LE FU-TAI FAIT TUER DEUX DE SES GÉNÉRAUX
Quati'e à cinq jours après ces scènes de caniage, les mes étant encore souillées de sang et les cadavres laissés partout sans sépulture, le Fu-fai, impatient de contempler son œuvre, enti'a dans la ville. Son premier acte fut de mander Shao Tlen-kuei et son ami Yang Hsiao-lao (^ /]% ^), auxquels il reprocha sévèrement d'avoir employé la force conti'e leurs collègues. Ceux-ci firent remarquer à Son Excellence qu'ayant été chargés de rétablir l'ordre, il leur avait été impossible, vu la surexcitation des esprits, de faire mettre bas les armes sans employer la force. Le Fu-tai parut mécontent de ces explications et déclara que, si pareil fait se renouvelait, il en punirait de mort les auteurs. Une violente dispute s' ensuivit, et Shao Tien-kuei reprocha vertement au Fu-tai son hyi)ocrisie. Puis, en entendant donner l'ordre de s'emparer de sa personne, il tira de sa ceinture un pistolet à deux coups et ajusta son supérieur; au même instant un des aides de camp, qui avait vu le geste, se jeta en avant et tomba percé des deux balles destinées au Fu-fai. L'ami de Shao Tien-kuei, se voyant perdu, allait aussi prendre l'offensive, lorsqu'il fut arrêté.
Le Fu-fai, terrifié de la scène qui venait d'avoir lieu et du danger auquel il venait d'échapper, restait immobile et sans voix. Revenu de sa stupeur, il ordonna la double exécution, séance tenante et sous ses yeux. Il rendit ensuite un arrêté contre les familles de ces officiers et envoya des exprès à la capitale pour qu'on lui amenât les femmes et les enfants des coupables : il les fit mourir peu de temps après.
A la suite de ces déplorables événements, une partie des chefs qui avaient prêté leur concours aux impériaux furent renvoyés dans leurs foyers. Ainsi finit le siège de Ch'êngchiang qui avait coûté tant d'hommes et d'argent, quand il
aurait fallu si peu de chose pour faire rentrer les égares dans le devoir, afin d'obtenir les mêmes résultats que Ma Ju-lung et d'autres, et de conserver ainsi à la province des milliers de bras vigoureux, si nécessaires pour sortir du mauvais pas oîi l'avait plongée la rébellion.
Le Fu-t ai remit la direction civile de Cliéng-chiang à un mandarin du grade de Chih-fu (^ j^), y laissa une forte garnison et revint à la capitale, oîi il fut reçu très froidement. Ch eng-chiang au pouvoir des impériaux, tout le département était désoimais tranquille. Il ne restait plus pour compléter la pacification de cette région que quelques points éloignés : Kuang-i, Lin-an, Pu-hsi et Tung-k'ou, où Ma Julung opérait.