‹ La province ce qu'elle est, ce qu'elle doit être (volume 2)Chapitre 6 sur 58 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY

Ëtat actuel de la province.

Ce n'est pas sans quelque raison que les légitimistes com- V^iient avec douleur l'état intellectuel de ^ province d'aujourd'hui avec les fiers élans qui s'y manifestaient sous l'ancienne ^«monarchie, surtout dans les pays d'États.

' Malgré les abaissements produits par le terrible niveau de Rididieu, malgré la majestueuse oppression de Louis XIV, l'^rit de liberté s'était maintenu, affaibli, il est vrai, mais loajours vivant et prêt à saisir l'occasion de recouvrer ce qu'on loi avait pris. Aussi avons-nous dû signaler l'erreur capitale M partisan^de l'ancien régime, qui font honneur à la vieille nonarcbie de ces libertés qu'elle mettait tous se$ efforts à %9ifBr« Redisons-le : c'est n^ré les rois que les provinces coifienaient eAcore quelque reste d'indépendance, dedignité ^de^ intellectu3lle ^ ; et quoiqu'il n'y eût plus que les dé-

* Voir poar les détaila ||pceneQt livre de M. ^leiaadre Thomas.

bris des antiques libertés, ces débris mêmes suffireDi A mCaoter les grandeurs de l'Assemblée constituante. itÊÊk 1

Il ne faut pas croire, en effet, que cette prodîgielise^^^ nion de mérites, qui signala rassemblée de .1789, puisse éclore subitement ou au hasard. II faut pour cela des luttes préparatoires et un sérieux apprentissage politique. Or, les préliminaires indispensables au développement delHntelIigences s'étaient accomplis non-seulement dans Texercice des droits survivants en province, mais aussi dans les discussions des différentes assemblées provinciales que la monarchie tui abois fut obligée de successivement convoquer.

D'abord viennent les tumultes des parlements, puisrassem^ blée des notables, et enûn les assemblées par ordre pour la préparation des cahiers. C'est dans les États de Provence que Mirabeau prépare les foudres qui doivent ébranler 1^^ États généraux. C'est dans les assemblées proyinclâl6s p9^^ ordre que se formulent les grandes déclarations de prindp^^ qui doivent immortaliser l'Assemblée nationale. Enfin» c>^ sont les souvenirs des vieilles franchises provinciales qi^-^ viennent en aide à l'esprit nouveau pour rédiger ces cahiers- » monuments admirables de dignité et d'intelligence politique^^ • qui placent nos pères bien au-dessus de nous. *

Demandez, en effet, à la province d'aujourd'hui de fidn-^ ttusi ses cahiers, et vous serez stupéfaits de voir ce que pjp dnisent soixante-dix ans d'inertie. Tacite s'épouvantait fo n ^ "^ licnne de quinze ans dans les {liberté^ publiques : Granâ^^ mortaUB œvi spatium I Qu'aorait-il dit pour guatr^foïs ^ intervalle f

La FraBce, il faut bien l'avouer, la France intellé&uéQ< et politique est limitée aux murs de Paris. Elle vient 'd'à grandir son rayon en se portant jinqu'anx fortificationi

EfiMeiàloul ee qui Mrffitt et les fos6és creusés pour arrêter de rétramger doireBt-Os être le tonibeau qui sépare m le Béant?

doute, dans le mourement centralisateur, il faut âdre la part du mémorable travail de la Constituante, qui créa U division départementale. Il faut tenir compte des énerfique^^rfrorts de la Convention, qui promenait partout son terrible niveau; mais c'est s'égarer étrangement que de prendre des faits de circonstance pour des systèmes poliUq«es. C'a été l'erreur de beaucoup d'entre nous, et cette erreur a grandement servi les ennemis de la Révolution. Ainsi, parce qu'une époque de guerre civile a été appelée du nom de république, on en a fait un type pour déclarer la lépuUique impossible; parce qu'en 4793 la dictature des coiiités s'e^ierçait au milieu d'une effroyable mêlée, on l'a jQ|^ comme un gouvernement, et l'on s'est étonné de n'y ftiieontfer ni le calme ni ]es mérites d'un gouvernement réfriier. C'était demander & un soldat sur le champ de bataille lia qvalités d'un magistrat sur son siège. De même, dans la qmiùM de cenU^aUsation, on a fait d'une nécessité de situatloii on principe organique.

* Asrarément dans un temps oii la France était moins une iitioB qu'une agglomération d'États, successivement acquis fi conquis par la royauté, différant d'origine, d'intérêts, de lois et de coutumes, séparés par des barrières de douanes,

CdêK jalousies de localité, par de mutuels abaissements iesaémiiustrations dissemblables, la constituante fit une ' (eavie.de haute sagesse, en effaçant même le nom des pro- . nsoÉqui MQsl|taient la diversité des races, mais qui n'é* UiM sue la lettre morte de nationalités éteintes, bonne tout " a ihs k ftèrpéftMf èb vieilles rancunes ou de foUes prêtent

lions. Oo enlevait, il est vrai, à la Bourg(^ne et au Lai^oedoc, à la Normandie et à la Bretagne le dernier signe ou plft-^ tôt la dernière étiquette de l'autonomie ; mais on les appc^ au partage d'une autonomie réelle, grande et glorieuse. Des Pyrénées à TEscaut, des Alpes à l'Océan, tout devint France, et les noms qui rappelaient d'anciennes rivalités, d'anciens ' vainqueurs ou vaincus, se confondirent dans le titre unique de Français, qui apportait à tous l'égalité des droits, l'uniformité de législation et la communauté de gloire.

Cette grande mesure nécessitait le fractionnement des anciennes provinces, afin qu'elles disparussent non-seulement de nom, mais de fait. Les subdivisions offraient en outre l'avantage de faciliter l'œuvre d'unité, en détruisant tout grand foyer de résistance, en multipliant les agents de^ l'autorité centrale, chaînés de l'accomplissement de l'œuvre.

Mais en même temps, chacune des grandes divisions de l'ancien territoire perdant sa force politique, l'influence de bt capitale, siège du gouvernement, grandissait en proportion des abaissements de la pro\ince. Or, pour recueillir tous les bienfaits d'une intelligente fusion, il aurait fallu un échange mutuel de forces, delà circonférence au centre et du centre à la circonférence ; il aurait fallu qu'en armant le pouvoir central de la force du tout contre la partie, on armât en même temps la partie de la force du tout contre les abus du pouvoir.

Malheureusement, les circonstances exceptionnelles où Ton se trouvait ne permettaient pas l'application d'une égalité de droits juste en principe, funeste pour le moment.

Sous la Convention, nous l'avons dit, le gouvernement était un combat, le pouvoir un champ de bataille. La révolution attaquée à l'intérieur par les insurrections, à l'extérieur

par les coaliiions, était conlrainte do se concentrer dans une formidable unité dVlion et de pensée. Tottte résistance Ifevait être écrasée, toute idée divergente étouffée. Que signifiait en ce temps Tindépendance provinciale, alors qu'il s'agissait de Tindépendance de la nation? La France ne devait avoir qu'une léte, qu'un bras, qu'une volonté, et l'esprit d'unité devait être inflexible, parce qu'il était le salut de la France.

Quand, d'ailleurs, les Girondins étaient poursuivis par cette accusation terrible de fédéralisme, les souvenirs des ambitions et des liaines provinciales étaient encore vivants. L'unité pouvait être compromise parla moindre concession, et l'unité, pour s'établir dans une époque de tempêtes, e\i* geail la dictature de Paris.

Donc, réclamer en un pareil moment l'indépendance provinciale, les libertés locales, et contester h Paris l'autorité snfiféme, eAt été une coupable folie ; imposer au contraire la dictature de Paris, faire taire les provinces ou souffler à toutes le m£me langage, donner à la révolution de gré ou de force le consentement commun, seul gage de puissance contre l'ennemi extérieur, c'était de la part des Montagnards faire acte (le haute sagesse politique. De Maistre, qui en ilépit de ses préjugés voit si liant et si loin, ne peut s'empêcher de rendre hommage a cette vérité, même en accablant de brutales épithèles les hommes dont il constate la puissante action : « Lorsque, dit-il, d'aveugles factieux décrètent l'indivisibilité de la république, ne voyez que la Providence qui décrète celle du royaume. » En les assimilant ainsi à la Providence, le dernier représentant éclairé du catholicisme donne la mesure des services qit'ils ont rendus.

Ce n'est pas nous qui contesterons la sagesse de ce juge-

ment. Mais le temps est venu d'examiner si des mesures de contrainte et de domination prises pour les besoins d'une époque de crise sont bien appropriées à des époques postérieures, devenues, en matière politique, calmes jusqu'à Tiffdifférence. En d'autres termes, la dictature de Paris, née de circonstances exceptionnelles, doit-elle se perpétuer lorsque ces circonstances ont cessé? La province doit-elle être maintenue dans un étemel vasselage, sans liberté de penser, d'agir, de délibérer, recevant de Paris la mesure de ses droits, la quotité de ses finances, et jusqu'au poids de ses aliments, entravée dans sa marche morale et intellectuelle parles lisières 4e la capitale, et recevant d'elle non-seulement les pulsations de la vie commune, mais encore les dernières ramifications delà circulation locale? Enfin, lorsque chacun de nous, dans son individualité, aspire à l'affranchissement et invoque la liberté, faut-il que cette grande individualité collective ||Qi s'appelle province, et qui forme l'immense majorité âàjk nation, soit déshéritée de toutes les conquêtes de l'esprii flM|! derne? Alors que l'absolutisme monarchique a reçn, ^ France, tant et de si terribles leçons, faui-il que l'absolutisme d'une ville vienne en prendre la place, et légitimer de nouvéïuil déchirements?

Poser ces questions, c'est les résoudre.

C'est au nom de la liberté, au nom du droit, au nom de^ principes fondamentaux de la société moderne, que la pro^ vince doit réclamer sa part de vie sociale, sa place dafls le domaine politique et intellectuel, son rayon dans le foyer di lumière qui vivifie la France.

Nous savons bien quelle réponse sera faite tout d'abori par la politique routinière. C'est l'étemelle réponse doi Ménénius de toutes les époques t les graves périls de la ré-

rolte des membres contre Testomac. Mais il faut être simple tourne les pauvres déguenillés du Mont Sacré pour accepter h comparaison du fabuliste patricien. Si Ton donne à Tes- (omac dans la mesure de ses besoins, sans doute les membres ne peuvent que gagner eux-mêmes à le satisfaire. Mais si festomac est un gouffre insatiable, s'il absorbe tout le sug rital, et devient tellement gorgé, qu'il y ait obstacle à la cirenlation dois sues nourriciers, qui pourrait contester aux membres le droit de réclamer?

Les jambes du goutteux ne témoignent-ils pas contre les excès de l'estomac? Quand les membres se plaignent, en effet» c'est qu'ils souffrent; et quand ils souffrent, c'est querestomac abuse.

Ainsi eii:«st-il de Paris à l'égard de la province. Cependant, qu'on ne s'y trompe pas. Ce^ n'est pas Paris ealni-oiètpe qu'il faut accuser, ce n'est |)as par de vaines irs èotktre les avantages matériels de Paris, que la doit tendre à se régénérer. Elle n'a pas besoin de in envier ses grandeurs : elle aufa niéme toujours bonne bton I iài apporter son denier pour contribuer au dévelopjemôit&.sea^lendeurs, car ces splendeurs appartiennent , 1 tout le monde., jle ne sont pas d'ailleurs les monuments de pierre ou de marbre qui font h grandeur des cités, et Versailles, ayec ses magnificences, est une ville morte, quoique devenue presque un faubourg de Paris.

Ce qui fait la force et la gloire des peuples, c'est la vie

politique, et c'est la vie politique qui manque à la pro-

Moce. Voilà ce que la province a le droit de demander, non

m0 à Paris, mais à la loi, non pas au nom d'une rivalité

^OBse, mais au nom des principes de liberté qui veulent

ipe, dans un grand territoire constitué en nation, la vie, la

volonté et rintcIlifi;eDce puissent se manifester sur tous les points, et qui protestent contre un état de choses où la pensée et les intérêts de toutes les régions sont subordonnés aux fantaisies du centre.

Qu*en est-il résulté , en effet? L'absence même de la conscience, et la plus humiliante abnégation. Les faits contemporains sont là pour nous instruire. En 1844, dès que Louis XVIII est introduit dans Paris, la province crie : Vive le roi. En 1830, Charles X est expulsé de Paris, la province crie : Vive la Charte. Huit jours après, on lui annonce que Paris a fait une royauté citoyenne, et elle crie : Vive Lonis- Philippe. En 1848, Paris renverse ce dernier, et la province attend vingt-([natre heures pour savoir ce qu'elle doit crier le lendemain, et le lendemain, sur un signal du télégraphe parisien, elle rrie : Vive la République. Cinq ans ne se sont pas écoulés, et siir un coup d'État accompli à Paris, la province crie : A bas la république, et bionÛH sp^ : -^Vive l'empire. Voilà, depuis cinquante ans, l'histoire politiqnftttfi^ la province; stérile et monotone comme celle d'un 'AlJit suivant le mot d'ordre de son caporal.

Il est probable que dans tous ces mouvements cofotiîSres, Paris a eu au moins une fols tort. Laprovince en t-t-elltfï. conscience? Comment le pourrait-elle, quand elle n'a pas la conscience d'elle-même?

Prompte à obéir aux révolutions de Paris, la province accepterait aussi facilement la surprise d'un coup de main, s'oifrant ainsi pour complice à tous les hasards, pour instrument à toutes les ambitions.

Un tel abaissement pourrait au moins avoir son excu dans les commotions civiles, oii l'on se résout difficflen à la lutte. Mais ce qui est plus grave, c'est que la province

ii*est pas moins impuissante contre IVnnemi extérieur, et n'offre aucun appui au patriotisme dans les moments solennels qui appellent le concours de toutes les forces vives d'une nation.

En cas dMnvasion extérieure, quelle part de résistance fouminit la province ? Nous l'avons vu deux fois : tout s*est décidé par la capitulation de Paris. Cela devait être ; cela sera toujours, tant qu'on restera dans les conditions actuelles. Quand toutes les forces d'une nation sont concentrées dans les mains du pouvoir, la résistance à l'invasion repose sur Tannée régulière. Que le sort des batailles se prononce contre l'armée, le sort de la nation est décidé. La population exclue de la vie politique, déshabituée de penser par elleiinéme ou pour elle-même, n*a ni résolution ni initiative ; et de même que la province a, accepté aveuglément les décrets qui lui ont apporté tour à tour la république, Tempire et la royauté, de même elle acceptait en silence les traités qoi livraient la France à Schwartzenberg ou à Wellington.

Une troisième invasion n'est pas une de ces impossibilités qu'il faut repousser : nous pouvons donc en raisonner.

Si les envahisseurs ne rencontrent pas d'autre résistance luecdle de l'armée régulière, toutes chances sont pour eux. yabord l'invasion ne peut se présumer qu'après des défaites antérieures, et l'armée de défense ne se présente à l'ennemi qu'amoindrie et mutilée. L'invasion, au contraire, se présente avec l'élan que donnent de premiers succès : pour elle, le passage de la frontière est déjà un triomphe; et comme la victoire donne des alliés, et que, s'agissant de la France, :i|oi dit invasion dit coalition, si l'on ne compte que lessol- ^^dàts, il!^ seront quatre contre un. Si, au contraire, intervient énergiquement la population, ils seront un contre dix.

Nous savons bien quels dédains les militaires profe^t d*habitude pour les guerres populaires. Napoléon aussi avait ces dédains ; nous savons aussi où ils Font conduit. La province cependant Teût sauvé malgré lui, s* il n*eût étouflë ei province toute indépendance et tout esprit d'initiative. Il ne manquait pas de cœurs généreux prêts à saisir les armes. Mais ils attendaient un signal de Paris, une permianon dcj| ministre; ils demandaient des armes quand il fallait es prendre ; ils demandaient des ordres quand il fallait en donner. Est-ce qu'en Espagne la junte de Cadix avait attendu h permission de Madrid pour lever le drapeau de Tindépen* dance ? Est-ce que Théroîque Saragosse consultait le tâigraphe pour se faire bombarder et incendier? Est-ce qu'utt seule province, dans la Péninsule, tenait compte des abdications de Bayonne ? C'est que, en Espagne, Thabilude des libertés municipales et provinciales avait entretenu dans le^ cœurs l'estime de soi-même et la puissance individuelle. 14 vie politique, développée dans chaque province, était partoat présente, offrant partout des défenseurs à la patrie ; eU tandis que les armées régulières étaient misérablement battues, les vainqueurs, maîtres seulement du terrain où il^ campaient, succombaient sous les coups des paysans moines.

Déjà le même phénomène s'était produit en É^gne* lorsque, dans la guerre de la succession, Philippe V, ei^ulaj de la capitale, rencontrait chez les paysans l'appui qià^ pouvait lui donner l'armée régulière. C'est qu'en 1700^ comme en 1810, vivait en Espagne l'esprit de liberté, ^etf avec l'esprit de liberté rintelligence politique. Or, la pla9 grande marque d'intelligence politique est de savcuir désobéir à propos aux occupants du pouvoir centrai. Toujours obéir.

^miAe la province française, est chose facile ; désobéir, uand il le faut, est autrement méritoire, car il n'est pas tennis de se tromper et Ton accepte une grave responsabiité ; mais la responsabilité est la conséquence nécessaife de la liberté. ' *

,. Interrogeons maintenant la province dans Tordre intdlecpel. PsÉ^im livre de quelque Valeur ne s*y publie ; pas une œnvie d*art n'éclot dans ce milieu épaissi. Ni littérature, ni science, ni musique, ni peinture n'y peuvent vivre ; et si fuelque homme de mérite se sent appelé à produire quelque sAose, il se dérobe rapidement à une inféconde atmosphère, t vient demander à Paris le souffle vivifiant. Et en eifet, ||^ lui il ne trouve pas de public; non-seulement les éléments inspirateurs lui font défaut, mais aussi les éléments de ^ctaipense, les fêtes de l'enthousiasme extérieur, les justes ■"igueils du triomphe. L'art ne peut se développer dans l'iso- 'Ooent, et pour se donner carrière, il faut une communion Kitre l'artiste et le public, et quand le public manque, l'arste prend son essor vers d'autres régions. Et ob peut-il se "ansporter, si ce n'est à Paris ?

Cest ainsi que tout se concentre dans ce rayon d'absorp- I^^Tié intellectuelle, vie morale, et jusqu'aux spéculations Iph^ matérielle. C'est à la Bourse de Paris que la probiee l^oie ^ argent et ses espérances ; elle ne sait même <Sâl'jÂtiei^tiie^ elle ; de tous les points du territoire, l'épargne tes filles é8t dingée vers la grande roulette de Paris, pour 'engouffrer sans retour dans les poches béantes des crou-

fj^itate rae^fk» les gouvernements de

tuttâtesi^i^liiDC^pnteiicouragé, j^utftque de le combattre, c6 fiuièste moavettent de centralisation.

eiaDussemeit exte de fu^

Nous no dirons rien de nouveau en parlant do despétisse exercé sur la province par radministration centrale. Os eo est venu à ne tenir aucun compte des intérêts locaux, 1ersqu'il' s*agit même d*un caprice de Paris. Ce superbe dédaii^ p<|Br le bien-être de la province s*est manifeslé tout de^lftl^ mentd*une singulière façon. Dans un projet d'établissemni des eaux de Paris à domicile, la préfecture de la elle pas imaginé, nous ne savons sous que) prétexte brité, d'aller chercher les eaux de la Somme pour les dans une ville oii coule la Seine !

Nous comprenons que le surcroit de dépenses ne fasse ^ reculer nos édiles ; mais ce qui nous étonne, c*est le sa»façon administratif avec lequel on propose de dépouiller les riverains de la Somme.

Un peu plus tard, les faiseurs de la Préfecture proposkeit de prendre la Loire. Cette fois, la province s'émut et les conseils généraux protestèrent. Mais le besoin db protester eu pareille matière n'est-il pas étrange?

Non-seulement les divers gouvernements ont anÉMndri les* droits et les libertés de la province, ils y ont encore étouffé les hommes, et rendu impossible tout développement individuel. Ainsi, les fonctions publiques, surtout celles qui ex^ gent le plus d'intelligence et d*études, sont si misérableoienâ rétribuées en province, que peiftonne ne les accepteitit sans une perspective d'avancement à Paris. Un m||istiÉk y rec^L dix-huit cents francs d'appointements ; un proMseur dA'unh versité, douze cents. Ni la dignité de l'homme, ni la sécurité du père de famille ne sont garanties. H éfe résulte ^ue ciMcun se considère comme étant dans le ^^^^ÀtiÂté^ ^^H H Mdfa wM dégagé de tout lien d'iitérét ou d'affiSfetion «Ite le (H^oiAl fonctionne, mais encore ailj^irant au jour oàH le quittera, et

loujoars avide d'avancemenl, parce que chaque avauceuij^ul est une étape vers Paris. Quel fruil les adiuiuistrés peuventils retirer de ces campements successifs des hommes chargés de leurs intérêts, quand ceux-ci ne tendent qu*à les fuir? Ajoutons que si, parmi ces fonctionnaires, il se révèle quelque homme de mérite, aussitôt le gouvernement s'empresse de

;||feiilevei^ ce milieu qu'il aurait pu éclairer et honorer, pour ■^'engouffrer dans la capitale, où souvent Fastre provincial se transforme en nébuleuse.

Quoi qu'il en soit, le talent, dès qu'il se manifeste, est ravi ^ à la province : la médiocrité seule y prend racine.

èAu surplus, les gouvernements, eu se faisant complices de

b l'excessive centralisation, portent la peine de cette politique,

^ dans les inquiétudes que leur cause l'influence de la capitale.

P Napoléon, des champs de bataille ou il triomphait, s'occupait des bavardages de Paris; en Egypte, c'est sur les nouvelles de Paris qu'il abandonne son armée victorieuse ; en Russie, c'est l'étrange réussite des premières heures dans la conspiration MâlHet, qui le décide à fuir son armée mutilée ; après Waterloo, quand il pouvait, le lendemain, réparer sa défaite avec une armée toute fraîche, il précipite sa chute en courant à Paris.

Sous les gouvernements qui suivent, les mêmes inquiétudes restent vivantes. Plus d*une fois, les amis fervents des Bourbonsont demandé la translation du siège du gouvernen]ent:loin de li puissante ville révolutionnaire.

Plus tard, on a environné Paris de forts, on l'a parsemé de casernes-citadelles, on l'a percé de routes stratégiques. Nous sommes loin îHe Mâmer le pouvoir de prendre ses précautions; nous adiiettons volontien que les gouvernements, quels qu'ils soient, ont raison de se mettre en garde contre

tovte surprise, contre toute atteinte. Mais nous osons dire que la nécessité de prendre de si formidables précautions est pour l'autorité une nécessité funeste, et que tout gouvememeot devrait tendre à s'affranchir de la cruelle obligation de se.tenir sur un perpétuel qui vive ! Car, il ne faut pas se le dissimuler : si la forte centralisation dé Paris met toute la France à la discrétion du pouvoir, elle met en méfie tem] le pouvoir À la discrétion de Paris. Voilà ce qui fait la gène constante de la politique intérieure : tantôt les gouvernements ont manœuvré contre Paris, tantôt ils n'ont agi qu'en faveur de Paris, lui réservant aujourd'hui les avantages qui centuplent sa force, élevant le lendemain des barrières contre force qu'ils avaient faite.

Nous ne parlons pas des sacrifices qu'impose cette fâcl obligation. Quand il faut à Paris, ou aux environs, une nison permanente de cinquante mille hommes, c est cinquante millions par an qu'il en coûte à la France, et ces cinquante millions, dépensés dans Paris, augmentent d'autant les forces matérielles de la capitale, et diminuent en proportion celles de la province. En sorte que Paris semble gagnera être redouté, quand la province est en perte à être pacifique.

U est bien manifeste qu'aucun gouvernement ne peut prendre goût à un tel état de choses. Et cependant, aucun ne s'est résolu à en tenter le changement. C'est que la première condition du changement, pour qu'il soit efficace, est dans u large développement des libertés provinciales.

Hais la concession des libertés doit être faite franchement, sans arrière-pensée, sans lésinerie. Au surplus, toutes les libertés se résument en une seule formule : droits des intérêts locaux de se gouverner eux-mêmes, en faisant toujours réserve de l'intérêt général ; et, de cette première liberté

administrative, signe de personnalité, ressort la liberté politique, signe de dignité ; et de celle-ci découlent toutes les autres libertés.

On a depuis trop longtemps en France la funeste manie de tout livrer au gouvernement central, et le gouvernement, en absorbant toutes les forces vives de la nation, ne trouve

,|^. nulle part un point d'appui aux jours des grandes crises. Qu'il renonce donc de lui-même à une concentration qui lui est funeste, et nous osons dire toutefois que le gouvernement qui affranchira la province , s'affranchira lui-même : s'il

^ dimique quelque chose à la grandeur de son pouvoir, il en ycrottra la solidité. >

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