travail, le problème a été résolu d'une autre façon; mais revenons au Bon Pasteur.

Le travail habituel, je Pai déjà dit, est, d'une façon générale, le travail à l'aiguille, qui devient, à la longue, pénible à cause de l'immobilité à laquelle il condamne, pendant bien des heures, de très jeunes lilles qui auraient surtout besoin d'exercice ; il a. de plus, cet inconvénient de ne pas ôtre suffisamment rémunérateur pour permettre à la femme de vivre avec les seules ressources qu'il procure. Ce n'est pas très important pour les filles qui restent au Bon Pasteur, d'une façon définitive; il en est tout autrement pour celles dont le séjour dans cet établissement est seulement de quelques mois ou de quelques années. C'est ce qui faisait dire à Parcnt- Duchatelet et à Maxime du Camp après lui, que ce refuge et les établissements similaires devraient ôtre installés à la campagne où les pensionnaires pourraient ôtre exercées aux travaux agricoles et à la culture des plantes maraîchères, aux travaux de blanchissage, etc. Ces différents métiers seraient une ressource pour les femmes qui rentreraient dans la vie régulière ; leur santé physique et morale se trouverait très bien do cette vie au grand air. Il est nécessaire de remarquer que le travail et les exercices religieux absorbent beaucoup trop de temps et qu'on ne laisse pas suffisamment de latitude pour les exercices physiques et les récréations à Pair libre.

Les malades sont soignées par un médecin de la ville, dans l'infirmerie de la maison, qui est bien installée. Seules, les malades qui ont des récidives d'accidents syphilitiques, sont renvoyées à l'infirmerie de Saint-Lazare et reprises, après la constatation de la guérison. Une d'elles est allée ainsi quatre fois à l'infirmerie de Saint-Lazare et ramenée, après guérison, au Bon Pasteur. Il arrive aussi quelquefois que des pensionnaires renvoyées à l'infirmerie de Saint-Lazare, pour traitement, n'ont plus voulu, après guérison, rentrer au Bon Pasteur.

Dans la période de 1878 à 1887. cent quatre-vingt-seize insoumises sortant de l'infirmerie de Saint-Lazare, ont été admises au Bon Pasteur. Elles sont réparties de la façon suivante :

, . 29 admissions.

Report . .

12 admissions

Total...

A reporter. .

L'âge de ces filles variait de quatorze ans à vingt-neuf ans. Il y avait : deux insoumises de quatorze ans ; dix-neuf de quinze ans ; trente-trois de seize ans ; quarante de dix-sept ans; quarante-quatre de dix-huit ans; vingt-cinq de dix-neuf ans ; vingt-trois avaient vingt ans ; quatre avaient vingt et un ans ; deux avaient vingt-deux ans ; une avait vingt-trois ans et deux autres vingt-quatre ans, une seule avait vingt-neuf ans. Il y avait donc cent quatre-vingt-six mineures et dix majeures.

Cent cinq de ces insoumises avaient été traitées à l'infirmerie de Saint-Lazare pour des accidents vénériens et quatre-vingt-onze pour des accidents syphilitiques. Dans cet ensemhle, quarante-quatre étaient mortes à l'époque où j'ai fait mes recherches, c'est-à-dire au mois de juin 1894. Trois étaient décédées dans les hôpitaux ordinaires et quarante et une au Bon Pasteur. Une est morte après un court séjour de quarante jours ; trois, après un séjour variant de deux à six mois; sept, après un séjour allant de neuf à dix-huit mois; huit ont succombé après un séjour variant de deux ans à trois ans et demi ; pour huit, le séjour dans la maison était de quatre ans et pour quinze, il avait oscillé entre cinq ans et six ans et demi ; une était au Bon Pasteur depuis sept ans et une autre depuis douze ans, au moment de leur décès.

Quarante-quatre décès, sur une population de 196 jeunes filles entrées au Bon Pasteur de 1878 à 1887, constitue une mortalité considérable puisque la proportion est de 22,45 pour 100 ; elle est plus forte que pendant la période étudiée par Parent-Duchatclet (28 octobre 1821, 9 avril 1833). Il avait constaté cinquante décès sur 245 pensionnaires, ce qui fournissait une proportion de 20,40, pour 100. A quoi attribuer la grande mortalité observée

parmi ces jeunes filles ? L'assiduité du travail à l'aiguille et l'immobilité prolongée, outre mesure, qui en est la conséquence, une insuffisance dans les exercices physiques et dans les récréations en plein air, l'état de débilité et d'anémie de beaucoup de ces jeunes filles qui ont vécu de privations, la nostalgie de la liberté et, pour beaucoup, l'influence de la syphilis, tels sont les facteurs principaux qui ont contribué à amener ce résultat. Parent-Duchatelet qui trouvai! déjà la mortalité excessive, à son époque, avait cru devoir admettre parmi les causes de ces décès disproportionnés, la privation des satisfactions génésiques. Je ne partage pas cette opinion ; je ne pense pas qu'il faille chercher dans l'absence de coït, un des éléments qui ont contribué à élever le chiffre de la mortalité.

Au mois de juin 1894, il restait encore au Bon Pasteur dix-sept des jeunes filles admises de 1878 à 1887. Trois y avaient fait un séjour de plus de six ans; trois s'y trouvaient depuis huit ans; une depuis sept ans; deux depuis huit ans et demi; quatre y demeuraient depuis dix, douze, treize et treize ans et demi; deux y étaient depuis quatorze ans; une depuis quinze ans et une autre depuis seize ans. La durée du séjour a été plus longue dans la période que j'examine que dans celle qui a été étudiée par Parent-Duchatelet — L'épreuve difficile pour toutes ces filles, c'est l'acclimatation au début : Se plier à une règle sérieuse et à l'obéissance, lorsqu'on avait pris l'habitude de l'indépendance et du vagabondage; s'astreindre à un travail fatigant et régulier, quand on se complaisait dans le farniente le plus absolu; se soumettre à des pratiques religieuses minutieuses, quand on avait oublié, si jamais on les avait apprises, les prières les plus élémentaires; avoir un langage décent et convenable, quand on s'était habituée aux paroles ordurières et cyniques, c'est une transformation totale à obtenir, c'est une conversion radicale à produire ! Les premières semaines sont à la fois les plus dures et les plus difficiles à traverser; aussi voit-on s'en aller progressivement celles dont la conversion n'était qu'apparente et dont les résolutions de bien faire étaient vacillantes. Ce n*est guère qu'après plusieurs mois de persistance que les résolutions paraissent inébranlables et à l'abri des coups de tète. Parmi les 42 mineures qui ont été ramenées à la Préfecture de police pour insubordination, mauvaise conduite ou impossibilité de se plier à la règle du Bon Pasteur, il y en a 40 dont l'âge variait de quinze à vingt ans : Cinq

sont parties au bout do huit jours; une après dix jours; une autre après douze jours; une autre après quinze jours; deux après vingt jours; deux après vingt-sept jours; deux après trente jours; deux après trente-cinq jours: cinq après deux mois; trois après deux mois et demi ; cinq après trois mois ; deux après quatre mois ; trois après cinq mois; une après six mois; une après sept mois; deux après un an; une après quatorze mois; une autre après seize mois.

Indépendamment de ces mineures, il y a eu une insoumise de vingt-deux ans, qui a été renvoyée pour excentricités, après un séjour de deux ans et demi ; une autre, qui était entrée au Bon Pasteur à dix-huit ans, en a été renvoyée à vingt-sept ans, après neuf années de séjour. II ne m'a pas été possible de connaître le motif de ce renvoi. Indépendamment de ces 42 pensionnaires remises à la Préfecture de police, il y en 43 qui ont quitté le Bon Pasteur pour rentrer dans leur famille et ont été rendues à leurs parents.

Pour dix de ces insoumises la durée du séjour au Bon Pasteur a varié de six jours à trois mois; trois y ont séjourné pendant quatre mois; quatre pendant cinq mois; quatre autres pendant six, sept, huit et neuf mois. Sept y ont fait un séjour allant de douze à vingt mois; huit y ont fait un séjour allant de deux à cinq ans; trois y ont habité pendant six ans; une pendant huit ans; deux pendant neuf ans et une pendant douze ans. Les pensionnaires rendues à leur famille ont été forcées, parfois, de quitter le refuge, parce que leur conduite laissait à désirer; d'autres, réclamées par leurs parents pour s'occuper des soins du ménage, quittaient la maison à regret ; une est sortie pour se marier. Parmi les insoumises remises à la Préfecture de police ou rendues à leur famille, un certain nombre a quitté le Bon Pasteur pour ne pas se soumettre à l'obligation d'avoir les cheveux coupés. Il est d'usage que toute fille qui entre au Bon Pasteur doit avoir les cheveux coupés à la nuque et se coiffe à la Ninon. La raison qui a fait prendre cette mesure est d'abord une question de propreté, puisque les filles peuvent plus facilement se peigner dans ces conditions; en second lieu, on a voulu éviter une perte de temps qu'entraîne, pour beaucoup de femmes, l'entretien d'une longue chevelure ; la troisième raison, c'est que beaucoup de filles, qui désirent ne pas rester sous l'autorité de la Préfecture de

police, s'empresseraient, si on ne leur imposait pas le sacrifice de cet ornement, d'entrer au Bon Pasteur pour y faire un très court séjour, sachant qu'on en sort plus facilement qu'on n'arrive à recouvrer sa liberté lorsqu'on est à la Préfecture de police. On a voulu éviter ainsi l'encombrement du Bon Pasteur par des filles qui n'avaient pas plus le désir d'y faire un long séjour qu'elles n'avaient la volonté de s'amender. Cette mesure que beaucoup d'insoumises acceptent sans opposition, dans les premiers jours de leur installation au refuge, provoque des résistances qui se terminent par le départ de la maison, lorsqu'on veut la renouveler après six mois de séjour; c'est, en effet, tous les six mois que l'on procède à cette petite opération. J'ai vu au dispensaire un certain nombre de jeunes filles qui avaient quitté le Bon Pasteur, parce qu'on avait voulu couper leurs cheveux une seconde ou une troisième fois. Parent-Duchatelet sWIève très vivement contre cette pratique qui semble cependant bien naturelle, au point de vue de l'hygiène. J'avoue ne pas trouver là matière à indignation. Si les jeunes filles sont sincères et ont le désir de ne pas retomber dans leur vie de débauche, elles font, sans trop de peine, le sacrifice de leur chevelure, avec la pensée de prolonger leur séjour au Bon Pasteur. Si, plus tard, elles désirent retourner dans leur famille, elles s'habitueront progressivement à cette coiffure spéciale, qu'elles pourront modifier, dans peu de mois, lorsque les cheveux auront repris une certaine longueur. II est probable que les insoumises qui ont quitté le Bon Pasteur, pour ce motif, n'avaient pas le désir bien ardent d'y faire un long séjour.

En parlant des quarante-deux insoumises, qui avaient été rendues à la Préfecture de police, j'ai mentionné, plus haut, le groupe des vingt-quatre qui avaient été inscrites. Indépendamment de celles-là. il s'en trouve quatre autres parmi celles qui ont été rendues à leur famille ; j'en trouve, en outre, sept parmi les vingt filles hospitalisées sur lesquelles les renseignements très circonstanciés m'ont fait défaut. Ce qui me fournit un chiffre de trente-cinq insoumises inscrites, sur le nombre total de cent quatre-vingt-seize, qui sont entrées au Bon Pasteur. Ces trente-cinq jeunes filles, qui ont fait un séjour plus ou moins prolongé dans ce refuge, n'ont pas profité des exemples donnés et le milieu ambiant n'a pas eu une influence assez puissante pour modifier leurs tendances perverses.

LES INSOUMISES APRÈS LEUR SORTIE DE SAINT-LAZARE Hl

Voici, par années l'époque de leur inscription :

Report... 23

5 en 1878 2 en 4883

1 en 1879 1 en 1881

7 en 1880 5 en 1885

7 en 1881 2 en 1886

3 en 1882 2 en 1887

23 à reporter Total ... 35

Un certain nombre d'insoumises ont quitté le Bon Pasteur pour entrer à l'Hospitalité du travail. Ces filles, au nombre de onze, sont parties après avoir fait au Bon Pasteur un séjour assez prolongé, à l'exception d'une qui n'y est restée que quatorze jours. Parmi les autres, il y en a qui étaient au refuge depuis un an, deux ans, quatre ans, cinq ans, six ans et môme huit ans. Pourquoi ces filles, qui avaient eu le temps de s'acclimater à cette existence spéciale, ontelles pris la résolution d'entrer à l'Hospitalité du travail? Il est probable qu'elles ont souhaité rentrer dans la vie ordinaire et reprendre une liberté relative en cherchant une place de domestique ou d'ouvrière. Pour compléter les renseignements sur les motifs du départ de certaines pensionnaires, il me reste à signaler quelques faits particuliers : quatre insoumises ont été envoyées à l'hôpital; une est entrée dans un bureau de placement, après cinq mois et demi de séjour au Bon Pasteur ; deux ont été enfermées à l'asile de Sainte- Anne; une a été envoyée à Nevers et une autre au Bon Pasteur de Bruxelles, après huit mois de séjour rue Denferl-Roehereau; trois sont entrées dans d'autres asiles ; une est entrée en place, comme domestique, après un séjour de vingt-six mois ; une autre a quitté l'asile, après un séjour de deux mois, et a été envoyée dans sa famille, au moyen d'une réquisition de transport. Pour vingt des pensionnaires, les renseignements n'ont pas été suffisamment circonstanciés pour dire exactement dans quelles conditions elles sont parties, mais j'ai constaté que, dans ce petit groupe, il y en avait sept qui avaient été inscrites plus tard.

L'ensemble de mes recherches et des documents cités dans l'étude que je \iens de faire montre clairement que rétablissement du Bon Pasteur est utile et qu'il peut rendre de très grands services. Comme Parent-Duchatclet et Maxime du Camp, je regrette qeu cet établissement ne soit pas installé loin de Paris, en pleine

416 LA PROSTITUTION CLANDESTINE A PAtUÔ

campagne. Los jeunes filles seraient dans des conditions hygiéniques meilleures. La vie au grand air, les exercices plus fréquents et les travaux des champs contribueraient à améliorer des santés délabrées; ils diminueraient notablement la trop grande mortalité que nous avons constatée chez des personnes qui sont à l'âge où la nature est si puissante et tient en réserve des ressources inattendues. Loin du bruit et dos agitations de la grande ville, l'état moral se modifierait, le besoin du calme intérieur et le repos de la conscience donneraient du charme à la vie régulière et rendraient attrayante la besogne quotidienne; il n'y a pas jusqu'aux exercices religieux, moins fréquents, qui arriveraient à paraître moins monotones et moins pesants, si leur obligation n'en était pas aussi absolue. On arriverait plus facilement aussi à pouvoir accorder une participation dans les bénéfices que Ton pourrait faire ; on rendrait ainsi possible* le retour dans la vie ordinaire de malheureuses créatures qui, guéries moralement et physiquement, pourraient attendre, pendant quelque temps, la place ou le travail souhaité. En ce qui concerne spécialement la maladie syphilitique, on n'aurait plus à renvoyer à l'infirmerie de Saint-Lazare des malades qui pourraient suivre avantageusement, pendant deux ou trois ans, un traitement régulier, sérieux et définitif, de façon à rendre impossible, désormais, l'apparition de tout accident contagieux. O, serait réaliser, en partie, le projet désiré et admis en principe par le Conseil municipal de Paris, la création d'un asile hospitalier spécial destiné au traitement moral et physique des prostituées mineures.

Malgré quelques desiderata, le Bon Pasteur donne à de nombreuses prostituées insoumises l'occasion de rentrer en elles-mêmes, de. modifier leurs instincts pervers et do vivre, pondant plus ou moins longtemps, d'une vie régulière. Si les résultats ne répondent pas toujours immédiatement aux efforts que Ton a tentés, on peut espérer voir se développer, plus tard, les germes semés sur les terrains qui semblent les plus ingrats. On aura, dans tous les cas, essayé d'arracher au vice et à la misère des créatures si mal douées que le bourbier semble être leur élément indispensable.

En signalant le bien que fait le Bon Pasteur, il était utile de montrer les modifications qu'il pourrait subir pour obtenir des résultats meilleurs; on peut dire, avec Parent-Duchatelet, que cette maison et les refuges analogues sont non seulement utiles mais nécessaires.

LES INSOUMISES APflÈS LEUR SORTIE DE SAïNT-LAZAKE 417

Il me reste à parler d'une maison, de création plus récente, dirigée également par des religieuses ; elle est installée à Auteuil et a pour dénomination Y Hospitalité du travail.

l'hospitalité du travail pour les femmes

11? Hospitalité du travail pour les femmes a pour but d'assurer aux femmes, sans ressources et sans ouvrage, un travail provisoire qui leur permette de vivre on attendant le moment où elles trouveront à se placer. Tel est Farticle 1er du règlement de cette maison, qui donne une définition exacte de l'entreprise que Ton s'est proposée.

Cette œuvre qui, au début, était installée à Auteuil, Grande Rue d'Auteuil, n° 39, a pris un grand essor dans ces dernières années et se trouve établie maintenant au n° 52 de l'avenue de Versailles.

Son organisation remonte à l'année 1880, et c'est le 19 novembre 1880 qu'elle a commencé à fonctionner.

Un certain nombre d'insoumises sont entrées directement à l'Hospitalité du travail en quittant l'infirmerie de Saint-Lazare; d'autres n'ont frappé à cette porte qu'après un séjour plus ou moins prolongé au Bon Pasteur. Il est donc nécessaire de savoir dans quelles conditions elles se sont trouvées, et de révéler, par suite, l'organisation de cet établissement.

Avant de faire connaître l'état actuel de l'Hospitalité du travail, depuis son installation avenue de Versailles, il convient de jeter un regard en arrière pour examiner ce qu'elle était à son origine. Dans un article très documenté, et qui avait pour titre « la charité privée à Paris — l'Hospitalité du travail — la maison de la rue d'Auteuil », Maxime du Camp a donné, dans la Revue des Deux-Mondes (n° du 1er avril 1884), des détails très intéressants qui ont signalé cette institution à l'attention du public. Je lui emprunterai quelques renseignements. « Pour sauver, dit Maxime du Camp, une femme qui se perd, qui va disparaître dans le marécage de la misère et de la démoralisation, il suffit, parfois, de lui tendre la main, de la mettre à l'abri, de lui donner le temps de reprendre haleine et de raffermir son courage épuisé par une lutte trop longue. De cette idée très

simple est née V Hospitalité du travail, qui est un refuge temporaire où les forces renaissent et où Ta venir s'éclaircit. »

La direction de la maison a été confiée aux religieuses de Notre-Dame du Calvaire, congrégation qui n'a rien de contemplatif, mais est très active et se dévoue aux faibles et aux malheureux. La supérieure, la sœur Saint- Antoine, femme très intelligente, \xh instruite et très énergique, a neuf religieuses pour la seconder.

Dès qu'une femme est admise dans la maison, on lui fait prendre un bain et ses vêlements sont passés à l'étuve de désinfection. Ou accueille les femmes, môme lorsqu'elles ont un enfant, et il y a pour elles un dortoir spécial avec des petits lits pour les bébés. Une précaution est prise en faveur des femmes qui ont un enfant : dès qu'elles sorit admises dans la maison, quel que soit leur âge et leur état civil, on les appelle madame et on ne prononce jamais le nom de famille; c'est ainsi que l'on dit Mme Jeanne ou Mme Berthe, quel que soit l'âge de la personne reçue ; par un raffinement de délicatesse, la supérieure remet à la femme qui n'est pas mariée une alliance, de façon à faire supposer que la situation est régulière et qu'elle a légitimement le droit à la maternité. On enseigne à ces femmes le travail qui leur permettra, plus tard, de vivre et de faire vivre leur enfant. Le séjour dans la maison, qui était autrefois de trois mois, a pu se prolonger au delà, jusqu'au jour où on a trouvé un placement convenable.

Une autre catégorie d'hospitalisées est constituée par des femmes convalescentes, sortant de l'hôpital et qui, même après un séjour au Vésinet,. sont dans l'impossibilité de travailler. La maison d'Auteuil les recevait et les gardait jusqu'au moment où, les forces étant revenues, elles pouvaient se livrer à un travail rémunérateur.

« Dans les trois dernières années, dit Maxime du Camp. 1,815 femmes, sortant des hôpitaux ou de l'hospice du Vésinet, ont achevé de se guérir sous la surveillance et par les soins des religieuses de Notre-Dame du Calvaire. » Pendant les années 1881 , 1882, 1883, le nombre des femmes reçues en hospitalité a été de 7,534, sur lesquelles 3,653, c'est-à-dire près de la moitié, ont été placées. Le travail est donné en proportion des forces de la femme. Dans chaque ouvroir se trouvent une trentaine de femmes qui travaillent sous la surveillance d'une religieuse; c'est surtout le travail à l'aiguille qui occupait la plupart des femmes. Pendant cette pre-

mière époque, l'hospitalisée ne recevait aucune rémunération et le produit du travail servait à la nourrir et à l'entretenir. Cette manière de procéder a été complètement modifiée, ainsi que nous le dirons plus loin.

« En 1884 (1) la maison contenait 115 femmes, ce qui est à peu près le chiffre normal. 115 femmes à héberger, à nourrir, à vêtir pendant les trois cent soixante-cinq jours de l'année, cela coûte cher. Elles ont beau travailler courageusement au profit de l'œuvre, l'œuvre ne pourrait pas subsister si elle n'avait d'autres ressources que le produit de l'ouvroir. J'ai entre les mains les comptes de 1883 ; ils sont intéressants à faire connaître et permettront de surprendre la charité privée sur le fait.

« Les dépenses se sont élevées au chiffre de 59,028 fr. 40, ce qui est bien peu, car le loyer compte déjà pour 8,500 francs, et les dons en linge et en vêtements pour 3,300 francs. Le produit du travail représente 19,000 francs. L'écart est considérable; pour faire face aux exigences de l'hospitalité, il faut ajouter 40,000 francs : où les trouver? Le ministère de l'Intérieur accorde une subvention de 2,000 francs, et la Préfecture de police lui donne 1,000 francs; une quête produit 720 francs et une vente 6,450 francs, et enfin 30,768 francs par souscription ou de la main à la main. De sorte qu'au 31 décembre, toutes dépenses payées, on reste avec 115 pensionnaires dans la maison et 310 francs en caisse. » Et plus loin : « La nourriture est bonne, substantielle et supérieure à celle de bien des ménages d'ouvriers. Régulièrement et chaque jour, les pensionnaires font quatre repas : au déjeuner, la soupe et du pain de la veille ; au diner, la soupe, un plat de viande et un plat de légumes; au goûter, du pain; au souper, la soupe et des légumes. La provende est donc abondante; pour Tannée 1883, elle n'a coûté que 36,440 francs, ce qui représente une dépense quotidienne de

0 fr. 86 1/2 pour la table de chaque pensionnaire; une femme hospitalisée rapporte 0 fr. 45 par jour et son entretien revient à

1 fr. 42. Le déficit entraînerait immédiatement la perte de l'œuvre si la charité privée se ménageait et ne fouillait dans sa bourse. »

En énumérant les difficultés rencontrées pour le développement de l'Hospitalité du travail, Maxime du Camp fait remarquer que le

(1) Maxime du Camp, loco citato.

Conseil municipal de Paris et le Conseil général de la Seine sont venus au secours de l'œuvre en accordant, en 1883, deux subventions de 1,000 francs; il signale, en môme temps, l'opinion du directeur de l'Assistance publique, développée au Conseil municipal où il s'est exprimé de la façon suivante sur cette institution : « Le grand avantage de cette œuvre, c'est qu'elle place les jeunes filles, et les empêche ainsi de tomber dans la mauvaise voie. Elle est très méritante et je déclare que, pour ma part, j'en suis jaloux. »

Cet éloge n'a pas besoin de commentaires.

Parmi les femmes qui entraient à Àuteuil, beaucoup étaient des journalières, incapables d'exercer un métier déterminé, demandant un apprentissage un peu long. Ce fait. qui avait frappé l'esprit delà supérieure, lui avait donné le désir de créer une blanchisserie. Les femmes hospitalisées, sans profession déterminée, pourraient être facilement employées à la buanderie : avec les lessiveuses et les laveuses mécaniques, une femme peut, sans apprentissage préalable, blanchir le linge convenablement et produire un gain dont profiterait l'œuvre commune. La sœur Saint- Antoine était convaincue qu'elle pourrait se passer des offrandes et des souscriptions, le jour où son projet serait exécuté. Son idée a été réalisée et l'Hospitalité du travail a été installée sur un vaste terrain, 52, avenue de Versailles. Elle est aménagée de telle façon qu'elle peut employer plus de 3,000 femmes par an, aux travaux de blanchisserie. C'est la seconde phase du développement de cette œuvre. Dans cette nouvelle période, des transformations importantes se sont produites.

En parlant de la première manière de faire, Maxime du Camp avait dit : « Non contente de s'ouvrir devant les malheureuses, de les hospitaliser, de les nourrir et bien souvent de les vêtir, de leur offrir un repos de trois mois, cette institution ne s'en sépare qu'en leur donnant une condition où la vie est assurée. »

La sœur Saint- Antoine a cru indispensable de donner aux hospitalisées du travail les habitudes des ouvrières libres. Aussi a-t-elle substitué à la méthode première qui consistait à défrayer les femmes, sans tenir compte du travail plus ou moins important qu'elles produisaient et sans leur accorder une rémunération quelconque, un autre procédé.

La nouvelle manière est plus intéressante puisqu'elle habitue les ouvrières à disposer d'une façon intelligente et réfléchie, du gain

qu'elles ont fait. Voici, du reste, les articles du règlement qui font connaître la façon de procéder actuellement. Je ne reproduis pas l'article 1er donné en tète de cette étude :

Art. 2. — La durée du séjour h l'Œuvre de l'hospitalité du travail ne doit pas dépasser quarante jours.

Art. 3. — L'obéissance et la déférence sont dues à Mme la supérieure, aux religieuses et aux employées.

Art. 4. — - Les ateliers sont fermés les dimanches et fêtes.

Art. 5. — La journée de travail est de dix heures et le salaire de 1 fr. 50 par jour.

Art. 6. — Les femmes qui n'ont pas de domicile sont logées et blanchies gratuitement dans la maison, mais alors elles seront tenues d'aider à tous les nettoyages, tels que ateliers, dortoirs, réfectoires, vaisselle et autres.

Art. 7. — Les femmes ne pourront sortir pendant la journée, une pension alimentaire, où elles peuvent se nourrir à. bon marché, est annexée à l'établissement.

Art. 8. — Bien que l'Œuvre s'occupe très attentivement du placement des hospitalisées, un jour par semaine leur sera accordé pour se chercher ellesmêmes du travail et ce jour-là, elles ne reçoivent de salaire que celui qui leur sera dû pour le travail qu'elles auront fait à raison de 0 fr. 15 l'heure.

Art. 9. — Toutes conversations, lectures et entretiens malsains sont défendus.

Art. 10. — Toute personne qui se conduira mal ou qui ne se conformera pas au règlement sera renvoyée immédiatement et toute personne qui aura été expulsée de l'établissement ne pourra plus y être admise.

Il ressort de ces différents articles que la durée du séjour à l'avenue de Versailles est de quarante jours, au lieu des trois mois accordés antérieurement. La journée de travail est de dix heures et le gain de 1 fr. 50.

Avec cette somme l'ouvrière achète à la cantine, dans des conditions excellentes, la nourriture qui lui est nécessaire, le paiement de sa journée de travail ayant lieu tous les jours; avec la somme de 1 fr. 50, l'ouvrière peut choisir et payer elle-même la nourriture qu'elle consomme et qui varie suivant l'appétit de chacune ; mais, en général, la nourriture achetée au fourneau spécial, nourriture de bonne qualité et substantielle, n'absorbe pas plus de 0 fr. 75 ou 0 fr. 80 par jour ; il reste donc à chaque femme hospitalisée 0 fr. 70 par jour. Si l'ouvrière, avant de trouver une place ou du travail suffisamment rémunérateur fait un séjour dans la maison, de trente ou quarante jours, elle aura pu ramasser un petit pécule de 21 francs

ou de 28 francs; c'est peu certainement, niais c'est une petite avance qui semble d'autant plus précieuse, qu'elle a été économisée sur le gain quotidien et qui peut servir de réserve dans un cas imprévu ; c'est aussi un encouragement ef un excitant salutaire» pour continuer à économiser, si possible, de façon à grossir la réserve qui peut être si utile dans l'avenir. Pendant la période de l'hospitalisation, l'ouvrière sort une fois par semaine, afin de chercher une place ou du travail en rapport avec ses aptitudes, ce qui n'empêche pas les religieuses de faire elles-mêmes les investigations nécessaires pour arriver au même résultat. En laissant une journée de liberté, par semaine, à l'hospitalisée, qui peut ainsi chercher une place ou du travail, on lui fait comprendre qu'avant de compter sur les autres il est nécessaire de compter sur soi-même; c'est un moyen de maintenir l'initiative personnelle et défaire ressortir la responsabilité que l'on a de ses propres actes. — Lorsque l'ouvrière a trouvé une place, soit spontanément, soit par l'intermédiaire des religieuses, la supérieure, qui seule connaît sa vie antérieure, instruit la famille où elle va entrer de ses antécédents. Il y a, en effet, pour elle un devoir de délicatesse et de conscience de ne rien taire du passé, de façon que les maîtres ou les patrons puissent, en connaissance de cause et en toute liberté, prendre une décision raisonnée, en acceptant ou en refusant la jeune fille qui veut entrer en condition ou qui demande du travail. On s'abstient, civec soin, de façon à éviter toute indiscrétion, de révéler aux autres femmes l'adresse de la maison où elle va entrer; il ne peut y avoir, par suite, ni échange de lettres, ni échange de visites. La sœur Saint-Antoine m'a dit n'avoir jamais eu à regretter la confiance qu'elle avait témoignée à certaines filles, dont la conduite avait été fort désordonnée autrefois et n'avoir jamaû reçu de plaintes sur leur existence ultérieure. 11 semble que le milieu sain où elles ont vécu, pendant quelques semaines, a modifié radicalement leur vie et transformé leurs idées et leurs aspirations. J'ai cité plus haut les résultats obtenus à l'Hospitalité du travail en 1884, époque étudiée par Maxime du Camp ; il est bon de montrer ce qui a été réalisé, dix ans plus tard, en 1894. Dans un compte rendu spécial, dû à la plume de M. Léon Lefébure, je trouve que la maison de l'avenue de Versailles a recueilli, en 1894, trois mille deux cent deux femmes qui ont été occupées à des travaux de blanchissage et de couture représentant 39,807 journées de travail, ce

qui donne une moyenne de séjour de 12 journées et demie. Sur ce nombre de femmes, il y en a 79 pour 100 qui ont été placées sur la recommandation de la maison, où se sont placées elles-mêmes; 2 pour 100 ont quitté Paris et ont été rapatriées; 14 pour 100 sont des clientes habituelles des œuvres de charité; 5 pour 100 ont disparu sans qu'on sache ce qu* elles sont devenues. Dans les quatre premiers mois de 1895, neuf cent soixante-dix-sept femmes ont été hospitalisées et ont fourni 13,322 journées de travail et une moyenne de 13 journées de séjour. En ce qui concerne le placement, la moyenne a été de 80 pour 100. Ces résultats sont très remarquables, à tous les points de vue, et font ressortir les grands services rendus par l'Œuvre de l'Hospitalité du travail. J'ai visité la maison do l'avenue de Versailles, le 9 août 1894, sous la direction de la sœur Saint-Antoine qui a bien voulu m'en faire connaître tous les détails. Il m'est resté de cette excursion une impression d'admiration pour la femme qui est à la tète de cette œuvre et pour les résultats qu'elle a obtenus; il est impossible de ne pas reconnaître qu'elle a les idées les plus larges et les plus généreuses, jointes à un esprit remarquable de tolérance. Le vêtement religieux qu'elle porte n'a pas fait d'elle une fanatique. Dans l'œuvre qu'elle dirige, elle n'a pas subordonné ses déterminations au développement du côté religieux; elle estime, en effet, qu'il ne faut pas imposer des pratiques pieuses à des gens qui ne les accomplissent qu'avec hypocrisie, lorsque ces pratiques ne sont pas spontanées ou quand elles sont dictées par l'intérêt. A l'Hospitalité du travail, on n'accorde pas plus de bienveillance a une personne qui accomplit tous ses devoirs religieux qu'à celle qui s'abstient de toute démonstration pieuse, parce que ses sentiments ou ses convictions ne l'y poussent pas. A quelque culte qu'on appartienne, on est reçu dans la maison, sans que jamais ou soit interrogé sur la religion que l'on professe : catholiques, protestantes, israélites ou libres penseuses trouvent toujours le môme accueil. Le règlement dit bien que les ateliers sont fermés les dimanches et les jours de fête, mais il ne renferme aucun article spécial concernant les devoirs religieux à accomplir. Cette rare tolérance n'est pas le côté le moins intéressant de cette œuvre, remarquable à tant d'autres points de vue.

Au moment où j'écris ces lignes, je viens d'observer deux faits qui démontrent, d'une façon brutale, la justesse des idées déve-

loppées par la sœur Saint-Antoine, en ce qui concerne l'hypocrisie de certaines filles et le peu d'influence des pratiques religieuses obligatoires, sur le moral et la conduite de certaines personnes.

Le 4 février 1896, deux jeunes filles, arrêtées pour actes de prostitution, ont été visitées au dispensaire de salubrité, trouvées malades et envoyées à l'infirmerie de Saint-Lazare. Toutes deux avaient quitté, depuis fort peu de temps, les couvents de religieuses où elles avaient été élevées. Leur histoire mérite d'être mentionnée.

B... Anne est âgée de vingt ans. Elle a été élevée au couvent du Bon Pasteur d'Angers où elle est restée pendant onze ans. Au mois de juin 1895, elle a quitté Angers pour se rendre au couvent de Conflens, prés Paris, où elle a séjourné pendant quatre mois ; à la fin de septembre 1895, elle est placée, par les soins d'une congrégation religieuse de la rue de Vaugirard, dans une maison bourgeoise de Rosny-sous-Bois. Elle était dans cette place depuis quelques jours à peine, lorsqu'elle s'est livrée à un garçon laitier du même âge qu'elle. Le 22 décembre 1895, elle a quitté Rosny, s'est placée à Paris, dans un restaurant du faubourg Saint-Martin, pendant quinze jours, puis elle s'est livrée à la prostitution. Arrêtée rue du Louvre, le 3 février 1896, dans son exercice de prostituée clandestine, elle a été conduite au dispensaire et trouvée atteinte d'accidents syphilitiques.

Y... Berthe, âgée de dix-huit ans, est orpheline. Pendant quatre ans, elle a séjourné dans un couvent d'Alençon. dirigé par des religieuses de la corporation de Marie-Joseph. Rappelée par sa grand'mère à M.... dans le département de la Manche, elle est entrée en place et a bientôt des relations avec des hommes. Dix-huit mois après, elle se rend à Paris et trouve une place de domestique dans une maison bourgeoise où elle demeure seulement pendant un mois, puis se livre à la prostitution. Elle est également arrêtée le 3 février 1896, rue Saint-Denis, reconnue malade au dispensaire et envoyée à l'infirmerie de Saint-Lazare.

N'est-il pas intéressant de constater la facilité avec laquelle ces deux jeunes filles, après avoir fait un séjour prolongé dans des couvents où les exercices religieux étaient obligatoires et fréquents, avaient oublié, dès qu'elles avaient été libres de leurs actes, les enseignements qui leur avaient été donnés et s'étaient rapidement lancées dans le dévergondage et la prostitution? — Ces deux

exemples corroborent la thèse soutenue par la sœur Saint-Antoine et démontrent combien, dans beaucoup de cas, les pratiques religieuses forcées laissent une empreinte superficielle et passagère. Ils expliquent, je ne dis pas l'indifférence, mais la tolérance religieuse mise en pratique à l'Hospitalité du travail.

La prostituée clandestine, abandonnée sans ressources par sa famille, peut trouver, à l'avenue de Versailles, un asile qui lui permettra, pendant une période déterminée, de reprendre des habitudes de travail régulier et de faire quelques économies. Si elle n'est pas foncièrement pervertie, elle subira l'influence salutaire de ce milieu d'honnêteté, d'activité et d'initiative. Dans le salaire qui lui sera remis quotidiennement et dont elle pourra disposer librement, elle verra, non une aumône qu'on lui fait, mais bien la rémunération du labeur accompli. Elle comprendra qu'en agissant ainsi, on a voulu relever sa dignité de femme en l'encourageant à bien faire. Relever la femme, relever l'ouvrière à ses propres yeux, n'est-ce pas avoir déjà résolu un des points importants de ce difficile problème de la régénération de la fille tombée? C'est pour cela que la méthode employée à l'Hospitalité du travail me semble pouvoir rendre les plus grands services à tant de malheureuses qui, ne voulant pas du régime du Bon Pasteur, pourraient accepter la règle do l'Œuvre de l'avenue de Versailles, où elles gardent une certaine indépendance et où elles sont pécuniairement intéressées au travail qu'elles font. Bien des jeunes filles se sont livrées accidentellement à la prostitution parce qu'elles se trouvaient sans argent, sans travail ou sans place, tout en conservant cependant des sentiments honnêtes ; celles-là ne sont pas à jamais perdues et il y a bon espoir de pouvoir les ramener à une vie régulière ; il suffit qu'on leur trouve l'occasion de travailler en les dirigeant vers l'Hospitalité du travail. J'ai montré, dans un chapitre spécial, combien étaient nombreuses les domestiques qui se livraient à la prostitution; beaucoup sont foncièrement vicieuses, mais il s'en trouve, dans le nombre, qui sont tombées, parce que la misère a été une mauvaise conseillère. Ce serait, pour celles-ci, une bonne fortune de connaître l'Œuvre de l'Hospitalité du travail, puisque cette maison leur fournirait l'occasion de trouver une place qui leur permettrait de vivre honnêtement. Il serait à souhaiter qu'il pût s'établir des rapports réguliers entre la Préfecture de police et l'établissement de l'avenue de Versailles. En faisant une sélection

intelligente parmi les insoumises que les familles abandonnent et que la Préfecture de police est obligée de rendre à la liberté, on pourrait organiser un recrutement intéressant pour l'Hospitalité du travail et rendre au labeur honnête et à la vie régulière beaucoup de celles qui sont entraînées à la débauche par la misère ou l'influence pernicieuse des camarades.

A côté du Bon Pasteur et de l'Hospitalité du travail, je pourrais citer l'asile de la Madeleine, 81, boulevard Montparnasse, le patronage des libérées, rue de Lourmel, 49 bis; mais ces asiles, qui rendent de très grands services, n'ont pas une organisation spéciale qui mérite d'être signalée d'une façon particulière.

Je dois également faire connaître les asiles municipaux, qui ont été organisés, dans ces dernières années, pour les femmes ; ils pourront rendre des services à certaines des insoumises qui quitteront Saint-Lazare.

Ces maisons sont :

V Asile George Sand, rue de Stendhal, où les femmes peuvent être hospitalisées, sans conditions, pendant trois jours.

V Asile Pauline Roland, installé rue Fessard, 37 ; c'est une création du Conseil municipal ; il est désigné sous le nom de l'hospitalité du travail pour les femmes enceintes.

Lorsque j'ai visité cette maison intéressante, au mois d'août 1894, elle donnait l'hospitalité à 150 femmes enceintes et à 40 enfants.

Les femmes peuvent ne pas travailler et elles ont la liberté de sortir tous les jours. — Elles sont logées et nourries. La nourriture consiste, le matin, dans un plat de viande et un plat de légumes; le soir, il y a un plat do légumes. On donne, en outre, du pain et du vin aux deux repas.

Les femmes enceintes qui travaillent peuvent gagner de 0 fr. 20 à 0 fr. 40 par jour.

Les femmes enceintes peuvent rester dans cet asile jusqu'au huitième mois de la grossesse ; à partir du huitième mois, elles vont à l 'Asile Mic/ielet où on les garde jusqu'au moment de l'accouchement.

L'Asile Michelelest situé rue de Tolbiac.

Il y a, enfin, V Asile Ledru-Rollin, à Fontenay, où on reçoit, pour quinze jours, les femmes relevant de couches, qui ont ainsi une période salutaire de convalescence.

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