‹ La province ce qu'elle est, ce qu'elle doit être (volume 2)Chapitre 11 sur 58 · SA · texte numérisé non relu

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Quoi de plus légitime, en effet, que de laisser à la province, pour ses besoins personnels, l'impôt qui est le produit de ses propriétés territoriales et de son industrie? Quoi de p] respectable que de voir la propriété et lé travail se réunissant pour rendre la vie à des centres déshérités, désormais appelés à se développer par eux-mêmes, sans plus tendre la main an pouvoir central, pour recevoir l'aumône d'un lycée, d'une ^lise, de toutes les satisfactions intellectuelles et matérielles. Car, aujourd'hui, voilà où en sont réduits les départements. Et il n'en peut pas être autrement, avec la part mesquine qui leur est faite sur le budget.

Nous avons vu, au chapitre du ministère de Fintérienr, qu'il était consacré au service départemental une somme de 112,856,700 fr. Or, sur cette somme, 110,600,000 fr. sont le produit des centimes additionnels fournis par les départements eux-mêmes. De sorte qu'il ne leur est donné sur les fonds généraux du budget que 2,256,000 fr: Il est vrai qu'il leur est aussi imputé sur les fonds généraux le montant des traitements et indemnités des fonctionnaires départementaux, et les abonnements pour frais d'administration; ces deux articles forment un total d'environ 10 millions, à quoi il faut ajouter divers articles formant environ 4 millions. C'est donc en résumé 16 millions qu'on distribue aux départements sur les fonds généraux.

On pourrait, nous en convenons, dire que la plupart des fonctionnaires départementaux, comme magistrats, professeurs, etc., sont payés sur les fonds de l'État. A cela nous avons à répondre qu'il s'en faut de beaucoup qu'on rende à chaque département proportionnellement à ce qu'on en relire.

Le budget de la justice nous fournit à cet égard de singuliers renseignements.

Les tribnnaiiz de première instance de h Seine coûtent 771,800 fr., tandis que les tribunaux de cinq départements les plus considérables réunis, Gironde, Rhône, Bouches-du* Rhône, Seine-Inférieure et Nord, ne coûtent que 787,810 fr. Pour qu'une pareille distribution fût équitable, il faudrait que le département de la Seine fournit au budget des recettes un contingent supérieur à celui des cinq départements renais. Or, en ne consultant que le seul chapitre du principal des contributions directes, nous trouvons que la Seine donne pour contingent 9,578,390 fr., tandis que les cinq départements produisent 16,908,940 fr.

Des proportions à peu près identiques se rencontrent pour les cours impériales. Celle de Paris coûte 959,800 fr. ; celles de Bordeaux, Lyon et Rouen réunies coûtent 861,000. En supposant que la justice se rende mieux à Paris, la province a bien le droit de dire que ce n'est pas à elle à payer ce privilège de la capitale.

Avec l'affranchissement de la province, toutes ces anomalies disparaîtraient. Chaque région payerait ses fonctionnaires, et le budget de la Gironde ou du Rhône ne servirait plus à faire une position exceptionnelle aux fonctionnaires de la Seine.

Il nous reste à déterminer, approximativement, quelles seraient, avec les éléments que nous avons indiqués, les ressources financières de chaque région.

Prenons pour exemple la circonscription qui a été fixée pour l'exposition régionale de la Gironde.

Cette circonscription se composait de sept départements : Gironde, Deux-Sèvres, Charente, Charente-Inférieure, Haute- Vienne, Dordogne et Lot-et-Garonne. Supposons que Ton fasse de ces départements une de nos régions politiques.

Nous trouvons, d'après les chiffres du budget, que la somme des contributions directes des sept départements réunis se monte à 22,039,045. On peut évaluer à 8 millions le produit des centimes additionnels, et à 1 million leur part dans les 18 millions formant le second article de la première section que nous avions indiquée ci-dessus. Cette région aurait donc un revenu de 31 millions, tandis qu'aujourd bui la part qui est faite à ces mêmes départements n*est guère que de 14 à 15 millions.

Et encore cette dernière somme est-elle fractionnée, et il ne faut pas être très-fort en économie politique pour comprendre que deuK millions, appliqués séparément dans sept départements, et sous la direction de sept administrations, offrent bien moins de ressources que quatorze millions gouyemés par une administration unique. Chacun sait que la force des capitaux se multiplie par la concentration.

Mais un budget de trente à trente-cinq millions, confié aux soins de chaque autorité régionale, devient entre ses mains une puissance qui développe toutes les activités matérielles et intellectuelles. Enseignement, travaux publics, beaux-arts apportent leurs magnifiques contingents aux méditations des esprits, et Tintelligence de la population grandit avec les intérêts qu*elle est appelée à diriger.

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