‹ La prostitution clandestine à ParisChapitre 92 sur 131 · CM · texte numérisé non relu

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La guerre a empêché de recueillir les documents nécessaires aux statistiques de 1870 et de 1871 ; comme, d'un autre côté, c'est à partir de 1875 que les maladies vénériennes ont été classées dans les statistiques de la même façon, j'ai dû, afin d'avoir des résultats uniformes, prendre pour point de départ Tannée 1875. Ce tableau avec ses divisions correspond aux tableaux concernant l'armée anglaise. La comparaison est donc des plus faciles, puisqu'il suffit de se reporter aux mêmes numéros dans les différents tableaux pour avoir le chiffre que Ton cherche. Il y a lieu de faire remarquer que les chiffres du tableau français peuvent avoir été majorés, certains soldats ayant été comptés en double, parce qu'ils ont figuré, à la fois, dans les chiffres des soldats soignés à l'infirmerie et dans ceux qui ont été envoyés à l'hôpital.

Dans le tableau des maladies vénériennes concernant l'armée française, le chiffre le plus élevé a été constaté en 1875 : il est de 74,9 pour 1,000. Pendant cette même période, le chiffre des maladies vénériennes dans l'armée anglaise a été de 139,4 pour 1 ,000. Le chiffre le plus élevé du tableau de l'armée anglaise se rapporte à l'année 1885 : il est de 274,4 pour 1,000. Dans l'armée française, la proportion des maladies vénériennes n'a été, durant cette même année 1885, que de 52,1 pour 1,000.

Pendant les cinq dernières années 1888, 1889, 1890, 1891 et 1892, la proportion des soldats entrés dans les hôpitaux pour maladies vénériennes a été dans l'armée anglaise de 224,5 pour 1,000, 212,1 pour 1,000, 212,4 pour 1,000, 197,4 pour 1,000, 201,2 pour 1,000.

Pour la même période, nous trouvons dans l'armée française 46,7 pour 1,000, 45,8 pour 1,000, 43,8 pour 1,000, 43,7 pour 1,000, 44 pour 1,000.

On peut comparer indistinctement n'importe quelle année, on a la certitude de trouver toujours la même différence.

L'examen de la colonne n° 6, qui donne la proportion des maladies syphilitiques, montre que le chiffre le plus élevé, pour l'armée française, qui est, en 1875, de 11,3 pour 1,000 est, cette même année, de 28,8 pour 1,000 dans l'armée anglaise.

Le chiffre le plus élevé dans l'armée anglaise a été de 46,6 pour 1,000 en 1887. Dans l'armée française, pendant la même période, la proportion des syphilitiques a été de 8,9 pour 1,000, c'est-à-dire cinq fois moindre.

La comparaison des cinq dernières années, au point de vue de la syphilis donne :

En 1888 40.3 pour 1 ,000 en Angleterre ; 9.3 pour 1 ,000 en France.

En 1889 35.7 — — 9.1 — —

En 1890 37.3 — — 9.1 — —

En 1891 32.2 — — 8.6 — —

En 1892 33.8 — — 9.2 — —

Qu'on examine l'ensemble des maladies vénériennes ou qu'on s'attache spécialement aux accidents syphilitiques, on constate, d'une façon régulière, l'énorme différence qui existe entre ce qui se passe en France et ce qui se produit en Angleterre. La liberté de la prostitution amène chez nos voisins les résultats qui ne peuvent pas nous surprendre, et qui ne doivent pas nous faire regretter les restrictions apportées, dans notre pays, à cet empoisonnement général.

Que dire de ce qui a lieu dans les colonies anglaises? Le progrès des maladies vénériennes y est encore plus lamentable. L'examen du tableau n° 2 permet de juger cette situation.

Il m'a paru intéressant de faire des recherches analogues pour savoir ce qui se passe dans d'autres pays où existe la réglementation et la surveillance de la prostitution. J'ai étudié l'état sanitaire de l'armée allemande, de l'armée bavaroise, de l'armée austro-hongroise, de l'armée roumaine et de l'armée russe. Pour la Russie, les investigations que j'ai faites n'ont pu porter que sur un petit nombre d'années, les documents pour les années antérieures faisant défaut. Je dois à l'extrême amabilité de M. le professeur Tarnowski, de Saint-Pétersbourg, la communication des quatre volumes contenant les rapports de l'état sanitaire de l'armée russe pendant les années 1889, 1890, 1891 et 1892 (1). J'ai pu relever la statistique des maladies vénériennes dont les troupes russes ont été atteintes pendant cette période ; il m'a été facile de constituer un tableau analogue aux précédents. Pour l'armée roumaine, c'est M. le professeur ïhéodori, inspecteur général du service sanitaire de l'armée, qui a bien voulu faire dresser ce tableau des maladies vénériennes et syphilitiques. Je remplis un devoir très agréable en lui disant ici toute ma gratitude. Je dois aussi tous mes très vifs remerclments à

(1) Notre très distingué confrère de l'armée, M. le Dr Longuet, m'a fourni les renseignements pour l'année 1893.

INSCRIPTION ET REGLEMENTATION 531

M. le professeur Kalindéro, membre correspondant de notre Académie de médecine, qui m'a donné les détails les plus circonstanciés sur la prostitution en Roumanie et qui m'a fourni, sur ce sujet, les documents les plus complets.

Pour l'armée allemande, j'ai trouvé les indications nécessaires dans un excellent travail du Dr Wilhelm Miehe (1), pour les huit années de 1882/83 à 1889/90. Pour les deux années 1890/91 et 1891/92, je dois les notes qui m'étaient nécessaires aux très obligeantes recherches de M. le Dr Oppenheimer de Strasbourg.

En ce qui concerne l'armée austro-hongroise, j'ai cherché dans les annales statistiques militaires pour les années 88, 89, 90 et 91, les renseignements nécessaires. Ces annales statistiques, qui se trouvent au bureau de la statistique du Ministère de la guerre en France, ont été très gracieusement mises à ma disposition par M. le Dr Longuet, qui a bien voulu me servir de guide ; il m'a également fourni très aimablement les renseignements qui concernent l'armée bavaroise. Je lui adresse ici l'expression de ma gratitude.

(1) Archiv fur Dermatologie und Syphilis, 1895.

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