‹ La province chinoise du Yün-nanChapitre 38 sur 91 · MORT DU VICE-EOI LAO · texte numérisé non relu

MORT DU VICE-EOI LAO

infliger une sévère punition à ceux qui avaient massacré ses frères. H trouva néanmoins beaucoup de sympathie chez les habitants, malgré l'horreur que leur inspirait la guerre avec tout son cortège de misères ; ainsi ils avaient à pourvoir aux exigences des mandarins, et c'était sur eux que pesaient toutes les corvées, dont la plus fatigante était de travailler aux fortifications.

Ma Ju-lung venait de sortir de Lu-fêng, lorsqu'un courrier expédié par sa famille vint lui annoncer une subite indisposition du vice-roi. Elle ne tarda pas à prendre un caractère alarmant, et, malgré les soins des docteurs chinois, la population de Ylln-nan-fu eut la douleur de voir expirer, après quatre jours d'atroces souflfrances, ce magistrat intègre, qui, pendant les quelques années qu'il avait administré la province, avait su acquérir l'aifection générale. Cette mort inattendue, qui survenait en un moment critique, donna lieu à beaucoup de commentaires : les uns, qui avaient vécu dans l'intimité du défunt, croyaient à un çmpoisonnement ; les autres, tout en partageant cette opinion, en rejetaient la faute sur les musulmans qui auraient séduit un membre de la famille pour se débarrasser de sa personne. Et pourtant, en se rappelant les positions importantes qu'occupaient les musulmans et les bonnes relations de leurs chefs avec le vice-roi, on ne comprenait pas quel intérêt ils auraient eu à le faire mourir; il semblait, au contraire, qu'ils avaient tout avantage à conserver à la tête de l'administration un haut fonctionnaire qui faisait preuve d'une extrême bienveillance à leur égard.

Cette nouvelle porta un coup terrible à Ma Ju-lung. Il eut un instant l'intention de rentrer dans la capitale pour mettre un peu d'ordre aux affaires, mais après mûres

réflexions sur la responsabilité qu'il avait acceptée comme chef d'armée, il se contenta d'envoyer des ordres sévères à Li Chun, qui commandait la garnison. De son côté, la population conçut de cet événement de vives appréhensions, parce qu'elle redoutait (à tort heureusement) un nouveau revirement politique.

Ts en Yu-ying allait désormais se trouver à la tête de l'administration civile. Quant à Ma Ju-lung, quoique conservant la direction des affaires militaires, il était hiérarchiquement placé sous les ordres du vice-roi intérimaire, qui, depuis sa nomination au poste de Fu-tai, dévoilait son caractère impérieux et despotique.

L'armée de Ma Ju-lung et celle de Tu Wên-hsiu ne tardèrent pas à se rencontrer. Dès les premiers engagements, on se battit de part et d'autre avec une certaine bravoure; mais plus tard on se relâcha de cette louable émulation. Quelques chefs musulmans, qui servaient sous les ordres de Ma Ju-lung, manifestèrent des sentiments d'indifférence, et même une certaine répugnance à combattre contre leurs coreligionnaires; il en eût été autrement si, au lieu de musulmans, ils avaient eu affaire à des Chinois. Les rebelles mirent à profit ces moments d'hésitation pour se rapprocher d'eux et chercher à les détourner de leur devoir ; aux postes avancés on se fit de mutuelles concessions, de sorte que la discipline en souffrit grandement et que la démoralisation gagna chaque jour du terrain. Une mutinerie, ou une défection, était à craindre- d'un moment à l'autre.

Le général, impuissant à maîtriser le mauvais esprit qui animait ses soldats, et craignant qu'un plus long séjour n'amenât un désastre, prit le parti de se replier sur la

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