LES LO-LO OU I-JÊN
le désespoir des Chinoises, d'autant plus que la nature s'en est montrée avare à leur égard. Au milieu de leurs tiavaux pénibles, ces filles des montagnes gardent une gaîté communicative, elles ont toujours le mot pour rire et forment un contraste frappant avec la timide et sérieuse Chinoise, qui se croirait compromise si un étranger lui adressait la parole.
Chaque soir, le travail terminé, au lieu de demander à un repos bien mérité des forces pour le lendemain, elles se réunissent par groupes et vont dans les prés ou sur le gazon danser avec la jeunesse de l'endroit au son de la guitare et des castagnettes; leurs danses originales et variées ont beaucoup d'analogie avec celles des Indiens. D'après la coutume, dès qu'une ronde est finie, l'une des danseuses offre un petit verre d'eau-de-vie de riz à l'invité de son choix, et quand celui-ci a bu, elle boit à son tour; chaque couple en fait autant jusqu'à ce que le tour soit complet. Peu à peu, la gaîté gagne tous les cœurs ; les chants viennent se mêler à la danse, toujours au son des mêmes instruments, et la nuit seule vient clore ces divertissements champêtres, qui font les délices des soirées de printemps. Chacun retourne chez soi, pour recommencer de plus belle le lendemain.
Les plantations de riz terminées, hommes et femmes rentrent dans leurs foyers pour y reprendre leurs habitudes rustiques ; mais, comme à cette époque de l'année, les champs ne réclament pas leur présence, les hommes fabriquent du charbon de bois, et les femmes des objets de vannerie, destinés à être vendus dans les villages de la plaine.
Dans presque tous les départements, les Lo-lo ou I-jên pratiquent beaucoup l'élève des bestiaux et de la volaille. Chaque maison est pourvue d'une ou de plusieurs ruches
d'abeilles, de sorte que le voyageur se procure du miel presque partout, à moins que la saison soit trop avancée ou que la provision soit vendue. Avant la rébellion, ce produit faisait l'objet d'une exportation assez régulière entre le sud du Yun-nan et les ports du Tung-king par le fleuve Rouge. Depuis l'interception de cette voie, les éleveurs d'abeilles, n'ayant plus un débouché suffisant, ont beaucoup négligé leurs ruches et n'ont consei*vé que ce qu'ils pensent pouvoir débiter.
Malgré leurs rudes façons et leurs mœurs rustiques, l'hospitalité s'exerce parmi les I-jên avec franchise et cordialité. C'est un véritable plaisir pour eux de recevoir un étranger sous leur toit, et tout le temps qu'ils l'ont pour hôte, ils s'efforcent, dans la mesure de leurs moyens, de lui rendra le séjour agréable. Simples et crédules, il leur arrive souvent d'être dupes de la mauvaise foi des marchands chinois, qui, avec leur finesse accoutumée, n'épargnent pas les paroles pour les faire tomber dans leurs filets et tirer, quand ils le peuvent, tout l'avantage de leur côté.
Le trait le plus remarquable des coutumes de toutes les tribus de Lo-lo qui habitent le YUn-nan ou les frontières est assurément le mariage.
Quand une famille a un fils ou une fille à marier, on a recours aux mêmes préliminaires que les Chinois, ou à peu de chose près : ainsi les deux familles se concertent ensemble, et dès que les accords sont arrêtés, la famille du futur offre les cadeaux d'usage, qui consistent en boucles d'oreilles, en bracelets en argent plus ou moins riches, ou en tout autre article de parure. Dans bien des cas, les jeunes gens qu'on unit de la sorte, sans se préoccuper de