‹ La province chinoise du Yün-nan (volume 2)Chapitre 144 sur 174 · MASSACRE DES HABITANTS DE TA-LI · texte numérisé non relu

MASSACRE DES HABITANTS DE TA-LI

allégua une hidispositiou pour rester chez lui et envoya un de ses lieutenants à sa place. Tous les autres invités s'y rendirent ; le Fu-t ai les reçut fort bien, les combla d'éloges, et, au moment de passer dans la salle du festin, des soldats postés à cet effet s'emparèrent des invités qui leur furent signalés, et dix-sept têtes roulèrent à terre. Ensuite, le Fu-fai donna l'ordre de tirer six coups de canon, signal convenu pour commencer le massacre en ville. C'était le onzième jour de l'occupation. Ce qui suivit est indescriptible: les soldats se ruaient sans pitié sur ceux même qui leur avaient donné l'hospitalité, de sorte que la population, qui croyait tout terminé, prise au dépourvu, ne songea pas à se défendre ; bientôt l'instinct de la conservation reprit le dessus et, bien que le massacre continuât, la nuit permit aux hommes énergiques de se réunir en groupes. Le soleil levant en montra 5,000 à 6,000, qui s'étaient fait une aime de tout ce qui leur était tombé sous la main, et prêts à vendre chèrement leur vie. L'armée impériale, trop occupée du pillage, ne fit pas d'opposition sérieuse pour empêcher ce mouvement. Cette multitude, éperdue, sans la moindre ressource, sortit par la porte du sud et gagna Hsia-kuan, pour de là se rendre à Mêng-hua-fing, situé à 70 lis de Ta-li.

Dans les villages de Lao-yang Ç^ ^), de Ta-ch'iao (^ ;j^) et les faubourgs au nord de la ville, on comptait les victimes par milliers; là, les soldats, fatigués de coupeur des têtes, mettaient le feu aux maisons et attendaient, les annes chargées, la sortie des habitants; c'est ainsi que les villages de Ta-kuan-i (^ |^ ^) et Kuan-yin-tang (^ "& ^) ^^r^^t traités. Ailleurs, les impériaux forçaient les habitants à manger du porc sous peine d'être passés par les armes.

186 I-A RÉBELLIf)N MUSULMANt: AU YCN-XAX.

Après trois jours de cette boucherie humaine, Ta-Ii et ses environs présentaient un spectacle navrant : sur 50,000 hommes qu'ils comptaient alors 30,000 avaient péri dans ces journées néfastes, et le reste fut dispersé \

A Ta-li, tout était dans le plus grand désordre lorsque le Fu-t ai fut informé par ses agents que Ma Ju-hmg, d'accord avec le vice-roi, organisait une expédition contre les villes de Shun-ning-fu ()|p ^ jj^) et de Yiln-chou (^ ^), amsi que la cour de Pékin l'avait ordonné. Afin d'empêcher Ma Ju-lung de se mettre en route, il écrivit au vice-roi pour lui annoncer que Ta-li étant définitivement entre ses mains, il avait décidé, afin d'utiliser ses ti*oupes et pour ne pas fatiguer Ma Ju-lung, déjà fort éprouvé par ses blessures, d'envoyer une partie de ses forces contre ces deux villes; il pensait qu'étant sur les lieux, il conduirait plus rapidement cette campagne.

Le vice-roi, en recevant cette missive, fut forcé, malgré les ordres de Pékin, et afin d'éviter le conflit qui n'aurait manqué de se produire si les deux antagonistes s'étaient trouvés en présence, d'arrêter l'expédition projetée. Le T'it'ai fit néanmoins partir deux corps sous les ordres de Ma I-chang, son beau-frère, et de ITsia Ju-hsiu, ce même mandarin mutilé à Kuan-shan.

L'envoi de ti'oupes à Shun-ning n'avait pas eu lieu, comme le Fu-t ai l'avait mandé au vice-roi, puisque, quand les corps de Ma Ju-luug arrivèreut à Ta-li, ils y trouvèrent l'expédition

^ A la suite de ce massacre, le Fu-fai, pour mieux convaincre les habitants de Ytln-nan-fu qu'ils n'avaient plus rien à craindre de la rébellion, expédia à la capitale vin^-quatre grands paniers, formant la charpie de douze bêtes de somme, et contenant des oreilles humaines cousues par paires. Ce trophée de la prise de Ta-li fut exposé au pilori de Yiin-nan-fu avec les dix-sept tf'tcs des chefs.

Page 1